• En recul de 30 % !

    Je suis dépitée, ravagée, désespérée... Tels les écoliers français qui ont été testés par PIRLS, je suis en baisse de 30 %...
    Enfin, pas moi, mais les manuels scolaires que j'ai écrits... Mais c'est pareil. Surtout que, contrairement à l'année antérieure, je pouvais désormais compter sur les droits d'auteur supplémentaires que me procurerait Pour une Maternelle du XXIe Siècle.
    Celui-là, si j'ai bien compté, il s'en est vendu 245... en deux ans... la honte... la loose totale ! L'électricienne du cœur en vend des milliers en trois mois pendant que mes copines[1] et moi, nous n'arrivons péniblement qu'à un petit quart de mille en deux ans !

    Pour les autres, et tout particulièrement mes chouchous, Écrire et Lire au CP et Se Repérer, Compter, Calculer en GS, je n'ai pas encore reçu le décompte. Mais je crains le pire...

    Ce n'est pas tant pour l'argent que je ne toucherai pas que cela me tracasse à ce point. J'ai reçu tout de même juste assez pour contribuer à aider une famille pendant tout l'hiver. J'aurais bien sûr aimé pouvoir faire plus mais tant pis, c'est déjà ça.

    Ce n'est pas non plus d'avoir bûché, de m'être décarcassée pour aller au plus pratique, au plus efficace, d'avoir donné du temps, de la sueur et même des larmes pour défendre mon point de vue et tenter de rendre accessible un savoir, une expertise, des connaissances, appelez ça comme vous voulez...

    Non, ce qui m'attriste le plus dans l'histoire, c'est de voir que ces dix années d'efforts n'ont servi à rien... ou si peu... et que nos petits CP, nos jeunes CE1, sans parler des CE2 et des CM vivent toujours les mêmes expériences... Tout comme leurs petits frères et sœurs de maternelle, d'ailleurs.

    Ce qui me peine, c'est qu'il existe toujours des petits enfants qui, dès l'âge de deux ou trois ans, sont priés de reconnaître les lettres de l'alphabet, dont ils ne découvriront l'usage magique que trois ou quatre ans plus tard, s'ils l'apprennent jamais...
    C'est qu'ils aient toujours des professeurs qui ont besoin d'un « outil » particulier, d'un créneau inscrit à leur emploi du temps et d'une grille d'objectifs à atteindre quasiment tel jour à telle heure, pour leur faire « pratiquer la narration et la compréhension ».

    Ce qui me couvre de honte, c'est qu'il existe toujours des classes de GS où l'on exerce séparément les compétences phonologiques, la reconnaissance des lettres en majuscules, leur écriture, toujours en majuscules, et la compréhension orale et écrite, sans jamais proposer aux enfants de les associer entre elles ni leur faire découvrir l'extraordinaire conquête que cette mise en synergie offre sur un plateau...  

    Ce qui me fait bondir, c'est qu'il y ait encore une majorité de classes de CP où l'on continue, avec le succès que l'on sait, à psalmodier des syllabes une à deux fois par semaine et à écouter lire les adultes le reste du temps... C'est aussi que, dans les autres classes de CP, ce soit la psalmodie de syllabes qui tienne le haut de l'affiche et que les enfants n'aient accès à la lecture compréhensive qu'en récompense, après, s'il reste du temps...

    Ce qui me fait hurler de rage, c'est que, dans certains CE1, on puisse encore trouver jusqu'à un quart ou un tiers de non-lecteurs à la rentrée des classes. Que dans d'autres, un petit garçon mignon m'apprenne qu'« on ne lit pas d'histoires parce que c'est pour les CP » et que le travail de lecture se résume à la lecture, hebdomadaire, d'un « tableau de son » sans aucun intérêt narratif.
    Que dans ceux où on lit, on en soit encore et toujours à quatre ou cinq petits albums par an, parce qu'on est plus préoccupé à « faire trouver une thématique » aux enfants qu'à leur assurer un accès à la lecture rapide et immédiatement compréhensive.

    Et enfin, ce qui me désespère, c'est qu'après ces cinq à six années de gâchis, on n'ait toujours pas redressé la barre, que des élèves de huit à neuf ans (CE2) « étudient » en classe Roule Galette ou Le loup qui voulait changer de couleur, comme leurs petits frères et sœurs de maternelle, sans doute parce que, parmi eux, il y a de si faibles lecteurs que l'enseignant ne peut pas prétendre à plus.
    Ce qui m'horripile c'est que les remèdes proposés pour « guérir » les élèves des troubles que les méthodes préconisées ont causés sont toujours les mêmes, que de « fluence » en « enseignement de la compréhension », mes collègues continuent à atomiser les compétences de leurs élèves, persuadés qu'ils sont par leur hiérarchie, leurs formateurs et leurs maîtres es-pédagogie-de-la-lecture; qu'il n'est pas possible de procéder autrement.

    Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé d'agir sur les forums, les réseaux sociaux, ce blog, quelques journaux, mais non, rien, aucune ouverture.
    J'ai sans doute souvent joué le mauvais cheval, j'ai très certainement été trop cassante avec certains, je n'ai sûrement pas été assez prête à courber la tête quand on me le demandait. Cela m'a valu encore récemment des exclusions, des portes fermées. Cela me vaut surtout cette invisibilité, ce peu d'audience, cette absence de retours...

    C'est tellement rageant d'avoir la certitude de détenir non pas la panacée, mais tout de même des solutions pratiques et fiables et de ne pas parvenir à les diffuser, même quand on les donne[2]...

    Si le cœur vous en dit :

    Pour vos cadeaux de Noël, n'oubliez pas :

    Y aura-t-il de la pédagogie pour Noël ?

    CP : Mon enfant ne déchiffre pas

    Notes :

    [1] Françoise Svel, la correctrice, et Sophie Borgnet, l’illustratrice.

