• CP dédoublés : une vraie-fausse bonne idée

    Certains de nos candidats à la présidentielle envisagent de diviser par deux le nombre d’élèves par classe de CP (et même de CE1), dans toutes les écoles situées en REP (Réseau d'Éducation Prioritaire).
    Ils ont entendu dire que, dans ces classes où la difficulté s’est concentrée, les enseignants se trouvent bien souvent non pas face à 20% mais parfois 80 à 90% de non-apprentissage, ce qui me semble énorme et peu conforme à ce que je lis ici et là de la part des collègues de CE1 qui reçoivent ces ex-petits CP[1]...
    Les spécialistes auxquels ils se sont sans doute adressés leur ont alors expliqué que « ces enfants-là » avaient besoin d'un enseignement plus individuel, ou bien d’autres méthodes.

    Cette division est véritablement nécessaire là où les classes sont chargées (dépassant le seuil fixé à 25 élèves depuis les années 1980).

    En revanche, si l’effectif est inférieur à ce chiffre, ce n’est pas forcément indispensable, même si, dans des zones difficiles, la norme pourrait avantageusement être fixée entre 15 et 20, comme en maternelle.
    Trop réduire le nombre d’enfants par classe peut réduire les échanges et empêcher qu’il se crée une synergie d’apprentissage.

    L’enseignement plus individuel n’est pas la panacée non plus.

    Bien au contraire, la plupart des enfants ont besoin d’échanger, de se retrouver, de découvrir une certaine émulation pour avoir envie de s’investir.
    L’individualisation n’est nécessaire que pour un nombre très réduit d’enfants à problèmes comportementaux lourds, qui ne supportent pas cette comparaison aux autres. Leur réserver les classes à très faible effectif, en y adjoignant l’intervention d’un service scolaire de santé  fort, serait sans doute moins coûteux et bien plus « payant ».

    L’enjeu des méthodes est en revanche fondamental !

    La recherche scientifique a confirmé qu’il existe des méthodes « qui fonctionnent » et d’autres « qui fabriquent des illettrés ».
    Imposer les premières ne sert qu’à braquer les enseignants. Certains s'y sont essayés et le résultat a été plus que mitigé.
    Mieux vaudrait une communication positive autour des théories de Mmes et MM. Garcia et Ollier[1 bis], Dehaene[2], Terrail et Dauvieau[3] ou des mises en pratiques de Mmes et MM. Alvarez, Reichstadt, Ouzoulias, Zorman, ...[4]

    Cela révélera la grande oubliée de ce projet...

    Celle dans laquelle pourtant tout commence : la Grande Section.

    Si dans ce niveau, tout est fait pour démarrer efficacement les élèves en écriture, lecture et calcul, sans précipitation ni contrainte incompatible avec l’âge des élèves, tout simplement par la vie quotidienne et le jeu, ces apprentissages seront bien installés largement avant l’entrée au CE1. La nécessité des classes de CP à effectifs réduits sera alors beaucoup moins criante.

    Cette économie substantielle, puisque d'aucuns parlent de 6 000 classes à dédoubler, donc de 12 000 postes à « bloquer » sur cette initiative, pourrait en revanche contribuer à financer la première pierre posée afin que, très vite, sur l'ensemble du territoire, ...

    il n'y ait plus aucune classe maternelle ou de CP à plus de 20 élèves et plus aucune autre classe d'élémentaire à plus de 25.

    Dans la série « Élections Présidentielles, les vraies-fausses bonnes idées » :

    La maternelle obligatoire

    L'autonomie des écoles primaires

    L'uniforme à l'école

    Notes :

    [1] Cela tournerait autour de 20 à 25 % de non-lecteurs, parfois un peu plus en cas de « méthodes » de lecture véritablement délirantes employées dans des classes où les remplaçants se succèdent, de manière épisodique, quand l'administration trouve quelqu'un pour assurer le service public.

    [1 bis]  http://www.ecritureparis.fr/pour-les-enseignants/articles/29-reapprendre-a-lire-de-sandrine-garcia-et-anne-claudine-oller-un-veritable-brulot-pedagogique

    [2] https://www.franceculture.fr/sciences/les-neurones-de-la-lecture-par-stanislas-dehaene

    [3] https://rfp.revues.org/842?lang=en

    [4] Ou encore les miennes ?... Pour une maternelle du XXIe SiècleSe Repérer, Compter, Calculer en GSÉcrire et Lire au CP, livret 0Écrire et Lire au CP, livret 1 ; Écrire et Lire au CP, livret 2 ; Lecture et Expression au CE1.


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  • Autonomie ? Évaluations ? Non merci !
    Mille mercis à Jacques Risso d'illustrer ainsi mon propos !

    En cette période préélectorale, les sirènes néolibérales chantent en chœur leurs douces mélopées et promettent elles aussi des lendemains qui chantent pour l'École...
    Mais, pour qu'ils chantent ces lendemains, à les écouter, il n'y aurait qu'une seule solution : la révolution !

    L'Éducation Nationale, cette vieille dame qu'on a tout fait pour rendre indigne, est bien trop cacochyme pour se rénover. Il est temps d'oser la bazarder. Comme on bazardera l'hôpital. Et comme on a bazardé la poste, les ressources énergétiques, les infrastructures routières et ferroviaires, la gestion des forêts nationales, tous ces trucs qui, vous en conviendrez... ou pas, fonctionnent tellement mieux maintenant que l'État les a refourguées à d'autres.

