• La classe multi-âges

    Dans cette partie vous trouverez ce qui a l'ambition d'être un Guide pratique de la classe multi-âges, avec des pistes de travail, des suggestions d'emploi du temps, de progressions, de plans de classe, d'outils, de méthodes ainsi que des façons de travailler peut-être différentes de celles que vous avez eu l'habitude de rencontrer

    Vous trouverez la Table des matières (évolutive) de cet ouvrage dans la partie Sommaires.

  • III. 2. A. Mise en route - PS/MS/GS (1)

    2. Mise en route

    La cohésion du groupe et l’autonomie matérielle de chaque individu, c’est ce que l’enseignant installera et cultivera dès les premiers jours dans sa classe à trois niveaux. Comme il a tout intérêt à ce que ses élèves profitent rapidement des avantages que cela leur procurera, il sait que ce n’est pas en attendant que les élèves décident d’eux-mêmes des règles de vie ou de l’organisation du travail à mettre en place qu’il gagnera du temps. Dès avant la rentrée, il a réfléchi à l’organisation générale de sa classe et c’est dans un monde organisé qu’il a installé ses élèves.

    A) En Classe Maternelle[1]

    • Organisation de l’espace[2]

    L’espace au sol de la salle de classe est dégagé pour que les enfants puissent y étaler du matériel de grande taille, un coin de regroupement est prévu, près d’un tableau d’affichage à hauteur d’enfant.

    Une ou deux tables ovales à six places sont installées près des étagères à matériel destiné à l’exercice de l’expérimentation et de la créativité plastique[3]. D’autres, individuelles ou collectives, sont placées près des placards ou sous des étagères contenant le matériel de jeux sensoriels[4]. Le nombre global de places assises correspond au nombre d’élèves scolarisés dans la classe[5]. Une ou plusieurs pistes graphiques pouvant servir de chevalets de peinture occupent 3 à 4 mètres de longueur, sur une hauteur d’un mètre environ.

    Pour les élèves de Grande Section, un coin d’écriture-lecture a été aménagé. Les élèves assis à une table doivent pouvoir faire face à un grand tableau destiné aussi bien à l’affichage qu’à l’écriture à la main. Ce coin peut être, comme en MS/GS[6], près du tableau de regroupement qui aura alors double usage. On peut aussi l'installer dans un espace réservé aux élèves de Grande Section, rejoints l’après-midi par ceux des enfants de Moyenne Section qui ne dorment pas.

    Enfin, au cours de l’année scolaire, plusieurs coins de jeux seront aménagés et clairement balisés. En cette rentrée, il en a choisi trois principaux et trois secondaires parmi la liste qu’il a établie à l’avance : cuisine équipée, chambre pour animaux en peluche et poupées, établi avec ses outils, garage et piste routière agrémentés de véhicules variés, ferme avec ses animaux, zoo, gare, gros jeux de construction qu’on peut installer silencieusement au sol grâce à des tapis individuels. Le tout est complété par une bibliothèque équipée de rayonnages, de bacs, de fauteuils et d’une table de lecture.

    Si le maître dispose d’une ATSEM à temps plein, ce qui doit être réclamé comme indispensable, il peut envisager d’installer une partie des coins de jeux dans une salle attenante communiquant directement avec la salle de classe.

    Pour l’organisation et l’utilisation de ces espaces réservés aux jeux d’imitation, activités motrices fines, jeux sensoriels et mathématiques, on se reportera aux chapitres II.2.A et II.2.B ou à l’ouvrage Pour une maternelle du XXIe siècle[7].

    • Emploi du temps

    La répartition horaire des parties collectives de l’école[8] ne pose généralement aucun problème, lors du conseil des maîtres de rentrée. En effet, l’enseignant de maternelle est souvent considéré comme prioritaire dans l’utilisation des lieux qui l’intéressent au premier chef en raison du besoin de mouvement et d’espace de ses élèves. Cela lui donne toute latitude pour établir un emploi du temps journalier simple[9], alternant les périodes d’activités selon un rythme immuable.

    La cohésion du groupe étant son premier objectif, c’est par des moments collectifs qu’il choisit de débuter chaque demi-journée. Il tient compte de la fatigabilité des enfants et prévoit pour chacun des quatre regroupements de la journée une durée et des objectifs compatibles avec les rythmes circadiens de ses futurs élèves, modulés selon leur âge.

    Ainsi, ses plus jeunes élèves passant une partie de l’après-midi au dortoir et étant peu disponibles pour des activités de réflexion juste après leur réveil, il leur réserve son attention une partie de la matinée. Les activités d’écriture, de lecture et de mathématiques des plus grands ne sont placées pendant la matinée que dans ce qu’elles ont de répétitif, alors que leur partie collective, qui requiert l'attention du maître, est intégrée aux activités de l’après-midi.

    • Progression

    Si les plus jeunes de la classe[10] en sont encore aux progressions individuelles en étoile qu’on ne peut pas mettre en cases[11], le maître sait que, souvent, ses élèves de GS ont suffisamment aménagé leur personnalité pour avoir désormais les moyens et l’envie de structurer leurs apprentissages. Des progressions au jour le jour deviennent indispensables dans le cadre des deux apprentissages à progression linéaire. Il prévoit donc d'utiliser des méthodes d'écriture-lecture et de numération-calcul-géométrie qu’il déroulera à heures fixes, quotidiennement, selon un ordre précis. Ces méthodes doivent être utilisables dès le début de l’année, grâce à de très courtes séances, variées, basées sur le jeu, les déplacements, les manipulations et la relation affective avec un matériel agréable qui parlera aux enfants[12]

    Les élèves de MS qui le souhaiteront pourront, toujours en auditeurs libres, suivre tout ou partie de la séance collective. Le maître sait qu'ils se sentiront valorisés de jouer avec les grands mais il a bien conscience qu’à part exception, la plupart d'entre eux en restera au stade du jeu, se préparant à comprendre certaines notions sans pour cela suivre toute la progression. Son but n’est pas de pousser ses élèves à grandir de façon désordonnée en privilégiant l’acquisition de l’écrit au détriment des apprentissages moteurs et sensoriels. Il souhaite seulement permettre à tous de profiter des apprentissages moteurs et sensoriels pour jeter leurs premiers jalons vers l’apprentissage de l’écrit.

    Le temps dégagé par l'utilisation de méthodes « clé en main », tant en préparations qu'en temps scolaire, rendra par ailleurs le maître disponible pour ses plus jeunes élèves afin de les accompagner au plus près dans les progressions individuelles.

