• CE1 : Fichier de Mathématiques (2)

    Aux mois de novembre et décembre, nos jeunes CE1 ont bien repris leurs marques. Après la révision des acquis du CP, les voici désormais dans de nouveaux acquis, toujours préparés en amont par des jeux sportifs et des manipulations exécutées tous ensemble ou par petits groupes encouragés par leur enseignant.

    Ils vont apprendre successivement :

    • à tracer des cercles avec un compas... 
    • ... et des angles droits avec une équerre qu'ils auront construite eux-mêmes
    • à poser et effectuer une soustraction sans retenues
    • à compter de 5 en 5 pour se préparer à découvrir ou redécouvrir la multiplication
    • à compter jusqu'à 999, grâce à la monnaie et aux mesures de longueur

    Cet élargissement du domaine numérique connu leur permettra d'apprendre à jongler avec les mètres, les décimètres et les centimètres, en les ayant « touchés du doigt », ainsi qu'à échanger leurs centimes en euros et leurs euros en centimes.
    Ils acquerront de la sorte une connaissance sensible du principe de la numération décimale, connaissance qu'ils pourront transférer sans difficultés notables aux nombres eux-mêmes sans que soit précisée quelque quantité que ce soit.

    C'est aussi au cours de cette période qu'ils découvrent les « problèmes » et la présentation traditionnelle qui aide les enfants à structurer leur réflexion.

    Comme au cours de la première période, les quinzaines sont ponctuées par des « bilans » (n° 4 et 5) et le trimestre se termine par une « révision générale » au cours de laquelle les élèves peuvent s'entraîner encore une fois et se remémorer leurs acquis.

    Aucune utilité de transformer ces bilans et cette révision en évaluation normative. Le travail sera bien plus utile et fécond si les exercices sont abondamment préparés et commentés en classe plutôt que d'être donnés sous la forme d'un examen que l'on corrigera ensuite, seul devant son tableau, face à des enfants qui se désintéressent d'autant plus de ces tâches qu'ils ont déjà faites s'ils ont le sentiment de les avoir « ratées ».

    À l'enseignant de savoir jusqu'où lâcher la bride sur le cou de certains qui piaffent d'impatience et cherchent à caracoler toujours plus vite, tout en guidant et réconfortant au plus près leurs petits camarades qui préfèrent aborder l'inconnu avec prudence et circonspection de peur de buter et de faire un mauvais pas !

    Bon travail aux enfants et à leurs maîtres !

    Nota bene : Si vous souhaitez adapter la taille du fichier à celle de vos élèves, imprimez le fichier recto verso en A4 puis, à l'aide d'un massicot, couper les marges du haut et du bas de manière à avoir un format carré de 21 cm de côté avant de relier le cahier (les reliures à spirale sont assez pratiques).
    Les polices cursives sont : SeyesBDE et Cursivestandard.

    Télécharger « Mathématiques CE1 - période 2.pdf »

    Dans la même série :

    Français :

    Pour le CE1 :

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (1)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (3)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (4)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (5)

    Pour le CE2 :

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (1)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (2)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (3)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (4)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (5)

    Pour le CM1 :

    CM1 : Étude de la langue (1)

    Mathématiques :

    Pour le CE1 :

    CE1 : Fichier de Mathématiques (1)

    ...

     Pour le CE2 :

    CE2 : Fichier de Mathématiques (1)

    CE2 : Fichier de mathématiques (2)

    CE2 : Fichier de mathématiques (3)

    CE2 : Fichier de mathématiques (4)

    CE2 : Fichier de Mathématiques (5)

    Pour le CM1:

    CM1 : Mathématiques (1)

    CM1 : Mathématiques (2)

    Pour le CM2 :

     CM2 : Mathématiques et Étude de la Langue

     Pour la Grande Section :

    voir ici : Progression Se repérer, compter, calculer en GS et ici : Méthode Se repérer, compter, calculer en GS.


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  • II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2)

     Au CP/CE1 (2e partie)

    Voir 1re partie ici :
    II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)

    Premier jour de classe 

    « À quoi sert l’école ?
    - À apprendre ce que nous ne savons pas encore. »

    Voici la réponse que nos élèves devraient tous connaître. Aux enseignants de s’appliquer à transmettre ce message, en paroles peut-être, en actions sûrement.

    Matinée

    1) Langage oral et écrit :

    - Lecture oralisée, langage oral :

    L’entrée en classe effectuée, le matériel collecté si tel est l’usage, le maître s’emploie immédiatement à mettre ne pratique cet adage.
    Les élèves de CE1 prennent leur manuel de lecture[1] et s’installent face à leurs camarades de CP pour leur lire la première histoire de l’année scolaire. C’est un embryon de récit, au vocabulaire simple, aux phrases courtes et répétitives, pour aider à retrouver les réflexes de l’année scolaire précédente[2]. L’intrigue est évidente pour que tous la suivent sans difficulté. Si de plus elle est amusante, le maître part à coup sûr gagnant ! Après cette lecture, parfois très, très hésitante, le maître relit, en surjouant la scène, de manière à capter l’intérêt de tous. L’utilisation de marionnettes ou de petits personnages permettra de faire comprendre l’histoire aux élèves à l’intérêt le plus dispersés.

    Puis il laisse les enfants s’exprimer. Les plus jeunes sont sollicités les premiers, les plus âgés, encouragés à les écouter pour compléter, préciser ensuite ce qui a été dit. Le maître relance l’intérêt par des questions de sens, de vocabulaire, des encouragements à préciser, à reformuler. Il sollicite les hypothèses, la verbalisation de l’implicite, les rapprochements sémantiques, l’interprétation des motivations des héros de l’histoire…

    - Étude de la langue :

    Puis, pas à pas, il entraîne les élèves sur le chemin de l’analyse de la première notion de grammaire qu’il compte faire aborder à tous ses élèves, des plus âgés aux plus jeunes.
    Ce qui sera apprentissage grammatical pour les élèves du Cours Élémentaire 1 sera analyse du langage oral, découverte du principe alphabétique ou même tout simplement vocabulaire pour ceux du Cours Préparatoire.
    La notion rapidement découverte par les élèves eux-mêmes est alors travaillée à l’oral et au tableau, pour tous. Seul le niveau des questions et des attentes distinguera les plus âgés des plus jeunes.