    Sous prétexte d'autonomie, ça fait toujours son petit effet, refilons donc les écoles à « qui-n'en-veut ».  Et, pour rassurer tous ceux qui prendraient ça pour un abandon en rase campagne, certifions qu'on va les aider à réaliser des exploits en leur promettant de les é-va-luer ! C'est ça qui va être novateur, non ?...

    Non ? Ah bon ? Ça se fait depuis trente ans; dites-vous ? Vous me la baillez belle, là ! Expliquez-moi ça, un peu, pour voir...
    Mais bien sûr, avec plaisir ! Les vieilles badernes, ça sert à ça...

    Autonomie des établissements

    L'autonomie pédagogique, tout d'abord... Qui pourrait être contre ? Tout professeur des écoles qui a déjà été ennuyé par un collègue, directeur ou non, un IEN, un DASEN, un parent d'élève ne peut qu'adhérer à cette proposition.
    Là où ça se corse, c'est que, pendant qu'il ouvre grand la porte à cette décision de bon sens, discrètement, par la porte de derrière, voilà qu'on l'assortit d'une autonomie de recrutement qui « nous » promet la possibilité de choisir « nos » collègues de travail que « nous » recruterions en fonction de leur adhésion à « notre » projet.

    Là, le professeur des écoles se dit qu'il y a comme un truc... Qui est ce « nous » ? Ne serait-ce pas les EPEP qui pointeraient à nouveau le bout de leur nez ? Avec leur conseils d'administration composés à 50 % de représentants des collectivités locales, 30 % de représentants des personnels et 20 % de parents ou de personnalités locales, parmi lesquelles les représentants d’entreprises privées du territoire !
    Et il s'exclame :

    Bienvenue au pays des Bisounours où tout le monde est gentil et souhaite œuvrer au mieux pour le bonheur de tous ! Cette autonomie des établissements, c'est la fausse bonne idée par excellence ! Celle qui va faire capoter toutes les autres, mêmes les meilleures...
    C’est la culture de l’autonomie, par le biais du Projet d’école, et celle de l’évaluation érigée en but ultime qui ont tué l’École publique, qui ne bouge plus qu’à peine, se contentant de reproduire et accentuer les inégalités de départ. Parachevons cette œuvre et elle sera sauvée ? Ne me faites pas rire, j'ai les lèvres gercées, dit souvent une de mes amies...

    Autonomie pédagogique, tout à fait d’accord. Mais si et seulement si elle est accompagnée et préparée : on ne peut pas passer de la méthode unique, imposée par la hiérarchie, à la pluralité des approches sans information ni formation, du haut au bas de l’échelle.
    Par ailleurs, cette autonomie n’est réelle que si elle est individuelle car rien n’est plus inefficace qu’un enseignant sommé d’adhérer à une méthode qui ne lui convient pas.

    Autonomie de recrutement ? Et comment feront les communes et départements déshérités ? Ils iront à la foire à l’encan recruter des pédagogues comme dans la Rome antique ? Ou ils récupéreront les rogatons comme en Seine-Saint-Denis l’an dernier ? Nous serons vite en plein cauchemar si l’enseignement se trouve soumis aux lois de l’ubérisation ! 
    Et puis, qui écrira ces projets auxquels les candidats auront envie d’adhérer et sur quelles bases ? Qui nous prouve que le recrutement et la rémunération ne seront pas entachés de copinages, népotisme et abus de pouvoir de tous ordres ? Le règne des petits chefs n’est pas assez puissant qu’on veuille encore l’accentuer ? Il n’y a pas assez de démissions de professeurs ?

    L’autonomie des établissements, c’est le règne des copains, la soumission des enseignants aux volontés d’un conseil d’administration dont plus de deux tiers des membres n’ont aucune idée de ce que c’est qu’enseigner.
    Cela revient à offrir l’École à la dictature des gros sous, des coups médiatiques, des petits chefs et du favoritisme. Ce sont les travers du Conseil d’école ou d’Établissement multipliés par cent.

    Tout au contraire, c'est à l’État de fixer des lignes directrices claires et constantes, d'aider à les appliquer en tous points du territoire, pour garantir à tous les enfants la même qualité d’enseignement. Liberté pédagogique oui, abandon en rase campagne, non !

    Culture de l'évaluation

    Et quand ce pauvre professeur des écoles apprend qu'en contrepartie de cette pseudo-autonomie, déjà largement contrôlée, on estime qu'il faudra surveiller son sens des responsabilités et pour cela soumettre ses élèves à  plus d’évaluation[1], il se couche et il pleure de désespoir : comment peut-on encore croire à ce pilotage par l’évaluation ?

    Il suffit de reprendre les premières Évaluations Nationales, publiées en 1989, et de les comparer à celles de 2005 ou 2006, par exemple.
    Rien qu’en les soupesant, il est facile de constater que cette culture de l’évaluation ne garantit en rien la quantité des savoirs transmis. Si en plus, on prend la peine de les feuilleter, on réalise facilement que la qualité n’est pas non plus forcément au rendez-vous et qu’il est facile de cacher la poussière sous le tapis ou de dissimuler la fièvre du malade, simplement en changeant l’étalonnage du thermomètre.

