• Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Merci à Jacques Risso.

    L'ÉCOLE RURALE,

    HISTOIRE SANS PAROLES

    ... ou presque...

    (suite)

    Ouverture culturelle

    Arts, spectacle vivant, patrimoine culturel,
    découverte du milieu,
    création, éducation physique

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (1)
    Autoportraits, d'après La Joconde... (GS/CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (1)
    Création musicale et théâtrale en école primaire à 3 classes (Cycle 1, cycle 2, cycle 3)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (1)
    Atelier « cirque » avec un intervenant extérieur (GS/CP/CE1)

    Sorties Patrimoine :

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Au château de Grignan (CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Visite d'un village médiéval

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    À Lyon (2 classes, CP/CE1 et CE2/CM1/CM2)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Et l'un des comptes-rendus (classe de CP/CE1)

    Sorties Nature
    Interdisciplinarité

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Au bord du ruisseau

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Dans la colline  

    Sorties sportives
    de la TPS au CM2

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Les Petits dans leur filet

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Les Moyens à l'assaut des cimes

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)
    Les grands qui flirtent avec les nuages.

    Et je vous passe, parce que je n'ai plus les photos : les rencontres d'athlétisme, les cross inter-écoles, les sorties ski de fond, ski alpin et luges pour les tout-petits, les ateliers Bricolage avec les parents, les échanges avec les correspondants, les semaines de classes de découverte, les journaux de classe et d'école, les programmes École et Cinéma, et tant et tant d'autres choses...

    Après ça,
    le premier qui ose encore me dire
    que l'école rurale vivote
    et qu'il convient de rassembler tout ce petit monde dans des Fermes aux Mille Gosses,
    je crois que je lui fais
    une tête de Carmentran !

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)

    Si vous ne l'avez pas vu, vous pouvez aller jeter un petit coup d'œil au volet 1 de cet article : Plus mon petit Liré que le mont Palatin (1)

     


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  • Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Merci à Jacques Risso.

    L'ÉCOLE RURALE,

    HISTOIRE SANS PAROLES

    ... ou presque...

    Éducation morale et civique:

    interactions entre pairs, coopération, échanges, différenciation, entraide, organisation,
    créativité...

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Œuvre collective (TPS/PS/MS/GS/CP/CE1/CE2/CM1/CM2)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Et si on se construisait un vaisseau spatial ?

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    « Tu m'aides à lire ? »

    Apprentissages fondamentaux :

    Niveau scolaire, coopération, échanges, entraide,
    différenciation, organisation,
    créativité...

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Construction libre en CP/CE1 dans un triple niveau (GS/CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Autodictée collective en GS dans un triple niveau (GS/CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Entraide en CE1 dans un triple niveau (GS/CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Grammaire en CE1 dans un triple niveau (GS/CP/CE1)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Production d'écrits : Conte collectif à la manière de Pef (classe de CP/CE1/CE2/CM1/CM2)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Histoire de France en classe unique (CP à CM2)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Tiens, il y a même le début de la Marseillaise... (classe unique CP à CM2)

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Mathématiques au CE1 dans un triple niveau GS/CP/CE1

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin, ...
    Français au CP dans un triple niveau GS/CP/CE1

    La suite :

    Plus mon petit Liré que le mont Palatin (2)


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  • C1/C2 : Discrimination auditive

    Quoi de neuf du lundi matin, A., trois ans et demi, raconte :« Hier, je suis allé à l'hôpital pour voir un pépé. »

    La maîtresse inquiète demande : « Ah bon, ton pépé est malade, le pauvre ? »

    Et le petit de rétorquer, un peu suffoqué devant tant d'incompréhension : « Mais non ! Un petit pépé ! Un pépé qui poit le piperon ! »

    Ce petit A a grandi. Trois ans après, au CP, il apprenait très facilement à lire et à écrire ; six ans plus tard, il « sautait » le CM1 et entrait avec un an d'avance au CM2 ; treize ans plus, il avait une mention Très Bien au bac S et intégrait la classe de Maths Sup d'un prestigieux lycée de province ; il est actuellement ingénieur et chef d'entreprise.

