• II. 2. Mise en route - PS/MS (1)

    II. 2. Mise en route - PS/MS (1)

    2. Mise en route

    La cohésion du groupe et l’autonomie matérielle de chaque individu, c’est ce que l’enseignant installera et cultivera dès les premiers jours dans sa classe à deux niveaux. Et, s’il tient à ce que ses élèves profitent rapidement des avantages que cela leur procurera, il sait que ce n’est pas en attendant que les élèves décident d’eux-mêmes des règles de vie ou de l’organisation du travail à mettre en place qu’il gagnera du temps. Dès avant la rentrée, il a réfléchi à l’organisation générale de sa classe et c’est dans un monde organisé qu’il a installé ses élèves.

    A) En Petite Classe[1]

    • Organisation de l’espace[2]

    L’espace au sol de la salle de classe est dégagé, un grand coin de regroupement est prévu, près d’un tableau d’affichage à hauteur d’enfant. Près de ce dernier, il a aménagé une bibliothèque équipée de rayonnages, de bacs, de fauteuils et d’une table de lecture.

    Deux ou trois tables ovales à six places sont installées près des étagères à matériel destiné à l’exercice de l’expérimentation et de la créativité plastique[3]. D’autres, individuelles ou collectives, sont installées près des placards ou sous des étagères contenant le matériel de jeux sensoriels[4]. Le nombre global de places assises correspond au nombre d’élèves scolarisés dans la classe[5].

    Une ou plusieurs pistes graphiques pouvant servir de chevalets de peinture occupent 3 à 4 mètres de longueur de mur, sur une hauteur d’un mètre environ.

    Enfin, plusieurs coins de jeux sont aménagés et clairement balisés. Ils peuvent accueillir par exemple (par roulement dans l’année) : une cuisine équipée, une chambre pour animaux en peluche et poupées, un établi avec ses outils, un garage et une piste routière agrémentés de véhicules variés, une ferme avec ses animaux, un zoo, une gare, des gros jeux de construction qu’on peut installer silencieusement au sol grâce à des tapis individuels. En ce début d’année, il a privilégié trois coins qui rappellent le plus la vie quotidienne : cuisine, chambre d’enfants, garage et piste routière et un quatrième, plus éloigné du quotidien : zoo, ferme ou établi, par exemple. 

    - Le coin de regroupement

    Le coin de regroupement sera le lieu central de sa pédagogie, l’endroit privilégié où s’effectuera l’accueil[6]  du matin et de l’après-midi. Son enceinte en est matérialisée par des bancs, des chaises ou des claustras très bas[7]. Les élèves pourront y faire face à un grand tableau destiné aussi bien à l’affichage qu’à l’écriture à la main. Devant ce tableau, une table basse permettra d’exposer objets, matériaux, fruits, plantes, ou même provisoirement animaux en cage ou en bocal… En dehors des moments de regroupements, sa surface pourra être utilisée pour déplier des tapis de jeux individuels ou de petits groupes.

    - Rangements des effets personnels

    Dans le vestiaire, chaque porte-manteau sera bientôt agrémenté d’un dessin très simple différent de tous les autres[8].  Dans la classe, on retrouve ces mêmes signes distinctifs sur un trieur à casiers. Ces signes se retrouveront ensuite sur tous les objets attribués à chacun des élèves : cahiers de liaison, gobelets, sacs à pantoufles, casiers à gants et bonnets, etc. Sur le bureau du maître, est affichée la liste des élèves[9] sur laquelle chacun de ces petits symboles correspond à l’un des enfants.

    • Emploi du temps

    Après la répartition horaire des parties collectives de l’école[10] lors du conseil des maîtres, l’enseignant a établi un emploi du temps journalier simple[11], alternant les périodes d’activités selon un rythme immuable.

    La cohésion du groupe étant son premier objectif, c’est par des moments collectifs qu’il a choisi de débuter et de clore chaque demi-journée. Il a tenu compte de la fatigabilité d’enfants si jeunes et prévu pour chacun de ces quatre moments collectifs une durée et des objectifs compatibles avec les rythmes circadiens de ses futurs élèves.

    Les activités favorisant l’autonomie de chacun faisant partie de son projet pédagogique, il les a intégrées à son emploi du temps comme des moments d’apprentissage. Enfin, parce qu’il sait qu’avant cinq ans, les différences individuelles sont souvent très importantes sans que cela ne présume en rien des capacités futures de chacun, il a prévu de longues plages horaires pendant lesquelles l’enfant, en tant qu’individu, apprend à son rythme, dans l’ordre qui lui convient, par l’activité, l’échange avec ses pairs, le dialogue avec l’adulte.

    • Progressions et évaluations

    Les rythmes individuels prenant encore largement le pas sur le rythme d’apprentissage collectif, le maître n’a mis en place aucune progression d’étape pour le moment. En revanche, il connaît sur le bout des doigts les connaissances et capacités qu’il compte faire acquérir d’ici la fin de l’année pour ses deux niveaux d’enseignement. Cela lui permettra tout au long de l’année de se laisser guider par les objectifs de ses élèves et leur irrépressible besoin de grandir, sans risquer de faire des impasses sur telle ou telle compétence essentielle.