    Depuis bientôt 30 ans que les élèves français sont évalués sur toutes les coutures, à la fois par leur école, leur département, leur académie, leur nation et même le monde entier, le niveau n’a jamais autant baissé.
    Si cela n’est pas la preuve que, publiés comme au bon vieux temps de Stakhanov ou restés secrets dans les coffres-forts du Ministère, les résultats de cette « évaluationnite galopante » ne sont en aucun cas les garants d’un enseignement de qualité, je ne sais pas ce qu’il vous faut...

    C’est d’enseignement, mélange d’éducation et d’instruction, dont nos élèves ont besoin, pas de tests visant à mesurer ce que l’École n’a pas pu patiemment leur apprendre faute de temps, de méthodes et de programmes adaptés.

    C’est de formation de ses professeurs dont l’École a besoin, de revalorisation de cette profession de plus en plus méprisée par tous, de soutien indéfectible de l’État face aux attaques qui la broient, de certitudes qu’elle sera aidée, appuyée, protégée et que les « marchands du temple » qui cherchent à l’investir de toutes parts en seront chassés.
    Elle n’a pas besoin de la charité des entreprises qui, ici ou là, financent l’installation d’une classe d’inspiration Montessori dans une école publique ou la création de quelques classes hors-contrat dans des quartiers difficiles et le font savoir par voie de presse.
    Elle a besoin d’un grand plan national, à long terme, visant à aider chaque membre de son personnel à assumer au mieux sa mission et chacun de ses élèves à s’élever au plus haut de ses capacités.

    Réservons donc l’évaluation à l’État et voyons s’il utilise toutes ses compétences afin qu’en tous points du territoire, l’École remplisse à nouveau la mission pour laquelle elle a été conçue : éduquer pour instruire et instruire pour éduquer.  

    Dans la série « Élections Présidentielles, les vraies-fausses bonnes idées » :

    Le CP dédoublé

    La maternelle obligatoire

    L'uniforme à l'école

    Notes :

    [1]  Certains vont même jusqu’à pousser le vice jusqu'à expliquer qu’en publiant au grand jour ces résultats, tout le monde saurait où il vaut mieux inscrire ses enfants... Un petit peu de concurrence, n’est-ce pas, voilà qui devrait moraliser tout ça et remettre les enfants et leurs maîtres au boulot !

    Et pour consulter le sommaire de ce blog


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  • Les lendemains qui chantent...
    La réforme qui va tout changer (allégorie)

    Souvent réforme varie, bien fol qui s'y fie... Bien sûr, elles nous promettent toutes ces radieux matins qui chanteront bientôt, dès que les professeurs des écoles s'y seront jetés à corps perdu, subjugués par la pertinence de leurs contenus, la modernité de leur nomenclature, leur caractère innovant exalté par leurs documents d'application à l'efficacité redoutable et l'obsolescence dangereuse des contenus antérieurement enseignés...

    Les plus engagés de nos collègues se précipitent, d'articles de blog en interviews dans la presse, de matériel pédagogique vitement adapté à partir des trois billes qu'ils trouvent de ci, de là en passage sur les plateaux télé, coincés entre un reportage sur la dernière allergie à la mode et les nouvelles des frasques des grands de ce monde.

    On ne peut pas le leur reprocher : il faut du spectacle, du résolument nouveau, du clinquant qui se voit... alors ils nous en donnent. Merci à eux.
    Des ados déambulent en chaussettes de pouf en banquette dans les couloirs de leur collège et ça fait le buzz sur les réseaux sociaux ; des petits écoliers de maternelle jouent à l'eau, déchiffrent des mots, font leur petite lessive, marchent sur une ligne tracée en ellipse dans leur salle de classe, divisent 7 865 par 5 à l'aide de perles dorées, et la France entière crie au miracle ; des élèves de cours moyen redécouvrent les joies de l'expression écrite grâce à l'effet conjugué – c'est le cas de le dire – d'une vieille réforme de l'orthographe exhumée du placard où elle dormait paisiblement depuis 26 ans, de la disparition du classement des verbes français en trois groupes clairement définis et de la mise au ban de l'analyse grammaticale mot à mot au profit de deux entités résolument innovantes bien qu'aristotéliciennes, répondant aux doux noms de sujet et de prédicat, et c'est l'effervescence dans tous les médias qui portent au pinacle ou conspuent leur courageux professeur !

    À tout bien considérer, heureusement qu'ils sont là, ces généreux précurseurs, parce que, sans eux, les professeurs des écoles seraient bien en peine de les mettre en œuvre, ces réformes dont la bienveillance bienfaisante égale la bienfaisance bienveillante. 
    Comment feraient-ils sans matériel, sans formation, sans consignes venues de leur hiérarchie qui, très certainement, inscrira ces changements fondamentaux au PAF, mais plus tard, quand elle aura réglé les formations institutionnelles au LSUN – et qu'elle aura eu le temps de se mettre elle-même au courant des nouvelles lubies venues d'en haut !
    Comment concevoir un changement à 180° sans même une petite vulgarisation qui leur permettrait d'avoir au moins deux jours d'avance sur leurs élèves qui sont censés progresser à pas de géants, grâce à leur ouverture d'esprit qui les garantit contre des représentations mentales obsolètes issues d'une sclérose professionnelle induite par le caractère délétère de la fonctionnarisation ?...

    Alors, que font-ils, ces pauvres collègues ?

