• CP : Écriture graphémique (5)

    CP : Écriture graphémique (5)

    Il y a environ huit mois, en juin 2018 pour être précise, j'ai décidé de proposer à mes collègues quelques exercices quotidiens, dits « rituels », à utiliser dans leurs classes pour compléter une méthode de lecture insuffisamment graphémique.

    Vous savez : une de celles qui privilégient tellement le contact avec l'objet-livre  qu'elles en oublient que pour pouvoir profiter en toute autonomie de la richesse du patrimoine littéraire de notre belle planète, il faut être capable d'en décoder soi-même les textes, au moins dans leur version traduite.

    Un peu plus tard, j'ai pensé que pour ceux qui souhaiteraient abandonner totalement ces méthodes qui ont hélas fait la preuve de leur faible rendement, il serait bon de présenter des exercices d'écriture à mener en plus des rituels de lecture de manière à ce que, combinés les uns aux autres, ils constituent une vraie...

    Méthode d'écriture-lecture
    à départ graphémique

    Mon exigence était que cette méthode, comme toutes celles que j'ai utilisées au cours de ma carrière, avance à petits pas, en ne négligeant jamais ni la rigueur de la combinatoire ni l'exigence du sens.

    En effet, me connaissant bien, je savais que jamais je ne pourrais me satisfaire ni d'une méthode qui pense avant tout à présenter aux enfants des histoires lues par l'adulte et envoie au CE1 des cohortes entières d'enfants non-lecteurs, ni d'une méthode qui, comme le proposent certains, s'enorgueillit de respecter rigoureusement la progressivité d'un protocole composé d'étapes successives étanches (première étape : un apprentissage des correspondances graphèmes / phonèmes, présentées l'une à côté de l'autre, sans chercher à y mettre quelque sens que ce soit, suivie d'une deuxième étape : un travail sur les syllabes et les mots, toujours plus ou moins privés de sens, et enfin, seulement lorsque l’aisance est suffisante, la troisième étape qui propose enfin la lecture de textes, sous le couperet de la « fluence », sinon ce serait trop fun !)...

    Pour moi, adopter l'une ou l'autre de ces deux extrêmes, c'est un peu comme si d'un côté, on précipitait un enfant n'ayant jamais chevauché un vélo dans la montée de l'Alpe d'Huez ou la descente du Mont Ventoux, et, de l'autre, si on lui imposait d'abord d'apprendre à nommer les différentes parties de cette bicyclette, jusqu'à ce qu'il puisse les citer sans hésitation, en moins d'une minute chrono, puis qu'on lui apprenait, sur un vélo factice, à manipuler guidon et roue avant, selle et pédales, frein et roue arrière, guidon et main droite lâchée et pourquoi pas, même si cela ne lui servirait jamais à rien, guidon et roue arrière, pédale et pneu avant ou selle et avertisseur sonore avant d'enfin, « seulement lorsque l'aisance est suffisante », lui permettre d'utiliser ce vélo, en vrai, dans la nature (mais toujours avec le chronomètre sous les yeux...) !

    C'est pourquoi, qu'en plus du son – les correspondances graphèmes/phonèmes tellement mises de côté par les premières méthodes – il a toujours été évident pour moi que ma méthode présenterait du sens dès le deuxième jour de classe, de manière très humble au départ (un, puis deux et enfin quatre prénoms la première semaine, quelques courtes phrases, toujours entièrement déchiffrables, pendant la deuxième) mais très vite pour lire des véritables histoires, de plus en plus proche du patrimoine littéraire. 

    Cette évidence se trouvait renforcée par les conclusions des études internationales, cherchant toutes à vérifier que la lecture automatisée ne va pas sans la compréhension et par mes quarante ans d'expérimentation, pendant lesquels j'ai pu constater, tant chez mes élèves que chez ceux de mes collègues, que lorsqu'on privilégie l'une au détriment de l'autre, on va moins vite, moins bien et moins loin que lorsqu'on jumelle constamment les deux.

    De fait, ceci impose clairement de jumeler les deux apprentissages, lecture et de écriture. Parce que, c'est bien connu, il faut que ce soit du vrai de vrai si l'on veut convaincre Toto que la lecture, c'est intéressant. Il faut qu'il voie par lui-même et quotidiennement que, quand il aura appris, tout le monde pourra connaître son opinion, sa vie et son œuvre  !

    Vous, les vrais collègues, pas ceux des livres et des experts, vous le connaissez, l'ami Toto, et sa copine Moi-je. Ces deux-là viennent à l'école pour parler d'eux, pour se faire voir, et ils se fichent tout autant de l'histoire de la maman qui a peur de la rentrée des classes, que de l'art et la manière de distinguer et nommer les litanies de a m l f o b k qui font les têtes bien pleines, mais pas toujours bien faites.

    Ceux-là, pour les capter, ce qu'il leur faut c'est du :

    À l'école, Toto a vu le vélo et il l'a pris.

    et du

    La robe de Moi-je est encore plus belle que la robe de Cendrillon.

    Et nous les capterons d'autant mieux que ce seront eux tout seuls qui auront écrit ces informations capitales.

    Alors la méthode enseigne l'écriture, qui, comme la lecture, s'autonomisera pas à pas. Pas l'écriture des listes de mots qu'on recopie servilement pour faire semblant d'être capable de franchir le col du Tourmalet des écrivains dès les premières semaines de CP, ni celle, à peine effleurée, en majuscules d'imprimerie, par les amateurs de pédagogie du claquoir à la mode 1850... 

    Ici, nous partons de l'apprentissage des gestes d'écriture nécessaires à l'écriture de chacune des lettres qu'ils apprennent à combiner (apprentissage que je préférerais voit traiter en GS, mais bon, nous ne pouvons rien imposer à nos collègues, ni à leurs IEN). Nous avançons tout doucement, avec beaucoup d'aide et de répétition, sans jamais se laisser tenter par l'évaluationnite qui gangrène l'École Primaire depuis trop longtemps, d'encodages en encodages, de faits de langue en faits de langue.

    Et maintenant, nous en arrivons à cette toute dernière partie de l'apprentissage de l'écriture-lecture, en début de troisième trimestre, pour ces quelques graphies rares que, bien souvent, les collègues négligent « parce que, même si on les étudie, elles auront été oubliées quand ils arriveront au CE1 ».

    Nous, nous les étudierons. Parce que cette affirmation n'est qu'à moitié vraie ; l'écriture en sera en effet très souvent oubliée mais la lecture, du moment où elle est accompagnée du sens, sera toujours là, même après deux mois de vacances. À peine faudra-t-il parfois redire : « A.I.L, ça se lit [aj]... Quand un mot finit par T.I.O.N, la lettre se lit le plus souvent [s]... » pour que l'élève relise correctement le mot qu'il peine à déchiffrer. 

    Et puis, parce que la mémoire visuelle et la mémoire auditive, exercées toutes deux aussi souvent que possible pour des graphies aussi rares, feront bien mieux leur travail si elles ont été sollicitées que si on leur a épargné tout contact avec ces raretés. Surtout si les exercices que nous avons programmés font eux aussi appel à leur intelligence, à leur réflexion et à leur plaisir d'échanger entre enfants et enseignant, autour de contes, de comptines et de poèmes, de jeux de langage et d'habitudes d'écriture.

    Les contes, les comptines et les poèmes, vous les trouverez dans la partie CP : Rituel d'imprégnation graphémique (5), avec quelques exercices de réflexion sur le langage et les habitudes d'écriture.

    Mais l'essentiel de ce travail de réflexion aura lieu pendant les deux fois 10 à 15 minutes, placées l'une le matin et l'autre l'après-midi, juste après les séances de lecture. Et il sera mené en groupe-classe, autour des dictées réussies et des exercices quotidiens d'observation réfléchie de la langue écrite proposés dans le guide.

    Je rappelle une dernière fois la nécessité du collectif vrai, celui qui réunit tout le groupe-classe et est fait d'échanges entre enfants, entre enfants et adulte et entre adulte et enfants et pendant lequel tout le monde écoute tout le monde.

    Je rappelle aussi la nécessité de réussite. Rome ne s'est pas faite en un jour et tout le monde n'a pas la chance d'avoir à la maison des parents disponibles et pédagogues pour assurer l'essentiel, pendant que l'école n'a plus que la charge de l'évaluation.
    Une dictée au CP, c'est tout le monde sur le pont, en train de se demander s'il y a un seul avion à réaction qui survole le terrain d'aviation, si le nom des girafes s'écrit toujours avec la lettre F même après qu'on a appris que celui de l'éléphant s'écrit avec PH, ou encore si le portefeuille obéit à la règle du masculin des noms en ail, eil, ouil, euil, ou au nom feuille, chef de sa famille de mots.
    Ainsi, la correction est finie au moment où chaque élève écrit le point final et tout le monde, même les élèves faibles, a compris au moins provisoirement que le respect de l'orthographe aide à la compréhension.

    Maintenant je vous laisse regarder les exercices, avant de vous donner les liens vers les autres volets de la méthode.

    Les guides hebdomadaires d'activités d'écriture :

    A) Période 5 - Semaine 1 :

    Télécharger « Écriture P5 - S1.pdf »

    B) Période 5 - Semaine 2 :

    Télécharger « Écriture P5 - S2.pdf »

    C) Période 5 - Semaine 3 :

    Télécharger « Écriture P5 - S3.pdf »

    Dans la même série :

    A) Lecture :

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (1) ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (2) ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (3) ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (4)  ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (5)

    B) Écriture :

    CP : Écriture graphémique (1) ; CP : Écriture graphémique (2) ; CP : Écriture graphémique (3)CP : Écriture graphémique (4) ; ...

    Et pour ceux qui préfèrent un manuel :

    Je vous propose Écrire et Lire au CP, une méthode graphémique joliment illustrée par un artiste et qui n'oublie ni l'étude rigoureuse du code, ni les joies de la compréhension dès les premiers jours de classe, ni l'imprégnation littéraire dès que cela est possible.

    Vous pouvez la commander directement chez l'éditeur ou en passant par cet onglet : Contact
    Dans ce cas, je me ferai un plaisir de joindre à mon envoi au prix éditeur (13,50 € les deux livrets plus 5,28 € de frais de timbres) le matériel gratuit présent sur ce blog.

    CP : Écriture graphémique (5)


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