• Racontamus, écoutatis, comprenunt (3)

    Racontamus, écoutatis, comprenunt (3)

    Aujourd'hui, nous allons recenser les différents types d'histoires que nous pouvons raconter à nos enfants.

    • À tout seigneur, tout honneur, nous commencerons par celui que nous qualifions de conte traditionnel et que Miss Sara Cone Bryant appelle « le conte de fées »...

    Des contes traditionnels déjà controversés à l'époque, comme ils le furent à nouveau quand j'ai débuté dans l'enseignement et comme ils le sont parfois à nouveau, accusés d'être trop vieillots pour les enfants d'aujourd'hui, de les ramener aux schémas traditionnels, de véhiculer violence et sexisme et d'en perpétrer l'usage dans une société qui se doit de les transformer afin que le Prince Charmant pense à faire une demande en trois exemplaires à la Belle au Bois Dormant avant de la réveiller d'un baiser...

    Mais, comme en tous lieux et en tous temps, des contes aimés des enfants qui y voient un moyen de « fabriquer des images » qui enrichissent leur vie intérieure, leur font sentir la valeur du bien et du mal, réconfortent ceux que Boris Cyrulnik appelle encore les « vilains petits canards », montrant ainsi comment ces contes rencontrés dans l'enfance nous accompagnent toute notre vie et font partie du fond dans lequel nous puisons pour comprendre la littérature des adultes et en créer à notre tour.

    • La deuxième partie, qui traite du conte drolatique, permettra peut-être de redonner ses lettres de noblesse au conte de La Moufle, en le sortant de son état actuel d'œuvre incontournable à étudier jusqu'à plus soif pour lui rendre sa raison d'être : « Seulement pour faire rire... ». Du moins, je l'espère sincèrement...
    • La troisième, puis la quatrième parties (Paraboles de la Nature et Récit historique) vont se fâcher tout rouge contre les albums à tout faire tant appréciés par certains CPC, albums qui énoncent pêle-mêle vérités scientifiques, géographiques ou  historiques et approximations, amalgames et anachronismes.
      Ils proposeront de les remplacer par :

    - des fictions cultivant la sympathie pour l'inconnu et le sentiment de solidarité (elle dite « altruisme ») ;
    - des récits de faits historiques réels et des biographies visant à fournir aux enfants et jeunes adolescents des modèles de héros et héroïnes positifs (ce qui est mieux, vous en conviendrez, que d'abandonner le terrain à des gens peu scrupuleux qui exaltent des sentiments négatifs, prêchant la guerre et l'intolérance)... 

    On notera que Miss Sara Cone Bryant plaide pour un enseignement chronologique de l'histoire et déplore ces biographies ou anecdotes historiques isolées, coupées de l'époque à laquelle elles sont rattachées.

    On notera aussi (hélas, précisé-je avec force...) une vision très largement « datée » de l'enseignement de l'Histoire, basé sur l'exaltation de l'orgueil national et du patriotisme.
    Heureusement, cette vision est suffisamment « tempéré » pour que je puisse le recopier sans passer pour je ne sais quoi, aux yeux des imbéciles (j'en ai rencontré un pas plus tard qu'hier), qui confondent l'intérêt qu'il peut y avoir à s'inspirer de techniques du passé ayant fait leurs preuves et passéisme douteux aux relents nauséabonds, que je vomis et ai toujours vomi...

    COMMENT RACONTER
    DES HISTOIRES
    À NOS ENFANTS

    d'après
    MISS SARA CONE BRYANT
    F. NATHAN

    CHAPITRE PREMIER
    (2e partie)

    Le conte de fées

    Le conte de fées

    Est-ce le vestige des mauvaises habitudes d'une vieille société ignorante ? Est-il au contraire à même de justifier sa popularité par une influence vraiment utile ? Est-ce un personnage qu'il convient de fréquenter ? Enfin, quels titres justifient de notre affection?

    Oh ! ils sont légion. Titania, la reine des fées, nous apparaît et, d'un coup de baguette magique, elle évoque le vrai sentiment du plaisir qu'ils vont faire naître. Elle prononce le « Sésame, ouvre-toi » de notre imagination. Elle est la grand-mère de tout enfant de ce monde et ses poches sont pleines de trésors légués par les siècles passés.

    Fermez-lui la porte et vous privez les enfants de quelque chose qui leur appartient par droit d'héritage, qui les rattache aux enfants d'autrefois et qui répond à leurs propres besoins comme à ceux des générations disparues.

    Leur suprême pouvoir est de présenter des vérités à travers des images, permettant ainsi aux enfants de les assimiler. Au travers de la poésie de leurs images, l'esprit de l'enfant se pénètre des vérités élémentaires :

    •  de la loi morale,
    • des types généraux de l'expérience humaine.