    Lorsque la leçon collective est finie, les plus grands ouvrent leur cahier ou leur fichier[3] et apprennent comment ils doivent présenter leur première journée de travail en suivant les balises que le maître y a placées à l’avance et reproduites au tableau.

    - Geste d’écriture :

    Les élèves de CP rejoignent leurs places et s’installent face au tableau pour observer le geste d’écriture que le maître souhaite leur voir pratiquer. Comme il sait qu’il ne pourra pas être présent pendant toute la séance, il a volontairement ciblé l’exercice bien en-deçà des capacités de ses élèves[4] et ne s’attend pas à des miracles.
    Ce peut-être un coloriage de la ligne d’écriture sur le cahier seyes agrandi, des suites de cinq ou six boucles à tracer sur une feuille blanche qu’on apprend à placer correctement sur la table, un coloriage appliqué de petites surfaces ou une ligne de la lettre qu’on étudiera ensuite, si ses élèves ont la chance d’avoir été initiés à l’écriture cursive et à la gestion d’un cahier à lignes l’année précédente.

    - Dictée ; exercices écrits :

    La première dictée des élèves de CE1 est très courte, très simple. Elle vise juste à mettre le pied à l’étrier. Elle peut avoir été préparée par la leçon d’étude de la langue qui a précédé et synthétiser un de ses acquis, sans prétention ni ambition[5]. Comme elle est amplement commentée à voix haute par le maître et par les élèves invités à s’exprimer, à épeler, à vérifier leur travail, la correction en est rapide, ou même inutile puisque tout le monde a juste !

    Les élèves de CE1 retournent alors à leurs premiers exercices écrit en autonomie, écrits au tableau ou proposés sur fichier et amplement commentés pendant la leçon de grammaire du matin. Pendant ce temps, les élèves de CP sont invités à feuilleter leur manuel de lecture et à en observer attentivement la première page de leçon. Cela permettra au maître d’arriver tout de suite dans le vif du sujet devant quelques élèves ayant déjà pris quelques repères.

    Les élèves de CE1 vont alors évoluer un long moment seuls. Leurs capacités d’écriture et d’autonomie ne leur permettent cependant pas d’être ainsi livrés à eux-mêmes pour aligner exercice sur exercice jusqu’à ce que la cloche les délivre. Il convient de ne leur donner qu’un seul travail simple, décrypté au tableau, parfois même préparé individuellement sur chaque cahier. Le maître peut y ajouter un second exercice, plus ludique, sous forme de fiche photocopiée[6]. Il peut encore profiter de ce que la leçon de lecture des élèves de CP sera encore nécessairement très courte pour préparer avec les plus grands, deux lignes d’entraînement au geste d’écriture qu’ils réaliseront avant de s’entraîner à la grammaire. Enfin, les élèves de CE1 doivent savoir qu’une fois leurs tâches accomplies, ils auront toute latitude pour aller pratiquer une des nombreuses activités libres permises par l’installation de coins d’activités et l’exposition en libre-service de jeux, jouets, matériaux, livres, etc. 

    - Lecture ; dictée :

    Pendant ce temps, le maître s’installe avec ses élèves de CP pour leur première séance de lecture de l’année scolaire. Il sait quelle importance revêt cet apprentissage pour ces petits enfants et leurs familles et ne saurait différer plus longtemps cette attente[7].

    Observation d’images ou d’objets, expression orale, écoute et attention auditive, observation et attention visuelle, geste d’écriture, le tout toujours sous-tendu par la compréhension lexicale et technique, se succèdent alors, selon l’ordre recommandé par le livre du maître de la méthode de lecture utilisée[8].
    La séance se termine par cinq minutes d’observation attentive du geste d’écriture permettant d’écrire seul, et correctement, la ou les lettres étudiées dans cette première leçon. Ce travail d’observation débouchera sur une dictée de ces lettres, au tableau, enfant après enfant, dans le cas de classes qui découvrent réellement l’écriture cursive, sur l’ardoise ou même sur le cahier si le maître en sait les élèves capables.

    2) Récréation :

    Le maître donne quelques habitudes d'ordre à ses élèves : ranger la classe et le travail fini avant de se mettre en rang, se déplacer en silence. Il rappelle à tous qu'ils doivent profiter de ces minutes de récréation pour boire et aller aux toilettes ; au besoin, il organise un passage dans la salle de propreté de l'école pour bien mettre en place ces bonnes habitudes.

    3) Mathématiques :

    - Jeux et manipulations collectives :

    Après la récréation, la première séance de mathématiques débute dans la cour ou la salle polyvalente de façon à ce que les élèves, de CP comme de CE1, vivent corporellement les mathématiques. Ce qui sera découverte pour les plus jeunes sera renforcement pour les plus âgés ; quant à ce qui pourrait être découverte au CE1, il n’est vraiment pas dangereux que les élèves de CP s’y trouvent confrontés, en auditeurs libres, prêts à en assimiler quelques bribes, sans pression ni attente de la part de l’adulte…

    De retour en classe, on continue les manipulations au tableau, dans le coin de regroupement, avec du matériel concret. Ceux qui savent déjà écrire font profiter de leur savoir les plus jeunes qui découvrent ce super-pouvoir digne des meilleurs super-héros !

    - Exercices écrits et jeux :

    Ce n’est qu’en fin de séance que chaque groupe s’individualise pour réaliser quelques exercices propres à rendre inutile une leçon de mathématiques copiée dans un cahier et apprise par cœur à la maison, comme au bon vieux temps qui n’a jamais existé.

    Après ce passage par la trace écrite, la matinée se termine dans le calme d’un temps de jeux libres. Le maître laisse les élèves explorer les coins-jeux et les étagères, se réservant le droit d’orienter plus tard les plus grands vers des jeux réellement mathématiques. Aujourd’hui, c’est le Premier Jour et ses élèves en ont déjà fait beaucoup ! Chacun joue, si possible dans le calme, et le maître est à la fois nulle part et partout, s’intéressant à tous sans être monopolisé par certains.

    Après-midi

    1) Musique, chant :

    L’après-midi, le groupe est accueilli dans la cour, sous le préau ou dans la salle de musique. Il se ressoude en apprenant à chanter en chœur une mélodie simple, à pratiquer un jeu instrumental amusant ou en écoutant un extrait musical qui sera prétexte à expression corporelle si les locaux le permettent. Si cela n’est pas possible, ce moment d’expression (danse, mime) prendra place, de manière routinière, pendant l’une des séances d’EPS de la semaine.

