• Racontamus, écoutatis, comprenunt (2)

    Racontamus, écoutatis, comprenunt (2)

    Comme le samedi, c'est « Multi-âges », le dimanche matin, désormais, ce sera « Conter, raconter », le compte-rendu de lecture commencé la semaine dernière.

    Aujourd'hui, nous verrons que, tout désuets que soient les termes – les « maîtresses » seules enseignaient alors aux petits-enfants et les « conteuses » venaient auprès d'eux pour les distraire ; l'intelligence se transforme en « âme humaine » ; les petits enfants des milieux aisés avaient des « bonnes » pour les coiffer le matin et les « nouveaux publics » étaient des « membres d'un cercle populaire »... –, nous retrouvons quelques remarques qui nous évoquent bien des choses, dès les premières phrases du premier chapitre.

    Petite recension des similitudes avec la situation actuelle :

    • Déjà certains collègues ne juraient que par ces fameuses « histoires à tout faire » (aujourd'hui, nous dirions « albums » plutôt qu'histoires) qui leur semblaient indispensables que ce soit pour parler de l'hiver, des papillons, des étoiles, des hommes préhistoriques ou du rectangle et du carré, alors qu'elles détournent les enfants de l'essentiel.
    • L'existence de publics « particulièrement indisciplinés... se présentant comme pêle-mêle confus de têtes et membres qui semblaient agités par la danse de Saint-Guy ... ne s'apercevant pas de la présence de l'adulte... se distribuant des aménités douteuses qui menaçaient de dégénérer en pugilat... ».
    • Les enfants n'écoutaient que si on leur avait appris à écouter et seule la répétition quotidienne à heures fixes du cérémoniel du conte, associé à la variété des histoires renouvelées chaque jour, garantissait cet apprentissage.

    En revanche, les neurosciences n'étant pas encore passé par là (encore que, si Maria Montessori marche si fort aujourd'hui, c'est que, dès 1905, elle basait sa pédagogie sur l'observation scientifique du développement des individus), l'auteur avoue en toute humilité qu'elle n'a pas de preuve chiffrée de ce qu'elle avance mais que l'observation du climat de classe et des interactions qui se nouent entre celle qu'elle appelle « la conteuse » et son auditoire suffisent à démontrer la véracité de ses assertions.

    COMMENT RACONTER
    DES HISTOIRES
    À NOS ENFANTS

    d'après
    MISS SARA CONE BRYANT
    F. NATHAN

    CHAPITRE PREMIER
    (1re partie)

    LA VALEUR ÉDUCATIVE DE L'HISTOIRE RACONTÉE

    Les avantages que les maîtresses peuvent y trouver.

    Que tenterons-nous en disant des histoires à nos élèves ? Que pouvons-nous raisonnablement espérer ?
    Ce sont là des questions d'autant plus intéressantes que l'engouement pour les histoires en éducation a conduit bien des gens à se méprendre sur le but essentiel de ces récits, à insister le plus fortement sur leurs fonctions les moins importantes.
    La géologie, la zoologie, la botanique, et même la physique, sont enseignées, soi-disant, par des narrations plus ou moins heureusement agencées.

    Or, ceci est un but parfaitement légitime, mais ce n'est pas le but principal ; il détourne l'attention d'un autre bien plus important.

    Qu'est-e qu'une histoire dans son essence ?

    Une histoire n'est ni un manuel de science, ni un précis de géographie ou d'histoire. C'est avant tout et essentiellement une œuvre d'art.
    Se servir d'une histoire pour enseigner aux enfants des faits intéressants touchant les abeilles ou les papillons, c'est comme se servir de la Vénus de Milo juste pour faire une démonstration anatomique.
    Une narration est une œuvre d'art. Sa plus grande utilité pour l'enfant réside dans l'appel au sentiment éternel du beau par lequel l'âme humaine est constamment poussée vers des curiosités nouvelles, et marche ainsi vers sont développement harmonique.

    Le but immédiat est d'abord le plaisir de l'auditeur ; l'instruction vient après.

    Avantages que les histoires racontées produisent pour les enfants.

    Il importe donc peu que la conteuse, qui a procuré à ses jeunes auditeurs le plaisir dont je parle, ait ou non augmenté la somme de leurs connaissances techniques.
    Elle a atteint le but suprême qui est :

    • ajouter quelque chose à la vitalité de leur esprit,
    • fournir un exercice sain aux muscles émotifs de leur intelligence,
    • augmenter l'intensité de forme ou de couleur de l'idéal de vie et d'art, toujours en formation dans l'esprit d'un enfant.

    Naturellement, ce résultat ne peut être prouvé aussi nettement que la constatation d'un fait. La conteuse prendra pour guide les manifestations de ce plaisir naïf et s'étudiera à les faire naître. Heureusement, ces manifestations sont visibles et immédiatement suivies de trois résultats pratiques appréciables :

    1) une détente dans l'atmosphère de la classe, dont l'apparence devient reposée et riante. 
    2) une confiance mutuelle entre la maîtresse et ses élèves
    3) une formation excellente des habitudes d'attention.

    Une expérience personnelle.

     Ici, quatre longues pages racontant comment l'auteur apprivoisa une jeune nièce timide en inventant une belle histoire pendant que sa nurse la coiffait. Je vous encourage vivement à aller la lire à l'adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9353064/f32.image .
    Je n'en recenserai ici que la conclusion.

    L'histoire racontée est un moyen simple pour :

    1) conquérir la confiance, particularité très appréciable face à des enfants timides ou déracinés,
    2) créer l'habitude de la concentration, de fixer l'attention.

