• CP : Rituel d'imprégnation graphémique (5)

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (5)

    Comme le dit si bien cette affiche, ça prend une bibliothèque pour élever un enfant. Cela prend aussi au moins une bibliothèque pour lui apprendre à lire. Toute méthode qui oublierait cela n'irait pas plus au bout de sa tâche que celles qui oublient que pour savoir lire, il faut avoir automatisé la reconnaissance visuelle de toutes les graphies qui composent une langue. 

    Notre rituel d'imprégnation graphémique apporte quant à lui, depuis déjà quelques mois, sa petite pierre à l'édifice. En effet, en ce début de printemps, en plus des 70 graphies vues et revues jour après jour, ce ne sont pas moins de 12 contes connus et 4 poèmes que nos élèves ont déjà lus en plus des histoires quotidiennes de leurs petits héros.

    Pendant les trois dernières semaines de son existence, le Rituel ne dérogera pas à ces bonnes habitudes données à notre classe et c'est en lisant : Le petit sapin orgueilleux, Les musiciens de Brême, l'Histoire de Babar, le petit éléphant et de nombreux poèmes que nos élèves vont découvrir et automatiser la lecture des dernières graphies qu'il leur reste à découvrir.

    Ces graphies difficiles, que les enfants rencontreront peu, tout au long de leur « carrière » de lecteurs, ne seront pas complètement maîtrisées en fin d'année, même si nous nous contentons d'une reconnaissance visuelle. C'est normal, la scolarité est loin d'être finie après 10 mois de CP.
    Il n'est cependant pas question de les occulter et de laisser la chance ou les hasards de la naissance et des habitudes familiales permettre à certains de les décoder lorsqu'ils les rencontreront alors que les autres pataugeront faute de les avoir jamais rencontrées.

    Pour ceux qui suivent aussi la partie écrite de ce rituel, vous verrez que ces graphies, malgré leur rareté et leur difficulté, seront aussi travaillées, sur un nombre très restreint de mots toutefois et pour installer quelques régularités qui auront sans aucun doute besoin d'être revues dans les classes supérieures. Restons raisonnables et admettons que chaque année scolaire ait sa tâche et ses obligations.

    Profitons d'ailleurs de ces quelques instants pour parler de ce sujet qui passionne les adeptes de la « nouvelle lecturisation des foules » : la ««« fluence »»», nouveau mot savant pour désigner la lecture fluide, courante, au fil du texte.
    Certains, pour l'obtenir de tous leurs élèves, déploient toute une panoplie d'exercices barbares qui me font irrésistiblement penser au savant appareillage conçu par le médecin pour le petit garçon du film Forrest Gump.
    Que ceux qui les utilisent se souviennent que ce n'est que lorsqu'il réussit à briser cet appareillage que l'enfant sut enfin courir.

    Si nous faisons lire nos élèves, tous les jours, pendant ces deux fois dix minutes rituelles, sans appareillages, sans méthodes barbares à base de chronomètres et de files de mots à débiter, sans textes étalonnés à faire relire sans reprendre son souffle, nous aurons à peu près les mêmes résultats que ceux qui les utilisent, le plaisir en plus. Notre classe, comme la leur sur le même texte inconnu, se composera ainsi [Je ne prends pas en compte les enfants en inclusion scolaire, porteurs d'un handicap important les empêchant pour le moment d'accéder à la lecture] :

    → un petit pourcentage d'enfants qui lisent comme vous et moi, mettent l'intonation et n'hésitent qu'exceptionnellement, sur un mot inconnu de plus de trois ou quatre syllabes

    → un pourcentage beaucoup plus important d'enfants qui lisent plus ou moins par groupes de souffle, en marquant quelques courts instants de pause entre les groupes et avant un mot inconnu :

    « Le petit sapin... est le seul... résineux de... la forêt... Il est... jaloux... des grands arbres... aux belles... feuilles vertes.

    → le même pourcentage environ que ci-dessus constitué d'enfants qui n'arrivent pas encore à dépasser le stade du mot ; leur lecture est cependant compréhensive et le hachage entre les mots est court :

    « Lui – seul  – a – des – aiguilles – piquantes – et – il – se – désole. – « Comme – je – suis – malheureux ! –  Le – bouvreuil – ne – fait – jamais – son – nid – dans – mes – branches ! »

    → un petit pourcentage d'enfants qui ont encore de la peine à englober d'un seul coup d'œil toutes les syllabes d'un même mot. Ils y réussissent pour certains mots courts ou très connus mais échouent dès que le mot est plus long ou moins fréquent. C'est souvent pour eux qu'on programme ces exercices de fluence, sans se rendre compte que, pour beaucoup d'entre eux, l'affolement que l'on génère les conduit sur une fausse-piste[2] dont ils auront bien du mal à se défaire ensuite.
    D'expérience, je dirai que pour eux l'important est qu'ils comprennent ce qu'ils déchiffrent, même lentement, et qu'il vaut bien mieux les faire lire souvent, des textes nouveaux et des listes de mots présentant tous la même graphie à automatiser, même si, pour le moment, on n'arrive pas à les faire se précipiter plus que cela :