    2) Lecture, exercices écrits :

    De retour en classe, après la reprise à l’identique de la leçon de lecture du matin pour les élèves de CP, le maître guide la réalisation de la première page du cahier d’exercices correspondant à la méthode de lecture. Pendant ce temps, les élèves de CE copient[9] sur leur agenda ou leur carnet le travail qu’ils feront à la maison. Ils réalisent un dernier exercice de français ou de mathématiques, illustrent la poésie qu’ils apprendront bientôt, relisent silencieusement leur page de lecture…

    3) Questionner le monde :

    Le travail par niveaux est fini pour la première journée. Les bureaux sont rangés, les cartables sont prêts. Le maître installe alors tous ses élèves pour un exercice d’observation simple. Il a choisi, selon sa sensibilité, de commencer par l’Histoire, la Géographie, les Sciences ou la Technologie. L’important est que les élèves, dès le premier jour, découvrent le plaisir d’apprendre, la joie d’observer attentivement, de formuler des hypothèses, d’expérimenter, de confronter leurs savoirs… En bref, qu’ils apprécient et fassent leur le sérieux d’un apprentissage commun.

    Ce que le maître leur propose, ce sont des connaissances, riches et variées. Les compétences comportementales que feront naître ces savoirs sont une conséquence de cette accumulation de données qu’il convient de rapprocher, d’opposer, de lier, de combiner. L’enfant est heureux des connaissances qu’il accumule, alors que le maître est satisfait de ce qu’il installe, au jour le jour, sans précipiter ni retarder au prétexte qu’il est indispensable, ou inutile, qu’un enfant de six à huit ait acquis tel comportement savant[10] ou telle connaissance académique…

    Il ne s’agit pas cependant de faire le tour de la question mais plutôt juste un petit tour de piste, une mise en jambes intellectuelle qui, elle aussi, donne le ton de l’année scolaire qui commence. « Mens sana... », pense le maître… « ...in corpore sano ! » répondent les élèves qui, après deux mois de vacances, ont des fourmis dans les jambes !

    4) Éducation physique et sportive :

    Vite ! La marque de fabrique de l’école républicaine et des grands mouvements d’éducation populaire est en train de disparaître du paysage scolaire, tuée par la bouffissure de ses prétentions associée au manque chronique de temps.

    Pourtant, elle participait si bien à l’acquisition des valeurs de partage, de solidarité, d’échange, de camaraderie, pas toujours perceptibles dans le sport associatif encouragé de toute part à produire des champions. Pourtant, elle donnait l’occasion aux élèves à l’intelligence plus pratique de briller face à leurs camarades plus à l’aise dans les domaines intellectuels. Pourtant, elle permettait cette première compréhension concrète de l’espace et du temps, celle vécue corporellement, intégrée sans même s’en rendre compte.

    - Un petit échauffement tout simple qui servira aussi à fixer la latéralisation de certains, à enrichir le vocabulaire d’autres, à en calmer et concentrer quelques-uns.
    - Un jeu collectif, avec ou sans ballon, héritier des fameux jeux de colo ou de patronage.
    - Un exercice plus dirigé qui permettra, lorsque son apprentissage sera intégré par tous, de progresser dans le grand jeu.
    - Enfin, un retour au calme, assis en rond, pour un dernier jeu d’attention visuelle ou auditive et le tour est joué.

    Les enfants sont ravis, le maître n’a pas été obligé de redécouvrir l’Amérique en créant de toutes pièces une séance parfaite, s’insérant dans une progression extraordinaire aux objectifs hallucinants, truffée de mots compliqués. Demain, ils recommenceront et, peu à peu, les enfants progresseront, à leur rythme, entraînés par leurs camarades et leur maître, contents de bouger et de maîtriser leur corps. 

    5) Récréation

    6) Arts Visuels ; anglais :

    Après la récréation, c’est pour une autre des marques de fabrique de l’École, tendance Éducation Nouvelle ou École Active, que la classe se réunit encore une fois. Pendant la dernière partie de la journée, les élèves vont s’exprimer, par le dessin et les arts plastiques.

    Dans ces domaines-là non plus, point n’est besoin de grands mots, d’objectifs échevelés, de projets démesurés. L’enfant aime se voir progresser, il apprécie beaucoup moins d’être entraîné vers la noyade ou condamné au rôle d’exécutant des basses œuvres d’une production adulte  bien trop sophistiquée pour ses faibles moyens. Le maître a donc choisi une œuvre plastique[11] facile à analyser, à commenter, à s’approprier de manière à pouvoir l’intégrer à une production personnelle.

    Premières semaines

    Le lendemain et les jours suivants, le maître continue à donner forme à sa classe, de manière à ce que les enfants sachent qu’ils sont là pour apprendre et réfléchir ensemble, aidés par un adulte bienveillant qui est là pour eux.  

    Le rythme des journées, toujours identique, permet  l’acquisition de repères temporels sûrs. Le maître aide ses élèves en variant le moins possible l’ordre et la durée des activités.  L’acquisition du rythme hebdomadaire, ainsi que le nom des jours se stabilise grâce aux activités variées de l’après-midi. 

    Lecture et littérature sont le point de départ de la journée de classe. Les élèves savent que l’aisance qu’ils acquerront dans ces domaines sera le garant de leur réussite scolaire, au moins pendant toutes leurs années d’école élémentaire. 
    Le vocabulaire, la syntaxe, travaillés tant à l’oral qu’à l’écrit pendant les deux tiers de chaque matinée, leur assurent une compréhension de plus en plus fine de la langue et de son code écrit, ce qui leur servira toute la journée, au cours de chaque activité.  Chaque jour amène son lot de progrès et développe pas à pas les jeunes corps et les jeunes esprits...

    Les temps de la journée ont pris rapidement leur place.  La durée des activités, ponctuée par la sonnerie d’un minuteur, aide les élèves à garder présentes à l’esprit les échéances du temps qui passe. Les élèves, confortés dans leurs capacités, prennent leur autonomie. La cohésion du groupe installe l’envie d’apprendre.
    Les enfants prennent plaisir aux activités que le maître organise où chacun a sa place, au milieu de tous ses camarades. Ils ont compris que ces activités collectives sont toutes chargées d’une dimension instructive.