    • Rôle de l’ATSEM

    Après consultation du conseil des maîtres et de la charte des ATSEM décidée par la commune de rattachement[13]  de l’école, le maître dialogue avec la personne qui travaillera sous sa responsabilité. Il la met au courant des habitudes d’autonomie qu’il compte mettre en place. Il lui lit et commente l’emploi du temps et lui explique clairement ce qu’il attend d’elle à chaque moment :

    - aide matérielle aux élèves de manière à ce qu’ils apprennent à se passer rapidement de l’adulte et apprentissage des gestes d'hygiène et de vie pratique[14]  ;

    - aide à l’encadrement du groupe lors des moments collectifs et apprentissage des gestes techniques[15] ;

    - préparation des matériaux à utiliser pour les ateliers d’expression plastique et des documents ou objets utiles à l’affichage ou à l’exposition au coin de regroupement[16], photocopie d’exercices écrits à destination des plus grands ;

    - installation du matériel de jeux sensoriels et d’imitation accessible aux enfants ;

    - rangement et nettoyage de tout ce qui a été manipulé, utilisé lors de la journée de classe ;

    - classement des travaux d’élèves ; reliure ou collage dans un cahier communiqué aux familles ;

    - prise en charge ponctuelle d’un ou plusieurs élèves lors de l’exécution d’un atelier selon un « cahier des charges » établi à l’avance.

    • Annexes :

    Télécharger « EDT - PSMSGS.pdf »

    Télécharger « Plan MSGS ou PSMSGS.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquistions GS.pdf »

    Dans la même série :

     Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente 

    I. Idées reçues  ; III.1. Trois niveaux dans la même classe ;

    Notes :

    [1] De la TPS/PS à la GS.

    [2] Voir Annexe III, B. Plans de classe.

    [3] Plus modestement définies, ces activités répondent au nom de Patouille et regroupent le dessin, la peinture, le découpage, le modelage, le collage mais aussi le tressage, le tissage, le piquage ou toute autre activité permettant d’exercer conjointement le sens du toucher et celui de la vue afin de mener l’enfant à affiner sa motricité et sa perception visuelle.

    [4] Jeux d’enfilages, de laçages, encastrements, mosaïques, puzzles, dominos, lotos grâce auxquels l’enfant exerce en même temps que ses doigts sa capacité à distinguer et marier les couleurs, à reconnaître formes et grandeurs, à concevoir des algorithmes et à les reproduire, à reconnaître et nommer figures, solides, relations spatiales, couleurs, tailles, …

    [5] Il serait d’une importance capitale que ce nombre n’excède jamais vingt, comme dans toute classe recevant des enfants de moins de cinq ans. On pourrait dans un premier temps tolérer entre vingt et vingt-cinq élèves dans un simple niveau mais, si l’on regroupe des enfants de deux ans à cinq ans neuf mois au début de l’année scolaire, il est important que cela se passe dans les conditions les meilleures : trois ou quatre « tout-petits », et trois groupes de cinq à six « petits », « moyens » et « grands ».

    [6] Voir Chapitre II.2.B (1)

    [7] Grip éditions (www.instruire.fr). Me consulter : Contact

    [8] Salles de motricité, bibliothèque, cuisine, cour, jardin… La salle de propreté, réservée à la classe maternelle y est souvent attenante dans ce type d’école. Elle ne fait pas l’objet d’un tour de rôle. De même, la salle informatique, quand elle existe, est le plus souvent attenante à la classe des grands (CE2/CM). Il conviendra de se mettre d’accord avec l’enseignant de cette classe si l’on souhaite en disposer régulièrement ou ponctuellement.

    [9] Voir suggestion d’emploi du temps en Annexe II.F.

    [10] De la TPS à la MS.

    [11] L’image de la boule de neige peut aussi être utilisée pour expliquer comment se constitue naturellement, sans ordre préétabli, l’agrégat de savoirs, d’habiletés et de savoir-faire d’un enfant de moins de cinq à six ans. 

    [12] Les personnages de la Planète des Alphas en sont un bon exemple. Associés à la méthode  De l’écoute des sons à la lecture (T. Venot, Grip éditions), ils emmèneront tous les enfants de Grande Section sans exception vers la maîtrise approfondie du principe alphabétique sans même qu’ils aient l’impression à un seul moment de fournir des efforts disproportionnés. 
    J’ai tenté, à l’aide de mon amie Sophie Borgnet-Wiktor, de fournir à mes collègues de maternelle l’équivalent de cette méthode de découverte de l’écriture-lecture en publiant, toujours chez Grip éditions, Se repérer, compter, calculer en GS qui propose des séances quotidiennes de mathématiques basée sur la  résolution de problèmes associant connaissance du nombre, calcul, repérage dans l’espace, découverte des formes et grandeurs.

    [13] La réclamer si elle n’existe pas. Souvent, dans les petites communes, on suggère de fonctionner « au feeling ». C’est très bien tant que tout se passe bien mais peut poser de très graves problèmes si l’ambiance se dégrade.

    [14] Se déshabiller, suspendre des vêtements, s'habiller, se boutonner, remonter une fermeture à glissière, nouer une écharpe, des lacets, attacher une boucle de ceinture ou de sandale, etc. 

    [15] Distribuer et ranger le matériel, trier les déchets, balayer, laver des pinceaux et une éponge, essuyer une table, remplir un pot de colle ou de peinture, …

    [16] Découpage, mise en page, plastification, réalisation de panneaux destinés à l’affichage…


    votre commentaire
  • III.1. Trois niveaux dans la même classe

    1. Rentrée des classes

    Très courante dans le monde rural, cette organisation est exceptionnelle dans un cadre urbain où elle n’a cours que dans de très rares écoles. Née alors de la volonté d’une équipe pédagogique convaincue, désireuse de rassembler dans la même salle de classe des élèves d’un même cycle, elle ne suscite alors pas de rejet de la part des enseignants.

    Lorsque la mise en place d’une classe à triple niveau pose problème, c'est le plus souvent parce que, après une fermeture de classe dans l’école, les professeurs des écoles se voient condamnés à quitter un double niveau qui leur semble douillet pour réorganiser leur travail en fonction d’un triple niveau.

    Généralement, après quelques semaines de flottement, ces maîtres, déjà rompus au rythme particulier de la classe à plusieurs niveaux, se sont adaptés et partagent sans difficulté en trois ce qu’ils faisaient jusque-là pour deux.

    Les parents d’élèves, souvent un peu anxieux au départ, réalisent vite que, si leur enfant vit dans une classe où trois âges « entrent en concurrence », en revanche, au sein chacun des groupes, les élèves sont moins nombreux. Le maître passe donc finalement autant de temps en relation duelle avec leur enfant que lorsqu’il n’avait que deux groupes « concurrents » mais beaucoup plus d'élèves dans chacun des deux niveaux.