    Comment former les habitudes d'attention.

     Ici aussi, plus de trois pages racontant comment l'auteur put, en quelques histoires racontées, capter l'attention d'un groupe d'une soixantaine de garçons et de filles « ayant largement dépassé l'âge de la docilité enfantine », issu d'un quartier populaire difficile. Ceux d'entre nous qui vivent cette indocilité au quotidien dans leurs classes reconnaîtront facilement l'ambiance de leurs classes aux pires moments de leurs journées de classe ici  et aux pages suivantes : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9353064/f35.image .
    Je n'en recenserai ici que la conclusion.

    Ce qui se passa dans ce petit auditoire – soixante enfants, tout de même ! – est un exemple probant de ce qu'on peut attendre de la plupart des enfants dans des cas analogues. Une fois que leur attention est enchaînée par la force même de l'intérêt, les enfants commencent à espérer quelque chose de la part de la maîtresse, et à s'y attendre. En étant conduit pas à pas, d'une proposition à une autre, leur esprit, d'abord retenu seulement par la fascination des faits, prend l'habitude de suivre toute déduction logique.

    À l'école, vu la mobilité naturelle à l'esprit des jeunes auditeurs, le résultat est également certain, même s'il est plus long à obtenir. Toute maîtresse qui a pris la peine d'apprendre à bien dire une histoire, peut escompter le gain d'une sympathie confiante de la part des enfants et le développement graduel en eux de la puissance de concentration et d'attention.

    À la fin d'une semaine où les enfants ont entendu avec plaisir une histoire par jour, l'habitude d'écouter est prise et l'idée d'une jouissance est associée à l'entrée en matière du conteur.

    Les résultats divers.

     Là, vu l'importance du paragraphe, je retranscris tout.

    Ce sont là des résultats tangibles, facilement discernés en peu de temps. Il y en aura d'autres, plus difficiles à atteindre, mais pourtant beaucoup plus loin, sur les divers modes de développement physiologique, et qui doivent nécessairement influencer le choix des matériaux et la manière dont on s'en sert.
     

    Ce sont ces derniers résultats qu'il faut maintenant examiner dans leurs relations avec les divers types de narration qui leur seront le plus avantageux.

    Divers genres d'histoires.

    Suit ici, la recension des différents genres d'histoires, dans l'ordre d'importance que leur accorde l'auteur, ainsi que les apports éducatifs et culturels qu'ils procurent.
    Ayant peur que ce soit un peu long pour un dimanche, même d'hiver, même pluvieux, je me contenterai de vous donner un avant-goût en ne reproduisant que les titres et sous-titres que je développerai la semaine prochaine.

    Le conte de fées

    Le conte de fées - Utilité du conte de fées

    Le conte burlesque ou conte de nourrice

    Le conte de nourrice - La gaieté et son action bienfaisante

    Les Paraboles de la Nature

    Histoires basées sur des faits scientifiques - Utilité de la fiction - Développement du sens altruiste

    Le récit historique

    Le récit historique - Culture du patriotisme - Manière la plus profitable d'utiliser les récits historiques

    Dans la même série :

     Racontamus, écoutatis, comprenunt (1) ; ... ; Racontamus, écoutatis, comprenunt (3) ; Racontamus, écoutatis, comprenunt (4) ; Racontamus, écoutatis, comprenunt (5)Racontamus, écoutatis, comprenunt (6)Racontamus, écoutatis, comprenunt (7)

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  • Commentaires

    1
    Cyriaque
    Dimanche 11 Février à 13:50
    Très intéressant ! S'il y a un truc que je sais bien faire, c'est au moins ça... Mais je ne suis pas sûre que je saurais faire avec des grands. J'imagine que c'est surtout une question de répertoire.
      • Dimanche 11 Février à 14:14

        Si tu sais faire avec les petits, tu sauras aussi avec les grands. Les grands ne sont que des anciens petits, finalement.

    2
    isa57
    Vendredi 16 Février à 19:40

    Bonjour,

    En ce moment nous entendons parler de l'ouvrage "narramus" (goigoux et cèbe) chez retz pour apprendre à comprendre et à raconter une histoire en maternelle. Vous connaissez?

      • Samedi 17 Février à 10:48

        Je connais, de nom et de ce que j'en ai lu sur internet... Ça m'a l'air d'être du gros bon sens, comme ce que je suis en train de répertorier dans le livre de Miss Sara Cone Bryant.
        C'est un agréable changement après l'époque du « Mal parler pour bien comprendre » des Oralbums, de celle de l'exploitation (déjà, rien que ce mot, tout un programme...) d'albums « n'obéissant pas à la logique récurrente de l'intrigue » afin de ne pas enfermer les enfants dans un « schéma trop convenu » à la logique « trop cartésienne » ou de celle du « bain d'écrits » où les IEN réclamaient des exemplaires de La Pléiade, des dictionnaires encyclopédiques, des quotidiens nationaux et autres notices de montage dans les bibliothèques de Petite Section...

        Ceci dit, je serais plutôt pour une bonne formation en ESPE, dégagée de tout ce qui reste de ces deux époques. En attendant des jours meilleurs, lisez des Narramus, des Racontamus, Écoutatis et Comprenunt, puis dégagez-vous de tout ça et faites-vous votre miel, avec vos élèves, en répondant au plus près de leurs attentes... Comme pour la suite du programme Goigoux (Phono, Catego, LEctorino, Lector..., j'en oublie peut-être), s'en imprégner pour pouvoir s'en dégager et ne surtout pas se scléroser sur une routine déconnectée de la réflexion, ce serait l'idéal.

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