    [2] Je propose toujours un outil « révolutionnaire » en lecture pour la classe de CE1, ou même CE2. Je l’offre à qui le veut et je suis prête à dialoguer avec un éditeur sérieux, capable de lui donner une audience normale, pour une éventuelle édition papier.


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  • Y aura-t-il de la pédagogie pour Noël ?

    L’an dernier à la même époque, le monde scolaire et parascolaire (c’est-à-dire, en vrac, les réseaux sociaux, la presse, la radio, la télévision, les librairies et même les rayons des supermarchés) s’enthousiasmait pour un « produit nouveau », totalement révolutionnaire selon leurs dires et donc indispensable à tout éducateur qui se veut innovant.

    De cet engouement découlèrent mille conséquences toutes plus extraordinaires les unes que les autres.

    La plus importante de toutes fut de faire connaître au grand public l’une des pédagogies qui permirent à nos ancêtres du tournant du XIXe siècle d’aider les familles en difficulté – et par là même, leur Patrie – à éduquer les jeunes enfants. Ce qui est dommage, c'est qu'elle éclipsa toutes les autres, dont de fort valables... Mais nous y reviendrons.

    La plus amusante, ou la plus opportuniste penserait sans doute « l’illustrissima dottoressa », ce fut de voir les marchands du Temple se précipiter dans la faille et qualifier de « Montessori » tout jouet fabriqué en Chine pourvu qu’il fut en bois et ait de belles couleurs !

    La plus époustouflante, ce fut sans contestation possible que tant de monde soit convaincu sur la foi d’une seule personne ayant mené en un seul lieu, dans des conditions matérielles très favorables et pour tout dire exceptionnelles, une expérience unique, de très courte durée, ne concernant qu’une cohorte d’une petite trentaine de sujets !

    Et la plus triste, ce fut que, de câblage électrique en étalage de guimauve sirupeuse, certains en déduisirent qu’il fallait tuer l’Éducation Nationale, cet animal préhistorique incapable, sur la foi de ce témoignage hautement scientifique, de tout chambouler en deux semaines pour se décider enfin à aider « l'être humain à révéler sa belle et lumineuse nature »...

     Toutefois et quoi qu’on en pense, cette petite opération marketing a atteint son but et, au soir de Noël, du bas en haut de l’échelle sociale, de la modeste charentaise de simples PES[1] à la Richelieu en cuir pleine peau de directeurs de think tank, ce furent plus de deux centaines de milliers de petits souliers que le Père Noël garnit de l’ouvrage né des constatations d’une toute jeune professeur des écoles à la vocation d’électricienne au cœur rempli d’amour.

    C’est bien. Tout est bien. Un peu excessif sans doute. Mais c’est bien.

    Seulement voilà. La mode, il faut que ça bouge. Beaucoup. Et vite. Vous n’allez pas pouvoir refaire le coup des Lois naturelles de l’enfant cette année. Enfin, je ne pense pas. Il va falloir vous creuser la cervelle...

    Heureusement, il existe d’autres auteurs, ayant écrit d’autres livres, à partir d’autres expériences. J’oserais même dire que certains ont attendu bien plus longtemps avant de considérer qu’ils pouvaient désormais transmettre un savoir-faire éclairé par trente-cinq années de pratique dans des dizaines de classes, les ayant amenés à côtoyer plusieurs centaines d’enfants.

    Alors, cette année, puisque c’est bientôt Noël, si vous avez dans votre entourage des PES, des PE, des journalistes, des libraires, des directeurs de supermarchés, des Inspecteurs, des Recteurs, des Directeurs de Cabinet ou des Ministres de l’Éducation Nationale, et même, pourquoi pas, des concepteurs de réseaux sociaux, offrez-leur Pour une Maternelle du XXIe Siècle, le livre qu’il faut avoir lu !

    Son auteur, votre humble servante, « fuyant les débats simplificateurs et les pétitions de principes, vous y livre, en plus d’une argumentation solide, une suite de conseils pratiques, sous forme de recommandations, d’exemples de programmation, et surtout d’une multitude de petites saynètes vivantes, auxquelles le style et les illustrations de Sophie Borgnet apportent la force de l’évidence[2] ».

    Si vous hésitez encore, pour de plus amples renseignements, vous pourrez consulter sur ce blog le sommaire de cet ouvrage ainsi que quelques extraits :  Utile ou inutile ? ; ABCD de l'égalité  ; Trop petits pour être obligés... ; Deux ans et déjà à l'école ?

    Alors, n’attendez plus, lancez la mode et commandez dès aujourd’hui Pour une Maternelle du XXIe Siècle, soit directement chez l’éditeur, soit ici même en me joignant grâce à l’onglet Contact ; je me ferai un plaisir de vous faire grâce des frais de port.

    Y aura-t-il de la pédagogie pour Noël ?

    Et, si la Maternelle vous intéresse peu, mais que vous aimez l’École, la vraie, celle dont les enseignants continuent année après année, malgré les difficultés, celle qu'ils racontent au jour le jour, par petites touches, offrez-vous Trop classe !  et L’école du peuple, deux ouvrages écrits par Véronique Decker[3], cela vous changera du chacun pour soi de la pédagogie par câblages neuronaux et vous fera toucher du doigt le vrai quotidien, parfois désespérant mais toujours engagé, des vrais instituteurs dans de vraies écoles, bientôt 140 ans après la fondation de l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire...

    Y aura-t-il de la pédagogie pour Noël ?

    Notes :

    [1] Professeur des Écoles Stagiaire : jeune élève-professeur en attente de titularisation.

    [2] Extrait de la quatrième de couverture. Merci à P. JACOLINO, professeur agrégé de Français et père d’enfants scolarisés en Maternelle.

    [3] Institutrice depuis plus de trente ans, directrice à Bobigny (93) d’une école élémentaire publique Freinet « où, dans les règles du service public, l’équipe enseignante pratique une pédagogie active, fondée sur la coopération ».  

    Pour vos cadeaux de Noël :

    N'oubliez pas :

    Y aura-t-il de la pédagogie pour Noël ?