    La situation la plus délicate sera celle où, après une fermeture de classe, tout ou partie de l’équipe enseignante en place dans l’école aura sollicité son changement, laissant la classe à triple niveau à un nouveau venu n’ayant jamais exercé dans ce type de structure.

    C’est en pensant à lui que cet ouvrage a été écrit. Espérons qu’il l’aide et lui permette d’aborder sereinement cette rentrée un peu compliquée.

    Dans la même série :

    Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.


    votre commentaire
  • II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (2)

     Du CE1/CE2 au CM1/CM2 (2e partie)
    et
    Des associations bizarres

    Voir 1re partie ici :
    II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1)

    Premiers jours de classe 

    Les élèves arrivent à l’école après presque deux mois de vacances. Ils rêvent réussite scolaire, beaux cahiers bien écrits à l’aide d’un matériel tout neuf, activités communes avec leurs camarades, grands jeux de cour et découvertes étonnantes. Cela tombe bien, c’est exactement le programme de leur première journée de classe… et des suivantes.

    Le matériel est prêt pour leur épargner ce qu’ils n’aiment pas, la programmation, la répétition à l’identique, tout ce qu’ils apparentent à un travail à vide qui n’avance à rien et a un goût de reculade devant l’obstacle. Cahiers et classeurs sont déjà prêts et étiquetés ; leurs pages de garde sont complétées, leurs intercalaires ordonnés. Les livres de classe sont triés, posés sur les bureaux et ils n’ont plus qu’à être placés dans les casiers.

    L’emploi du temps est affiché en grand format près du tableau et chaque élève en découvre un, plastifié, sur son bureau. Après l’appel et les présentations d’usage, la classe peut commencer.

    Matinée

    1) Langage oral et écrit :

    - Lecture ; étude de la langue :

    La première lecture de l’année porte souvent sur une rentrée des classes, contemporaine ou plus ancienne. On lit, à voix haute, « comme à l’école », pour que l’expérience de chacun profite à tous.
    Contrairement aux jours suivants, le maître a choisi de faire lire tous ses élèves pour se donner déjà une idée du niveau de chacun. La lecture, commune aux deux niveaux, est interrompue aussi souvent que possible pour des explications, des synthèses intermédiaires, des questions de sens… Si la classe est trop nombreuse pour que tout le monde lise un paragraphe différent, il fait procéder à des relectures, toujours à voix haute ou des relectures partielles pour justifier une réponse à une question de sens.

    Les dernières questions portent sur les phrases du texte, leur nombre de mots, la nature de ceux-ci pour les plus grands, puis leur genre, leur nombre, leur temps et leur personne éventuellement. On continue avec le nombre de syllabes de quelques mots, les lettres qui les constituent, l’alphabet, l’ordre alphabétique.

    Enfin, une partie du texte est observée plus finement car elle sera la matière de la dictée[1] qui suivra. On s’attache à rappeler ce qui est connu parfois depuis plusieurs années : la nature des mots, ceux qui sont variables et leurs critères de variation, selon leur genre, leur nombre, leur temps ou leur personne, les accords qui règnent entre ces mots variables ; on observe attentivement les mots variables et invariables, on les épelle à voix haute, on cherche des liens avec d’autres mots connus… On fait tout, sauf apprendre par cœur des lambeaux de phrases sans les avoir d’abord intelligemment décortiqués et analysés.

    - Exercices écrits ; dictée : 

    La première leçon d’étude de la langue est finie, les plus âgés passent aux exercices écrits dans leur cahier de français. Ceux-ci portent sur les notions revues le jour-même et, s’ils sont progressifs, ils les dispenseront d’avoir à copier puis apprendre par cœur une ou plusieurs formules magiques car le contenu de la leçon sera déjà acquis lorsque viendra le moment de la réviser, le soir, après l’école.

    Les plus jeunes ouvrent aussi leur cahier mais ils restent sous la houlette du maître qui leur dicte leur premier texte de l’année. Considérant la dictée comme un moment d’apprentissage, celui-ci n’hésite pas à faire rappeler ce qui vient d’être observé, expliqué, compris. La correction est immédiate, phrase après phrase pour les plus jeunes[2], paragraphe après paragraphe pour les plus âgés.

    Lorsque cette dictée est corrigée, le maître inverse les groupes et chacun se remet au travail, selon le même principe. 

    Aucun travail supplémentaire n’est imposé aux plus rapides, ils choisissent alors leur activité, librement, en respectant le calme et la sérénité qui doivent régner dans une salle de classe. Cela permet déjà au maître de se consacrer aux plus lents, à ceux qui ont besoin de plus d’aide.

    2) Récréation :

    Le maître donne quelques habitudes d'ordre à ses élèves : ranger la classe et le travail fini avant de se mettre en rang, se déplacer en silence. Il rappelle à tous qu'ils doivent profiter de ces minutes de récréation pour boire et aller aux toilettes.

    3) Mathématiques :

    Après la récréation, le maître met en place la séance de mathématiques. Après un démarrage commun, dans le cas de niveaux successifs, les plus âgés s’aventurent un peu plus loin dans leurs révisions pendant que les plus jeunes passent à l’écrit les premiers.

    Lorsque tout le monde est à l’écrit pour la fin de la matinée, le maître peut se déplacer entre les tables d'élèves et corriger, aider, réexpliquer une notion individuellement ou par petits groupes.
    Il peut aussi, s’il le préfère, s’installer dans un coin de la classe et faire venir à sa table les élèves seuls, deux par deux ou par petits groupes et leur donner l’impulsion qui leur manque pour continuer. 

    La matinée se termine, les deux matières les plus exigeantes intellectuellement ont été traitées et les cahiers peuvent être rangés jusqu’au lendemain. Si, dès le matin, les révisions et préparations à faire à la maison ou à l’étude ont été écrites sur le tableau, certains élèves auront même trouvé le temps de les recopier sur leurs agendas.

    Après-midi

    1) Éducation physique et sportive :

    L’après-midi commence par ce fameux grand jeu que les élèves appelaient de leurs vœux en ce jour de rentrée. C’est une partie de balle au prisonnier, un jeu de l’épervier, un béret ou tout autre jeu de colo qui a traversé les cent trente années d’école obligatoire. Il fédérera le groupe et permettra que des liens se créent entre les enfants.