    Les apprentissages, grâce à leur place prépondérante et leur caractère routinier, se sont vite structurés. Chaque jour, chaque élève sait qu’il va au cours des moments institutionnalisés s’exercer avec ses camarades de classe à prendre des repères de plus en plus fins dans le monde des savoirs savants. Chacun sait où il va, confiant dans ses capacités car épaulé par son maître et ses camarades de classe qui avancent avec lui, sur le même chemin.

    Dans la même série :

     Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :
     I. Idées reçuesII.1. Deux niveaux dans la même classeII. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1) .  

    Notes :

    [1] L’utilisation d’un manuel de lecture, composé de contes et de récits complets, adaptés aux capacités de lecture d’un enfant de tout juste sept ans, complété d’exercices de compréhension et de vocabulaire, est un confort qui nous est refusé aujourd’hui. Rien ne nous empêche cependant de nous en concocter un, mêlant textes « classiques » et extraits de romans « modernes ». À moins que nous préférions fouiller les vide-greniers et retrouver ces petits ouvrages qui enchantaient les élèves et les entraînaient, progressivement donc sûrement, vers la pratique fluide et aisée de la lecture.

    [2] Certains élèves n’auront pas lu une ligne de tout l’été, il faut le savoir.

    [3] Voir Annexe V, dans II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)

    [4]  Voir site Écriture-Paris, onglet « Pour les enseignants ».

    [5] Le fichier Étude de la langue propose les lettres, les syllabes et les mots comme première leçon. On peut par exemple envisager que la dictée de ce premier jour soit celle de l’alphabet, lettres séparées par des virgules ; comme il évoque aussi les syllabes, la dictée peut être le prétexte pour séparer en syllabes quelques mots très simples…

    [6] Celui-ci peut être une anticipation du travail prévu pour le lendemain. Plus les élèves seront préparés en amont à ce qu’ils vont découvrir ensuite et plus le temps d’intervention du maître sera optimisé.

    [7] Un jeune Nans était revenu fort dépité de sa première matinée de CP et avait reproché à sa mère : « Tu m’avais dit qu’au CP, j’apprendrais à lire et on n’a rien fait ! À cause d’elle, je ne sais toujours pas lire ! »

    [8] Voir II.2.C, Mise en route - GS/CP (2), pour un exposé plus détaillé des tenants et des aboutissants de cette première séance de lecture au CP. Voir aussi la mise en garde quant aux méthodes de lecture que nous évoquons dans cet ouvrage.

    [9] Je conseille de ne pas faire copier les « leçons » aux élèves de CP mais de coller ou de faire coller dans leur agenda une feuille photocopiée qui récapitule pour les parents ou l’association d’aide aux devoirs quel sont les courtes tâches à effectuer chaque soir de la semaine.

    [10] Les principes de la démarche d’investigation, au CP, guidé par le maître, je suis d’accord ; seul, en autonomie, même par reproduction, est-ce bien raisonnable ?...

    [11] Excellente progression pour le CP, facilement adaptable pour des élèves de GS, sur ce site : http://ouiphi.eklablog.com/une-progression-pour-le-cycle-2-c25389902. Pistes musicales dans Une année au concert, cycle 2, Scéren.


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  • CM1 : Mathématiques (2)

    Voici le deuxième livre sur les trois que comprendra le manuel de mathématiques né de l'adaptation à la société d'aujourd'hui du manuel ancien LE CALCUL QUOTIDIEN, Collection Bodard - Picard - Renucci, édité chez F. Nathan, en 1964.

    Le CM1 est désormais lancé, les élèves ont appris à enchaîner les étapes intermédiaires, logiquement, une à une. Les révisions du CE2 sont arrivées à leur terme et ils entrent dans le vif du sujet des deux années de Cours Moyen : la division, les nombres décimaux, les fractions, les calculs d'aire.

    La méthode est toujours la même : peu à la fois, souvent revu et aggloméré aux nouveaux savoirs pour en provoquer d'autres par effet boule de neige.
    L'intelligence et le raisonnement sont sollicités tout au long de la séance, de la situation initiale où c'est le plus souvent un court problème qui amène le nouveau savoir jusqu'aux problèmes de fin de séance, en passant par le calcul mental, très souvent présenté sous forme de questions concrètes qui sont là pour empêcher l'esprit de travailler « à vide » sans le contrôle de la logique, et les exercices d'entraînement, plus souvent basés sur la répétition afin de créer des automatismes mais n'ayant pas peur de chercher eux aussi à provoquer la réflexion et l'esprit logique des élèves.

    La progression est en début de fichier ; chaque semaine est ponctuée par une révision-bilan permettant aux élèves de souffler et d'assurer leurs connaissances.

    J'accueillerai avec plaisir vos remarques et corrections et vous souhaite en attendant une bonne fin d'année scolaire !

     Télécharger « Livre maths CM1 - 2.pdf »

    Dans la même série :

    Pour le CE1 (en cours de rédaction) :

    CE1 : Fichier de mathématiques (1)

    CE1 : Fichier de Mathématiques (2)

     Pour le CE2 :

    CE2 : Fichier de Mathématiques (1)

    CE2 : Fichier de mathématiques (2)

    CE2 : Fichier de mathématiques (3)

    CE2 : Fichier de mathématiques (4)

    CE2 : Fichier de Mathématiques (5)

    Pour le CM1 (en cours de rédaction) :

    CM1 : Mathématiques (1)

    Pour le CM2 :

     CM2 : Mathématiques et Étude de la Langue

    Français :

    Pour le CE1 :

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (1)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (2)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (3)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (4)

    CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (5)

    Pour le CE2 :

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (1)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (2)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (3)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (4)

    CE2 : Fichier d'Étude de la Langue (5)

    Pour le CM1 :

    CM1 : Étude de la langue (1)

    Pour le CM2 :

     CM2 : Mathématiques et Étude de la Langue


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  • II. 2. D. Mise en route - CP/CE1 (1)

    2. Mise en route

    D) Classes élémentaires :

    La façon de mener une classe à double niveau en élémentaire dépend essentiellement de ce qu’ont vécu les élèves jusqu’alors. Si tout ou partie de leur scolarité s’est déroulée dans ce type de structure, le maître est le seul à avoir besoin de s’adapter à la nouveauté de la situation. En revanche, si c’est leur première année, il convient d’être très vigilant les premiers temps pour installer chez les élèves cette dynamique qui mène à un exercice de l’autonomie.