    Même parcours sans anicroche pour la petite P. qui, au même âge, explosait de rire et rétorquait à son papa qui cherchait son disque de stationnement car il disait être garé en zone bleue : « Papa, si c'est zaune, c'est pas bleu ! » ou pour le petit J. qui chantait avec conviction :

    « Tot', tot', tot', tot',
    Ti frappe à la porte ?
    Tot', tot', tot', tot',
    C'est le petit tot'
    Totorito ! »

    Et pourtant, ni les uns ni les autres n'auraient pu, s'ils avaient su lire les emplois du temps de leurs enseignants de maternelle, trouver de créneaux discrimination auditive ou phonologie.

    Car ces trois enfants, et tous leurs petits camarades présentant eux aussi ce qu'on n'appelait pas encore des « troubles du langage », ont vécu leurs années de maternelle, avant le grand chambardement, quand personne n'avait encore eu l'idée géniale de considérer un « moins de 7 ans » comme un adulte imparfait qu'il convient de corriger au plus vite sous peine de le voir échouer plus tard.
    Familles et enseignants accueillaient comme normales ces petites entorses à la prononciation et tout le monde savait que, bien accompagnés, à tout moment de la vie de classe, les enfants les corrigeraient d'eux-mêmes avant l'âge fatidique du passage à l'écrit (fixé alors à plus de 5 ans de manière à laisser du temps au temps).

    Beaucoup d'accompagnement

    L'accompagnement est essentiel et le langage oral est le point central autour duquel gravitent forcément toutes les activités d'une journée en école maternelle. Il garde une place prépondérante, soutenu et accompagné de son pendant, le langage écrit jusqu'à la fin du CE1.

    Au cours de ces activités, l'enseignant écoute et fait écouter, parle et fait parler en articulant clairement, répète et fait répéter, apporte des mots, des sons, éduque le sens de l'ouïe et celui de la vue.

    Pour être plus efficace et ne pas priver ses élèves de sa présence, il organise la vie de la classe autour du groupe-classe dans lequel il joue son rôle de dispensateur de savoirs mais aussi d'organisateur du temps de parole[1], d'éducateur au beau langage.

    De manière à ce que le groupe soit pour les enfants la marque de fabrique de l'école, c'est en groupe-classe qu'on entre en classe et le regroupement est le premier et le dernier temps de chaque quart de journée, que ce soit pour dialoguer ensemble, chanter, réciter, écouter des histoires, échanger des remarques et des observations, ...

    Petit à petit, année après année, l'enfant bien accompagné évolue, il devient capable de comprendre les symboles.
    Il a alors le plus souvent 5 ans révolus et, c'est à cheval sur la dernière année d'école maternelle et les deux premières années d'école élémentaire que son enseignant, pour le moment toujours formé pour accompagner les enfants, c'est-à-dire les êtres humains de 2 à 11 ans, introduit dans son univers proche les lettres et la façon de les agencer.

    L'œil aide alors l'oreille et l'oreille aide l'œil à finir de corriger ces petits problèmes articulatoires, l'accompagnement a réussi à ne pas médicaliser ce qui n'était que des approximations normales en cours d'apprentissage.

    Ne reste alors qu'un enfant par ci par là qui, dans les cas les plus bénins, aurait besoin d'une année de plus, ou qui, malheureusement, a vraiment besoin d'une aide spécialisée pour articuler sa langue aisément (et donc en discriminer les phonèmes proches). Celui-là sera orienté vers un personnel spécialisé, seul formé à évaluer et traiter cette grande difficulté.

    Pas d'évaluations, de normes, de grilles, de tests

    Pour les autres, pas besoin de tout cet attirail pour les faire avancer. L'école dite de la confiance doit faire confiance en l'espèce humaine et savoir que, comme tous les jeunes mammifères, les rejetons de la dite espèce évoluent lentement mais sûrement, chacun à son rythme, vers ce qu'elle imagine être la perfection de l'âge adulte.

    Car c'est dans la confiance, dans le temps actif des mouvements, des jeux, des discussions, des découvertes, des observations, des chants, des comptines, des histoires, des poèmes qu'on leur lit, ..., que les enfants apprennent à parler, à s'écouter et peu à peu à analyser ce qu'ils prononcent.

    Le temps passif pendant lequel l'enseignant est occupé à évaluer quelques enfants, à leur faire repasser les tests qu'ils ont ratés, à leur faire seriner cent fois les mêmes exercices pour qu'ils les réussissent enfin, à cocher des cases sur des grilles est du temps volé aux apprentissages, à l'irrépressible besoin de grandir, de progresser, de se dépasser de tout enfant en bonne santé.

    Une progression à petits pas

    Un jeune enfant ne progresse pas comme un enfant plus grand, un adolescent ou un adulte car ses apprentissages ne sont pas de même nature.

    Il a besoin pour progresser de butiner tout autour de lui, au cours d'expériences variées. Il traverse des périodes pendant lesquelles il progresse dans un domaine alors qu'il semble presque régresser dans d'autres. Il a besoin d'enthousiasme, de jeux, de mille petites choses différentes dont son esprit se saisit, dans un désordre parfois incroyable. Il tâtonne, essaie, recommence, abandonne ceci, privilégie cela au hasard de ses découvertes, tout imprégnées d'intuitions, de fulgurances, de paris...

    Tout ceci s'agglutine peu à peu : les connaissances émergent, parfois au moment où l'on s'y attend le moins, les compétences viennent ensuite, naissant toujours de l'action qui les stabilise et les automatise, les savoir-faire sont proches, prêts à être installés sûrement, maintenant que toutes ces intuitions ont été vérifiées et validées.

    L'exact contraire du schéma actuel

    Celui qui consiste à programmer, à dates et heures fixes, dès les plus petites classes et dans un ordre immuable, le moment où tous devront être capables de compter les syllabes d'un mot, d'identifier la syllabe d'attaque ou la syllabe finale, et ainsi de suite jusqu'à, avant même d'avoir introduit le support visuel, de manipuler et jouer avec les syllabes...

    Car, tous ces exercices, cette transmission verticale de l'adulte vers l'enfant, conçu comme un adulte mal fait qui ne sait pas et doit apprendre dans l'ordre à décortiquer sa langue, seraient d'un très grand intérêt pour un adolescent ou un adulte qui apprendrait à prononcer les phonèmes d'une langue étrangère inconnue.

    Mais ils n'aideront pas A à passer tranquillement, en trois années scolaires, de sa prononciation erronée du mot bébé à l'écriture et la lecture aisées des mots bébé et pépé, amis aussi bain et pain, bol et Paul, barre et par, etc.

    Ils stresseront la petite P. qui comprend très bien ce qu'elle dit mais qui n'arrive pas encore à le prononcer et s'étonne de ce que son père puisse à ce point méconnaître sa propre langue.

    Ils conforteront le petit J dans l'idée qu'il n'est pas normal et l'empêcheront d'accéder à cette estime de soi si importante pour son développement affectif.

    Une grille pour que l'adulte s'y repère et s'évalue :

    J'ai collecté ci-dessous un grand nombre d'activités propres à parfaire les capacités articulatoires, à éveiller le sens de l'ouïe,  à le conforter et l'affiner grâce au recours à celui de la vue, après qu'il aura été lui-même éveillé et exercé. Afin qu'il soit plus clair, je l'ai compartimenté par niveaux(que j'ai signalés par un code couleur), de la MS au CE1. Ceci est bien entendu indicatif et peut être sujet à variations.
    Je n'ai pas mis la TPS et la PS mais toutes les activités audio-orales de MS sont transposables à ces niveaux. On se gardera en revanche de tenter de faire passer les activités audio-écrites.

    Les collègues intéressés pourront s'y référer pour trouver les activités qui leur correspondent et les aideront à faire progresser leurs élèves sans leur infliger ces longues séances de phonologie trop bien cadrées pour correspondre à leur mode de pensée, beaucoup trop foisonnant pour être mis en grille.

    N'hésitez pas à poser des questions, demander des éclaircissements, solliciter de l'aide ou des documents.

    Télécharger « Discrimination auditive MS à CE1.pdf »

    Notes :

    [1] À ce sujet, voir et écouter : Pour une pédagogie de l’écoute à l’école maternelle, de Pierre Péroz.


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  • Conférences pédagogiques
    Prix Goncourt en 1920 pour Nêne,
    Ernest Pérochon exerça d'abord comme instituteur.

    Nos livres de lecture d'enfants regorgeaient d'extraits de ses œuvres pour adultes et de l'un ou l'autre de ses Contes des cent un matins.

    Découvert par hasard suite à l'achat des Gardiennes, que je souhaitais comparer avec le film, je lis actuellement "Le chemin de plaine", une version romancée de sa première année comme enseignant au sortir de l'École Normale de Parthenay au tout début du XXe siècle ; ce roman parut en 1921, date à laquelle il renonça à l'enseignement pour se consacrer à plein temps à la littérature.

    « Le roman, de facture réaliste, puise ses racines dans le quotidien d'un instituteur débutant dans un petit village du nord-ouest des Deux-Sèvres. » nous apprend Babelio.

    Réaliste, il l'est jusqu'à aujourd'hui dans certains de ses détails. Sa description de la Conférence pédagogique – aujourd'hui nous dirions Animation, mais c'est pareil – est criante de modernité innovante, à la sauce Éducation Nationale... Il ne manque que le vidéoprojecteur... Remettez-vous dans l'ambiance de l'époque, déplacements à pied ou en charrette tirée par un âne ou un cheval quand on en trouvait une rendant les plus courtes distances équivalentes à nos longs trajets en voiture ou en transports en commun, petites écoles à une ou deux classes dans le moindre des hameaux, instituteurs et institutrices fort mal payés mais tenus à une certaine réserve sociale et vestimentaire, et voyez par vous-mêmes :

    16 octobre : CONFÉRENCE PÉDAGOGIQUE

    — Dans la salle de classe d'Évrard que nous avons, hier soir, nettoyée à fond, tous les collègues du canton sont réunis pour apprendre de M. l'Inspecteur primaire [c'étaient leurs IEN de l'époque] des vérités premières sur l'enseignement de la langue française. Service commandé.

    Nous sommes trente-quatre : dix-huit instituteurs et seize institutrices. Beaucoup se plaignent ; le déplacement est quelquefois pénible et onéreux. Au fond, personne n'eût voulu manquer cette réunion. Les institutrices, depuis huit jours, ont passé leurs veillées à retoucher leur toilette et à rajeunir la garniture de leur chapeau [ Ah, ça, je l'ai encore connu en début de carrière, quand ces dames arrivaient avec la mise en plis de la veille et leur plus belle tenue et ces messieurs en costume cravate. Mais la fréquence des animations actuelles a fait disparaître ces contraintes-là, bien heureusement. On me souffle dans l'oreillette qu'une certaine loi intitulée École de la Confiance cherche à remettre au goût du jour les tenues correctes exigées... Qui vivra verra ! ].

    La conférence pédagogique est, pour certains qui habitent des hameaux inaccessibles, la seule sortie de l'année. Pour tous, c'est la seule occasion de saluer les collègues, ces collègues que l'on déchire parfois à belles dents mais que l'on a plaisir à retrouver quand même.

    L'esprit de corps existe chez nous. J'ai le droit de dire que mon frère est un sot, mais qu'un quidam se permettre d'être de mon avis, je me retournerai aussitôt avec la plus entière mauvaise foi et je ferai brutalement front. [Voir sur les réseaux sociaux, les critiques contre les collègues d'une part, et la façon violente dont tous se regroupent lorsqu'un parent non-prof vient poser des questions sur la façon dont la classe de son enfant est conduite...]

    Plaise à quelque La Rochefoucauld d'équilibrer à ce sujet une phrase rectangulaire ayant l'intérêt pour centre de gravité.
    Moi, pour l'instant, j'ai autre chose à faire.

    Élu secrétaire de séance, il me faut noter point par point les arguments de M. l'Inspecteur. Je ferai ensuite un beau-procès-verbal que je devrai recopier je ne sais combien de fois.
    Ces jeux sont inoffensifs. [Vive le traitement de texte, le photocopieur, internet et ses messageries électroniques ! En revanche, le petit jeunot qui se retrouve chargé du rôle de « rapporteur », tout le monde connaît ! ]

    Chaque année, les bureaux du ministère nous choisissent ainsi un sujet de méditation. Méditer n'est rien ; choisir le sujet est peut-être plus difficile. Le gros travail revient à ces messieurs des bureaux, comme il est juste. Ils y apportent une ingénieuse fantaisie et le plus candide optimisme. [Pourquoi ne puis-je m'empêcher de sourire en lisant ces phrases ?]

    Cette année, le pivot de l'enseignement est la langue française, mais l'an prochain, ce sera l'histoire, ou bien la morale, ou bien le dessin, le travail manuel, le chant, que sais-je ? Tous les douze mois, le pivot change, usé. [ Et de m'esclaffer en lisant celles-là ? ]

    Bien entendu, rien ne change en réalité ; rien ne change, heureusement !

    Quand perdra-t-on l'habitude de médire de la routine ? Si les instituteurs, oubliant qu'ils sont payés d'abord pour apprendre à lire aux enfants, n'opposaient pas la bienfaisante inertie aux suggestions des beaux esprits, on perdrait beaucoup de temps dans les écoles de la République. [ Nos aînés devaient être dotés d'esprits plus libres que certains des nôtres ou la main-mise de l'Administration était moins prégnante. Que j'aurais aimé et que j'aimerais encore lire ceci plus souvent ici et ailleurs sous la plume ou plutôt le clavier de mes collègues ! ]

    Ce n'est pas à dire qu'il ne vienne jamais rien de bon du fulgurant Olympe ; mais les dieux exagèrent toujours ; ils tirent un feu d'artifice pour allumer notre chandelle. [Suivez mon regard... Et puis celui-là... Et encore celui-là... et, oh et puis zut ! ]

    Nous écoutons donc M. l'Inspecteur ; il est plus à plaindre que nous. C'est sa première conférence de l'année et il hésite un peu ; ses mots pâteux ne viennent pas ; ils résistent ; ils collent comme du mastic. Il paraît que l'an passé, à cette même place, il a été bien plus éloquent ; c'était sa septième conférence ; il savait sa leçon.

    Il termine quand même lit d'un petit air détaché une étude sur l'enseignement du français au cours moyen, dont l'auteur est ce vieil instituteur qui, tout au fond de la salle, rougit.
    L'étude est originale ; je n'ai rien lu de semblable dans mes auteurs ; la langue est souple, ferme, riche.
    Pourquoi cet instituteur est-il si timide ? Qu'a-t-il à se faire pardonner ? Peut-être est-ce le ton du lecteur qui le blesse et l'humilie...

    Ayant achevé, à toute vitesse, les dernières lignes, M. l'Inspecteur lève la séance et chacun s'en va content...

    Voilà, l'animation est finie. Ensuite, il y a la pause – ici, un repas au restaurant, j'ai connu aussi en début de carrière – et quelques descriptions de collègues toujours aussi proches de ceux que nous côtoyons, à moins qu'ils ne soient nous-mêmes...

    Quelques extraits pour les courageux qui aiment l'Histoire, la petite, celle des gens tout simples...

    Voici l'institutrice de Chantefoy ; je la connaissais de réputation, Mlle... Au fait, comment s'appelle-t-elle ? Pour ses élèves, pour leurs parents et maintenant aussi pour ses collègues, elle est « la petite mère » et l'on finit par oublier son nom.  [...]
    La raison voudrait que cette institutrice se débattît du matin au soir, dans son école surpeuplée, contre une bande d'enfants déchaînés. Eh bien ! ce n'est pas ça du tout ! Elle ne punit jamais et son école est la meilleure de la région. 
    Au fond de vos yeux, « petite mère », la clef de ce mystère.
    Derrière elle, sur une chaise, elle a posé un filet gonflé de paquets ; ce sera fête demain à l'école de Chantefoy.

    La classe de Mlle Dubosc, de Courvoisin, est également réputée. Mlle Dubosc a les premiers prix au certificat d'études. Elle est haute, maigre, ascétique. Son regard est presque trop droit ; il me gêne. Je me revois petit garçon, pincé au retour d'une excursion buissonnière, ou bien conjuguant un verbe irrégulier aux quatre temps du subjonctif.
    Il doit faire froid à Courvoisin ! 

    Baron, un instituteur de trente ans, nouvellement nommé en commune, est le plus affairé, le plus dévoué des propagandistes. Il veut bien faire, il veut tout faire. Il écoute toutes les suggestions ; au moindre appel, il est là ! 
    Secrétaire de mairie, bibliothécaire, directeur d'une société de tir, président d'une société de tempérance, d'une société d'anciens élèves, d'une société d'éducation populaire, d'une section de la société contre la dépopulation des campagnes, trésorier d'une société de secours mutuels, secrétaire d'une panification, il ne trouve jamais une heure de congé pour cultiver son jardin. Demain, il protégera les animaux, surveillera les nids, repeuplera les rivières et créera une section des « Amis de l'arbre ». 
    Il ira ainsi jusqu'au jour où, malade, découragé, il enverra tout au diable, fera simplement sa classe et prendra un permis de chasse. [Aujourd'hui, en plus, après son burn out, il démissionnerait et créerait une société de coaching perso... ]

    Ensuite un vieux maître d'école d'un modèle aujourd'hui disparu, grand lecteur de Classiques de la littérature, « capable de réciter à rebours certaines pages des Essais [de Montaigne, NDLR] ou des Pensées [de Pascal, NDLR] ».

     Passons à sa voisine de gauche, que nous avons tous rencontrée, surtout si nous avons travaillé dans des écoles un peu beaucoup déshéritées parce que loin de tout ou situées dans des quartiers périphériques dans lesquels personne, sauf quelques dévoués propagandistes, ne vient très volontiers... 

    C'est une jeune fille de vingt-cinq ans dirigeant provisoirement une école de garçons dans un hameau perdu à quinze kilomètres de Lurgé. [...]
    J'apprends qu'elle ne sort par de l'École normale [l'ancêtre de l'ESPÉ] et qu'elle a été heureuse, pour entrer définitivement dans les cadres, d'accepter une nomination provisoire à ce poste déshérité.
    Ce n'est pas que la vie soit bien gaie dans ce hameau. Elle vit seule dans une grande maison délabrée et ne voit jamais personne. [...] Les veillées sont bien longues et bien longs les jours de congé. Le moindre voyage est pénible et compliqué ; aussi ne sort-elle jamais. [...]

    – En somme, mademoiselle, je vois bien que toutes les heures, là-bas, ne sont pas drôles.
    Elle se ressaisit et dit d'un air brave :
    Non ! mais il faut débuter ! Je ne me plains pas.

    Petite recluse, vous avez raison de ne pas vous plaindre : cela ne changerait rien.
    Mais je devine ce que vous ne dites pas. Je vous vois, l'hiver, au milieu de vos grands élèves ricaneurs et insolents. Je vous vois, le dimanche, derrière votre rideau : les filles du village s'en vont à la promenade [...]. Vous, mademoiselle l'institutrice, vous avez à peine le droit de traverser le village ; restez à la maison !
    Je sais que plus d'une fois vous avez envié le bonheur des servantes de ferme. Je sais que vous avez rêvé, soupiré, pleuré et que personne ne s'en est jamais inquiété...
    Bientôt, vous ne rêverez plus, mais peut-être pleurerez-vous encore secrètement.
    [...]
    Après le banquet, je la conduis à sa voiture : une petite charrette à âne, basse, étroite, sans ressorts, minable. Elle va parcourir quinze kilomètres, assise sur une planchette [...].
    Elle part après un salut cérémonieux. La fête est finie ! L'âne trotte d'un trot sec et pointu qui secoue terriblement la charrette...
    Je n'ai pas envie de sourire, vraiment. Pauvre petite recluse ! Je la plains comme si je n'avais que ça à faire.
    Allons, Tournemine, tu deviens stupide, tout à fait. Ce n'est pas ta faute si elle doit gagner son pain ; ce n'est pas ta faute si elle est isolée au milieu des rustres ; est-ce toi qui signas sa nomination ?

    Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui. D'ailleurs, ce livre parle très peu d'école, à part dans ce chapitre-là. À l'époque, instituteur, c'était un métier moins prenant qu'aujourd'hui, semble-t-il, et qui laissait des loisirs. On pouvait passer à autre chose lorsque, chaque soir, on fermait sa porte de classe jusqu'au prochain matin de classe, c'est très net.

    Sous forme de cadeau pour ceux qui auront lu jusqu'au bout, voici La maladie des doigts écartés, tirée des Contes des cent un matins, d'Ernest Pérochon qui resta auteur pour enfants, même après avoir abandonné le métier d'instituteur. C'est un texte qu'on peut faire lire aux élèves de fin de CE1 à CM2, il est parfait pour traiter par le conte, sans prêchi-prêcha, le problème de certains de nos élèves dysexécutifs qui, quand il faut manger, se reposer ou se coucher, sont d'excellents élèves mais qui, quand il faut travailler...

    Télécharger « La maladie des doigts écartés. Pérochon.pdf »


    10 commentaires
  • Ça tournoie autour d'une moribonde...
    Merci à l'Icem-pédagogie Freinet pour cette vraie peinture réalisée par un enfant d'école maternelle.

    Aujourd'hui, avant de lire les dernières nouvelles des débats autour du projet de loi École de la Confiance, j'avais plein de choses à faire, plein de chantiers à mettre en route ou continuer, pour la maternelle, l'élémentaire, le multi-niveaux, etc.

    Pour l'École Primaire quoi, cette institution vieille de bientôt 140 ans que certains députés ont découvert tout récemment, et qui est en train de se détricoter à toute allure après des années de patients démaillages, souvent insoupçonnables, parfois même souhaitables mais néanmoins dangereux, du moment où la direction de l'ensemble de l'édifice serait confiée à une bande de démolisseurs assumés.

    J'abandonne donc mes grands et petits projets et prends, à nouveau, mon bâton de pèlerin pour tenter, avec mes pauvres moyens, de la défendre, cette école conçue au départ par la Gueuse pour les gueux et qui avait si bien su, pendant 100 ans, devenir un maillon indispensable de l'Éducation Nationale à la française, rassemblant tous les « moins de six ans » : l'École Maternelle.

    Nous n'allons pas faire le recensement de ces démaillages, de ces accrocs au contrat de départ, de ce dévoiement d'un lieu conçu pour ne pas être une école au sens ordinaire du mot mais un lieu qui forme le passage de la famille à l'école, et qui garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie au travail et à la régularité de l'école.

    Les derniers de ces accrocs, tenaces, suffiront : 

    "Quatre amendements 1121, 1156, 1135 et 1123 prévoient une formation commune pour les intervenants de 0 à 6 ans. Cette mesure fait suite à une demande de l'OCDE qui a souligné en 2017 l'absence de culture commune de la petite enfance en France à la différence des autres pays de l'OCDE. L'amendement 1121 précise : "Afin d’acquérir une expertise et une culture communes et dans le cadre de l’accomplissement de leurs fonctions, l’ensemble des professionnels intervenant auprès d’enfants de moins de six ans bénéficient de modules de formation continue communs dans les conditions définies aux articles L. 6111‑1 et L. 6311‑1 du code du travail et peuvent demander à faire valider l’expérience acquise dans les conditions définies aux articles L. 6411‑1 et L. 6422‑1 du même code, en vue de l’obtention d’un diplôme national ou d’un titre professionnel enregistré et classé au niveau III ou au niveau IV du répertoire national des certifications professionnelles. Le contenu de ces modules et les modalités de cette validation sont fixés par décret". Reste en effet à mettre en œuvre ce rapprochement de métier bien différents." (Merci à S. L. qui m'a communiqué ces renseignements)

    Avec l'obligation faite aux communes de permettre l'accueil de tous les enfants de trois ans révolus planent à nouveau, en plus du financement obligatoire de l'école privée par les communes, même si elles disposent d'écoles maternelles publiques en nombre suffisant, les risques de voir refuser les « 2 ans » dont les parents font une demande de scolarisation, d'interdire les siestes à la maison sous prétexte de « manquement caractérisé à l'obligation scolaire » et autres joyeusetés du même genre.

    Un petit coup de Montessori obligatoire, un autre de livre orange pour la Grande Section et voilà le spectre d'une école uniformisée, organisée en modules d'acquisition de compétences gérés de A à Z par des « outils d'entraînement » atomisant le groupe-classe en petits groupes d'individus de même profil, au mépris de l'effet-groupe et de ses atouts, allant jusqu'à prévoir à la minute près l'organisation du temps scolaire (rappelez-vous les 10 minutes consacrées par C. Alvarez à chacun de ses élèves successivement, pour qu'ils acquièrent le déchiffrage automatisé le plus tôt possible), à conseiller le rabâchage ad libitum sans varier d'un millimètre la présentation de la notion et enfin, parce que sans cela, on ne serait pas dans le cassage complet des souhaits des fondateurs, en testant, testant et testant à nouveau, sans arrêt, pour chercher à savoir si la compétence est acquise avant d'aborder la suivante.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...

    Le contraire de l'École Maternelle chaleureuse, douce et affectueuse, qui initie les petits enfants sans même qu'ils s'en rendent compte au travail et à la régularité de l'école...

    Et pourtant, je vous assure qu'elle est cohérente, cette école maternelle-là, et qu'elle amène largement aussi bien aux savoirs fondamentaux que la monstruosité sans âme qui, en plus de tout ce que nous venons d'évoquer, parle de regrouper dans des « fermes aux mille gosses », les EPSF (établissements publics des savoirs fondamentaux), ces tout-petits, parfois contraints de paraphraser chaque jour Du Bellay lorsqu'ils montent  dans un car de transport scolaire : 

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

    Elle est cohérente et elle existe. Elle est simple à organiser et elle ne coûte pas plus cher que l'autre, loin de là.

    Elle n'oblige pas à l'achat de matériel coûteux, ne nécessite pas des tonnes de matériaux destinés à produire des œuvres plastiques somptueuses qu'on affichera sur Pinterest pour faire baver d'envie les collègues. Elle évite autant que faire se peut les méthodes toutes faites qui proposent d'amener de l'extérieur tout ce qui est censé s'adapter à tous les enfants.

    Elle préserve l'estime de soi des tout-petits en leur évitant l'évaluation d'apprentissages fondamentaux savants forcément déconnectés de leurs besoins actuels de développement.

    Elle cultive l'autonomie, la créativité, la confiance en soi, la sécurité affective par le jeu, les jouets, l'expression libre (appelée Patouille dans toutes les vraies classes maternelles), mais aussi par les regroupements autour de la vie quotidienne, d'une comptine, d'une image, d'un chant, d'un album, d'un conte, d'une idée ou d'un projet conçu par des enfants, pour des enfants.

    Elle fait la part belle au développement moteur et sensoriel des enfants, favorisant ainsi l'émergence de leurs capacités de reconnaissance sensorielle et de repérage spatial et développant à bas bruit l'émergence de leurs fonctions exécutives (organisation, jugement, abstraction, flexibilité mentale, gestion des émotions, inhibition motrice volontaire, raisonnement, créativité).

    Elle apprend le vivre ensemble et cultive l'éducation morale, l'égalité et la fraternité en favorisant les échanges entre enfants et avec l'adulte et en apportant des éléments culturels qui les aident à enrichir la palette de leur jugement moral.

    Ayant résolument opté pour le collectif, elle multiplie leurs occasions de communiquer par le langage, cultivant ainsi leurs capacités d'expression et de réception.

    Elle éduque pour pouvoir un jour instruire au lieu d'instruire par moments – Ah, ces alphabets serinés que Lola ou Pedro continuent à chantonner sans en maîtriser les paroles absconses ! Ah, ces techniques imposées d'arts plastiques qu'Emma et Enzo appliquent sans rien y comprendre et qui imposent à la maîtresse et à l'ATSEM des heures de découpage et d'agencement appliquées pour rendre les œuvres produites intéressantes (pour l'adulte qui passe...)  – et d'attendre le clash pour enfin éduquer à la vie en collectivité des enfants perdus qui n'y ont jamais trouvé leurs marques.

    Enfin, s'étant dégagée de tout ce qui volait du temps aux enfants pour satisfaire des désirs d'adultes (rentabilité, reconnaissance, exposition, évaluation) et ayant consciencieusement préparé le terrain par la pratique et le langage, elle peut commencer à instruire les plus grands de ses élèves dans le domaine des apprentissages fondamentaux savants et envoie à l'école élémentaire des élèves déjà bien débrouillés en écriture-lecture, en mathématiques et en connaissances sociales.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...

    Ce programme, assistée de Sophie Borgnet qui l'a largement illustré, je l'ai expliqué dans un livre qui expose théorie et pratique, cherchant ainsi à être utile à mes collègues.

    Bien qu'il ne colle pas tout à fait avec ces nouvelles bien inquiétantes, il a la volonté de créer autour des enfants, de leurs familles mais aussi de leurs maîtres, grands oubliés de la réforme qui se profile, une véritable école de la confiance. Confiance en leurs capacités, en leur désir de grandir et d'apprendre qui les mènera, à petits pas sans doute mais avec sérénité, vers les savoirs savants que les « grands » détiennent.

    Certains d'entre vous connaissent déjà ce livre, et j'ai eu de nombreux retours de collègues qui l'apprécient. Pour les autres, sachez que, via l'onglet Contact, vous pouvez me le commander directement (23 € prix éditeur + 5,28 € de timbrage), évitant ainsi les frais de port prohibitifs pratiqués par l'éditeur. Je me ferai un plaisir de vous l'envoyer.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...


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