    Le maître repère quant à lui les timides, les maladroits, les inquiets mais aussi les « individus incomparables et irremplaçables dotés de superpouvoirs » et les « allergiques aux règles et aux lois ».
    Il tente, dès ce premier jour, d’assurer protection et soutien aux premiers mais aussi tutelle et fermeté aux seconds ! Équilibre difficile s’il en est qui a tout intérêt à être installé maintenant, lorsque tout ce petit monde est encore plein de bonnes résolutions et d’envie de réussir son année scolaire. Compliments et encouragements vont bon train, les rappels à l’ordre sont motivés et cherchent à s’appuyer sur l’envie de bien faire de l’enfant en contravention.

    2) Lecture documentaire ; histoire, géographie ou sciences :

    Tout le monde rentre en classe et c’est à nouveau un moment de lecture, choisi en fonction du programme du jour : sciences, histoire ou géographie. On lit à voix haute, on commente, on explique, on relit… Le vocabulaire spécifique est expliqué, si possible par un des élèves du groupe des plus grands, on appelle à la rescousse les souvenirs des années scolaires précédentes pour bien mettre en place cette continuité entre les classes et le respect du maître pour les savoirs de ses élèves.

    C’est naturellement qu’on prolonge ce moment de lecture par la leçon proprement dite en enchaînant observations, moments d’expression orale, lectures, explications… On conclut, dix minutes avant la fin de la séance, par une courte trace écrite recopiée par tous. Les aînés aident leurs cadets à maîtriser le classeur et ses intercalaires diaboliques et on range le classeur jusqu’au lendemain.

    3) Récréation

    4) Langue vivante étrangère, arts visuels, musique :

    Après la récréation, le maître reprend ses élèves autour de lui pour quelques mots de langue vivante, quelques pistes d’arts visuels, quelques notes de musique. La séance est active, visant encore une fois à fédérer le groupe et à donner à chacun envie de la prochaine séance pour continuer ce qui a déjà été commencé et qui l’a mis en appétit. 

    L’année scolaire a démarré, les élèves repartent avec, dans leur cartable, des leçons à revoir, une lecture à lire, un poème peut-être, et dans leur esprit l’idée qu’à l’école, on apprend et on progresse chaque jour pour ne jamais avoir à faire des pas de géant, épuisants et déstabilisants. 

    Premières semaines

    Le lendemain et les jours suivants, le maître continue à donner forme à sa classe, de manière à ce que les enfants sachent qu’ils sont là pour apprendre et réfléchir ensemble, aidés par un adulte bienveillant qui est là pour eux.  

    L’acquisition d’une langue écrite riche, compréhensible de tous grâce à une syntaxe et une orthographe correctes, est le point de départ de la journée de classe. Les élèves savent que l’aisance qu’ils peaufinent chaque jour dans ce domaine est le garant de leur réussite scolaire.  Chaque jour apporte son lot de progrès et développe pas à pas les jeunes corps et les jeunes esprits. Cette facilité à comprendre ce qu’ils lisent, à être sûrs de ce qu’ils écrivent leur fait apprécier les autres disciplines où ils progressent de concert.
    Compter, calculer, découvrir des mondes, des cultures, des phénomènes naturels, des constructions de l’homme, se réjouir au contact d’une œuvre d’art, tout cela devient plus simple lorsqu’on a les mots pour le dire et le comprendre !

    Les élèves, confortés dans leurs capacités, prennent leur autonomie. La cohésion du groupe installe l’envie d’apprendre. Les enfants prennent plaisir aux activités que le maître organise et où chacun a sa place, au milieu de tous ses camarades.
    Ils savent que les activités collectives sont toutes chargées d’une dimension instructive. Chaque jour, chaque élève sait qu’il va au cours des moments institutionnalisés s’exercer avec ses camarades de classe à prendre des repères de plus en plus fins dans le monde des savoirs savants. Chacun sait où il va, confiant dans ses capacités car épaulé par son maître et ses camarades de classe qui avancent avec lui, sur le même chemin.

    c) Des associations bizarres

    Il arrive parfois que, pour des questions d’équilibre des effectifs, on jumelle deux niveaux très éloignés. On voit ainsi naître des classes où huit élèves de Petite Section sont associés à dix-huit élèves de Grande Section alors qu’ailleurs ce sont six élèves de CM2 qui occupent un coin d’une classe de vingt enfants de CP.

    Cette organisation, au départ peu engageante et n’ayant que le mérite d’équilibrer les effectifs des sections sans condamner toutes les classes à accueillir deux niveaux, trouve pourtant ses défenseurs.

    En effet, elle va permettre au niveau le plus chargé de l’être quand même beaucoup moins que d’habitude. Quant au groupe à faible effectif, il bénéficiera d’une année scolaire cocon avec un enseignant qui, quand il s’occupe exclusivement de lui, fait quasiment du cas par cas.

    En revanche, le maître aura beaucoup moins d’occasions de faire du travail collectif et de se baser sur l’intuition des benjamins pour construire les savoirs des aînés. Il pourra difficilement mener en commun quelque séance que ce soit, depuis les matières fondamentales jusqu’aux arts et à l’éducation physique…

    Ce seront bien deux classes fonctionnant en un seul lieu qu’il mènera et non une classe contenant des enfants des enfants d’âges proches s’étalant sur deux années civiles au lieu d'une.  

    Dans la même série :

    Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :
     I. Idées reçuesII.1. Deux niveaux dans la même classeII. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1) II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (2) - c .  

    Notes :

    [1] Le maître a eu soin d’extraire une phrase ou un paragraphe dont la longueur, en mots, est inférieure de 20 % à la longueur d’une dictée de fin d’année pour le niveau en-deçà du niveau concerné. Ainsi les élèves de CE1 auront à écrire une dictée de 10 à 12 mots environ, ceux de CE2, un texte d’une quarantaine de mots, ceux de CM1, 60 mots, ceux de CM2, 80.

    [2] Jusqu’au CE2 inclus.


    votre commentaire
  • II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1)

    2. Mise en route

    D) Classes élémentaires :

    La façon de mener une classe à double niveau en élémentaire dépend essentiellement de ce qu’ont vécu les élèves jusqu’alors. Si tout ou partie de leur scolarité s’est déroulée dans ce type de structure, le maître est le seul à avoir besoin de s’adapter à la nouveauté de la situation. En revanche, si c’est leur première année, il convient d’être très vigilant les premiers temps pour installer chez les élèves cette dynamique qui mène à un exercice de l’autonomie.

    Dans les deux cas, c’est la mise en route de l’année scolaire, au cours du premier jour, puis des premières semaines qui donne l’impulsion et la tonalité souhaitées. Les élèves découvrent dans leur classe un lieu fait pour eux dans lequel tout concourt, dans le cadre d’une discipline librement consentie, à leur développement social, intellectuel et physique.

    b) Du CE1/CE2 au CM1/CM2

    • Organisation de l’espace[1]

    Le coin de regroupement peut désormais être abandonné. Les élèves participent aux activités collectives depuis leur place ou regroupés autour des tables d’arts visuels.