    Certains continuent comme avant... Ils ont imprimé, ou pas, à leurs frais qui plus est, les nouveaux programmes. Ils les ont vaguement survolés, ou pas. Puis ils se sont dit qu'ils verraient plus tard, qu'ils essaieraient de convaincre la mairie de changer les livres et puis qu'après, peut-être... mais que bon, ça va quoi. Un gamin, c'est un gamin, et il aura toujours besoin de savoir à peu près lire, écrire et compter pour aller en 6e alors...  pas besoin de s'affoler non plus, ce n'est pas en changeant trois mots et deux procédures que ça va tout révolutionner, hein !

    D'autres essaient... Ils achètent des spécimens, lisent les livres qu'ils trouvent en tête de gondole dans leur supermarché ou sur la table du conférencier, à la fin de l'animation pédagogique obligatoire programmée par leur IEN. Plus ils lisent et plus ils désespèrent d'y arriver seuls tellement ça les embrouille et ça leur paraît inaccessible ! Eux ce qu'ils cherchent, c'est du pratique, du tout prêt, pas des grands mots qui ne débouchent jamais sur rien d'applicable...
    Alors ils se rabattent sur l'internet puisque leur mairie leur a clairement fait savoir qu'elle a déjà assez de frais comme ça avec les TAP, la chaudière qui déconne, la cantine et le reste, et qu'il est hors de question d'aller changer les livres chaque fois qu'un nouveau ministre cherche à marquer de son empreinte l'histoire ô combien mouvementée de l'Éducation Nationale.

    Et là, ils trouvent nos bienfaiteurs de l'humanité – je ne me moque pas, j'espère avoir l'honneur d'en faire partie, et je ne suis pas jalouse non plus, puisque je ne cherche pas à vivre de mon modeste don, ni à aller faire le guignol sur les plateaux télé – et cela leur paraît limpide... Ils impriment, photocopient et  ils en sont sûrs, cette fois : c'est demain, le lendemain qui chante !
    Et comme demain, finalement, ça ne chante pas toujours si fort que ça, et qu'après-demain, ils se rendent même compte que ça a tendance à chanter plus faux qu'avant, eh bien, ils repartent encore et encore dans leur quête incessante de la nouveauté, du truc qui brille, du clinquant qui va tout révolutionner, du barbier qui, il l'a promis, rasera gratis mieux que tout le monde, demain sans faute !

    Et enfin, il y a la race des convaincus – je ne me moque pas, puisque je crois bien que j'en fais partie, et je ne suis pas jalouse, puisque je reçois souvent des témoignages de personnes satisfaites par l'aide que je leur procure.
    Ceux-là se jettent à fond dans le boulot. Ils lisent, compulsent des ouvrages, correspondent avec des spécialistes, participent à leurs frais à des tables rondes et des séminaires. Et ça marche !
    Dans leur classe, les lendemains chantent et les élèves réussissent... quelles que soient les attentes, la nomenclature, les procédures, les compétences, les connaissances que leurs enseignants cherchent à leur faire partager !
    Si la maîtresse a dit qu'il est plus simple de jouer les Champollion pour apprendre à lire, eh bien, ils apprennent à lire presque seuls ; si le maître pense qu'en faisant une dictée de 140 signes, espaces comprises, par semaine, ils vont progresser en orthographe, eh bien, ils sont presque aussi bons que la moyenne des élèves de 1987, ceux qui avaient eu, au CM2, 360 heures de classe de plus qu'eux depuis le Cours Préparatoire ; si le groupe « mathématiques modernes » de leur département a conçu une méthode révolutionnaire qui leur permet d'additionner, soustraire, multiplier et diviser dans n'importe quelle base de numération (sauf la base dix, trop triviale), eh bien, ils font ça les doigts dans le nez, avec un sourire encore plus épanoui que celui du jeune Pionnier offrant son bouquet de fleurs au Petit Père des Peuples !

    Il en sera de même pour le prédicat, puisque c'est lui, la dernière lubie à la mode.

    Trois convaincus arriveront à permettre à leurs élèves – tous, même le Kévinou du fond de la classe, celui qui a un dossier long comme ça à la MDPH – de dire que « Le petit chat blanc, celui de la voisine qui laisse toujours traîner son sac-poubelle dans l'escalier de l'immeuble, risquant ainsi de faire pulluler une vermine propre à disséminer les germes de maladies venues d'un autre âge », c'est le Sujet de la Phrase, que « boit avidement une grande coupelle de lait bio acheté à l'épicerie solidaire et citoyenne installée dans les locaux de la MJC prêtés par la mairie qui est consciente de son devoir d'éducation populaire relative à la nécessité de promouvoir une agriculture respectueuse de l'environnement », c'est le Prédicat et que « Chaque matin, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne », c'est un Complément de phrase sans intérêt tout juste bon à être déplacé, supprimé ou remplacé, d'abord !
    Et même que ces élèves-là, les petits veinards, cela leur permettra de progresser en expression écrite ! Au bout de quelques semaines de ce régime, leurs phrases se normaliseront, elles s'enchaîneront avec aisance, ils n'oublieront plus ni ponctuation, ni accords, ni reprises pronominales... et les anges, aux cieux, chanteront des Alléluia !
    Et je ne me moque pas, parce que, de 1975 à 2007, j'ai ramé, gadouillé, sans jamais réussir à ce que ce scrogneugneu de Kévin arrête de couper la phrase en tronçons égaux en dépit du bon sens sans même les lire et ne baptise plus le premier GNS, le deuxième GV et le troisième Ct P... Et je ne suis pas jalouse non plus, puisque dans mes classes, mes élèves de CM2 mènent sans difficulté une analyse grammaticale ou logique et que cela les aide à écrire mieux, en respectant plus facilement les accords, la ponctuation et les reprises pronominales.