    « Le – che –  vreuil – me – fu – it – car – il – a – peur – de – mes – ai– gu – illes. – Je – vou – drais – un – feu – illa – ge – en – or ! »

    En espérant que, d'ici la fin juin – ou la fin décembre pour les moins assurés, la scolarité d'un enfant ne s'arrête pas en fin de CP – l'habitude aidant, ils auront enfin pris suffisamment d'assurance pour convaincre leur regard qu'il peut oser aller voir un tout petit peu plus loin sur la feuille et qu'il n'a plus besoin de s’appesantir ainsi sur chaque syllabe[1]

    Fichiers de la Période 5 (Mai) :

    A) Période 5 - Semaine 1 :

    Télécharger « Période 5 - Semaine 1.pdf »

    B) Période 5 - Semaine 2 :

    Télécharger « Période 5 - Semaine 2.pdf »

    C) Période 5 - Semaine 3 :

    Télécharger « Période 5 - Semaine 3.pdf »

    Que faire après ces trois semaines ?

    Continuer le Rituel bien sûr, dix minutes le matin, dix minutes l'après-midi...

    ♥ En choisissant vos textes sur des albums que vous avez en nombre suffisant ou que vous avez tapuscrités, sur le Livre des Bêtes que j'envoie à qui me le demande (voir fin de CP/CE1 : Travailler la fluidité en lecture) ou sur un premier livre de lecture courante tel qu'on en trouve parfois dans les placards des écoles (Allons-y les copains, Histoires aux quatre vents, L'oiseau-lyre CP-CE1, Lisons de belles histoires CP, Le beau livre de Poucet, Le château de Pompon, Petit Gilbert, La Ruche aux livres CP-CE1, ...).

    ♥ En faisant lire, en groupe classe, une phrase à chacun, à voix haute, et en demandant à tous de commenter cette lecture. En faisant reprendre la lecture par un autre groupe d'enfants et, si la classe est très nombreuse, par un troisième groupe enfin, pendant la lecture de l'après-midi.
    Le lendemain, intervertir les groupes pour que, tous les trois jours, chaque élève ait été une fois Déchiffreur, une fois Lecteur et une fois Conteur.

    ♥ En croyant aux vertus du groupe et des échanges.

    → Ne dispensez pas vos élèves rapides de participer, une fois tous les trois jours, aux travaux du groupe des Déchiffreurs pas plus que vous permettrez à vos élèves les plus lents de ne pas tenter de suivre le rythme de lecture de vos bons Conteurs lorsqu'ils se trouveront affectés à cette tâche un jour sur trois.

    →Ne les éclatez pas façon puzzle aux quatre coins de la classe et permettez aux plus faibles d'écouter leurs camarades bons lecteurs et de s'inspirer de leur exemple comme vous permettrez aux plus à l'aise d'apprendre à poser calmement leur lecture pour que leurs camarades puissent suivre leur progression.

    → Faites juste en sorte que ce travail ne soit pas trop long, ni trop difficile (c'est pourquoi les textes des premiers manuels de lecture courante sont adaptés à ce travail) et que chacun puisse suivre des yeux, du doigt et de l'oreille (grâce aux chuchoteurs présentés dans CP : Rituel d'imprégnation graphémique (4).

    ♥ Et, bien entendu, mais la répétition fixe la notion, en changeant de texte chaque jour impérativement.

    Si vous n'avez pas compris pourquoi cette insistance, je peux maintenant, tout de suite, vous lire Roule Galette sans même ouvrir le livre pour vous montrer les capacités mnésiques de l'être humain qui a entendu trois fois seriner la même courte histoire ! Attention, roulement de tambour ! Tatadam !

    « Dans une petite maison tout près de la forêt,

    vivaient un vieux et une vieille.

    Un jour le vieux dit à la vieille :

    « J'aimerais bien manger une galette... !

    – Je pourrais t'en faire une, répond la vieille... »

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (5)

    Dans la même série :

    A) Lecture :

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (1) ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (2) ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (3)CP : Rituel d'imprégnation graphémique (4) ; ...

    B) Écriture :

    CP : Écriture graphémique (1) ; CP : Écriture graphémique (2) ; CP : Écriture graphémique (3)CP : Écriture graphémique (4) ; CP : Écriture graphémique (5)

    Notes :

    [1] Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez aller lire :  fin de CP/CE1 : Travailler la fluidité en lecture pour trouver quelques pistes de travail.

    [2] Les deux plus courantes sont d’une part la confusion lecture/récitation (l’enfant apprend très vite, à l’oreille, des textes qu’il croit « lire », les yeux fermés ; devant un texte inconnu, il est perdu, ayant depuis longtemps oublié comment on décortique lettre après lettre les mots qui le composent) et d’autre part l’insécurité chronique qui fait de lui un « mauvais lecteur » (à la vue d’un texte long qu’il devrait censément débiter au rythme d’une mitraillette, il s’affole, perd ses moyens, ne sait plus où il en est, bafouille, confond des sons... le diagnostic de dyslexie ou celui de dyspraxie visuo-spatiale n’est pas loin, il abandonne). 


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