    Cela permet de dégager de la place pour les activités libres en fond de classe, afin que les enfants qui s’y trouvent ne dérangent pas ceux qui sont à leurs places, pour un exercice obligatoire programmé. Cet espace réservé aux temps libres est équipé de placards ouverts proposant livres, jeux de société[2], matériel informatique, appareil permettant de diffuser de la musique.

    Il est organisé pour y pratiquer les activités d’arts plastiques et visuels, dispose d’un point d’eau, de placards accueillant le matériel et les outils, d’une surface murale sur laquelle afficher et peindre. Une ou deux grandes tables sur tréteaux peuvent recevoir les élèves et permettent d’entreposer les travaux en cours sans dommages. Cet espace servira de plus de coin d’expérimentation, en sciences et en géographie.

    La partie de la classe réservée aux Travaux écrits se trouve face au tableau triptyque. Les tables sont installées par niveaux, côte à côte ou en rangées, afin de pouvoir mener tant des travaux en commun que deux activités en parallèle. Les élèves étant généralement bien latéralisés, le maître n’est plus contraint à les installer face au tableau. S'il sait qu'il va accueillir des élèves très calmes et peu sujets à la dispersion et aux bavardages, il peut tenter l'installation en îlots qui permet de gagner de la place. Ces tables disposent toutes d’un casier dans lequel chaque élève entrepose son matériel[3]. Un coin dédié au rangement des cartables pendant la journée de classe permet d’éviter les chaises qui basculent sous leur poids et les travées encombrées !

    • Emploi du temps

    L’emploi du temps est volontairement très simple. Deux moments de lecture oralisée sont institutionnalisés chaque jour, un seul le mercredi.
    Le maître emploiera le premier à faire lire à ses élèves des œuvres ou extraits littéraires, desquels il extraira un fait de langue propre à susciter l’intérêt de la classe pour la ou les notions grammaticales abordées à la suite de ce moment de littérature. Cette lecture, comme le moment d’étude de la langue qui suit, n’est pas attribuée à un seul des deux niveaux.
    Selon les classes, les moments, les niveaux, les thèmes ou les notions qu’il abordera, la lecture sera assurée à voix haute par un groupe ou l’autre, ou par tous les élèves indépendamment de leur âge. Les notions grammaticales s’enchaînant d’année en année, il lui sera facile de décrocher le groupe des plus jeunes à un moment pour continuer avec celui des plus âgés qui auront bénéficié, avant leur leçon proprement dite, d’un moment de révision et de remise à niveau.
    En cours d’année, les exigences évoluant, il pourra modifier cette structure, momentanément ou plus durablement. Le terme Étude de la langue a été choisi afin de pouvoir programmer selon les besoins de la progression un ou plusieurs moments par semaine de grammaire, de conjugaison, de vocabulaire ou d’orthographe.

    Les élèves étant normalement tous lecteurs-scripteurs, les exercices écrits pourront être faits en autonomie s’ils ont été choisis en rapport avec les capacités réelles des élèves. 
    Le moment de dictée quotidien, comme ceux de lecture oralisée ou celui de rédaction du mercredi, donne à la classe le ton des quatre dernières années d’école élémentaire :

    La priorité absolue est l’acquisition d’une langue écrite riche, variée, correcte syntaxiquement et lexicalement.

    C’est cette langue écrite qui conditionnera tout, y compris la langue orale employée à l’école.

    La rédaction, mise à l’honneur tous les mercredis matins, ajoutera à la contrainte orthographique grammaticale et lexicale de la dictée, l’exercice autonome de la progression du sens et de la syntaxe interne de chaque phrase.

    Le cadre des séances de mathématiques est lui aussi volontairement flou. C’est au maître, selon sa progression et la configuration de sa classe, de programmer tant des moments collectifs de travail concret, à l’aide de matériel et d’outils, au tableau ou chacun à son bureau, que des exercices d’application par niveau, des résolutions de problème communes ou en autonomie. Il pourra même, pourquoi pas, très occasionnellement, programmer une leçon presque magistrale, parce qu’il y a des choses qui ne s’inventent pas et méritent d’être fixées, une fois pour toute, par un cours bien conçu, sollicitant l’activité intellectuelle de l’enfant mais dirigé par l’enseignant qui sait où il va.

    L’après-midi démarre par une séance d’EPS, menée en commun, bien entendu. Elle est suivie par la deuxième plage horaire de lecture, réservée aux lectures documentaires. Le maître pourra avantageusement y faire lire à voix haute le groupe qui n’a pas lu le matin lors de la séance consacrée à la littérature. Le texte lu permettra d’introduire le moment quotidien d’histoire, de géographie ou de sciences en exploitant ou élargissant le même thème que celui étudié ce jour-là.

    Après la récréation, cartables rangés, les élèves finissent la journée par un moment de créativité ou d’ouverture culturelle.

    • Progression

    À partir du CE1, toutes les disciplines peuvent être rangées, avec plus ou moins de rigueur, dans la catégorie des apprentissages à progression linéaire structurée. Il est donc plus simple d’établir des progressions enchaînant chaque jour ou chaque semaine la notion ou le savoir-faire succédant aux acquis des séances précédentes, en avançant à pas comptés, comme dans les classes recevant des enfants plus jeunes.

    Pour se simplifier la vie et pouvoir consacrer son temps à suivre réellement ses élèves, le maître choisit de s’entourer d’outils et de méthodes simples plutôt que de passer énormément de temps à préparer sa classe et à créer ses outils. Il a ainsi adopté des méthodes de français et de mathématiques proposant une progression journalière pour chacun des deux niveaux[4].

    Pour l’ensemble des autres matières, son critère de sélection principal a été le bon sens et la connaissance des capacités attentionnelles, inductives et déductives d’enfants d’âge primaire ainsi que leur goût pour la réussite rapide, la découverte constante et l’atteinte d’objectifs simples et progressifs.

    S’il a deux niveaux qui se suivent, il a perçu l’avantage de ne bâtir qu’une progression pour toutes les matières dites secondaires. Les plus jeunes prendront ce qu’ils sont déjà capables de concevoir alors que leurs aînés pourront approfondir ce qu’ils ont déjà abordé l’année précédente.