    Partout ailleurs, et plus ou moins, les collègues rameront, s'épuiseront, chercheront à éviter que leur Sue-Ellen continue imperturbablement à encadrer « Ce matin le » en tant que Sujet, « chat blanc boit du » comme Prédicat, et « lait.» comme Complément de phrase ! Ils se demanderont pourquoi ça ne marche pas chez eux, qu'est-ce qu'ils font de travers et puis, désespérés, ils signaleront Sue-Ellen à la MDPH parce qu'elle le vaut bien...

    Et cela continuera ainsi jusqu'à la prochaine réforme où les contempteurs d'hier – je ne me moque pas, j'en fais partie, et je ne suis pas jalouse, puisque j'ai déjà subi tous ces dénigrements (mais moi, ce n'est pas pareil, c'était mérité parce que j'étais le Mal incarné) – viendront crier bien haut qu'ils l'avaient prédit et qu'on aurait dû les écouter plutôt que de se précipiter sans rime ni raison dans cette lubie défendue par trois clampins dans deux universités perdues...
    Ils pèseront alors de tout leur poids pour faire aboutir leur réforme dont les prérequis ne seront pas enseignés aux professeurs des écoles, auxquels on ne donnera aucun moyen intellectuel, aucune disponibilité matérielle pour l'appliquer intelligemment, en connaissance de cause et en leur âme et conscience, aucun temps de latence pour peser le pour et le contre, aucune latitude à utiliser le chemin qui leur convient pour atteindre le but commun.

    Bien sûr, cette nouvelle réforme ne fera, pas plus que les précédentes, l'objet d'un suivi généralisé et objectif visant à en vérifier autrement que par ouïe-dire la faisabilité et la plus-value auprès du plus grand nombre...
    Et, cinq à sept ans plus tard : D'autres lendemains qui chantent (sujet) pleureront désespérément les enfants qu'ils auront gâchés (prédicat) sur les ruines encore fumantes d'une Éducation Nationale sacrifiée sur l'autel de la course à la marchandisation (complément de phrase sans intérêt puisque déplaçable, supprimable, remplaçable)...


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  • L'école numérique : miroir aux alouettes ?

    Bonjour,

    Pour ceux qui sont près de Valence, c'est la semaine prochaine ! Smile

    Rencontres le 17 et 18 décembre pour les signataires de l'appel afin de travailler sur les perspectives et la suite à donner à cet appel, et réunion publique dans la foulée le samedi 17 décembre à 20h00 à La Voulte-sur-Rhône (07) (à 3kms de Beauchastel).

    Ce sera les vacances, c'est vrai, mais vu la vitesse du déferlement numérique  avec l'impossibilité progressive de s'en passer tout en maintenant l'illusion que le choix existe (non remplacement des manuels scolaires papier soi-disant trop chers, outils de gestion de plus en plus lourds, moins de postes humains et plus de machines...), ça vaut le coup de venir en discuter.

    À bientôt,

    Ovnivalence


    p.s. : pour ceux qui ne connaissent pas, voici l'Appel de Beauchastel (il y a depuis bien plus de signataires) et le texte No-Tice pour le collège que nous avions écrit :

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=824

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=741

    Et bien sûr, nous acceptons de nouveaux signataires en envoyant nom prénom et établissement à : ovnivalence@gmail.com

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  • Nul... à refaire !

    Nota bene : Suite à la parution d'une nouvelle enquête, concernant les mathématiques et les sciences cette fois, vous pouvez, si le cœur vous en dit, lire cet article en remplaçant « orthographe », « grammaire », « vocabulaire », « conjugaison », « rédiger » par « mathématiques », « numération », « calcul », « géométrie », « résoudre ». En rajoutant à la liste des « solutions éditoriales », les méthodes mathématiques et scientifiques, carrément citées dans les instructions officielles, vous aurez la réponse à la question : « La baisse du niveau, pourquoi, comment ? »

    Et encore une enquête pour confirmer ce que tout le monde sait : les enfants qui ont effectué leur CM2 en 2015 sont bien moins bons en orthographe que leurs parents au même âge, lorsqu'ils ont effectué le même test, en 1987 !

    Tout le monde le sait. Toute famille le remarque à longueur de cartes postales ou de petits mots laissés sur la table. Tout parent le constate au quotidien dans les écrits rédigés en classe, truffés de fautes et validés par l'enseignant.