    CP : Mon enfant ne déchiffre pas


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  • Bonne conscience et amalgames

    Là, c'est la grosse colère ! J'en ai plus qu'assez d'être sans arrêt renvoyée à la droite réactionnaire, toutes les fois qu'un événement se produit dans le petit monde de l'Éducation Nationale. Marre, carrément marre !

    J'aimerais enfin savoir pourquoi permettre à un enfant de parler une langue riche et choisie, ce serait de droite, et le laisser croupir dans un gloubiboulga incompréhensible et « marqué socialement », ce serait de gauche.

    J'aimerais comprendre pourquoi donner à copier à l'élève de 5 à 7 ans des textes qu'il ne peut déchiffrer seul, ce serait de gauche alors que lui apprendre patiemment à déjouer un à un les pièges qui permettent de savoir que ce sont « les poules du monastère » qui sont en train de couver[1], ce serait de droite.

    J'aimerais savoir pourquoi le but à atteindre si on est de gauche bon teint, c'est de retarder une population scolaire d'une année au moins, de considérer qu'il est normal d'avoir 10 non-lecteurs à la rentrée dans sa classe de CE1 et de conspuer ceux qui disent que, dans leurs classes, même les petits enfants défavorisés lisent en comprenant des textes adaptés à leur niveau, .

    J'aimerais savoir en quoi être capable d'écrire à 6 ans, avec l'aide d'un adulte patient, que la situation de partage de 20 billes entre 4 enfants s'écrit « 20 : 4 = 5 », c'est de droite, alors que celle qui consiste à apprendre par cœur la liste des doubles et des moitiés, c'est de gauche.

    J'aimerais savoir pourquoi amener un élève à reconnaître et savoir nommer un COD, un COI et un Complément d'Attribution, c'est de droite, extrême pour le troisième, alors que le laisser dans un brouillard, même aristotélicien, c'est de gauche, archi gauche.

    J'aimerais savoir pourquoi dicter « prends de la peinture rouge et dessine une maison » pendant le cours d'arts plastiques, c'est de gauche, alors qu'aider un élève à s'en sortir honorablement dans le maquis des accords grammaticaux, des temps verbaux et des régularités lexicales, c'est une marque infamante de droititude exacerbée.

    J'aimerais savoir pourquoi connaître toutes les personnes du passé simple, c'est de droite, et pourquoi il convient de priver les élèves de la joie d'écrire «vous pûtes» en gloussant comme des gosses de 10 ans heureux de jouer un bon tour aux adultes, si on ne veut pas être taxé de crypto-réactionnaire.

    Pourtant, leur grand maître, homme de gauche s'il en est, Célestin Freinet, apprenait à écrire et à lire à ses élèves de GS en s'appuyant sur les caractères de plomb de sa petite imprimerie scolaire et aurait sans doute trouvé inadmissible que son travail n'aboutisse pas rapidement à l'autonomie réelle de ses jeunes apprenants.

    Bonne conscience et amalgames

    Pourtant, les écrits que lui et ses camarades (au sens politique du terme) publiaient dans La Gerbe ou dans la Bibliothèque de Travail montraient que leurs élèves maîtrisaient l'orthographe, y compris grammaticale, et n'hésitaient pas à écrire au passé simple.

    Pourtant, dans sa grammaire en quatre pages, destinée à fixer chez les élèves les règles vues et revues grâce à l'écriture quotidienne de textes fouillés, bourrés de phrases complexes à l'analyse logique impeccable, l'infâme crypto-je-ne-sais-quoi n'hésitait pas à appeler les chats (et les mots) par leurs noms, que je sache.

    Pourtant, dans les classes Freinet, les petits réfugiés venus d'ailleurs, après avoir subi la guerre, les passeurs, le froid des montagnes et l'angoisse de l'inconnu, écrivaient le français sans faute et s'en enorgueillissaient (enorgueillir, 2e groupe, na !...). Et pour se raconter, ils employaient même le passé simple, à la 1re personne du pluriel, eux !

    Alors, flûte de zut de merde de b... de d...,

    • j'ai toujours appris à tous mes élèves, quelles que soient leurs origines, à parler un français choisi, dès la Petite Section (2 à 4 ans),
    • je leur ai toujours appris à écrire en écriture liée en respectant les normes en vigueur,
    • je leur ai enseigné la lecture et leur ai permis d'être capable de lire, et vraiment lire, « La Chèvre de Monsieur Seguin » en fin de CP,
    • dès que j'en ai eu le courage, après la quatrième ou cinquième réforme « de gauche » qui diminuait encore les contenus j'ai remis au goût du jour dans mes classes l'apprentissage des mathématiques et du français tel qu'il se faisait à l'époque où les enfants sortaient de l'école primaire en maîtrisant les quatre opérations et la lecture[2],
    • j'ai toujours emmené mes élèves, tous, le plus loin possible sur le chemin de l'autonomie lexicale, orthographique, grammaticale et mathématique sans jamais négliger ni les arts, ni le sport, ni les connaissances encyclopédiques (sciences, histoire, géographie, éducation civique), ni le débat,
    • je n'ai jamais laissé sur le bord de la route 10 élèves non-lecteurs à la fin de l'année de CP,
    • mes élèves, tous, même ceux issus de milieux moins favorisés ou arrivés en France depuis peu, sont toujours entrés en 6e en maîtrisant les quatre opérations, en connaissant les formules de calcul de périmètre, d'aire et de volume, en sachant conjuguer à tous les modes et presque tous les temps, les verbes des 1er et 2e groupes ainsi qu'un certain nombre de ceux du 3e groupe, en se repérant à peu près dans l'espace, le temps, le vivant et la matière. 

    Et pourtant, ...

    je suis de gauche,

    bordel !

    Notes :

    [1] Allusion à la célèbre phrase « Les poules du couvent couvent » qui serait paraît-il indéchiffrable par un pauvre bambin soumis par des fascistes notoires à l’apprentissage alphabétique de la langue (méthode dite « syllabique » par les mal-comprenants).