    En français et en mathématiques, cela est parfois possible mais le risque est grand de faire traîner trop longtemps les plus âgés sur des savoirs qu’ils maîtrisent déjà et d’être ensuite obligé de les presser alors qu’ils abordent de nouvelles données et qu’ils auraient besoin de temps pour en acquérir la maîtrise. Par ailleurs, encourager les élèves à croire que leurs acquis antérieurs sont négligeables en les reprenant à zéro peut leur donner l’idée qu’on ne tient pas compte de leurs capacités mnésiques ou même que la mémorisation est inutile.

    Il vaut mieux donc compter sur l’autonomie des plus âgés et leur capacité à défricher seuls une notion, une connaissance, un savoir-faire et ne concevoir une leçon proprement dite que lorsque la nouveauté est trop grande ou le concept trop difficile, plutôt que de les condamner à suivre un rythme qui n’est plus le leur. A contrario, les plus jeunes seront accompagnés sur toutes les notions jusqu’à ce qu’ils acquièrent les réflexes d’autonomie nécessaires à un travail efficace.

    Annexes :

    Télécharger « Plan 2 niv. élém. sans CP.pdf »

    Télécharger « Matériel individuel 2 niv. élém. sans CP.pdf »

    Télécharger « EDT - 2 niv. élém. sans CP.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquisition CE1.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquistion CE2.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquistion CM1.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquistion CM2.pdf »

    Dans la même série : 

    Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :

     I. Idées reçuesII.1. Deux niveaux dans la même classeII. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (2) - c.

    Notes :

    [1] Voir Annexe III, E.

    [2] Cartes à jouer, jeux de dames, d’échec, puzzles mais aussi jeux de construction de type Mecano, K’nex, etc.

    [3] Voir Annexe V.

    [4] Je conseille :


    votre commentaire
  • II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2)

     Au CP/CE1 (2e partie)

    Voir 1re partie ici :
    II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)

    Premier jour de classe 

    « À quoi sert l’école ?
    - À apprendre ce que nous ne savons pas encore. »

    Voici la réponse que nos élèves devraient tous connaître. Aux enseignants de s’appliquer à transmettre ce message, en paroles peut-être, en actions sûrement.

    Matinée

    1) Langage oral et écrit :

    - Lecture oralisée, langage oral :

    L’entrée en classe effectuée, le matériel collecté si tel est l’usage, le maître s’emploie immédiatement à mettre ne pratique cet adage.
    Les élèves de CE1 prennent leur manuel de lecture[1] et s’installent face à leurs camarades de CP pour leur lire la première histoire de l’année scolaire. C’est un embryon de récit, au vocabulaire simple, aux phrases courtes et répétitives, pour aider à retrouver les réflexes de l’année scolaire précédente[2]. L’intrigue est évidente pour que tous la suivent sans difficulté. Si de plus elle est amusante, le maître part à coup sûr gagnant ! Après cette lecture, parfois très, très hésitante, le maître relit, en surjouant la scène, de manière à capter l’intérêt de tous. L’utilisation de marionnettes ou de petits personnages permettra de faire comprendre l’histoire aux élèves à l’intérêt le plus dispersés.

    Puis il laisse les enfants s’exprimer. Les plus jeunes sont sollicités les premiers, les plus âgés, encouragés à les écouter pour compléter, préciser ensuite ce qui a été dit. Le maître relance l’intérêt par des questions de sens, de vocabulaire, des encouragements à préciser, à reformuler. Il sollicite les hypothèses, la verbalisation de l’implicite, les rapprochements sémantiques, l’interprétation des motivations des héros de l’histoire…

    - Étude de la langue :

    Puis, pas à pas, il entraîne les élèves sur le chemin de l’analyse de la première notion de grammaire qu’il compte faire aborder à tous ses élèves, des plus âgés aux plus jeunes.
    Ce qui sera apprentissage grammatical pour les élèves du Cours Élémentaire 1 sera analyse du langage oral, découverte du principe alphabétique ou même tout simplement vocabulaire pour ceux du Cours Préparatoire.
    La notion rapidement découverte par les élèves eux-mêmes est alors travaillée à l’oral et au tableau, pour tous. Seul le niveau des questions et des attentes distinguera les plus âgés des plus jeunes.

    Lorsque la leçon collective est finie, les plus grands ouvrent leur cahier ou leur fichier[3] et apprennent comment ils doivent présenter leur première journée de travail en suivant les balises que le maître y a placées à l’avance et reproduites au tableau.

    - Geste d’écriture :

    Les élèves de CP rejoignent leurs places et s’installent face au tableau pour observer le geste d’écriture que le maître souhaite leur voir pratiquer. Comme il sait qu’il ne pourra pas être présent pendant toute la séance, il a volontairement ciblé l’exercice bien en-deçà des capacités de ses élèves[4] et ne s’attend pas à des miracles.
    Ce peut-être un coloriage de la ligne d’écriture sur le cahier seyes agrandi, des suites de cinq ou six boucles à tracer sur une feuille blanche qu’on apprend à placer correctement sur la table, un coloriage appliqué de petites surfaces ou une ligne de la lettre qu’on étudiera ensuite, si ses élèves ont la chance d’avoir été initiés à l’écriture cursive et à la gestion d’un cahier à lignes l’année précédente.

    - Dictée ; exercices écrits :

    La première dictée des élèves de CE1 est très courte, très simple. Elle vise juste à mettre le pied à l’étrier. Elle peut avoir été préparée par la leçon d’étude de la langue qui a précédé et synthétiser un de ses acquis, sans prétention ni ambition[5]. Comme elle est amplement commentée à voix haute par le maître et par les élèves invités à s’exprimer, à épeler, à vérifier leur travail, la correction en est rapide, ou même inutile puisque tout le monde a juste !

    Les élèves de CE1 retournent alors à leurs premiers exercices écrit en autonomie, écrits au tableau ou proposés sur fichier et amplement commentés pendant la leçon de grammaire du matin. Pendant ce temps, les élèves de CP sont invités à feuilleter leur manuel de lecture et à en observer attentivement la première page de leçon. Cela permettra au maître d’arriver tout de suite dans le vif du sujet devant quelques élèves ayant déjà pris quelques repères.

    Les élèves de CE1 vont alors évoluer un long moment seuls. Leurs capacités d’écriture et d’autonomie ne leur permettent cependant pas d’être ainsi livrés à eux-mêmes pour aligner exercice sur exercice jusqu’à ce que la cloche les délivre. Il convient de ne leur donner qu’un seul travail simple, décrypté au tableau, parfois même préparé individuellement sur chaque cahier. Le maître peut y ajouter un second exercice, plus ludique, sous forme de fiche photocopiée[6]. Il peut encore profiter de ce que la leçon de lecture des élèves de CP sera encore nécessairement très courte pour préparer avec les plus grands, deux lignes d’entraînement au geste d’écriture qu’ils réaliseront avant de s’entraîner à la grammaire. Enfin, les élèves de CE1 doivent savoir qu’une fois leurs tâches accomplies, ils auront toute latitude pour aller pratiquer une des nombreuses activités libres permises par l’installation de coins d’activités et l’exposition en libre-service de jeux, jouets, matériaux, livres, etc. 