    « Et pourtant, ricanent certains, les écoliers et collégiens qui sont aujourd'hui à l'école n'ont connu QUE les programmes « Darcos », publiés en 2008... Programmes qui avaient promis qu'on allait enfin apprendre correctement la grammaire et l'orthographe, car on revenait aux « fondamentaux » !  Alors, camembert, les malades de la de la vraie-bonne-grammaire-des-familles : avec les nouveaux programmes, qui sont excellents, vous allez voir ce que vous allez voir... »

    Là, ça va le faire, c'est sûr, nous disent-ils. Grâce aux effets conjugués du prédicat, de l'orthographe rénovée 1990 et du LSUN[1], qui suivra nos chérubins de l'aube de l'école élémentaire à la fin du collège, ces progrès seront personnalisés à l'extrême, bienveillants et positifs pour tous. Dans vingt ans, l'homme et la femme nouveaux se lèveront, vivants parmi les décombres du vieux monde, et rayonneront tels des phares  qui nous ouvriront la porte et nous guideront sur les chemins de l'innovation, nous pauvres ilotes, gavés aux programmes antérieurs à 1986 !

    Je n'y crois pas une seconde, encore moins qu'en 2008. Nous repartons  de plus belle dans la mauvaise direction, après avoir très vaguement atermoyé pendant moins d'un an, de septembre 2008 à mai 2009[2].

    Et pourquoi je n'y croyais pas, même en 2008, alors que les programmes étaient clairs, progressifs et exigeants, tout comme j’aime[3] ?... Eh bien parce que le problème était beaucoup plus profond : rappeler ou apprendre aux enseignants que pour qu'un élève sache quelque chose, il faudrait déjà qu'il ait eu l'occasion de s'y confronter, c'était bien ; mais encore aurait-il fallu qu'on donnât à ses maîtres la possibilité de l'y exercer. Et là, le bât a blessé, méchamment blessé ! 

    Deux heures de moins pour beaucoup en plus !

    Faire passer cette réforme, comme ça, sans ménagements, du « fait du prince », dans une profession à qui l'on faisait croire depuis des années que c'était elle qui rédigeait les programmes et que c'était elle qui avait appelé de ses vœux les plus ardents toutes les innovations, tous les changements de désignation, tous les grands projets nationaux, départementaux ou de circonscription, c'était délicat. Il fallait donc une contre-partie.

    « Et si on leur refilait leur samedi matin ? Hein ? Voilà une idée qu'elle est bonne ! Ils n'iront plus bosser que 4 jours par semaine. En échange, pour que ça ne fasse pas trop désordre, on va leur refiler de la concertation, tiens... La plupart des syndicats enseignants adorent la concertation. Ils la feront le soir après l'école, s'ils veulent couper aux trajets superflus. Quatre journées de 10 heures, surtout quand le grand public n'en voit que 6, ce sera parfait pour notre image auprès du grand public !

    Et puis, pour calmer les familles et faire plus « à l'écoute des besoins de l'Enfant », avec sa majuscule, comme il se doit, on va dire que les plus faibles auront droit à 2 heures de soutien personnalisé, seuls avec leur enseignant... Et on leur refilera des stages de remise à niveau, au milieu du CM2 et juste avant l'entrée en 6e. »

    Et ça a marché ! Tout le monde a applaudi, ou presque.

    Les élèves ne sont plus venus à l'école que 4 jours, 6 heures par jour, et ils étaient censés ingurgiter ces contenus rénovés, plus consistants, plus étoffés, en 24 heures chrono, 2 fois plus vite qu'à La Redoute... sans tenir compte des variations saisonnières, bien sûr.
    Parce qu'en hiver, ôter une paire de gants, une écharpe, un bonnet, un blouson et parfois même une combinaison et des bottes de neige, ça prend du temps. Ramasser les tickets de cantine, comptabiliser les enfants qui restent à la garderie et vérifier si les mots aux familles informant des événements à venir, aussi. Ils étaient donc loin d'avoir 24 heures de travail scolaire, ces enfants-là. 

    Dans certaines écoles, aux publics difficiles – nous reviendrons certainement sur ce concept plus tard – les deux heures de soutien se transformaient en saupoudrage tant les besoins étaient criants alors que dans d'autres, nos collègues peinaient à recruter des clients qui avaient besoin de cours particuliers. Ce qui fait qu'en 2012, au changement de majorité, ce soutien fut en partie remplacé par... de la concertation, bien sûr ! La plupart des syndicats enseignants adorent la concertation...

    Conclusion n° 1 : Deux heures de moins pour beaucoup plus, ça ne fonctionne pas et, après huit années d'application – nous y reviendrons – les progrès qui auraient dû avoir lieu ne sont pas au rendez-vous.

    D'où l'intérêt qu'il y aurait eu à consulter une base large et non deux ou trois personnes rameutées par les copains... et à prendre son temps plutôt qu'à balancer un Bulletin Officiel de 39 pages, pas toujours très clair même pour des « professionnels de l'Éducation », plus ou moins formés, du bas en haut de l'échelle.

    Pas de documents d'accompagnement, c'est inutile !

    Il est vrai que dans l'esprit d'un agrégé de lettres, ou même dans celui d'un instituteur qui a fréquenté l'école, le collège et le lycée avant 1975, enseigner le vocabulaire, l'orthographe, la grammaire et la conjugaison de base, c'est sans doute l'enfance de l'art et il n'est pas besoin d'accompagnement.

    Il est vrai aussi que, dans certaines circonscriptions et avec certains IEN, les documents d'accompagnement aux programmes de 2002, destinés théoriquement à apporter des pistes de recherche à exploiter ou non, s'étaient vite transformés en diktats à respecter au pied du pied du pied de la lettre sous peine de harcèlements divers et variés visant à retarder l'avancement des dangereux contrevenants.
    Vouloir faire cesser cela et rendre la liberté pédagogique aux professeurs des écoles, cela partait d'un excellent sentiment.