    [2] Et ne me dites pas que c’est faux, j’en ai connu trop autour de moi pour que ce ne soit qu’un concours de circonstances : de ma grand-mère qui a quitté l’école à douze ans et qui se régalait à lire Zola, à mon compagnon qui calcule de tête des proportions compliquées pour réussir des alliages, des mélanges et ne commander que ce qui lui sera nécessaire de ferraille, de sable, de chaux, de ciment ou d’engrais bio pour ses 10 ha 24 a et 2 ca de terre labourable, en passant par le voisin de 85 ans qui lisait son Dauphiné Libéré tous les jours et son Nouvel Observateur chaque semaine, sans compter les romans et les articles scientifiques du Vigneron, je les compte par centaines, ces vieux de la vieille école qui en avaient tiré profit et qui n'avaient pas été laissés pour solde de tout compte par une école qui ne se serait intéressée qu'à l'élite.


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  • Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Avant de commencer d'analyser de près le contenu des les évaluations d'entrée au CP, dans le domaine des mathématiques, je tiens à présenter mes excuses aux collègues exerçant actuellement en maternelle.

    En effet, entraînée par l'élan et ayant souvent à « ferrailler » sur les réseaux sociaux au sujet du travail en ateliers tournants, j'ai été relativement brutale et ai eu le tort de généraliser cette pratique à tous les collègues qui sont affectés dans une classe maternelle. C'est d'autant plus stupide et mesquin que je me bats à longueur de temps contre la création d'un corps des « enseignants de maternelle », et milite avec ardeur pour que continue le métier de « professeur des écoles », dont les compétences s'étendent de la TPS au CM2.
    J'espère que ce mea culpa suffira et que les collègues qui m'ont signalé leur désapprobation ne m'en tiendront pas rigueur plus longtemps.

    Sur ce, après l'analyse des évaluations de français et toujours nantie de plus de 35 ans d'expérience au CP, ayant vécu en classe les épisodes :

    • des maths modernes,
    • du Ermel 1re mouture, qui attendait le deuxième trimestre pour introduire les nombres au CP et n'étudiait que l'addition,
    • de la 2e mouture de la même méthode qui passait du rien du tout du premier à la lecture des nombres de 0 à 20 dès les premiers jours du CP, n'étudiant d'abord que l'addition, puis l'addition et la soustraction,
    • des vertus de la file numérique chantonnée en tapotant pour résoudre tant les problèmes de lecture et d'écriture que ceux de calculs additifs et soustractifs,  
    • de la réintroduction du matériel permettant de structurer la connaissance du nombre en l'appuyant sur la numération décimale, plutôt que sur un « répertoire interminable de type alphabet »
    • d'une tentative d'introduction des quatre opérations dès le CP à peine ressentie par la plupart des collègues, pendant l'épisode des programmes 2008

    et ayant moi-même écrit une méthode de mathématiques, illustrée par S. Borgnet, pour la Grande Section et ayant participé de très près à la rédaction de fichiers et manuels de mathématiques pour les 5 classes de l'élémentaire, je vous propose de passer à l'évaluation des évaluations de mathématiques.

    Par ailleurs, depuis hier, la situation a évolué : nous connaissons les dates de passation de ces épreuves : trois sessions de 30 minutes (20 minutes pour le français, 10 pour les mathématiques), à compter du 18 septembre, soit après deux semaines de classe, ce qui fait 48 heures de travail scolaire, et exactement 10 h de mathématiques, pas une de plus.

    En consultant quelques « fichiers de l'élève » en feuilletage gratuit sur internet, on se rendra compte que le domaine numérique abordé, dans les 10 premières fiches, va d'un champ numérique allant 1 à 4 pour les fichiers dont la démarche est spiralaire (agrandissement du champ numérique en appui de l'apprentissage du calcul, des mesures et de la géométrie) à un champ numérique allant jusqu'à 10 pour ceux qui préfèrent traiter d'abord la désignation du mot-nombre par un symbole mathématique (le chiffre ou la suite de deux chiffres) avant d'aborder le calcul et la mesure au cours d'autres modules.
    La plupart n'ont pour le moment proposé aux élèves que de compter, désigner et, parfois, comparer des quantités. Très peu ont déjà présenté le calcul, qu'il soit mental et oral, ou écrit. Ceux qui l'ont fait n'abordent qu'un champ numérique restreint (de 0 à 6 ou moins).

    Nota bene : Cette analyse est allée jusqu'à la dixième page des fichiers, ce qui sous-entend que, dès le premier jour, les élèves ont eu l'occasion d'avoir une séance de mathématiques complète allant de la découverte et des manipulations collectives à la trace écrite sur fichier, ce qui, avouons-le, est quand même très rare.

    Comparons ces acquis consolidés et confortés après huit semaines de vacances scolaires et une année de Grande Section, pendant laquelle les activités ont surtout porté sur la désignation à l'aide d'une file numérique affichée en classe, il n'y a qu'à consulter les fiches proposées dans les classes sur internet, même si, de plus en plus, des activités de calcul, essentiellement orales et avec matériel, sont désormais proposées aux élèves, par la grâce des programmes 2015.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    De la désignation. Qui désavantage grandement les enfants qui ont des méthodes spiralaires car ils n'ont pour le moment revu que les chiffres de 1 à 4.
    Dans certaines de ces méthodes, et pas forcément les plus mauvaises, le nombre 10 ne sera abordé qu'au mois de janvier, après avoir vu les 9 premiers nombres sous tous leurs angles, toutes leurs utilisations (désignation de quantités, de mesures, d'ordre) et toutes leurs décompositions (additives, soustractives, produits et même partages).