    - Lecture ; dictée :

    Pendant ce temps, le maître s’installe avec ses élèves de CP pour leur première séance de lecture de l’année scolaire. Il sait quelle importance revêt cet apprentissage pour ces petits enfants et leurs familles et ne saurait différer plus longtemps cette attente[7].

    Observation d’images ou d’objets, expression orale, écoute et attention auditive, observation et attention visuelle, geste d’écriture, le tout toujours sous-tendu par la compréhension lexicale et technique, se succèdent alors, selon l’ordre recommandé par le livre du maître de la méthode de lecture utilisée[8].
    La séance se termine par cinq minutes d’observation attentive du geste d’écriture permettant d’écrire seul, et correctement, la ou les lettres étudiées dans cette première leçon. Ce travail d’observation débouchera sur une dictée de ces lettres, au tableau, enfant après enfant, dans le cas de classes qui découvrent réellement l’écriture cursive, sur l’ardoise ou même sur le cahier si le maître en sait les élèves capables.

    2) Récréation :

    Le maître donne quelques habitudes d'ordre à ses élèves : ranger la classe et le travail fini avant de se mettre en rang, se déplacer en silence. Il rappelle à tous qu'ils doivent profiter de ces minutes de récréation pour boire et aller aux toilettes ; au besoin, il organise un passage dans la salle de propreté de l'école pour bien mettre en place ces bonnes habitudes.

    3) Mathématiques :

    - Jeux et manipulations collectives :

    Après la récréation, la première séance de mathématiques débute dans la cour ou la salle polyvalente de façon à ce que les élèves, de CP comme de CE1, vivent corporellement les mathématiques. Ce qui sera découverte pour les plus jeunes sera renforcement pour les plus âgés ; quant à ce qui pourrait être découverte au CE1, il n’est vraiment pas dangereux que les élèves de CP s’y trouvent confrontés, en auditeurs libres, prêts à en assimiler quelques bribes, sans pression ni attente de la part de l’adulte…

    De retour en classe, on continue les manipulations au tableau, dans le coin de regroupement, avec du matériel concret. Ceux qui savent déjà écrire font profiter de leur savoir les plus jeunes qui découvrent ce super-pouvoir digne des meilleurs super-héros !

    - Exercices écrits et jeux :

    Ce n’est qu’en fin de séance que chaque groupe s’individualise pour réaliser quelques exercices propres à rendre inutile une leçon de mathématiques copiée dans un cahier et apprise par cœur à la maison, comme au bon vieux temps qui n’a jamais existé.

    Après ce passage par la trace écrite, la matinée se termine dans le calme d’un temps de jeux libres. Le maître laisse les élèves explorer les coins-jeux et les étagères, se réservant le droit d’orienter plus tard les plus grands vers des jeux réellement mathématiques. Aujourd’hui, c’est le Premier Jour et ses élèves en ont déjà fait beaucoup ! Chacun joue, si possible dans le calme, et le maître est à la fois nulle part et partout, s’intéressant à tous sans être monopolisé par certains.

    Après-midi

    1) Musique, chant :

    L’après-midi, le groupe est accueilli dans la cour, sous le préau ou dans la salle de musique. Il se ressoude en apprenant à chanter en chœur une mélodie simple, à pratiquer un jeu instrumental amusant ou en écoutant un extrait musical qui sera prétexte à expression corporelle si les locaux le permettent. Si cela n’est pas possible, ce moment d’expression (danse, mime) prendra place, de manière routinière, pendant l’une des séances d’EPS de la semaine.

    2) Lecture, exercices écrits :

    De retour en classe, après la reprise à l’identique de la leçon de lecture du matin pour les élèves de CP, le maître guide la réalisation de la première page du cahier d’exercices correspondant à la méthode de lecture. Pendant ce temps, les élèves de CE copient[9] sur leur agenda ou leur carnet le travail qu’ils feront à la maison. Ils réalisent un dernier exercice de français ou de mathématiques, illustrent la poésie qu’ils apprendront bientôt, relisent silencieusement leur page de lecture…

    3) Questionner le monde :

    Le travail par niveaux est fini pour la première journée. Les bureaux sont rangés, les cartables sont prêts. Le maître installe alors tous ses élèves pour un exercice d’observation simple. Il a choisi, selon sa sensibilité, de commencer par l’Histoire, la Géographie, les Sciences ou la Technologie. L’important est que les élèves, dès le premier jour, découvrent le plaisir d’apprendre, la joie d’observer attentivement, de formuler des hypothèses, d’expérimenter, de confronter leurs savoirs… En bref, qu’ils apprécient et fassent leur le sérieux d’un apprentissage commun.

    Ce que le maître leur propose, ce sont des connaissances, riches et variées. Les compétences comportementales que feront naître ces savoirs sont une conséquence de cette accumulation de données qu’il convient de rapprocher, d’opposer, de lier, de combiner. L’enfant est heureux des connaissances qu’il accumule, alors que le maître est satisfait de ce qu’il installe, au jour le jour, sans précipiter ni retarder au prétexte qu’il est indispensable, ou inutile, qu’un enfant de six à huit ait acquis tel comportement savant[10] ou telle connaissance académique…

    Il ne s’agit pas cependant de faire le tour de la question mais plutôt juste un petit tour de piste, une mise en jambes intellectuelle qui, elle aussi, donne le ton de l’année scolaire qui commence. « Mens sana... », pense le maître… « ...in corpore sano ! » répondent les élèves qui, après deux mois de vacances, ont des fourmis dans les jambes !

    4) Éducation physique et sportive :

    Vite ! La marque de fabrique de l’école républicaine et des grands mouvements d’éducation populaire est en train de disparaître du paysage scolaire, tuée par la bouffissure de ses prétentions associée au manque chronique de temps.

    Pourtant, elle participait si bien à l’acquisition des valeurs de partage, de solidarité, d’échange, de camaraderie, pas toujours perceptibles dans le sport associatif encouragé de toute part à produire des champions. Pourtant, elle donnait l’occasion aux élèves à l’intelligence plus pratique de briller face à leurs camarades plus à l’aise dans les domaines intellectuels. Pourtant, elle permettait cette première compréhension concrète de l’espace et du temps, celle vécue corporellement, intégrée sans même s’en rendre compte.