    Chaque vérité ainsi acquise élargit et renforce la capacité de vie intérieure de l'enfance, et ajoute un élément au fonds dont il tire ses déductions morales.

    Utilité du conte de fées

    L'exemple le plus probant des images qui énoncent des vérités morales est sans doute l'histoire des deux sœurs, l'une aimable et bonne, dont les paroles se transforment en pierres précieuses alors que l'autre, méchante, crache crapauds et vipères.

    Voyons aussi l'expression de « vilain petit canard », qui, tirée d'un conte, qualifie ceux qui ont traversé de douloureuses expériences et constatent un jour qu'ils prennent leur essor en bonté et en beauté.

    Cela nous prouve que priver l'enfant de cette partie du folklore est le priver aussi d'un élément dont il aura besoin plus tard pour apprécier pleinement la littérature de l'âge mûr dans laquelle l'auteur, ayant eu connaissance dans son enfance des mythes et contes de fées, incorpore dans son œuvre les tendances, les souvenirs, les sentiments qu'il a fait siens au début de sa vie intellectuelle.
    Elle en emprunte les noms, en tire des associations de caractères (la finesse du Renart, ...) et, par ses affabulations et son style, prépare le terrain de l'illusion poétique et exalte l'imagination.

    Les meilleurs contes de fées sont admirablement écrits et la plupart des légendes du folklore ont une fraîcheur et un charme qui en font de splendides assises pour la culture littéraire.

    Pour cette raison donc, aussi bien que leur poétique façon de présenter la vérité sous une forme attrayante, parce qu'ils fournissent un joyeux stimulant à l'imagination et qu'ils sont nécessaires à la pleine appréciation de la littérature d'imagination, nous nous servirons largement des contes de fées.

    Le conte burlesque ou conte de nourrice

    Le conte de nourrice

    Sous ce titre nous rangeons tous les contes purement amusants, en y comprenant les histoires à répétitions, comme « Le loup qui ne voulait pas sortir du bois » [ou La Moufle...].

    Sous leur tissu apparent d'absurdités, elles cachent souvent une morale très pratique et sont dignes de la prédilection que les enfants leur marquent.
    Leur principale valeur réside naturellement dans les propriétés toniques et rafraîchissantes de l'humour.

    La gaieté et son action bienfaisante

    Les enfants ont besoin de gaieté. Elle leur permet de se soustraire à la pression à laquelle ils se soumettent souvent et leur offre le repos moral.
    De plus, l'humour ramène les choses de la vie à leur vraies proportions et calme l'imagination que la poésie entraînerait trop loin.

    Quel merveilleux professeur que la satire de nos travers et de nos vices? Quoi de plus suggestif que l'exagération spirituelle de quelques-unes de nos tendances habituelles ?

    « Seulement pour faire rire », voilà la première raison d'être du conte drolatique ; la seconde étant la morale qu'il enveloppe dans l'amusement. 

    Les Paraboles de la Nature

    Histoires basées sur des faits scientifiques

    Il est de mode aujourd'hui d'utiliser les allégories tirées de certains faits de l'histoire naturelle pour enseigner les mœurs des animaux et des plantes, en vue de stimuler l'intérêt scientifique  et d'augmenter les connaissances techniques.

    Il est dommage toutefois que si peu de ces récits soient basés sur des faits absolument exacts et qu'il y reste tant d'à peu près. Le livre soigneusement préparé aujourd'hui sera réfuté demain, et il règne dans ce domaine une pénible incertitude qui oblige à tout vérifier avant d'en présenter un aux enfants.

    Il n'y aura pas autant de difficultés si l'on se sert de ces récits plutôt comme sujets de narration que comme moyen de vulgarisation : on valorisera alors plus les qualités de style et d'animation que les compilations techniques.

    On trouvera de bons matériaux dans beaucoup de ces histoires qui mettent en scène des animaux et des plantes au lieu de personnages humains, et qui sont de bonnes fictions par elles-mêmes en dehors de toute prétention scientifique.

    Utilité de la fiction

    Une des meilleures influences exercées sur les hommes par les fictions est d'élargir leurs idées en ce qui concerne des existences différentes de la leur. L'auteur qui sait écrire des fictions dignes d'être lues détient la clé de la porte de l'imagination. Il a le don de voir les réalités intérieures et de les montrer à ceux qui ne peuvent pas les voir par eux-mêmes.

    En suivant les visions de son imagination, nous pouvons vraiment marcher sur plus d'une route qui nous serait restée totalement inconnue : comprendre comment vivent ceux que nous n'avons pas la chance de rencontrer.

    La fiction nourrit un élément de culture morale inappréciable : celui des sympathies. Et cet élargissement des sympathies est spécialement facile à produire chez les enfants, surtout par des récits d'histoires naturelles. 