    Dans les deux cas, c’est la mise en route de l’année scolaire, au cours du premier jour, puis des premières semaines qui donne l’impulsion et la tonalité souhaitées. Les élèves découvrent dans leur classe un lieu fait pour eux dans lequel tout concourt, dans le cadre d’une discipline librement consentie, à leur développement social, intellectuel et physique.

    a) CP/CE1

    • Organisation de l’espace[1]

    Le coin de regroupement, si nécessaire en maternelle, peut encore avoir son utilité pour les élèves les plus jeunes. Cependant, pour aider les élèves de CP à acquérir une latéralisation harmonieuse, l’organisation de ce coin ne doit pas empêcher d’installer les tables face au tableau. Il ne doit pas non plus restreindre l’espace d’activités libres en monopolisant trop d’espace. Il sera donc réservé aux salles de classe spacieuses à effectifs restreints[2]. Si l’enseignant y tient vraiment, il peut le jumeler avec le coin d’activités libres qui reçoit, à plusieurs reprises dans la journée, les enfants qui ont fini le travail programmé. Si l’espace manque, il peut simplement amener les élèves à participer depuis leur place aux activités collectives.

    Le coin d’activités libres, héritier des coins-jeux de la maternelle, est installé en fond de classe, afin que les enfants qui s’y trouvent ne dérangent pas ceux qui sont à leurs places, pour un travail programmé. Cependant il doit être facilement contrôlable d’un seul coup d’œil afin que le calme y règne et que les règles de la classe y soient appliquées. Il est équipé de placards ouverts proposant livres, jeux sensoriels et de construction, papiers et crayons, pâte à modeler, quelques jouets[3]. S’il sert aussi de coin de regroupement, il comporte une partie « exposition » avec panneau d’affichage et présentoir. On y trouve un ou plusieurs ordinateurs (ou tablettes) et un appareil permettant de diffuser de la musique.

    Si la classe est spacieuse, le coin d’activités d’arts plastiques et visuels est permanent. Il dispose d’un point d’eau, de placards accueillant le matériel et les outils, d’une surface murale sur laquelle afficher et peindre. Une ou deux grandes tables sur tréteaux, pas trop hautes, peuvent recevoir les élèves et permettre d’entreposer les travaux en cours.

    La partie écriture-lecture se trouve face au tableau triptyque. Les tables sont installées par niveaux, côte à côte ou en rangées parallèles au tableau[4], afin de pouvoir mener tant des travaux en commun que deux activités en parallèle. Elles disposent toutes d’un casier dans lequel chaque élève entrepose son matériel[5]. Un coin dédié au rangement des cartables pendant la journée de classe permet d’éviter les chaises qui basculent sous leur poids et les travées encombrées !

    • Emploi du temps[6]

    Privilégier le collectif, aussi souvent que possible, en utilisant le disciplinaire d’un niveau comme interdisciplinaire pour l’autre permet de libérer du temps, beaucoup de temps. Exercer à l’individuel et à l’autonomie, sous forme de travail programmé, inscrit au tableau ou sur un plan de travail dégage l’enseignant de la direction d’une séance tout en accordant aux élèves l’opportunité de progresser en s’exerçant.

    Dans une classe regroupant des élèves de CP et de CE1, tout en mettant à l’honneur le rôle du groupe-classe comme moteur de l’apprentissage, le maître encourage ses élèves, dès le premier jour, à faire seuls.
    Pour que sa tâche soit aisée, il fait précéder les moments d’exercices en autonomie, très courts en début d’année scolaire, de moments collectifs où l’activité est abondamment pratiquée par tous les élèves réunis autour de lui. Il donne un caractère routinier au travail individuel autonome pour en faciliter la mise en place. Un élève ayant fini le travail programmé a toute latitude pour aller pratiquer une activité libre, à sa place ou dans les coins installés loin du tableau d’écriture-lecture-mathématiques. Les règles en vigueur dans cet espace de liberté sont expliquées au coup par coup, en activité.

    Installer les règles en les vivant fait gagner un temps précieux. Cela permet à chaque élève de progresser par la méthode des petits pas, tant dans son comportement que dans ses acquis scolaires. C’est aussi la certitude de voir ces règles appliquées plus facilement sous l’effet de la routine.

    Pour tous les domaines où l’apprentissage n’est pas forcément structuré de manière linéaire, le maître choisit de mener de front, au cours d’une même activité, les apprentissages des plus jeunes et ceux de leurs aînés. Le fond est le même, seul le degré d’exigence varie. Aux quatre domaines d’acculturation de l’ex-Découverte du Monde[7], il a arbitrairement attribué un jour de la semaine.
    Il peut aussi choisir de travailler sur quatre semaines, ou quatre demi-semaines. L’important est d’avancer toujours par la méthode qui convient au rythme des enfants : peu à la fois, souvent, sous de nouveaux éclairages, pour le plaisir de se voir grandir et progresser presque à vue d’œil !

    • Progression

    Les enfants arrivant à l’école élémentaire pénètrent parfois pour la première fois dans le monde des apprentissages structurés à progression linéaire[8]. Cette découverte n’ayant pas été étalée sur deux années scolaires[9], le passage peut sembler brutal et déstabilisant pour certains enfants.

    Dans ce cas-là, le maître a pris soin de préparer une première progression d’étape très ludique, basée sur ce qui aurait pu être fait sans difficulté à l’école maternelle dès le milieu de l’année scolaire précédente. Elle doit cependant représenter presque le premier cinquième du programme d’acquisitions[10] qu’il souhaite faire partager à ses élèves, sous peine de se trouver débordé en cours d’année si une partie des enfants a un rythme d’apprentissage lent. 
    S’il cumule cette première difficulté avec celle de recevoir des élèves de CE1 encore très hésitants en lecture, en écriture et en calcul, il cherchera à parer au plus pressé en privilégiant le plus possible ces domaines à travers toutes les activités de la classe.  Il se servira pour cela de tous les moments communs aux deux sections, pour lesquels il établit une progression interdisciplinaire de rattrapage[11] ; ceci lui permettra de faire lire et écrire les élèves de CE1, de situer tout le monde dans l’espace[12] et le temps, de donner à chacun une assurance rapide de ses capacités d’enfant de presque six ans à bientôt huit ans.