    Il n’a pas prévu non plus de livrets d’évaluation, même cachés sous l’appellation de cahier individuel de réussites. Ses élèves grandiront forcément et leurs progrès suivront cette croissance, immanquablement. Il sait bien qu’ils n’ont nul besoin d’un cahier pour consigner ce qu’ils considèrent comme leurs réussites. Ils ont leur voix, claironnante, et sauront très bien tout seuls découvrir la chansonnette que tous les enfants entonnent lorsqu’ils sont fiers d’eux : « Eh ben moi, je sais faire… du vélo… sans rouleeeet-teuh !... Nananère ! »

    En revanche, il est prêt à les accepter tels qu’ils sont, avec leurs intérêts et leurs lenteurs de tout-petits, ne sachant parfois ni parler, ni écouter, ni dessiner, ni chanter, ni raconter, ni… et pourtant susceptibles de tant apprendre, tant comprendre qu’on peut dire que leur âge est celui des plus grands exploits ! Pour cela, toute l’année scolaire, il se tiendra près d’eux, avec eux, à leur écoute, tous ses efforts consacrés à les encourager, les aider et les soutenir sans jamais les brusquer ou les juger.

    • Rôle de l’ATSEM

    Après consultation du conseil des maîtres et de la charte des ATSEM adoptée par la commune de rattachement de l’école, il a dialogué avec l’ATSEM qui travaillera sous sa responsabilité. Elle a été mise au courant des habitudes de cohésion et d’autonomie qu’il compte mettre en place dès les premiers jours. Il lui a lu et commenté l’emploi du temps et lui a clairement expliqué ce qu’il attend d’elle à chaque moment :

    - aide matérielle aux élèves de manière à ce qu’ils apprennent à se passer rapidement de l’adulte dans les tâches les plus simples[12] ;

    - aide à l’encadrement du groupe lors des moments collectifs ;

    - préparation des matériaux à utiliser pour les ateliers de « patouille » et des documents ou objets utiles à l’affichage ou à l’exposition au coin de regroupement ;

    - installation du matériel de jeux sensoriels et d’imitation accessible aux enfants ;

    - rangement et nettoyage de tout ce qui a été manipulé, utilisé lors de la journée de classe ;

    - classement des travaux d’élèves et reliure ou collage dans un cahier communiqué aux familles ;

    - prise en charge ponctuelle d’un ou plusieurs élèves lors de l’exécution d’un atelier selon un « cahier des charges » établi à l’avance.

    (À suivre, le premier jour de classe)

    Annexes :

     

    Dans la même série :

    I. Idées reçues

     II.1. Deux niveaux dans la même classe

    II. 2. Mise en route - PS/MS (2)

    Notes :

    [1] Classe de Petite et Moyenne Sections, regroupant des élèves de 2 à 4 ans.

    [2] Voir Annexe III, A. Plans de classe.

    [3] Plus modestement définies, ces activités répondent au nom de Patouille et regroupent le dessin, la peinture, le découpage, le modelage, le collage mais aussi le tressage, le tissage, le piquage ou toute autre activité permettant d’exercer conjointement le sens du toucher et celui de la vue afin de mener l’enfant à affiner sa motricité et sa perception visuelle.

    [4] Jeux d’enfilages, de laçages, encastrements, mosaïques, puzzles, dominos, lotos grâce auxquels l’enfant exerce en même temps que ses doigts sa capacité à distinguer et marier les couleurs, à reconnaître formes et grandeurs, à concevoir des algorithmes et à les reproduire, à reconnaître et nommer figures, solides, relations spatiales, couleurs, tailles, …

    [5] Il serait d’une importance capitale que ce nombre n’excède jamais vingt, comme dans toute classe recevant des enfants de moins de cinq ans. On pourrait dans un premier temps tolérer entre vingt et vingt-cinq élèves dans un simple niveau mais, si l’on regroupe des enfants de deux ans à quatre ans neuf mois au début de l’année scolaire, il est important que cela se passe dans les conditions les meilleures : trois ou quatre « tout-petits », cinq ou six « petits » et environ une dizaine de « moyens ».

    [6] Au besoin, si l’accueil a encore lieu en classe, les parents qui y amèneront leurs bambins seront gentiment conviés à quitter la pièce au plus vite pour ne pas déranger la singulière alchimie qui est en train de créer, à partir de vingt et un individus disparates, un groupe-classe avec sa vie propre, ses aventures, ses découvertes, ses acquisitions.

    [7] Plus tard dans l’année scolaire, un simple balisage au sol pourra convenir et libérer l’espace au sol.

    [8] Un soleil, une lune, un arbre, une marguerite, une auto, un bonnet à pompon, des lorgnons, un bonbon, une sucette, une pomme, …, tous stylisés à base de figures géométriques simples, de façon à ce que très vite, les élèves de Moyenne Section puissent, sans peine, s’en servir pour signer leurs œuvres.

    [9] Prénom et nom de famille pour aller plus vite lorsqu’il s’agit de communiquer rapidement avec un parent venu chercher son enfant. « Madame la maman de Pierre », ça a toujours un petit côté bizarre et il n’est pas difficile d’apprendre vingt noms de famille comme on a appris vingt prénoms.

    [10] Salles de motricité, de propreté, bibliothèque, cuisine, salle informatique, cour, jardin…

    [11] Voir suggestion d’emploi du temps en Annexe II.

    [12] Déshabillage, suspension des vêtements, enfilage et boutonnage de plus en plus autonomes des vêtements, passage aux toilettes, lavage des mains, capacité à se déplacer calmement, sans courir ni bousculer, rangement du matériel utilisé et des travaux réalisés, nettoyage de l’espace de travail de plus en plus autonome…

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    cyriaque
    Dimanche 12 Mars à 10:54

    Très très intéressant, merci, vivement la suite !

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