• CP : Rituel d'imprégnation graphémique (1)

    CP : Imprégnation graphémique (1)

    En me promenant sur les réseaux sociaux, j'ai remarqué que, pour le moment, en ce qui concerne l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au CP, ce sont toujours les méthodes dont l'objectif est avant tout l'imprégnation littéraire qui gardent la confiance d'une majorité de collègues.

    Lorsqu'on trouve 1 citation de Taoki, de Piano ou de Pilotis, c'est 0,0001 citation d'Écrire et Lire au CP, de Je lis, j'écris ou de Bien Lire et Aimer Lire mais 100 citations de Chut, je lis, de Ribambelle, d'Étincelles ou de Rue des Contes.

    Et rien n'y fait,

    • ni le nombre de non-lecteurs en fin d'année, toujours justifié :

    - par la nécessité d'individualiser les parcours pour s'adapter aux rythmes différents selon les enfants,
    - par la possibilité de programmer l'étalement de l'apprentissage de la lecture jusqu'à la fin du cycle 2 (c'est-à-dire au CE2)
    - ou par le milieu social défavorisé dont sont issus certains élèves,

    • ni la preuve par l'exemple de ces classes, où on tient aussi compte de chacun, où les élèves sont aussi issus de milieux défavorisés et où pourtant tout le monde entre au CE1 sachant déchiffrer des textes simples ; cette apparence de réussite serait un écran de fumée derrière lequel seraient cachés des troubles graves :

    - manque d'autonomie,
    - défaut d'imagination,
    - incapacité à prendre des décisions...
    - toutes les caractéristiques du sinistre crétin, simple exécutant des basses œuvres dont l'apprentissage de la lecture a rogné les ailes au lieu de l'aider à les déployer plus largement.

    Et puis, ces méthodes que ces collègues gardent malgré tout, ils les aiment réellement. Ils en apprécient les textes qu'ils peuvent soumettre à l'analyse littéraire, ils aiment encourager les enfants à mener plus loin leur analyse des illustrations, à se perfectionner en langage oral, à jouer avec les idées que véhiculent les textes qu'ils le leur lisent. Et ils savent qu'assurant néanmoins une séance hebdomadaire à l'étude d'un phonème (dont les trois quarts se passent à l'oral), on ne peut pas qualifier leur méthode de « méthode globale ».

    Il me semble que lorsqu'on se retrouve face à un tel engouement pour ces méthodes d'imprégnation littéraire, on peut difficilement lutter... Et que, si lutte il y a, elle doit se faire par d'autres biais que la critique des ces jolis manuels aux contenus si appétents.

    Si on proposait par exemple de garder la méthode habituelle et de la mener exactement comme chaque année, sans rien y changer, mais en y ajoutant un rituel ? Normalement, les rituels, ça plaît beaucoup. Aux adultes comme aux enfants. C'est court, ça ne nécessite pas trop de matériel, ni une longue préparation et ça peut être ludique... tout pour plaire !

    Alors je m'y suis mise. Juste cinq à dix minutes, le matin et l'après-midi, en arrivant. Tous les élèves assis en demi-cercle devant le tableau et leur enseignant au milieu d'eux. Il présente un graphème ou deux en en oralisant le phonème. Pour aider à la mémorisation il associe un geste à chacun d’eux[1], sort d'une boîte un ou deux petits personnages mignons que les élèves pourront manipuler en « chantant le son »... et le tour est joué, la séance est déjà finie, on peut passer aux choses sérieuses, la rentrée des mamans, le loup conteur, les trois petits cochons ou la trousse de Tika !...

    L'après-midi, on remet ça, très vite, toujours en jouant, toujours avec l'aide de l'enseignant, toujours avec les gestes et les personnages. Et, si la mairie est très généreuse, on colle une petite feuille (un quart de A4) sur un demi cahier que l'on range ensuite dans le cartable pour faire voir à papa-maman-tatie-tonton-grand-frère-grande-sœur ce qu'on a appris à faire à l'école aujourd'hui. On ne la lit même pas avant parce qu'on sait qu'on a tout retenu et que ce sera facile !
    Et même que si, en plus d'être généreuse, la mairie est très confiante, on peut décorer provisoirement un des murs qu'elle nous confie d'une affichette toute simple, fournie dans la méthode, à laquelle les enfants pourront ainsi se référer en cas de trou de mémoire.

    Le lendemain, on recommence, un nouveau graphème, son geste, son petit bonhomme rigolo et, parce que je n'aime pas les activités idiotes qui oublient que lire, c'est avant comprendre, vite, grâce à deux petits carambolages « consonne - voyelle », en plus du loup qui conte des histoires aux quarante-douze personnages de la ferme, à côté de la maman qui boude parce que son enfant ne s'intéresse plus qu'à elle et cherche à avoir une vie sociale autonome, ou parallèlement aux petits cochons qui ont un lit, un tapis et un pyjama, les enfants découvrent  un petit garçon :

    Nino !

    Mais la différence, c'est que ce Nino-là, ce sont eux, les enfants, qui en ont lu, et réellement lu, le prénom.
    Tous n'y sont pas arrivés et c'est l'enseignant qui s'est substitué à eux pour prononcer : « nnnnnnniiiiii... nnnnnnnnnnnoooo ». Eux, ils ont répété en faisant les gestes rituels puis en manipulant les petits bonshommes qui chantent.

    Mais l'après-midi, ils sont deux ou trois de plus à être aussi rapides que l'adulte à reconnaître n, i, n, o, ni, no et Nino ! La feuille des communes riches part à la maison, juste après celle de la veille. Comme ça, ils pourront relire les deux, vous comprenez...
    Et la feuille des communes confiantes (et prévoyantes, il suffit de simples baguettes de pin pour éviter les taches de Patafix sur les murs) se retrouve sur le mur à côté de celles de la veille.

    Et encore une fois, c'est tout. La classe a pu entre temps mener son train-train quotidien sans s'occuper de ces activités rituelles.

    Le jour suivant, ils font connaissance avec la lettre É, et le phonème [e], et le petit salut main placée au-dessus de la tête, comme ça :

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (1)

    et la petite bonne femme en plastique jaune, comme ça :

    CP : Rituel d'imprégnation graphémique (1)

    Et puis, toujours pour ne pas mourir idiots, ils décodent, seuls, avec à peine une petite aide de leur enseignant les trois syllabes qu'ils peuvent maintenant composer et décomposer : 

    ni - no - né

    avant qu'enfin, leur enseignant les guide du geste et réalise avec eux le double carambolage qui leur permettra de trouver seuls le prénom de celui qui semble bien être le petit frère de Nino, le jeune « nnnnnnooooééééé » ou plus simplement, lorsqu'on substitue les graphèmes aux phonèmes, le jeune :

    Noé

    Le lendemain, l'ajout de la lettre a les mènera, grâce aux différents rituels, à faire connaissance avec deux autres enfants, dont ils auront décodé les prénoms, presque seuls maintenant pour les plus rapides et avec de moins en moins d'aide pour les plus faibles :

    Ana - Noa

    De toute façon, ils n'ont pas à les apprendre par cœur puisque, chaque jour, de carambolages en carambolages, de gestes en gestes, de petits bonshommes en petits bonshommes, d'œil en œil et d'oreille en oreille, ils pourront les retrouver seuls de façon toujours plus rapide et fluide.

    C'est ainsi qu'en fin de période 1, à la veille des premières vacances, en plus des jolis albums que leurs enseignants leur auront lus et commentés, en plus des 5 à 6 phonèmes que leur aura présentés leur beau manuel plein de couleurs et de mots, ils auront appris à combiner 17 graphèmes entre eux pour créer des syllabes (pas trop), des mots (beaucoup) et des phrases (pas aussi vraies et riches que celles de leurs manuels en papier glacé, mais déjà signifiantes) : 

    i - o - n - é - a - l - e - u - m - b - c - d - p - s - r - et - un

    Ces acquis seront pour le moment bien insuffisants pour aborder ne serait-ce que la première phrase proposée par leur manuel mais, à bas bruit, en s'additionnant avec ceux qu'ils apprendront en novembre, puis en décembre puis encore lors des cinq à six mois des deux autres trimestres de l'année scolaire, j'ose espérer que ne seront restés non-lecteurs que les (bien heureusement) très, très rares enfants dont le profil, très particulier, rend pour le moment impossible l'apprentissage de la lecture.

    Ceci dit, ce ne sera pas magique et cela nécessitera de la ténacité :

    • le rituel devra être maintenu envers et contre tout, chaque jour, afin que la réactivation des acquis permette la mémorisation.
    • Il ne devra être interrompu qu'en cas de force majeure, comme des vacances scolaires par exemple.
    • Surtout au début de l'année, on devra éviter de sauter un jour parce qu'il y a piscine ou sortie au musée ou encore anniversaire ou célébration aux connotations presque religieuses (comme les 100 jours de classe, ou la semaine du goût ou encore la journée de l'armistice, la fête d'Halloween ou la journée de la science).

    Et puis, et c'est le plus important, il devra être suivi scrupuleusement, sans fioritures ni ajouts. Juste ça :

    • je présente le nouveau graphème,
    • je l'illustre de la voix, du geste et du personnage Alpha
    • puis je vous aide, toujours du geste et du carambolage (si vous en avez encore besoin), pour que vous le combiniez seuls et que vous en fassiez du sens en lisant ce que je vous propose.

    Le rythme devra être enlevé, rapide et la séance ne devra jamais durer plus de 10 minutes : 

    • Les phrases seront écrites au tableau mot à mot, en silence, pour que les élèves puissent en suivre la création en direct et en commencer le déchiffrage.
      Au début, on pourra même s'arrêter après chaque mot pour qu'il soit décodé presque en direct du geste de l'écrit à la prononciation orale, juste avec l'intermédiaire de la vue.
    • On les aidera en suivant les mots du doigt ou à l'aide d'une baguette, lentement, de gauche à droite, en faisant les gestes de l'autre main.
    • Les mots et les phrases ne seront jamais relues plus d'une fois
    • et on n'exigera pas la lecture fluide (qui serait de la récitation, puisque, pour le moment, leurs yeux et leur bouche ne peuvent accomplir ce miracle de synthèse oculaire et vocale). De toute façon, ces histoires, contrairement à celles de la méthode, ne sont pas impérissables et sont destinées à être oubliées dès qu'elles seront comprises.

    Et si certains élèves semblent perdre leurs acquis au fur et à mesure, on pourra les prendre en plus, en APC, surtout si la classe est nombreuse et les écarts de langage importants entre les plus diserts et les moins bavards.

    Enfin, dernier point : la confiance !

    • Confiance en soi et en sa capacité de dépasser les représentations initiales sur la syllabique et ses immenses défauts,
    • confiance en les enfants et en leur capacité à mémoriser graphèmes, gestes et phonèmes petit à petit, sans forcing ni évaluation quotidienne, simplement parce qu'ils vont resservir maintes et maintes fois[2],
    • confiance enfin en leur capacité intellectuelle naissante à distinguer m et n ou b et d, peu à peu, grâce à l'affichage, à quelques aides et, surtout, à l'appel au sens.

    Si en plus de ces trois signes de confiance, vous ajoutez un brin de confiance en mes propos,

    • imprimez-vous ces fichiers,
    • lisez-les pour vous en faire une idée tant que sont encore frais les souvenirs des enfants du CP que vous venez de mener (ou pas) vers la lecture au moins mot à mot de courts textes inconnus,
    • faites-vous votre propre image de la faisabilité matérielle de ces deux très courts rituels
    • et rangez vite tout ça pour profiter au mieux de vos vacances que je vous souhaite :

    ex-cel-len-tes !

    Les fichiers de la Période 1 (Septembre Octobre) :

     A) Présentation :

    Télécharger « Présentation.pdf »

    B) Progression :

    Télécharger « Progression.pdf »

    C) Période 1 - Semaine 1 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 1.pdf »

    D) Période 1 - Semaine 2 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 2.pdf »

    E) Période 1 - Semaine 3 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 3.pdf »

    F) Période 1 - Semaine 4 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 4.pdf »

    G) Période 1 - Semaine 5 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 5.pdf »

    H) Période 1 - Semaine 6 :

    Télécharger « Période 1 - Semaine 6.pdf »

    Notes :

    [1] Les gestes se trouvent à la fin de l’article proposé en lien.

    [2] Rien que dans ce paragraphe, comptez combien de son [i] traduits par le graphème i et combien de son [o] traduits par le graphème o vous venez de réutiliser sans même vous en rendre compte.

    Et pour ceux qui ont décidé de sauter le pas :

    et de consacrer réellement 1 h 30 à 2 h par jour à l'écriture et à la lecture, grâce à une méthode à entrée graphémique, ce qui mènera finalement assez vite leurs élèves à une imprégnation littéraire autonome, je me permets de leur signaler que le manuel Écrire et Lire au CP réalise ce tour de force de :

    • l'entrée graphémique : ce sont les lettres qui donnent des sons et non les sons qu'on traduit en lettres (même si, à terme, sons et lettres sont à égalité)
    • le signifiant : dès le premier jour de classe, les enfants découvrent le sens d'un écrit vrai, complétant la description orale d'une illustration
    • l'imprégnation littéraire (qui est conseillée dans le guide pédagogique dès les premiers jours de classe) devient très vite possible grâce à la lecture de contes, d'abord adaptés puis donnés dans leur version originale, de récits, de documentaires et même d'un court roman
    • l'écriture est valorisée, dès le début de l'année, par des conseils de mise en œuvre du geste graphique dans le guide pédagogique, des propositions de dictées, des images à commenter dans le cahier d'exercices et dans le cahier de rédaction.