    - Un petit échauffement tout simple qui servira aussi à fixer la latéralisation de certains, à enrichir le vocabulaire d’autres, à en calmer et concentrer quelques-uns.
    - Un jeu collectif, avec ou sans ballon, héritier des fameux jeux de colo ou de patronage.
    - Un exercice plus dirigé qui permettra, lorsque son apprentissage sera intégré par tous, de progresser dans le grand jeu.
    - Enfin, un retour au calme, assis en rond, pour un dernier jeu d’attention visuelle ou auditive et le tour est joué.

    Les enfants sont ravis, le maître n’a pas été obligé de redécouvrir l’Amérique en créant de toutes pièces une séance parfaite, s’insérant dans une progression extraordinaire aux objectifs hallucinants, truffée de mots compliqués. Demain, ils recommenceront et, peu à peu, les enfants progresseront, à leur rythme, entraînés par leurs camarades et leur maître, contents de bouger et de maîtriser leur corps. 

    5) Récréation

    6) Arts Visuels ; anglais :

    Après la récréation, c’est pour une autre des marques de fabrique de l’École, tendance Éducation Nouvelle ou École Active, que la classe se réunit encore une fois. Pendant la dernière partie de la journée, les élèves vont s’exprimer, par le dessin et les arts plastiques.

    Dans ces domaines-là non plus, point n’est besoin de grands mots, d’objectifs échevelés, de projets démesurés. L’enfant aime se voir progresser, il apprécie beaucoup moins d’être entraîné vers la noyade ou condamné au rôle d’exécutant des basses œuvres d’une production adulte  bien trop sophistiquée pour ses faibles moyens. Le maître a donc choisi une œuvre plastique[11] facile à analyser, à commenter, à s’approprier de manière à pouvoir l’intégrer à une production personnelle.

    Premières semaines

    Le lendemain et les jours suivants, le maître continue à donner forme à sa classe, de manière à ce que les enfants sachent qu’ils sont là pour apprendre et réfléchir ensemble, aidés par un adulte bienveillant qui est là pour eux.  

    Le rythme des journées, toujours identique, permet  l’acquisition de repères temporels sûrs. Le maître aide ses élèves en variant le moins possible l’ordre et la durée des activités.  L’acquisition du rythme hebdomadaire, ainsi que le nom des jours se stabilise grâce aux activités variées de l’après-midi. 

    Lecture et littérature sont le point de départ de la journée de classe. Les élèves savent que l’aisance qu’ils acquerront dans ces domaines sera le garant de leur réussite scolaire, au moins pendant toutes leurs années d’école élémentaire. 
    Le vocabulaire, la syntaxe, travaillés tant à l’oral qu’à l’écrit pendant les deux tiers de chaque matinée, leur assurent une compréhension de plus en plus fine de la langue et de son code écrit, ce qui leur servira toute la journée, au cours de chaque activité.  Chaque jour amène son lot de progrès et développe pas à pas les jeunes corps et les jeunes esprits...

    Les temps de la journée ont pris rapidement leur place.  La durée des activités, ponctuée par la sonnerie d’un minuteur, aide les élèves à garder présentes à l’esprit les échéances du temps qui passe. Les élèves, confortés dans leurs capacités, prennent leur autonomie. La cohésion du groupe installe l’envie d’apprendre.
    Les enfants prennent plaisir aux activités que le maître organise où chacun a sa place, au milieu de tous ses camarades. Ils ont compris que ces activités collectives sont toutes chargées d’une dimension instructive.

    Les apprentissages, grâce à leur place prépondérante et leur caractère routinier, se sont vite structurés. Chaque jour, chaque élève sait qu’il va au cours des moments institutionnalisés s’exercer avec ses camarades de classe à prendre des repères de plus en plus fins dans le monde des savoirs savants. Chacun sait où il va, confiant dans ses capacités car épaulé par son maître et ses camarades de classe qui avancent avec lui, sur le même chemin.

    Dans la même série :

     Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :
     I. Idées reçuesII.1. Deux niveaux dans la même classeII. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (2) - c.  

    Notes :

    [1] L’utilisation d’un manuel de lecture, composé de contes et de récits complets, adaptés aux capacités de lecture d’un enfant de tout juste sept ans, complété d’exercices de compréhension et de vocabulaire, est un confort qui nous est refusé aujourd’hui. Rien ne nous empêche cependant de nous en concocter un, mêlant textes « classiques » et extraits de romans « modernes ». À moins que nous préférions fouiller les vide-greniers et retrouver ces petits ouvrages qui enchantaient les élèves et les entraînaient, progressivement donc sûrement, vers la pratique fluide et aisée de la lecture.

    [2] Certains élèves n’auront pas lu une ligne de tout l’été, il faut le savoir.

    [3] Voir Annexe V, dans II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)

    [4]  Voir site Écriture-Paris, onglet « Pour les enseignants ».

    [5] Le fichier Étude de la langue propose les lettres, les syllabes et les mots comme première leçon. On peut par exemple envisager que la dictée de ce premier jour soit celle de l’alphabet, lettres séparées par des virgules ; comme il évoque aussi les syllabes, la dictée peut être le prétexte pour séparer en syllabes quelques mots très simples…

    [6] Celui-ci peut être une anticipation du travail prévu pour le lendemain. Plus les élèves seront préparés en amont à ce qu’ils vont découvrir ensuite et plus le temps d’intervention du maître sera optimisé.

    [7] Un jeune Nans était revenu fort dépité de sa première matinée de CP et avait reproché à sa mère : « Tu m’avais dit qu’au CP, j’apprendrais à lire et on n’a rien fait ! À cause d’elle, je ne sais toujours pas lire ! »

    [8] Voir II.2.C, Mise en route - GS/CP (2), pour un exposé plus détaillé des tenants et des aboutissants de cette première séance de lecture au CP. Voir aussi la mise en garde quant aux méthodes de lecture que nous évoquons dans cet ouvrage.

    [9] Je conseille de ne pas faire copier les « leçons » aux élèves de CP mais de coller ou de faire coller dans leur agenda une feuille photocopiée qui récapitule pour les parents ou l’association d’aide aux devoirs quel sont les courtes tâches à effectuer chaque soir de la semaine.

    [10] Les principes de la démarche d’investigation, au CP, guidé par le maître, je suis d’accord ; seul, en autonomie, même par reproduction, est-ce bien raisonnable ?...

    [11] Excellente progression pour le CP, facilement adaptable pour des élèves de GS, sur ce site : http://ouiphi.eklablog.com/une-progression-pour-le-cycle-2-c25389902. Pistes musicales dans Une année au concert, cycle 2, Scéren.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique