• II. 2. C. Mise en route - GS/CP (3)

     Dans la Grande Classe (3e partie)

    Premier jour de classe 

    Après-midi

    1) Musique, chant :

    Quinze minutes de détente et d’écoute pour commencer[1]. Le maître enchaîne exercices respiratoires, vocaux, chant choral et écoute instrumentale, à raison de quelques courtes minutes de chaque. Il y intègre le tout premier exercice de préparation à la lecture des élèves de Grande Section[2] puisqu’il consiste à reconnaître le timbre de quelques instruments à percussion.
    Ce qui sera matière à être déjà de la pré-pré-lecture se découvre dans le cadre de la séance de musique… Bel exemple d’interdisciplinarité sans artifice !

    De même, la comptine de La Souris Verte[3] sert de matériau à la partie « chant » de cette première séance de l’année. Même si les plus grands la connaissent certainement déjà, l’activité de création musicale et langagière sur laquelle elle débouchera compense largement ce qu’un adulte peut éventuellement prendre pour un inconvénient.

    S’il dispose d’une salle dégagée pour cette séance, il profite du moment d’écoute musicale pour commencer la séance de préparation à l’écriture[4] des élèves de Grande Section en distribuant les rubans et en laissant les élèves évoluer sur une valse... Sinon, cet exercice sera remis à la séance d’éducation physique de l’après-midi ou du lendemain matin.

    2) Préparation à l’écriture / Lecture : exercices écrits

    Pendant que les plus jeunes se lavent les mains avant leur première séance d’écriture, les plus grands découvrent leur manuel de lecture. Il est ouvert à la première page et ils passent ces quelques minutes à lire, l’un après l’autre, les quelques lignes qui la composent[5]. Lorsqu’ils ont fini, le maître leur explique brièvement la consigne de l’exercice écrit qu’il a prévu[6]. S’il a le temps, il le commence avec eux pendant que les élèves de GS prennent connaissance du matériel proposé (voir Délier les doigts dans la progression proposée).

    Le maître, libéré des aînés, peut alors diriger l’activité Gymnastique des doigts avant d’organiser le Jeu de saute-mouton proposé lui aussi dans sa progression[7].

    3) Observation ou Arts Visuels[8]

    Selon sa sensibilité, le maître a programmé une séance d’Observation ou d’Arts Visuels. Ce travail commun permet d’installer de nouvelles règles, de mettre en place de nouvelles habitudes. Chaque élève est appelé à participer, à s’exprimer, à faire preuve de créativité et de curiosité.
    Comme dans les plus petites classes, les enfants participent tant à l’installation qu’au rangement. Ils prennent possession de leur classe, apprennent à s’entraider, à accompagner les plus jeunes, à s’associer pour être plus efficaces. Le maître (et l'ATSEM s'il y en a une) les encourage, les aide, leur simplifie la tâche tout en gardant à l’esprit qu’il vise leur autonomie, leur joie d’apprendre, leur bonheur de se voir progresser à chaque instant.

    Il installe par petites touches des connaissances, des savoir-faire, félicite les réussites même partielles, minimise les échecs et assure qu’ils sont temporaires parce que les enfants sont là pour grandir et pour apprendre… Son rôle, c’est d’instaurer l’effort et la discipline librement consentis, chers à Célestin Freinet et de « libérer les enfants qu’on lui confie des obstacles qui empêchent le développement de sa vie[9] ».

    4) Lecture, Littérature : Compréhension, Expression, Mémorisation

    Une dernière et très courte séance de lecture pour les CP. Ils reprennent encore une fois leur manuel de lecture pour savoir ce qu’ils liront à la maison, à l’étude ou à l’aide aux devoirs.
    Cette courte séance permet au maître de s’assurer que, même si l’enfant n’a pas l’encadrement familial ou institutionnel qu’ont ses camarades, il aura à quatre reprises, et sous quatre angles différents, lu et compris le matériau d’étude du jour. Les élèves de Grande Section à nouveau présents à la séance de lecture de leurs camarades de CP et ils sont les témoins de leurs progrès (en cas de groupe très remuant, le maître a prévu un exercice de motricité fine : coloriage de toutes petites surfaces, type mandala, piquage, type Coloredo, petits objets à trier et ranger).

    On conclut cette séance par une quinzaine de minutes autour d’un conte ou d’un poème qui va être lu, décortiqué, observé et commenté par les élèves, encouragés par leur maître à comprendre presque mot à mot le texte qu’il leur lit. Pour soutenir l’attention des plus jeunes, il utilise au besoin des marionnettes, des petits personnages, un décor, tout ce qui permettra aux enfants d’aider leur imagination à grappiller suffisamment d’éléments pour vivre l’intrigue qui se noue devant eux.

    Le but est d’inviter à la table du savoir tous les enfants, des plus démunis aux plus favorisés, de gommer leurs différences par le haut, en donnant plus, toujours plus, à ceux qui sont les plus dépourvus.
    La classe à double-niveau, grâce au plus grand écart d’âge entre les plus jeunes et les plus âgés, y participe car elle normalise les différences de stades de développement. Le maître y joue sa part si, toute la journée, il rappelle son rôle de facilitateur, heureux d’offrir son savoir à ceux qu’il accueille et avec qui il partage sa journée d'école.

    5) Récréation

    6) Éducation Physique et Sportive

    La journée se termine. Après quelques minutes en classe, consacrées aux rangements[10], la petite troupe finit sa journée comme elle l’a commencé : en se dépensant physiquement « en vue d’une série de buts intéressants, canalisant ainsi l’irréfrénable activité [des enfants], dans l’ordre et vers le perfectionnement[11] ».

    Interdisciplinarité oblige, les exercices physiques qu’il propose entraînent ses élèves vers la perception de l’horizontalité et du sens gauche-droite de l’écriture, avec un saute-mouton aménagé, puis vers l’écoute musicale et le geste d’écriture, avec un moment de danse avec rubans, vers le vivre-ensemble et le comptage, avec un jeu du type Filet du pêcheur

    En fin de séance, cinq minutes de relaxation détendent les élèves avant leur départ vers d’autres lieux. Le maître en profite pour rappeler à ses élèves de Cours Préparatoire qu’ils doivent montrer à leurs familles comme ils savent bien lire la première page de leur livre de lecture et tout le monde se souhaite une bonne soirée et se dit à demain.

    Premières semaines

    Le lendemain et les jours suivants, le maître continuera à faire de son groupe d’élèves une classe, c’est-à-dire un groupe d’enfants qui apprennent et réfléchissent ensemble, aidés par un adulte bienveillant qui est là pour eux.  

    Le rythme des journées, toujours identique, permet l’acquisition de repères temporels sûrs. Le maître aide ses élèves en variant le moins possible l’ordre et la durée des activités.  Ses élèves étant encore un peu jeunes pour lire l’heure sur l’horloge de la classe, il s’aide pour ponctuer le temps d’un minuteur qui sonne lorsqu’il est temps de changer d’activité ou de se préparer pour la suivante.
    L’acquisition du rythme hebdomadaire, ainsi que le nom des jours commence à venir, au moins pour les plus âgés, grâce aux activités variées de milieu d’après-midi : « Le lundi, c’est le jour des arts visuels. Le mardi, en sport, nous pouvons aller dans le gymnase. Le mercredi, c’est le jour où nous n’avons école que le matin... »
    Le maître n’impose rien, il se contente de donner chaque jour la date et de rappeler quelles activités sont prévues à l’emploi du temps.  Il sait que tout viendra en son temps si l’organisation du temps qu’il propose est claire et routinière. 

    Les activités sportives sont le point de départ de la journée de classe. Les élèves savent que les jeux qu’ils y pratiquent, les attitudes qu’ils y travaillent, l’organisation qu’ils y mettent en place seront repris sous une forme différente en classe, au cours des apprentissages que les adultes qualifient de fondamentaux[12].

    Les plus jeunes abandonnent à leur rythme la petite enfance pendant que leurs aînés entrent de plain pied dans le monde des élèves. Chaque journée amène son lot de progrès, aussi bien en expression orale et écrite, qu’en découvertes sensorielles, aptitudes physiques, savoirs mathématiques, connaissances culturelles... Le vocabulaire et la syntaxe, travaillés essentiellement à travers l’oral en ce début d’année, s’invitent à longueur de journée, à travers toutes les activités qui, chacune à sa manière, sollicite l’effort d’expression et de mémorisation de tous.  

    Tous ces moments d’apprentissages assurent la prise d’autonomie et l’envie d’apprendre de chacun. La cohésion du groupe s’installe et les enfants prennent plaisir aux grands jeux que le maître organise et où chacun a sa place, au milieu de tous ses camarades. Ils ont compris que les moments d’activité collective sont tous chargés d’une dimension instructive.
    Les apprentissages, grâce à leur place prépondérante et leur caractère routinier, se structurent. Chaque jour, chaque élève sait qu’il va au cours des moments institutionnalisés s’exercer avec ses camarades de classe à prendre des repères de plus en plus fins dans le monde de l’écrit, entendu, tracé, vu et même lu, pour les élèves de CP. Chacun sait où il va, confiant dans ses capacités car épaulé par son maître et ses camarades de classe qui avancent avec lui, sur le même chemin.

    Dans la même série :

    I. Idées reçues

     II.1. Deux niveaux dans la même classe

     II. 2. A. Mise en route - PS/MS (1)

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (2)

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (3)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (1)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (2)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (3)

    II. 2. C. Mise en route - GS/CP (1)

    II. 2. C. Mise en route - GS/CP (2)

    Notes :

    [1] Pour des conseils de tenue d’une séance de musique en GS/CP, voir Pour une Maternelle du XXIe siècle, chapitre XIII.

    [2] Selon la progression de Thierry Venot, dans De l’écoute des sons à la lecture, grip-éditions : I. Se repérer dans l’espace et le temps, A. les suites de sons et les jeux d’écoute. 

    [3] Ou toute autre comptine pouvant être mise en images comme celle-ci l’a été dans I. De l’écoute des sons à la lecture¸ Se repérer dans l’espace et le temps, B. La souris verte.

    [4] Voir suggestion de progression ici : L'écriture cursive en grande section : activités préparatoires

    [5] Bon critère de choix pour une méthode de lecture : si l’enfant ne peut pas faire ce travail quasiment seul, avec une aide minime de l’adulte, dès le premier jour, c’est que c’est une mauvaise méthode qui ne motivera que les plus habiles, décourageant tous les autres. L’enfant aime se voir progresser à vue d’œil et nous devons en tenir compte.

    [6] Sur fiche sans doute. L’enfant est encore trop peu exercé pour gérer une copie sur le cahier. La plupart des méthodes de lecture proposent un cahier d’exercice associé qu’il suffit de suivre page à page ; il est d’autant plus utile en classe à plusieurs niveaux qu’il permet au maître de se consacrer à l’un des autres groupes sans crainte de voir les élèves s’ennuyer ou se perdre dans des activités mal adaptées à la méthode.

    [7] Les élèves y rejoueront, en vrai, le soir même pendant la séance de motricité.

    [8] Excellente progression pour le CP, facilement adaptable pour des élèves de GS, sur ce site : http://ouiphi.eklablog.com/une-progression-pour-le-cycle-2-c25389902

    [9] M. Montessori in Pédagogie scientifique, tome 1, L’ambiance, Liberté du développement, p. 47

    [10] Tables, placards de jeux, cartables des plus âgés… On peut aussi placer ces quelques minutes juste avant la récréation.

    [11] M. Montessori, opus cité.

    [12] Pour beaucoup, cela se résume au triptyque « écriture, lecture, calcul », oubliant au passage l’enseignement oral du vocabulaire et de la syntaxe, nourri par toutes les activités d’écoute et d’échanges autour de la littérature et de l’observation des mondes et des époques, proches ou plus lointains et l’acquisition d’aptitudes motrices et particulièrement manuelles déliées.


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  • Maths en Primaire
    À vos relieuses !

    Quelques fichiers tout prêts, certains finis, d'autres encore en cours de rédaction, pour une année scolaire dans une classe élémentaire[1] :

    Mathématiques :

    Pour le CE1 (en cours de rédaction) :

    CE1 : Fichier de Mathématiques (1)

    Pour le CE2 :

    CE2 : Fichier de mathématiques (1)

    CE2 : Fichier de mathématiques (2)

    CE2 : Fichier de mathématiques (3)

    CE2 : Fichier de mathématiques (4)

    CE2 : Fichier de Mathématiques (5)

    Pour le CM1 (en cours de rédaction) :

    CM1 : Mathématiques (1)

    Pour le CM2 :

     CM2 : Mathématiques et Étude de la Langue

    Notes : 

     [1] Pour la Grande Section, voir ici : Progression Se repérer, compter, calculer en GS et ici : Méthode Se repérer, compter, calculer en GS.


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  • Les dictées au CE1  

    Merci à Wistan M. 

    À la demande d'une collègue, je regroupe ici tous les articles concernant l'exercice de la dictée et de l'orthographe, en classe de CE1.

    Théorie :

    La dictée, c'est pas du tout c'qu'on croit !

    Des nouvelles de la Twictée...

    Les mystères de l'orthographe

    Aujourd'hui, c'est twictée !

    Pratique :

    Dictées CE1 avec L'Oiseau-Lyre : Périodes 1 et 2

    Dictées CE1 avec l'Oiseau-Lyre : Période 3

    Dictées CE1 avec l'Oiseau-Lyre : Période 4

     


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  • CE1 : Étude de la langue - corrections

    Il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais. Et comme je fais, je me trompe.

    Heureusement, ceux qui utilisent mes petites productions me signalent mes coquilles. Je les en remercie.

    Cela me permet de corriger rapidement les fichiers pour les remettre en ligne, plus aboutis, afin que chacun puisse en profiter.

    Ci-dessous les liens qui vous permettront d'aller télécharger les Périodes 4 et 5, dûment corrigées. Encore merci à Chloé et à ses élèves, qui s'amusent à chercher les bêtises de « Catheeerineeee ! »

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (4)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (5)


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  • Faudrait pas qu'ça grandisse...
    Merci à Claude Ponti dont l'œuvre tout entière, par sa créativité débridée, cherche à prolonger l'Enfance...

    « Je trouve qu’il y a une très forte rupture entre écoles maternelle et élémentaire. Le passage au CP est extrêmement difficile pour les enfants et mortel pour l’imagination. À l’école élémentaire, ils sont enfermés dans l’apprentissage du «  lire, écrire, compter  », qui sont des systèmes clos qui leur interdisent l’imagination, alors que sans elle, je ne pense pas qu’on puisse lire, écrire, compter. » répond le célèbre Claude Ponti à la personne qui l'interroge au nom des Cahiers Pédagogiques.

    Mortel pour l'imagination, rien que ça. Apprendre à lire, écrire et compter tue à jamais l'imagination... C'est brutal. Il ne faudrait pas que ce soit mal interprété et qu'on en déduise qu'il vaudrait mieux ne rien apprendre aux petits enfants pour qu'ils restent frais et drôles comme de petits enfants et continuent à croire que les vilains pieds de table se sont jetés sur leur petit orteil pour le croquer, que les presbytères sont de jolis petits escargots et que les vilains Kontrôleurs de Kastatroffe viennent manger tout crus les petits poussins qui n'ont pas pensé à souscrire à une assurance prenant en charge les dommages dus aux incendies...

    La vieille barbe que je suis a de la peine à laisser dire des vérités aussi tranchées sans renâcler. Surtout quand elle lit dans les commentaires tout un tas de vérités-vraies tout aussi entachées de jusqu'au-boutisme noir et blanc, visant à approuver les dires du grand maître es-enfant-de-6-à-8-ans... Répondons donc point par point.

    La rupture

    Oui, il est vrai qu'au cours de ma carrière, j'ai remarqué une rupture de plus en plus grande entre la Grande Section et le CP. Je pourrais presque la dater, d'ailleurs. Mais j'ai peur qu'on m'accuse encore du « c'était mieux avant »...

    Avant, pour moi, c'était quand on n'apprenait pas les lettres et les chiffres aux enfants dès l'âge de trois ans. Avant, c'était quand on leur donnait du papier, des crayons, de la peinture, de l'argile, des ciseaux, de la colle, du fil, du carton, des emballages vides, des chutes de bois et même des ratons-laveurs et qu'on leur disait : « Fais-en ce que tu veux, je saurai quoi en tirer pour t'aider à grandir ! ». Avant, c'était quand on lisait des histoires en classe sans se demander si elles permettaient de travailler en petit groupe, en grand groupe ou en ateliers décloisonnés ou bien si elles étaient un moyen de « faire rencontrer aux élèves une culture littéraire résistante, à l'incompréhensibilité programmée, afin d'enrayer les automatismes récurrents de l'intrigue » ou encore si elles débouchaient sur la découverte d'une logique non-cartésienne. Avant, c'était quand on ne travaillait pas « à la manière de Machin » sauf si Machin, c'était le petit copain d'à côté, âgé lui aussi de 3, 4, 5 ou 6 ans. Avant, c'était quand, en Grande Section, on ajoutait à tout ça un peu d'écriture, un peu de lecture, un peu de calcul, juste à leur mesure parce qu'ils le demandaient. Avant, c'était quand le CP n'était pas déclaré la classe la plus difficile de tout le cursus primaire et qu'instituteurs comme enfants l'abordaient sereinement en sachant que, sauf rare exception, tout le monde serait lecteur à la fin de l'année. Avant, c'était quand on ne courait pas après le temps parce qu'on savait qu'on avait 27 heures par semaine pour avancer, tous ensemble, sur le chemin de tous les savoirs, réels comme imaginaires.

    Les enfants arrivaient alors au CP tous dessinateurs, ce qui est très rarement le cas aujourd'hui, tous scripteurs, et parfois déjà un peu lecteurs.
    La rupture était moindre puisqu'ils continuaient sur un chemin qu'ils connaissaient déjà et dans lequel l'imaginaire cultivé avait été le leur et non celui des albums de littérature-jeunesse exploités jusqu'aux tréfonds de leurs logiques, de leurs imaginaires, de leurs repères culturels d'adultes faits qui n'évolueront plus qu'à la marge.

    « Lire, écrire, compter »

    Il est amusant de voir qu'après 15 ans de programmes de 2002, on en soit toujours à conclure que c'est au CP qu'on apprend à lire, à écrire et à compter. Amusant et rassurant.
    Si cela pouvait évacuer tous ces « ateliers autonomes » ou « dirigés » au cours desquels nos tout-petits associent des lettres minuscules à des lettres majuscules, trouvent l'initiale d'un mot, comptent inlassablement des bouchons, des pinces à linge, des cure-pipes, des piques à brochettes, cherchent à prouver qu'ils entendent les phonèmes de la langue française, s'exercent à inverser les syllabes d'un mot et autres activités toutes plus inutilement ponctuelles les unes que les autres, ce serait déjà pas mal. Mais même pas !
    N'osons même pas rêver qu'on pourrait à la place faire de l'utile constructif, servant l'imaginaire comme le réel et permettant aux élèves d'arriver au CP tout à fait prêts à ajouter le « lire, écrire, compter » à leur panoplie, sans risque pour leur développement global, celui qui concerne tant l'imagination que le principe de réalité.

    Encore que... y arriverions-nous ? Quand on enlève des heures de classe, et puis encore des heures de classe, à des jeunes enfants toujours aussi lents que leurs grands-parents ou leurs parents au même âge pour se regrouper en un semblant de rang, s'habiller, se déshabiller, vider ou remplir un cartable, écrire en tirant la langue, gommer avec application, passer un cap aussi important que savoir nouer un lacet, passer la dizaine supérieure, élargir son empan visuel jusqu'à pouvoir d'un seul coup d'œil englober 3, 4, 5, 6 ou même 7 lettres à la fois, retenir un nombre astronomique de mots nouveaux qu'ils n'avaient jamais entendus auparavant, comment sommes-nous censés faire ?

    Pas étonnant que, dans certaines classes de CP, on ne fasse plus qu'apprendre à lire, à écrire et à compter et qu'on oublie parfois tout le reste, tout ce qui était si important pour assurer une croissance harmonieuse aux enfants qui n'étaient pas nés avec une cuiller en argent dans la bouche !

    Des systèmes clos qui interdisent l'imagination

    Je reviens de visiter le château de Guédelon où j'ai été plongée dans le monde des bâtisseurs qui ne savaient pas lire. J'ai continué mon périple par Vézelay où j'ai pu observer l'imaginaire de sculpteurs de pierre qui ne savaient sans doute ni lire, ni écrire, ni compter.
    Leurs systèmes clos à eux, c'étaient la corde à 12 nœuds, l'équerre et le compas, l'exemple de leurs anciens qui leur transmettaient, oralement, leurs connaissances dans le domaine du réel mais aussi d'un imaginaire, sans doute très fermé pour nous, leurs descendants du XXIe siècle, mais un imaginaire débordant de créativité tout de même.

    Les systèmes, clos ou non, permettent d'avancer. C'est d'ailleurs ce que découvrent nos « 6 ans » au moment où ils perdent leur première dent de lait à peu près.

    Jusque là, ils avaient accumulé, au petit bonheur la chance. Ils s'installaient, disait Célestin Freinet.
    Puis, petit à petit, une fois installés, ils avaient commencé à aménager leur intérieur ; cela les avait amenés à multiplier les expériences, éliminer celles qui n'aboutissaient pas pour perfectionner celles qui leur avaient permis d'aller plus loin. Dans tous les domaines.

    Pendant leur dernière année d'école maternelle, normalement, si le virtuel n'a pas trop contaminé leur univers, à la maison comme à l'école, ils ont décidé de commencer à ranger toutes ces connaissances. Et pour savoir comment les ranger, ils ont cherché à les trier.
    D'un côté, le vrai, le sûr, le tangible, celui dont on sait d'où il vient, qu'on peut reproduire de façon sûre, qu'on peut systématiser sans crainte et partager avec ses pairs. De l'autre, l'imaginaire, le drôle mais aussi le terrible, celui qu'on n'explique pas et qu'on est de plus en plus conscient de « jouer » quand ce n'est pas lui qui nous « joue ».

    Et là, les petits CP, à 95 % et peut-être même plus, par commodité, par goût du rangement et de la sécurité, se sont tournés vers le réel. Même s'ils chérissent encore la Petite Souris qui échange ces « dents de bébé » (à dire sur un ton méprisant) contre des sous, des vrais, qu'on peut monnayer dans les magasins en échange de solide, de réel. Même s'ils rêvent du Père Noël qui leur apportera monts et merveilles sans les réveiller, à tous, en une seule nuit, grâce à un traîneau et huit rennes enchantés. Même s'ils ne sont pas si sûrs que ça qu'il n'existe pas quelque part un Bouffron-Gouffron qui pourrait peut-être leur faire des misères...

    Et il ne se passe pas une journée sans que leur enseignant n'entende la question lancinante qui a perturbé M. Ponti : « Est-ce que c'est vrai, ça ? »
    Ils tiennent à le savoir, non pas pour renier l'imaginaire, mais pour en faire un bloc à part, un jardin secret pour certains, une originalité pour d'autres, un truc inutile et même un peu idiot pour nos futurs « gros messieurs tout rouges ».

    Leurs super-pouvoirs, ce ne sont plus ceux de Superman qui vole à travers les airs, de Spiderman qui escalade les façades des immeubles, de la Reine de Neiges qui se délivre de je ne sais trop quoi et le beugle à tous les vents...
    Eux, ils savent lire... écrire... compter... et ça leur ouvre le monde ! Comme tous ces apprentissages qui les ont structurés jusque là, comme la station debout sans appui et la marche à pied autonome, sans donner la main à maman ou papa, comme la natation sans brassards, le vélo sans roulettes, les rollers, le chant juste et bien timbré, l'escalade de la cage à écureuils ou de l'arbre du voisin, la descente à skis tout seuls en faisant gicler la neige à l'arrivée, le dessin précis et réel du château du prince et de la princesse, de la locomotive ou du vaisseau spatial qu'ils conduiront un jour, de la robe de princesse ou de l'armure qu'ils porteront quand ils seront grands, c'est sûr !

    Car ils dessinent toujours

    S'ils ont pu pratiquer réellement, en toute liberté, sans consignes ni modèles, le dessin, le modelage, le découpage, le collage, le tissage, la construction à base de d'objets en volume variés et toutes ces activités qui auraient dû rester libres à l'École Maternelle, ils sont même à l'apogée de leur art ! Comme l'année dernière, et celle d'avant, et celle d'encore avant... et celle d'après, et celle d'encore après... Jusqu'à leurs 25 ans environ !

    Parce qu'ils sont des enfants et qu'un enfant, ça évolue, et pas qu'à la marge. Ce qu'ils ont appris précédemment se détruit et se reconstruit plus beau, plus solide, plus réfléchi, plus construit.

    Leur imagination croît au rythme de leurs lectures, des œuvres d'art visuelles ou musicales qu'ils rencontrent, des sciences et techniques qu'ils découvrent et apprennent, elle s'affine, prend ses propres marques. C'est sans doute en cela qu'elle s'éloigne très vraisemblablement, au moins provisoirement, des mondes parallèles chers aux auteurs-illustrateurs de la littérature de jeunesse en vogue.

    Bientôt, cependant, pour faire de la place au reste, certains d'entre eux ne dessineront plus, d'autres ne s'essaieront plus à l'architecture à taille d'enfant ou au tressage de fils de couleurs... Certains se lanceront dans la création musicale, d'autres préféreront la mécanique, l'archéologie, la cuisine, la création poétique, littéraire, l'étude des langues anciennes, l'exploration du petit bois derrière chez eux ou de l'Antarctique, le piratage informatique, la façon de faire fructifier un capital en bourse, l'aide aux personnes en situation de handicap ou d'extrême pauvreté... et il y en a même qui écriront et illustreront des albums de jeunesse qui sortiront de la logique récurrente de l'intrigue et qui entraîneront les enfants vers des paradis artificiels propres sur eux et ne nuisant pas à leur santé...

    Cela s'appelle grandir. C'est moins mignon que rester petit et se sentir prêt à renverser la montagne, combattre le dragon et boire tout l'océan mais c'est plus efficace quand il s'agit d'agir réellement sur les montagnes, les océans et même ces fichus dragons qui nous empoisonnent l'existence depuis que le monde est monde !

    Plaidoyer pour le dessin à l'école :

    Dessiner pour devenir intelligent.

    Dessiner pour s'exprimer


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