    Et puis, il y avait des sensibilités à ménager. Être choisi, c'est bien, mais durer, c'est mieux. Pour ne pas se mettre à dos les « désobéisseurs » de tout poil, ceux qui hurlaient à l'assassinat du dernier chanteur de slam à la mode – celui qui s'était fait tout seul et n'avait pas eu besoin de leçons pour acquérir cette aisance verbale, cette créativité poétique, cette pertinence intellectuelle – il fallait laisser faire chacun à sa sauce, sans cadres trop précis ou trop rigides.

    À l'État de présenter des contenus, une bonne fois pour toutes et au « terrain » de les transmettre aux élèves comme bon lui semble et de s'interroger objectivement sur la pertinence des méthodes qu'il aura choisies pour ce faire...

    Conclusion n° 2 : Faute de formation, de conseils et d'exemples, de nombreux collègues se sont noyés dans des programmes qui ne correspondaient à rien pour eux, d'autant que le désespoir, la fatigue, les contraintes pesant de plus en plus fortement sur un métier décrié par le chef de l'État lui-même, ne les inclinaient pas à faire des efforts d'auto-formation !

    Des priorités fondamentales très vite oubliées !

    Quant à l'État, il a très vite eu autre chose à faire. Une fois fournis aux foules ô combien en délire, ces programmes n'intéressèrent plus personne. Et on embaucha un coiffeur pour passer à la mise en coupe réglée de l'espèce à abattre : le fonctionnaire !

    Disparition des RASED, exécution programmée de l'École Maternelle[4], suppression des IUFM, diminution des ouvertures de classes alors que la population enfantine augmentait, même chose pour le remplacement, intégration à moyens constants des enfants handicapés dans les classes non-spécialisées, vague recrutement placebo de personnels sous contrat privé sans formation, baisse des subventions aux communes, la liste est longue et douloureuse à lire...

    Toutes choses qui, non contentes de faire disparaître du paysage scolaire les ambitions orthographiques promises, rendirent encore plus difficile l'exercice serein du métier, gage d'un bon suivi pédagogique des enfants réels, dont le caractère est très éloigné de celui de l'enfant des statistiques !

    Les programmes 2008, eux, continuaient seuls un petit mais alors tout petit bonhomme de chemin, revu et corrigé chaque année à la baisse à la fois dans les Évaluations Nationales fournies par l'État[5], mais aussi par une profession qui se sentait de moins en moins soutenue et par un secteur éditorial qui comprenait bien que personne ne tenait à ce qu'il en fasse trop en terme de contenus.

    Conclusion n° 3 : Si personne n'a de réelle volonté de faire monter le niveau d'orthographe d'une génération, il ne montera pas tout seul, surtout si l'on n'aide absolument pas ceux qui sont chargés de le faire monter et qu'on met tous les bâtons qu'on trouve sur leur chemin. 

    Le partage du gruyère.

    Il y a bien eu quelques aménagements aux manuels scolaires 2002 afin de les adapter aux nouvelles exigences. Des aménagements a minima tant les éditeurs sentaient qu'aucun IEN, aucun professeur-chercheur en Sciences de l'Éducation n'iraient conseiller des méthodes trop différentes de celles qu'ils avaient contribué à inventer et diffuser !

    Sont nées pour les CP, les méthodes chambres à part, avec des vrais morceaux de syllabique dedans et, pour les plus grands, des méthodes complètes garantissant une entrée en grammaire réussie ou une maîtrise sûre de l'orthographe, toutes basées sur le découpage de petites étiquettes et la promenade entre les îlots constitués par 4 bureaux d'élèves mis face à face. On y a ajouté des méthodes de remédiation qui, après avoir conduit les plus jeunes sur des fausses pistes, passent un temps fou, et complètement déconnecté du reste du temps de classe, à redresser ce qui a été bâti de travers. Une vraie manne financière à laquelle s'est ajoutée celle issue du parascolaire... parce que quand l'école faut (verbe faillir, 3e groupe, présent de l'indicatif, 3e personne du singulier), la demande de soutien augmente !
    Rien de bien nouveau...

    L'essentiel de l'effort de formation continue a porté sur les à-côtés de la réforme : l'intégration des enfants à profils particuliers, la gestion de l'Aide Personnalisée, les Paliers du Socle, le Livret Numérique qui n'en finissait pas d'être annoncé puis retoqué par la CNIL.

    Perdre du temps de formation continue pour apprendre à lire au CP afin que tout élève en sorte au moins « petit lecteur » ? Trop trivial ! Montrer comment concevoir une progression de grammaire ou d'orthographe moins chronophage et plus progressive ? Quelle tristesse ! Revoir l'enseignement des gestes de l'écriture liée en Grande Section pour travailler conjointement écriture et lecture et passer insensiblement et naturellement de l'écoute des sons à la lecture ? Quelques semaines après avoir affirmé qu'il existait deux voies pour lire : la directe, seule garante du sens, et l'indirecte, qui fabrique des petits perroquets qui ne comprennent rien, c'est délicat...

    Conclusion n° 4 : Il n'y a donc eu, sauf peut-être à la marge, aucune formation des professeurs des écoles à l'usage raisonné et raisonnable des programmes 2008 de la part du corps institutionnel, dont la plupart des membres d'ailleurs n'avaient aucune idée de la manière dont on pourrait s'y prendre pour que ces contenus soient transmis de façon sûre et néanmoins conviviale aux jeunes enfants.