    Petit bonus : Les nombres 4, 7 et 9 ne correspondent pas à ce qu'on attend en écriture de l'enfant d'école élémentaire.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - rien... la vérification quotidienne en classe, selon les exercices qui y sont programmés, en fonction de la méthode employée, suffit généralement à garantir la connaissance des 69 premiers nombres avant la fin du CP. Les 30 suivants sont souvent « en cours d'acquisition » à ce moment-là mais les enseignants de CE1 (et même CE2) le savent et ils «passent la deuxième couche » de toute façon.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Exercice de comparaison, le livre du maître ne précise pas la méthode à employer (comptage, correspondance terme à terme).

    La plupart des fichiers n'ayant pas encore abordé la comparaison, cet exercice, fait sur des collections déjà importantes, risque de dérouter des élèves peu habitués à cet exercice par leur année de maternelle.

    Nos IEN et formateurs nous disaient à mes débuts que les connaissances abordées à la rentrée des classes devaient être celles qui avaient été traitées dans la première moitié de l'année précédente. Que la fin de la première période, pouvait embrayer, très modestement, sur les connaissances vues pour la première fois au cours du troisième trimestre de l'année passée et que les nouveaux apprentissages, dont on savait qu'ils auraient à être repris à l'identique l'année d'après, ne seraient abordés qu'à partir de la fin décembre ou du début janvier.
    Avec ces exercices, nous sommes tout à fait dans le cadre des apprentissages à renforcer car abordés au mieux à partir du mois de janvier de l'année précédente ou même plus vu l'ambition du champ numérique concerné.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - rien... Continuer, pendant les moments consacrés aux mathématiques comme pendant les autres (EPS, distribution de matériel, mise en rang ou en groupes, etc.) à amener les élèves à s'exercer à comparer des quantités, réaliser des correspondances terme à terme ou paquet à paquet, utiliser le comptage pour ranger par ordre croissant ou décroissant, ...
    Nous sommes dans le cœur de l'apprentissage numérique, ce n'est pas le moment de descendre de vélo pour se regarder pédaler mais bien celui d'avancer sur le chemin de la conceptualisation pas à pas, sans se sentir observé, comparé, trié, classé...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Comparaison à nouveau, même réflexion que tout à l'heure. La situation est moins déroutante car elle est plus concrète. Cet exercice aurait dû se trouver avant le précédent. C'est plus une situation d'apprentissage, réactivant les connaissances engrangées en Grande Section, qu'un acquis sûr qu'il convient d'évaluer avant d'aller plus loin.

    Mimile suggère de traiter cette situation :

    - en EPS, avec de vrais enfants et de vrais ballons, puis en classe, en grand groupe, en situation de recherche. On pourra ensuite, si on le souhaite, conforter les apprentissages en autonomie, dans un champ ne dépassant pas 5 pour le moment.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Champ numérique important qui défavorise les enfants ayant une méthode de mathématiques spiralaire.
    Sinon, c'est un bon exercice, progressif, allant de l'oral à l'écrit normé. Toujours le problème de la graphie du 4. Il existe des polices d'écriture qui proposent les chiffres comme on les écrit à l'école et non comme le proposaient les machines à écrire.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - des exercices réguliers, portant sur le champ numérique étudié en classe. Mais c'est inutile, c'est ce que font la plupart de fichiers et autres méthodes...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Seuls les élèves ayant une méthode « chambres à part » qui traite d'abord de la désignation auront revu l'écriture des chiffres. Sans doute ceux qui ont une file numérique affichée en classe peuvent-ils l'utiliser mais est-ce souhaitable ? Tous les chercheurs en didactique des mathématiques ne sont pas d'accord avec cette assimilation de la suite des nombres à un « répertoire interminable de type alphabet géant »...

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - des exercices réguliers, portant sur le champ numérique étudié en classe. Mais c'est inutile, c'est ce que font la plupart de fichiers et autres méthodes...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Excellent exercice de repérage spatial, lexique mathématique (les ordinaux) et écoute de consignes. Peut-être un petit problème avec les élèves dyschromatiques, mais les collègues ont l'habitude, ils géreront.

    Mimile qui est un sportif :

    - met régulièrement des exercices du même type au programme de l'échauffement ou du retour au calme de sa séance quotidienne d'Éducation Physique et Sportive.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Excellent exercice. Les algorithmes récursifs de ce type préparent à l'acquisition de l'algorithme que constitue l'écriture des nombres à l'aide de dix symboles simples.
    Un petit bémol : Je vous fiche mon billet que la plupart des enfants de 6 ans vont galérer à essayer de reproduire ces fichues lunes ! C'est comme l'autre qui préférait les cœurs aux carreaux initialement prévus, ça... Pas très réaliste des capacités graphiques d'un enfant de 5 ans 9 mois à 6 ans 8 mois.

    Mimile suggère de traiter cette situation :

    - très régulièrement pendant l'année scolaire, en s'appuyant sur les connaissances numériques et les acquis géométriques et graphiques des enfants. Certains fichiers le font, ils sont très peu connus, peu distribués et c'est dommage. Très dommage.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Cet exercice est de loin le plus difficile de tout ce fichier d'évaluation. Les quantités sont très importantes, le calcul proposé est mental, sans support matériel autre que les doigts, si l'élève a été habitué à s'en servir. Le guide du maître ne donne aucune indication à ce sujet.
    Selon les classes, les enfants vont avoir recours ou non à des objets (bûchettes, jetons, billes du boulier, etc.) alors que dans d'autres, les enseignants ne les proposeront pas ou même les interdiront.
    La présence d'une file numérique en-dessous va favoriser les élèves dont la méthode utilisée en classe a appris plus ou moins mécaniquement à se servir de cet outil pour « avancer sur la ligne quand on ajoute » et « reculer sur la ligne quand on soustrait ».

    C'est l'exercice qui va faire pleurer tous les gentils enfants et ricaner ceux qui savent depuis longtemps que l'école n'est pas là pour les encourager...

    Exercice à bannir !