    Je sais que ce manuel est très peu connu. C'est pourquoi je vous propose de vous l'envoyer, au prix auquel me le vend mon éditeur (13 € les deux livrets), en prenant en charge les frais de port (4,80 € au tarif « Lettre verte » pour la France métropolitaine). Vous pouvez me contacter en cliquant sur ce lien pour connaître les modalités de paiement ou pour tout renseignement complémentaire : Contact .

    Dans la même série :

    A) Lecture :

    ... ; CP : Rituel d'imprégnation graphémique (2) ;

    B) Écriture :

    CP : Écriture graphémique (1) ; CP : Écriture graphémique (2) ;


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Juillet à 16:01

    Merci pour cet article. Je trouve l'idée du rituel très intéressante et je compte l'appliquer pour ma classe à la rentrée. Bonnes vacances à toi.

      • Mardi 31 Juillet à 11:11

        Merci. J'espère que tu pourras nous en donner des nouvelles.

    2
    Ley
    Jeudi 2 Août à 15:10

    Un grand merci pour tout le travail que tu as fait et pour cette réflexion pédagogique qui m'aide étant novice en CP! 

      • Vendredi 3 Août à 09:19

        Merci à toi ! Bientôt la suite avec un petit topo sur une extension du projet incluant un petit moment d'écriture, de manière à rendre les élèves autonomes plus rapidement (et j'espère plus sûrement).

    3
    Elisa C
    Lundi 6 Août à 04:09
    Un grand merci pour ton partage ! Je suis fan de ton travail. Malheureusement je suis obligée de suivre le manuel Pilotis (3 classes de CP dans mon école, on doit suivre le même rythme). Penses-tu qu'il soit possible de concilier les 2 ? Merci pour ton aide !
      • Lundi 6 Août à 10:34

        Bonjour et merci ! Je ne connais que le manuel d'apprentissage du code de Pilotis. Je ne sais pas s'il est prévu que l'enseignant l'utilise tous les jours au rythme d'une page par jour. En raison du nombre de graphèmes vus par période, il semblerait que oui.

        Si c'est le cas, et peut-être en accélérant un peu en début d'année, si les enfants ont eu la chance d'apprendre à reconnaître les lettres en GS, de manière à arriver assez rapidement à la page du S (première page de combinatoire), pas la peine d'adopter le 'rituel d'imprégnation graphémique' et ses lettres différentes. Tout au plus pouvez-vous vous en inspirer pour créer ces deux moments de la journée où les élèves manipuleront les voyelles et consonnes connues pour écrire et lire des mots (os, as, lit, lu, il a lu, Lily, Ilyas, ...)

        En revanche, un peu plus tard dans l'année, avec un groupe qui "patine un peu", reprendre sous forme de révision des lettres et sons ce "Rituel" pourra être parfaitement approprié (soit en APC, soit en classe, pour tout le monde, à doses très homéopathiques).

        Bonne fin de vacances et encore merci !

    4
    Marie
    Jeudi 16 Août à 16:02

    Bonjour, très intéressée par ce que vous proposez, je voulais vous demandr si vous pensez que cela serait bien complémentaire avec la série violette de la méthode Ribambelle. Autre questtion, pour être bien au clair, quelle est/sont exactement la/les pages à coller dans le carnet je lis tout seul ? J'ai un doute. Merci par avance et merci de nous faire avancer dans nos réflexions. Marie, PE en CP pour la 3e année

      • Vendredi 17 Août à 14:56

        Je ne connais pas Ribambelle série violette mais si c'est dans le même genre que les deux ou trois premières moutures, c'est sans doute très approprié car c'est en pensant à ce genre de méthode (Ribambelle, Abracadalire, Justine, Etincelles, Un Monde à Lire, Rue des Contes, Avec des albums, etc.) que j'ai préparé ces fiches.

        La partie à coller dans le cahier pour la maison se trouve juste après le titre pacé en bas de page. Il y en a généralement 2 l'une sous l'autre pour permettre de réduire au minimum le nombre de photocopies.

    5
    Equinoxe
    Mardi 28 Août à 17:52

    Bonjour, 

     

    Un énorme merci pour ce partage! J'ai hâte de mettre en place ces rituels en complément de la méthode étincelle. 

    Je vous souhaite, un peu en avance, une bonne rentrée!

      • Mardi 28 Août à 20:16

        Merci et bonne chance à vous dans votre entreprise. N'hésitez pas si vous avez des questions.

    6
    Vap
    Jeudi 20 Septembre à 10:48

    Bonjour, félicitations pour ce travail! Enseignante spécialisée et utilisant Borel et les alphas à la fois, je me lance également dans l'aventure. Merci pour ce partage !

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