    Restait l'auto-formation. Internet étant en plein boum, de nombreux collègues ont fabriqué eux-mêmes leur matériel avant de le diffuser autour d'eux. Du matériel SGDG, bien entendu. De l'excellent, du bon, du moyen, du passable... D'autres collègues l'ont utilisé. Comme ils ont pu. Très bien, moyennement bien, mal même parfois. Quand on n'a aucun repère, comment savoir si ce qu'on fait est bon ? Et quand l'inspecteur qui passe nous voir n'a pas l'air d'en savoir plus, rien ne va plus !...

    Alors allons-y pour suivre tel collègue qui a l'air de savoir de quoi il parle et instaurons la dictée-flash quotidienne, les tableaux de sons, le cahier de mots-outils, le rituel de grammaire avec des bulles dedans, la ceinture de conjugaison, le mot du jour, le cahier de l'écrivain, un vrai inventaire à la Prévert...
    Ça marche, au moins un peu ? On garde toute l'année puis on abandonne parce qu'on a trouvé plus ludique ailleurs ! Ça ne marche pas tout de suite ? On abandonne et on repart sur une autre piste, pour trois semaines, histoire de voir si cette fois, ça fonctionnera mieux.

    Conclusion n° 5 : Et pendant ce temps-là, le niveau d'orthographe ne monte pas ou du moins pas partout.

    Vague espoir, vite oublié.

    Il existe cependant de toutes petites niches, minuscules, pas toujours situées là où on les attendrait, dans lesquelles les élèves, ceux d'aujourd'hui, nés en 2002 et après, pas forcément issus de milieux si reluisants que cela, apprennent à écrire et lire, en GS et au CP, comprennent ce qu'ils lisent, écrivent plutôt bien et ont, lorsqu'ils arrivent au CM2, un niveau en orthographe presque comparable à celui de leurs grands aînés (ne serait-ce qu'à l'école élémentaire, ils ont bénéficié de 540 heures de classe en moins qu'eux, quand même, et ça se sent).
    On en trouve dans l'enseignement public, dans le privé sous-contrat et dans le privé hors-contrat. Peu. Très peu.

    Pourquoi ? Allez savoir. De grosses difficultés de communication, sans aucun doute. Une réputation détestable entretenue entre autres par des officines qui construisent un projet politique en se délectant de l'effondrement du projet social et démocratique, certainement. Un dénigrement systématique des possesseurs du gruyère peu enclins à se laisser piquer leur fromage, un peu beaucoup aussi.

    Pourtant, elles fonctionnent, ces classes. Elles fonctionnent sans blouses grises, sans salut au drapeau, sans porte-plumes, sans passéisme ni ringardise,  sans mise au ban des éléments indésirables, sans dénigrement de ceux qui ont choisi d'autres méthodes, sans agressivité envers ceux qui ne pensent pas exactement comme elles, sans enfermement. Elles arrivent même, pour certaines, à fonctionner sans vieux bouquins, tristes et moches, mais ça, c'est plus difficile. Ce sont elles, les vraies innovantes mais elles n'ont pas su ou pu le dire. 

    Conclusion n° 6 : Elles ont juste loupé leur comm' et c'est reparti pour un tour, sans elles, parce qu'elles n'ont pas su prendre le train en marche. 

    Conclusion générale

    En 2022, une nouvelle enquête prouvera que le niveau d'orthographe a encore tellement baissé qu'on a décidé de ne plus jamais, jamais l'évaluer. Cela évitera d'avoir à manger son chapeau, comme ça, bêtement, tous les sept à dix ans.

    Et pourtant, ce serait si simple, comme le disait un internaute que j'ai lu ce matin : « Puisque le niveau des élèves testés en 1987 était satisfaisant, reprenons les programmes (et horaires) de l'époque et mettons-nous au travail ! »

    C'est ce que j'ai essayé de faire dans les fichiers et manuels que j'ai concoctés, j'ai eu à de nombreuses reprises la preuve que cela fonctionne toujours. Il ne manque que la volonté.

    Notes :

    [1]  Livret Scolaire Unique Numérique 

    [2]  En mai 2009, Luc Chatel remplaça Xavier Darcos et le souci ne fut plus le niveau d’orthographe des enfants, hélas ! Les efforts portaient plutôt sur le régime de famine à imposer au mammouth pour qu’il perdît ses dernières bribes de graisse et continuât néanmoins à faire comme s’il était encore vivant.

    [3]  À quelques bémols près, quand même... Le programme de conjugaison CE1 était beaucoup trop chargé et très mal équilibré pour accoucher d’une souris au cycle 3 avec à peu près autant de modes, de temps et de terminaisons verbales à connaître à l’issue du CM2 qu’au milieu d’un CM1 antérieur à 1995 ! Et puis, tout un tas de broutilles de ce genre dues à des programmes faits trop vite, sans consulter un panel assez large d’enseignants de terrain.

    [4]  http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/05/12/01016-20090512ARTFIG00310-morano-lance-les-jardins-d-eveil-pour-les-2-3-ans-.php

    [5]  Quand il faut prouver que le niveau monte, sans faire les efforts pour le faire monter, on est bien obligé de négocier cette hausse d’une autre manière.


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