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - rien... Continuer, pendant les moments consacrés aux mathématiques comme pendant les autres (EPS, distribution de matériel, mise en rang ou en groupes, etc.) à amener les élèves à s'exercer à calculer « combien il y en aura quand... » on en aura ajouté tant ou enlevé tant à la quantité de départ... Nous sommes « en cours d'apprentissage », personne ne descend de vélo pour se regarder pédaler.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

    Excellent exercice de résolution de problèmes additifs et soustractifs. Le caractère concret du matériel à utiliser rend l'exercice bien plus simple que le précédent.
    Nous sommes néanmoins au cœur du programme d'apprentissage de CP, est-ce judicieux de l'évaluer actuellement ?

    Ne serions-nous pas, comme depuis le début de cette évaluation des connaissances mathématiques des élèves n'ayant que 48 heures de CP derrière eux d'ailleurs, et contrairement à ce qui se passe avec l'évaluation d'écriture et lecture, dans une évaluation masquée des écoles maternelles, de manière à pouvoir trier celles où la réforme de 2015 est connue et appliquée de celles où l'on en est encore à l'application des programmes de 2002 où, dans le domaine des nombres, seule la désignation des nombres de 0 à 30 était exigée ? C'est une question que nous sommes en droit de nous poser...

    Mimile suggère de traiter cette situation :

    - très régulièrement pendant la première période, en s'appuyant sur les connaissances numériques des enfants en « vrai » avec de vrais enfants ou de vrais objets, pendant l'horaire de mathématiques et au-delà, pendant les moments d'Éducation Physique et Sportive, de Questionner le Monde, d'Arts (la musique et les mathématiques font très bon ménage) et même de français, quand on écoute un conte ou un poème, par exemple...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Voilà. Le travail est fini. À vous de voir, dans vos classes, avec vos syndicats, ou dans vos bureaux, Mesdames et Messieurs les décideurs, ce qu'il convient de faire de ces évaluations en fonction de leur utilité.

    J'espère cette fois-ci n'avoir heurté personne, à part peut-être ceux de mes collègues (mais sont-ce des collègues ayant exercé récemment et pendant suffisamment de temps dans des classes de CP...) qui ont participé à la rédaction de ces exercices censés évaluer les enfants de 6 ans à leur entrée à l'école élémentaire. Je leur présente mes excuses les plus sincères si c'est le cas mais qu'ils sachent néanmoins que je ne changerai pas d'avis au sujet de la pertinence des exercices et du caractère prédictif des résultats qu'obtiendront les enfants.

     

     


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  • Évaluations CP, quelle utilité ?

    Les voilà, les petits CP nouveaux ! Ils sont mignons, ils sont jolis, ils sont tout fiers de leurs petits cartables, de leurs habits tout neufs de grands de la grande école ! Mais, attention, il ne faut pas croire qu'ils sont présumés innocents, hein... S'ils veulent apprendre à lire, à écrire et à compter, il va d'abord leur falloir passer leur permis !
    Remarquez, ils sont habitués, depuis la Petite Section, c'est sans arrêt la même chose : « Stop, Kikinou ! Arrête-toi, j'ai une photo à prendre ! C'est pour ton cahier de réussites ! Ne bouge plus... Voilà, c'est fait, tu peux continuer... Ah non ! Stop, tu viens de réussir un nouvel item ! Arrête-toi, je fais la photo... Comment Apathy ? Pourquoi je ne te prends jamais en photo ? Ben euh, c'est que, tu vois, quand tu sauras faire un truc important, par exemple reconnaître l'initiale de ton prénom, ou dire quel jour on est, ou... je ne sais pas moi... euh... lire la date... ou reconnaître un nombre... euh non, un chiffre... euh... enfin quelque chose, quoi... je te prendrai aussi en photo, Apathy. Promis. »

    Tout ça pour dire que nos élèves qui entrent au CP ont déjà été évalués sur toutes les coutures, surtout pour ce qu'il est convenu d'appeler « les apprentissages fondamentaux savants » parce que préparer la petite feuille avec trois lettres, deux symboles et quatre chiffres, c'est plus facile à organiser que de changer de pédagogie et de mettre en place les véritables « apprentissages fondamentaux » de la petite enfance : langage oral riche et varié, aisance motrice large et fine, acquis sensoriels sûrs et opérationnels, socialisation bien installée.

    Mais ça ne fait rien. La Méthode À Mimile ne paraissant vraiment pas assez sérieuse (alors qu'elle l'est bien plus...), voici, pour les petits CP pleins d'espoir, et pour leurs enseignants qui n'avaient rien demandé, les évaluations d'entrée au CP.

    Puisqu'elles sont là, voyons ce que, selon une institutrice ayant exercé plus de 35 ans avec des élèves de CP, en n'étant confrontée qu'à moins de 10 échecs patents (dont deux la sinistre année où, poussée par ma hiérarchie, j'avais cru Mme Charmeux et M. Foucambert). Quand on saura en plus que j'ai écrit un manuel d'apprentissage de la lecture qui donne généralement satisfaction aux personnes qui l'utilisent, dans leur classe ou avec leurs propres enfants, on aura fait le tour de toutes mes compétences en matière d'apprentissage de la lecture.

    C'est à ce titre que je me permets d'évaluer l'évaluation, item par item, et de donner les raisons qui m'amènent à confirmer ou infirmer la pertinence de chacun d'entre eux quant à un quelconque caractère prédictif d'une réussite future en écriture-lecture-calcul des enfants évalués.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Aucune utilité. Ces exercices auraient été ratés par les petits Cicéron, Socrate, Platon, Virgile, Confucius et j'en passe ! Et pourtant, personne ne pourra dire que ces gens-là n'avaient pas réussi à apprendre à lire...
    C'est justement ce qu'ils viennent apprendre au CP. On n'évalue pas a priori ou tout du moins, on n'en fait pas le premier critère d'évaluation du futur « savoir lire » de l'enfant.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - un exercice d'EPS pendant lequel les enfants devront réagir à trois symboles choisis de manière complètement aléatoire et correspondant chacun à une action.
    Par exemple, ∅ = sauter sur place, Θ = se rouler en boule, β = se coucher à plat ventre.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Intéressant après deux à trois semaines de CP, sachant que les élèves dont l'enseignant utilisent une méthode complètement alphabétique (ce que les journalistes appellent des « méthodes syllabiques ») seront très handicapés par les deux premiers de ces exercices, car, le plus souvent, même après trois semaines de classe, ils n'ont pas encore lu beaucoup de phrases.