    Pour se simplifier la vie et pouvoir consacrer son temps à suivre réellement ses élèves, il a choisi de s’entourer d’outils et de méthodes simples plutôt que de passer énormément de temps à préparer sa classe et à créer ses outils. Il a ainsi adopté des méthodes d’écriture-lecture et de mathématiques proposant une progression journalière pour chacun des deux niveaux[13].
    Pour l’ensemble des autres matières, son critère de sélection principal a été le bon sens et la connaissance des capacités attentionnelles, inductives et déductives de l’enfant de six à huit ans ainsi que son goût du jeu, de la récompense immédiate par la réussite rapide et l’atteinte d’objectifs simples et progressifs.

    Annexes :

    Télécharger « Plan CPCE1 ou GSCPCE1 ou CPCE1CE2.pdf »

    Télécharger « Matériel individuel CPCE1.pdf »

    Télécharger « EDT - CPCE1.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquisition CP.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquisition CE1.pdf »

    Dans la même série : 

    Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :

      I. Idées reçuesII.1. Deux niveaux dans la même classeII. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (1)II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - a (2) ; II. 2. D. Mise en route - Élémentaire - b (1) .

    Notes :

    [1] Voir Annexe III, D. 

    [2] Aucune classe élémentaire ne devrait dépasser 25 élèves, a fortiori lorsqu’elle est à plusieurs niveaux. Une classe aux effectifs restreints est une classe de moins de 20 élèves.

    [3] Petits personnages, véhicules, accessoires et éléments de décor permettant de les mettre en scène.

    [4] Dans ce cas, les élèves de CP seront assis aux tables les plus proches du tableau et les élèves de CE1 seront derrière eux.

    [5] Voir Annexe V.

    [6] Voir Annexe II

    [7] Questionner le Monde, depuis sept. 2016.

    [8] Écriture-lecture et compter-calculer.

    [9] Grande Section et Cours Préparatoire.

    [10] Voir Annexe IV.

    [11] EPS consacrée aux activités de latéralisation, spatialisation, succession chronologique, rangements, classements, algorithme de la numération, … ; activités plastiques servant à se repérer sur la feuille et son lignage et à assurer le geste d’écriture par l’expression graphique et les jeux de doigts ; utilisation intensive de l’écrit dans le cadre des activités du domaine Questionner le Monde : rédaction collective et relecture de courtes phrases de résumés ; lecture à voix haute par les élèves des questionnaires et descriptions contenus dans le manuel.

    [12] Latéralisation, spatialisation, chronologie, sens gauche-droite de la lecture, repérage des lignes et carreaux des cahiers, etc.

    [13] Je conseille :

     


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  • Le préceptorat du pauvre

    Un peu d'histoire

    Les débuts

    Jusqu'à la Révolution Française, à peu près, l'instruction primaire (écrire, lire et compter, pour faire très simple) était réservée à quelques catégories sociales bien spécifiques : les nobles, les bourgeois et laboureurs aisés qui souhaitaient avoir des enfants instruits. Quand l'enfant était petit, on le confiait à un précepteur (ou au curé du village) qui lui dispensait un enseignement individuel.
    Celui-ci était sans doute parfois dispensé à coups de badine, mais pas toujours. En attestent les écrits de Rabelais, de Montaigne ou de Mme de Genlis... Et la méthode globale fut utilisée bien avant Decroly par des parents soucieux d'apprendre à lire à leur enfant dans la joie et la bonne humeur.
    Lorsque les premiers rudiments avaient été inculqués par ces précepteurs – ou institutrices, pour les filles – les enfants issus des familles les plus riches continuaient au « collège » ou au « couvent », établissements dans lesquels il me semble que l'enseignement était le plus souvent dispensé de manière frontale à des cohortes importantes ; la récitation par cœur y jouait un grand rôle.

    Au cours du XIXe siècle, la demande d'instruction dès l'enfance augmentant, tout s'est subitement accéléré et, en 1834, le ministre Guizot faisait appliquer une loi qui obligeait chaque commune de France à entretenir une école publique et à en recruter et rémunérer le ou les instituteurs. Parallèlement à cela, des ordres religieux enseignants élargissaient leur offre aux enfants de familles à petit budget et même, grâce aux dons de personnes charitables, aux enfants des « indigents » qui ne pouvaient payer eux-mêmes des frais de scolarité, même minimes.
    Un enseignement préscolaire se développa à la même époque,sous la forme de « salles d'asile » organisées par les conseils municipaux ou des œuvres à but religieux. Ces salles recevaient parfois jusqu'à 100 ou 150 enfants, assis sur des gradins, sous la surveillance de deux ou trois « femmes de service », recrutées sur leur bonne mine et des témoignages garantissant de leurs bonnes mœurs.

    Ces maîtres d'école, ainsi que ces femmes de services, n'ayant d'autre formation que leurs capacités à lire, à écrire et à compter eux-mêmes un peu mieux que leurs élèves, recrutés pour des périodes de 7 à 9 mois par an, uniquement pour apprendre à lire, écrire et compter, oscillaient entre les trois pédagogies suivantes :

    • l'enseignement individuel des rudiments de la lecture, de l'écriture et du calcul : chaque enfant à son tour était appelé par le maître qui lui dispensait une leçon individuelle en fonction de ce qu'il jugeait être le niveau de l'enfant concerné. Ce dernier, après avoir reçu sa leçon, repartait à sa place s'entraîner, seul, sur le travail qui venait de lui être donné.
    • l'enseignement frontal, qui pouvait concerner une cinquantaine d'enfants et même plus : le maître installait ses élèves face au tableau et leur faisait répéter la leçon qu'il y avait inscrite. Les élèves la répétaient en chœur jusqu'à savoir la réciter. Selon leur âge, ils passaient alors à une série d'exercices écrits progressifs que le maître corrigeait le plus souvent à l'encre rouge.
      Cet enseignement était parfois le même pour tous les élèves du plus jeune au plus âgé. Le maître comptait sur la répétition à l'identique année après année pour que les savoirs deviennent sûrs. C'est ainsi que, dans les salles d'asile, les enfants de deux à sept ans récitaient l'alphabet, la suite des nombres de 0 à 100, la liste des départements, préfectures et sous-préfectures et parfois même les prières en latin.
    • l'enseignement mutuel : cet enseignement, venu de l'étranger (Grande Bretagne, il me semble) consistait à regrouper de 100 à 200 élèves dans une salle et de les partager en plusieurs cercles. Chaque cercle était alors enseigné par un moniteur, choisi par les deux ou trois maîtres parmi les élèves les plus âgés ; celui-ci répétait à ses camarades ce que les maîtres lui avaient enseigné au préalable.  