    Développement du sens altruiste

    Quand vous commencez : « Il y avait une fois un petit lapin tout habillé de fourrure grise... », la curiosité de l'enfant est éveillée par le seul fait que le lapin n'est pas l'un de ses semblables, mais quelque chose de tout à fait différent.
    Son esprit est captivé à l'idée d'entendre des aventures et de partir pour des régions inconnues.

    L'histoire progresse, le petit lapin passe à travers des expériences étrangères et cependant analogues à celles des petits enfants. Il s'effraie, est consolé et protégé par sa mère, découvre son environnement et ses dangers. De toute l'histoire se dégage une morale bien familière à l'enfant : « Il faut obéir à sa maman ».

    Ce sont là des faits qui n'offrent aucun élément de perplexité et juste assez d'étrangeté pour susciter son intérêt.
    Et parce qu'il est entré par l'imagination dans les sentiments et les impressions d'une créature différente de lui-même, il a fait son premier pas dans le vaste monde de la solidarité et de l'altruisme.

    Cela conduit hélas de nombreux auteurs à tomber dans l'erreur qui consiste à trop humaniser leurs héros animaux. L'exagération est pour le moins inutile, car il reste assez de communauté d'existence suggérée par le récit le plus scientifiquement exact pour constituer une base de sympathie suffisante.

    Comme beaucoup d'autres types de narration, le récit d'histoire naturelle, comme le récit historique, peut être considéré, comme une aide au commencement de la culture des sentiments altruistes.

    Le récit historique

    Le récit historique

    Plus nous élargissons le cercle de nos rapports avec d'autres genres de vie que le nôtre, plus nous rendons vivace le sentiment de relations avec les existences de ceux qui nous ont précédés. C'est cette propriété qui rend le récit historique si puissant pour développer l'orgueil national chez les enfants.
    [Petite note indispensable : et si nous écoutions Miss Sara Cone Bryant quand même mais élargissions cet orgueil et ce « patriotisme » à l'international ? Peut-être pourrions-nous alors combattre la tendance actuelle des communautaristes de tout poil, après tout ?... ]

    Culture du patriotisme

    Pourquoi ne pas chercher à satisfaire la soif d'héroïsme qui couve dans le cœur de plus de garçons et de filles qu'on ne le croit ? Ne suffira-t-il pas de la canaliser et de la diriger vers des objets dignes d'efforts ?

    Les faits et gestes des héros, ignorés comme fameux, sont une source inépuisable de narrations. Les récits empruntés aux vies des grands hommes ; leur luttes contre l'adversité, l'histoire des ministres intègres, des inventeurs persévérants, des savants consciencieux, des citoyens courageux, exercent une subtile et puissante influence sur les jeunes et leur inspirent une légitime fierté, le sens intime de parenté avec leur propre nation et le désir de servir celle-ci à leur tour.
    [Et hop ! autre petite note indispensable : Dans la dernière phrase, remplacer comme moi l'expression « propre nation » par le nom « humanité » et ça a tout de suite une autre gueule ! ] 

    Manière la plus profitable d'utiliser les récits historiques

    Il n'est pas très profitable, cependant, de ne raconter que des faits biographiques ou anecdotiques isolés, sans lien les uns avec les autres. Il vaut mieux partir de la période historique que les enfants sont en train d'étudier et y rattacher un certain nombre de récits intéressants et peu connus, se rapportant aux personnages remarquables de cette période ou aux événements auxquels ils furent mêlés.

    Le récit historique donne un sentiment de la réalité et de l'humanité des événements passés : il constitue un facteur important dans l'enseignement patriotique [à remplacer par « enseignement de l'histoire de l'humanité » ], et provoque le désir d'émulation pour le bien.

    Dans la même série :

    ♥ Racontamus, écoutatis, comprenunt :

    Racontamus, écoutatis, comprenunt - 1 ; Racontamus, écoutatis, comprenunt - 2Racontamus, écoutatis, comprenunt - 3Racontamus, écoutatis, comprenunt - 4Racontamus, écoutatis, comprenunt -5Racontamus, écoutatis, comprenunt - 6Racontamus, écoutatis, comprenunt - 7 ;  Racontamus, écoutatis, comprenunt - 8Racontamus, écoutatis, comprenunt - 9

    ♥ Contes à dire, contes à lire :

    Contes à dire, contes à lire - 1 ; Contes à dire, contes à lire - 2 ; Contes à dire, contes à lire - 3 ;Contes à dire, contes à lire - 4 ; Contes à dire, contes à lire - 5Contes à dire, contes à lire - 6 ; Contes à dire, contes à lire - 7 ; Contes à dire, contes à lire - 8Contes à dire, contes à lire - 9 Contes à dire, contes à lire (10)

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