    Pour les autres, c'est un excellent moyen de vérifier que le sens gauche droite de la lecture est acquis.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Exercice très prématuré, même pour les élèves ayant une méthode idéovisuelle ou analytico-synthétique (mixte, selon les journalistes, ou même globale, s'ils travaillent pour certains journaux très, très rigoristes sur la querelle des méthodes).
    « La phrase commence par une majuscule et finit par un point. », c'est un acquis grammatical du CE1. Par ailleurs, les enfants ne sachant pas encore lire, on oublie la notion de sens qui fait qu'une suite de mots dont le premier a une majuscule et le dernier est suivi par un point est bel et bien une phrase : ce qui fait que c'est un « faux acquis », difficile à démonter ensuite quand les élèves aborderont réellement la grammaire.

    Petit bonus :

    Pourquoi une phrase avec deux « digrammes » qui seront au mieux abordés en janvier ou février ? « Papa a lu. » ou « Léo a un lit. », ce sont aussi des phrases, et elles peuvent être déchiffrées par des élèves qui ont bénéficié d'une initiation ludique à la lecture en Grande Section (Alphas, De l'Écoute des Sons à la Lecture, ...).

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - une évaluation continue des phrases orales produites par les élèves, avec emploi récurrent du terme « phrase » à longueur de journées de CP !

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Moui... Après trois semaines de CP, avoir déjà vu 10 lettres, c'est déjà pas mal... On en est loin dans la plupart des classes. Ou alors, c'est du par cœur sans intérêt, parce que les enfants n'ont pas eu le temps de s'exercer à les écrire, les associer pour en faire des syllabes qui permettront de lire des mots.
    Caractère prédictif nul. Si depuis 2002, date à laquelle l'apprentissage des lettres de l'alphabet déconnecté de la lecture a été introduit à l'école maternelle, et ce dès la Petite Section, le niveau de réussite au CP avait monté, cela se saurait et on n'en serait pas réduits à évaluer les élèves avant même qu'ils aient commencé.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - rien... Ce sera toujours du temps économisé et cela permettra de faire une dictée de syllabes et de mots, pendant laquelle on se rendra très bien compte si nos élèves ont bien retenu que la lettre a produit le son [A], la lettre l, le son [l], etc.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Même chose. Utilité nulle. Quand j'ai débuté, nos Inspecteurs nous mettaient en garde contre ces parents qui croyaient que parce que leurs enfants connaissaient par cœur les lettres majuscules de leur abécédaire, ils savaient « presque lire ».
    Ils continuaient en nous expliquant que des instituteurs dignes de ce nom ne se laissaient plus abuser par ce genre de compétence, depuis au moins Jean-Baptiste de La Salle (1651 - 1719).

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - une première présentation de lettres, si possible deux, dès le premier jour de CP. Puis une ou deux autres, deux jours après. Avec si possible une consonne pour travailler la fusion phonémique. En continuant ainsi, lettre après lettre, avec fusion phonémique et lecture de mots et phrases dès que possible, ils sauront lire, c'est-à-dire déchiffrer et comprendre en même temps ! Pas besoin d'évaluer autre chose.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Oui, pourquoi pas ? Exercice à faire dès les premiers jours de classe, après entraînement.

    Quand ils écriront seuls, ils auront besoin de savoir syllaber, c'est-à-dire énoncer les syllabes une à une.

    Mimile, qui est un poète, remplace cela par :

    - des comptines et des chants, et même de vrais poèmes, écrits par de grands poètes, qu'il récite en chantonnant et en frappant dans les mains...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Intéressant uniquement pour les classes où l'on utilise la Méthode Naturelle de Célestin Freinet, telle qu'elle a été enseignée dans les années 1975 à 1995. Les élèves travaillent toute la première période sur un corpus de phrases, découpées en mots qu'ils découperont en syllabes au cours de la deuxième période pour en découvrir les lettres et savoir les ré-associer différemment pour produire d'autres mots qui permettront d'écrire d'autres phrases.

    Pour les autres, celles où lettres et sons sont présentés par l'enseignant, que ce soit une à une, dans le cadre d'une méthode alphabétique stricte, ou dans des mots, comme dans les méthodes idéovisuelles ou analytiques, aucune utilité. Les enfants ne sont pas sourds, ils entendent les mots, les syllabes et les sons. Sinon, ils ne parleraient pas.
    Ils n'ont donc pas besoin d'être entraînés à « entendre les sons ». L'exercice phare des écoles maternelles ne sert à rien dans 95 % des CP de France, désolée !

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - rien... Ou des « virelangues »... Vous savez, ces petites comptines où l'on affine l'ouïe et la prononciation par des phrases ou des suites de mots qui multiplient assonances et allitérations.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Les mots à entourer étant « le », « papi », « maman » et « lune », les élèves ayant une méthode idéovisuelle sont franchement défavorisés. Pour ceux dont les enseignants utilisent une méthode alphabétique stricte, le mot « maman » sera sans doute indéchiffrable, de même que « papi » (il est rare que les consonnes occlusives soient parmi les premières étudiées). Il n'y a que quelques élèves, qui auraient suffisamment étudié le principe alphabétique en GS, qui pourront éventuellement réussir l'exercice.
    Le mot « maman » pourra éventuellement être reconnu par un plus grand nombre d'élèves en raison de sa très forte charge affective, mais est-ce réellement prédictif d'une éventuelle réussite de l'apprentissage de la lecture ?