     Fondation de l'école publique

    Lorsqu'ils instaurèrent l'école publique, gratuite et obligatoire, les pères fondateurs de cette Institution décidèrent que le plus urgent était de former les instituteurs et institutrices qui allaient permettre à l'Instruction de se diffuser.

    Pour ces maîtres, formés dans des Écoles Normales aux programmes riches et ambitieux, il allait s'agir d'enseigner le trio de base (lire-écrire-compter) accompagné d'éléments culturels qui se voulaient universels (histoire, géographie, sciences et techniques, éducation morale et civique, arts, éducation physique).
    Il s'agissait aussi d'abandonner les vieilles pratiques, tout comme on abandonnait peu à peu les vieux bâtiments et leur mobilier, au profit d'une nouvelle : « la méthode française »[1].
    Puisque les élèves étaient réunis dans une salle de classe, c'était pour y être enseignés tous ensemble, l'enseignement individuel qui en privait 40 de l'attention de leur maître pour n'en privilégier qu'un à la fois fut abandonné ; puisque l'enseignement mutuel avait très vite montré les limites naturelles d'enfants de douze à quatorze ans plus facilement prêts à imposer leur façon de voir le monde qu'à réellement permettre à leurs camarades d'étoffer leurs connaissances, ce serait au maître de transmettre l'instruction à ses élèves. Enfin, puisque l'enseignement frontal par répétition laissait trop d'élèves sur le bord de la route, il ne fallait pas le conserver ; cet abandon fut néanmoins moins absolu car beaucoup d'instituteurs en appréciaient les effets dans leurs classes.

    Bien sûr, il s'agit d'un idéal et il a sûrement subsisté des instituteurs et des femmes de service qui ont continué les pratiques dont ils avaient l'habitude mais, peu à peu,  c'est donc par l'observation d'objets concrets, la pratique sensorielle, la curiosité du savoir, le dialogue constructif entre élèves et instituteur menant à la découverte, la déduction et n'imposant la mémorisation que lorsque l'objet d'apprentissage serait déjà connu que les instituteurs et institutrices ont pris l'habitude de mener leurs leçons.

    C'est sur cette base qu'a grandi l'école publique chez nous. Elle a peu à peu grandi, s'enrichissant des apports des pédagogues français et étrangers du XXe siècle, intégrant peu à peu la diffusion plus facile des textes et des images, fixes puis animées, s'ouvrant grâce aux classes-promenades et aux classes de découvertes... Le but restait néanmoins le même : offrir à tous une culture la plus étoffée possible.
    L'école maternelle, tout d'abord réservée aux plus démunis, a séduit toutes les catégories sociales jusqu'à devenir un premier palier nécessaire à tous.
    La durée de scolarisation obligatoire s'est allongée, accueillant les enfants jusqu'à 12, puis 14, puis enfin 16 ans.

    L'école primaire s'est dotée d'un grand frère, obligatoire lui aussi : le collège, chargé lui aussi d'instruire le plus grand nombre, au mieux, en adoptant des méthodes collectives d'enseignement basées sur l'observation, la découverte, la déduction et la mémorisation de savoirs immédiatement mobilisables.

     C'est à partir de cet allongement de la scolarité que certains ont voulu remettre un peu de sang neuf là-dedans. La vieille école publique avait atteint sa centième année et méritait autre chose que ces petits savoirs, petitement dispensés, par d'obscurs petits instituteurs.
    On allait fermer les vieilles Écoles Normales et leurs recettes éculées et remplacer leurs professeurs poussiéreux par des universitaires qui offriraient le fruit de leurs recherches à leurs étudiants. L'enfant étant une personne, il n'avait pas besoin de ce cocon abêtissant et profiterait bien mieux d'un bain culturel l'amenant à construire lui-même des concepts qui seraient les mêmes, de la maternelle à l'université. Les apprentissages pas à pas étaient remplacés par des projets au cours desquels les enfants découvriraient d'eux-mêmes les joies de la lecture, de l'écriture et du calcul, en action, sans instituteur pour les instituer mais grâce à des médiateurs bienveillants, qui leur fourniraient l'aide technique, s'ils en avaient besoin.
    Les vieilles méthodes, abandonnées depuis cent ans, furent ridiculisées ; on encouragea les instituteurs à jeter les vieux manuels scolaires et à se débarrasser du matériel de pédagogie qui encombrait les placards.
    À l'école primaire comme ailleurs, on ferait de la littérature, de la recherche, on bâtirait la démocratie par la réflexion et la confrontation des opinions...

    Comme d'habitude, ça n'a pas été aussi révolutionnaire que cela parce que, bon an mal an, les instituteurs étaient toujours là et continuaient à jouer leur rôle d'adultes dispensateurs des savoirs qu'ils détenaient.

    Et puis on a reculé parce que les résultats des recherches-actions n'étaient pas si bons que cela. Sauf que les contenus à transmettre et les méthodes pour le faire avaient disparu.

    Où en sommes-nous ?

    Aujourd'hui, on les cherche. Pour l'instant, personne n'a encore pensé à s'en prendre aux contenus. Ceux qui sont proposés semblent les bons. Le problème viendrait des méthodes choisies pour les transmettre.
    Parce qu'il faut bien admettre que ça coince... ça coince même méchamment... Il semblerait d'ailleurs que ça n'a jamais autant coincé.