    Exercice à bannir dans sa classe, dès lors que les lettres utilisées (et le digramme « an ») n'ont pas été étudiées.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - Des séances quotidiennes de déchiffrage de mots construits ensemble, à partir des lettres étudiées dans la classe, sachant que deux lettres par semaine, c'est un minimum.
    Suivi très personnalisé des élèves qui peinent toujours après deux à trois semaines de classe.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Excellent exercice à pratiquer quotidiennement dans toutes les classes de CP. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, écouter impérativement l'excellente conférence de Pierre Péroz, au sujet de la pédagogie de l'écoute en maternelle (et en élémentaire, selon moi).

    Mimile approuve chaudement et applaudit des deux mains !

    - Cependant, était-ce bien nécessaire de mettre des petits enfants de six ans tout juste en condition d'examen pour encourager leurs enseignants à pratiquer la lecture offerte en classe, tous les jours ?

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Tout pareil ! Écouter des consignes et les exécuter, si possible en grand groupe, c'est le B.A.BA des compétences de l'élève à son entrée au CP.

    Exercice à pratiquer et re-pratiquer, aussi souvent que possible, jusqu'à ce que tout le monde sache faire.

    Mimile approuve chaudement et applaudit des deux mains !

    - Cependant, il considère que ce serait plus convivial et bienveillant et positif et empathique et tout et tout de faire ça, en classe ou sur le terrain de sport, en jouant à Jacques a dit, au Béret, au Chef d'Orchestre, au Fermier dans son pré, et à tous ces « jeux de colo » qui fabriquaient, sans le leur dire, des petits élèves attentifs, habitués à travailler en groupe-classe.
    Ah oui, pendant que j'y suis, si on arrêtait de tout coller sur le dos des enseignants de CP et qu'on apprenait à leurs collègues de maternelle qu'il est tout à fait possible de travailler langage oral, écoute d'œuvres de la littérature enfantine, consignes diverses et variées en grand groupe ? Voilà ce qui simplifierait l'entrée au CP de leurs petits élèves...

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Ouh là ! Ils sont rapides les professeurs des écoles du Ministère de l'Éducation Nationale ! Deux à trois semaines de classe pour passer de « Écrire son prénom en écriture cursive sans modèle » à ÇA !!!!

    Est-ce qu'ils se rendent compte qu'il y a  9 lettres différentes, avec leur liaison aux autres lettres ? Et que certaines de ces lettres n'ont certainement pas encore été étudiées dans leur globalité de lettre (son et geste) ?

    Exercice à évaluer avec largesse, tout en sachant qu'on fait faire à ses élèves exactement le contraire de ce qu'on cherche à obtenir d'eux : un tracé fluide et normé des lettres. Parce que là, à part pour ceux dont l'enseignant de GS n'a pas du tout tenu compte des programmes actuels et est resté fixé sur les programmes 2008 (autant dire, pas grand monde), aucun élève de CP est capable de cette prouesse après deux à trois semaines d'apprentissage de l'écriture cursive.

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - Des séances quotidiennes d'apprentissage normé des gestes de l'écriture cursive, avec tenue du crayon, positionnement de la feuille, repérage du lignage du cahier, assouplissements des doigts et entraînement aux différents gestes à apprendre, patiemment, l'un après l'autre (eh oui, maîtresse d'école, c'est un métier, ça ne s'improvise pas dans un bureau de ministère, désolée) !
    À consulter à ce sujet, l'excellent site Écriture Paris, section enseignants, tout y est ou y sera bientôt.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Pareil ! Bienvenue chez les surdoués ! Après 8 à 15 jours de CP (selon qu'il s'agit d'une école à 4 ou 5 jours et de la deuxième ou troisième semaine de septembre), dont le jour de la rentrée (et quelques jours d'arrêt dus à un cyclone dévastateur dans certains DOM), ils ont déjà vu  trois voyelles (i, a, o) et 7 consonnes (l, t, p, d, m, n, v) dont 3 occlusives ! Sans compter les deux lettres muettes qu'aucun enfant pas encore lecteur ne peut avoir l'idée de trouver seul, en s'appuyant sur des mots de la même famille... Et moi qu'on a accusée d'aller trop vite avec mon livre de lecture !

    Exercice infaisable si tôt après la rentrée. Ou alors, tous les collègues de maternelle n'ont tenu aucun compte des programmes 2015 et ont continué d'appliquer au pied de la lettre et dans leur totalité les programmes de 2008. Même pas d'ailleurs : il me semble que les consonnes occlusives ne faisaient pas partie des lettres à savoir utiliser en combinatoire... À vérifier.

    À bannir si l'on ne veut pas voir pleurer tous les gentils petits élèves qui ne rêvent que de faire plaisir à la maîtresse, au maître, à maman et à papa qui leur ont dit qu'il fallait qu'ils travaillent bien à l'école. Et ricaner tous les pauvres enfants perdus qui sont déjà persuadés que l'école, ce n'est pas fait pour eux et que leur avenir est ailleurs que dans la réussite scolaire !

    À remplacer dans la Méthode À Mimile par :

    - Des séances quotidiennes d'apprentissage normé de l'écriture-lecture, bien posément, bien tranquillement, en encourageant tout le monde, en félicitant beaucoup et en employant une méthode qui tient la route et non pas un truc tout bizarre qui ne sait pas que lire, c'est déchiffrer et comprendre en même temps et qu'il faut au bas mot un mois et demi de classe pour que tout ce petit monde l'ait aussi compris.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Évaluations CP, quelle utilité ?

    Excellent exercice de catégorisation (les vêtements, les animaux, les moyens de transport et autre chose) à mener régulièrement, dans le domaine Questionner le Monde, tout particulièrement, mais aussi en Arts Plastiques, en Éducation Physique et Sportive, en Musique...

    Mimile approuve chaudement et applaudit des deux mains !

    - Cependant, il considère que ce serait plus convivial et bienveillant et positif et empathique et tout et tout de faire ça, en classe ou sur le terrain de sport, en jouant, en rangeant le matériel, en discutant autour d'objets qu'on apprend à utiliser, etc.

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Et voilà pour le français. Les mathématiques sont ici : Évaluations CP, quelle utilité ? (2)

     

     


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