    C'est pour cela que, bon an mal an, chacun y va de sa petite découverte personnelle. Une année, on nous sort la chaussette finlandaise, prête à sauver l'école du marasme où elle a plongé. L'année suivante, on nous refait le coup de l'enseignement frontal , rebaptisé « pédagogie explicite » avec son modèle donné par le maître, appris par les élèves qui le récitent puis s'entraînent à l'appliquer à l'aide d'exercices progressifs et sont enfin évalués sur le degré de maîtrise de la notion, débarrassée de tous ses à-côtés. Une autre, c'est l'enseignement mutuel, euh pardon la « médiation par les pairs » qu'on redécouvre après 130 ans d'oubli ; des petits moniteurs, bienveillants ou pas, sillonnent les cours de récréation pour faire régner une loi passée à la moulinette de l'organisation rationnelle du monde vue par un enfant de cinq à onze ans...

    Cette année, c'est l'enseignement individuel, autrement dit le préceptorat du pauvre qui a le vent en poupe.
    Ce premier degré de la pédagogie, simple reproduction du système originel de la transmission allant d'un adulte vers un enfant, a conquis l'école maternelle et commence à faire des émules dans les CP et les CE1... On l'a toiletté, bien sûr, et accompagné de toute une panoplie d'outils allant de la pince à épiler pour attraper les lentilles à la collection de perles de couleur pour diviser 7 982 par 7 à cinq ans, tout seul comme un grand !
    Pas de contrainte apparente puisque l'élève choisit son activité (... parmi celles que son enseignant propose), pas de difficulté à dépasser puisque chacun avance à son rythme et que personne ne semble jugé par l'enseignant, pas de compétition puisque l'enfant n'est pas confronté à ses pairs, eux-mêmes occupés à leurs activités dans leur petit coin, pas de chahut, pas de brouhaha...
    On peut même les coller face au mur avec une tablette numérique dans les mains pendant qu'on s'occupe d'un seul enfant, objet de toute notre sollicitude pendant les 10 minutes qui lui sont dédiées, tous les jours ou tous les deux jours.

    La pédagogie idéale...

    Adopter un autre point de vue

    Idéale jusqu'à ce qu'on nous en réinvente une nouvelle ! 

    Parce que, si nous réfléchissons bien : pas de contrainte, pas de confrontation aux autres, pas d'effort à fournir, sans doute... mais pas de passion non plus... ou alors les enfants ont bien changé depuis les classes coopératives de Célestin Freinet !

    Pas de passion, pas d'émulation saine et profitable, pas de possibilité d'apprendre à se comparer aux autres, pas de découverte fortuite, née de l'intérêt commun, pas d'ouverture sur des ailleurs insoupçonnés qu'on ne rencontre que si l'on se promène à plusieurs.

    Le point de vue que je propose d'adopter est aux antipodes de l'enseignement frontal. Il se rapprocherait de l'enseignement mutuel mais en éviterait les dérives nées de l'insuffisance de préparation et de culture de ceux qu'on bombardait « moniteurs ». Sa partie « individuelle » passerait d'un butinage libre à un travail structuré et structurant d'entraînement dirigé.

    L'enfant est un être social en construction. Tout petit, il a besoin pour apprendre d'interactions individuelles avec l'adulte.
    Il est donc normal que la Classe des Petits[2] soit aménagée de manière à ce que les activités libres pendant lesquelles l'adulte s'intéresse à l'un ou l'autre des enfants soient la règle. Cependant, puisque le but est  l'éducation au sein d'une structure collective, il est déjà nécessaire que les enfants soient confrontés aux activités collectives et qu'ils en apprennent les règles de fonctionnement[3].
    La classe des petits est donc une classe dans laquelle le temps est partagé en deux parts d'inégale durée : de longues périodes d'activités individuelles libres, dans un environnement riche en stimulations sensorielles, et de fréquentes mais courtes périodes d'activités communes dirigées selon la « méthode française » de Pauline Kergomard.

    Cela permet d'inverser la tendance dans la Classe des Grands[4], lorsque les intérêts communs prennent le pas sur l'intérêt personnel de chaque jeune individu.
    C'est d'autant plus important qu'après des apprentissages en étoile, propres à la petite enfance, les élèves abordent désormais des apprentissages linéaires où les acquisitions se font au jour le jour dans un ordre bien précis.
    Grâce à la mutualisation des connaissances et des compétences, à plusieurs reprises dans la journée, chaque élève peut se voir progresser au sein du groupe et appréhender avec confiance ce qu'il a encore à apprendre.

    Grâce à une méthode collective d'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, menée par l'enseignant qui est là en tant que « moniteur » capable de tisser les compétences et les savoirs entre eux pour obtenir l'instruction, tous apprennent en se soutenant.
    Les activités libres ne disparaissent pas, elles continuent à jouer leur rôle : provoquer l'intérêt de l'enfant, l'exercer à perfectionner un geste technique – quel qu'il soit : composer un mot à l'aide de lettres tout comme scier une planchette en suivant un tracé ou poser une addition à retenues – mais aussi lui permettre d'expérimenter librement pour découvrir, déduire et mémoriser.

    Dans une classe où les activités libres ne se résument pas à des tablettes numériques sur lesquelles sont téléchargées des activités d'entraînement et des boîtes contenant chacune un jeu bien précis et son mode d'emploi mais proposent surtout des jeux de construction libre (legos, polydron, attrimaths, kapla, engrenages, ...), des jeux d'imitation (village, château-fort, ferme, gare, etc.), une bibliothèque bien fournie, des feuilles, des crayons, des compas, des ciseaux, de la colle, de la pâte à modeler, des horloges, des aimants, des thermomètres, des pailles, ...,  très souvent, lorsque l'enseignant est sur le point d'introduire une leçon, il a déjà les trois quarts de la classe qui a dépassé le stade de la découverte et ce sont ces enfants-là qui, par leurs réflexions, leurs démonstrations, leurs déductions aident le quart restant à se raccrocher au train des apprentissages.

    Ce petit coin d'activités libres, s'il peut continuer à exister jusqu'au CM2 est ainsi le lieu des découvertes fortuites ; l'individuel, ou le tout petit groupe, est aussi le moyen retenus pour les entraînements individuels structurés alors que le lieu où se regroupe la « classe », près du tableau, est l'agora, la place où l'assemblée se réunit pour s'informer et s'instruire tous ensemble, en soutenant les faibles, le point névralgique d'une éducation collective et citoyenne.

     

    Notes :

     [1] http://silapedagogie.weebly.com/pauline-kergomard.html

     [2] De la TPS à la MS.

    [3] Voir Pour une École maternelle du XXIe siècle  

    [4] GS et CP réunis dans la même classe, avec le même enseignant.


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