• Étudier le vocabulaire de la TPS au CM2

    Étudier le vocabulaire de la PS au CM2

    Programmer l'acquisition de vocabulaire

    Je ne crois pas que les méthodes « hors sol » qui consistent à travailler chaque jour un ou deux mots feront leurs preuves. C'est pour moi vraiment la préhistoire de la pédagogie, à l'époque où l'on pensait qu'un cerveau d'enfant était une outre qu'il suffisait de remplir pour qu'il se mît à penser et à raisonner.

    Depuis Michel de Montaigne (1533 - 1592), on sait qu'une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine. Nos « penseurs » actuels l'ont un peu oublié mais j'espère que ça va revenir très vite.

    Une étude transversale

    Personnellement, même si j'ai tenté de m'adapter en proposant ceci (qui n'a intéressé personne à long terme, je pense), je fais étudier le vocabulaire de manière transversale, en le complétant par quelques leçons spécifiques qui peuvent se retrouver :

    → en maternelle dans le cours de chaque journée au fur et à mesure des jours (un enfant dit qu'il a entendu notre consigne et qu'il a « prendu » un crayon, un autre explique que son bras qui était plâtré parce qu'il était cassé a été déplâtré parce que maintenant, il est « décassé », etc.),

    → en élémentaire, dans les programmes visant à la connaissance des correspondances grapho-phonémiques, à l'acquisition de la grammaire ou de l'orthographe (l'alphabet, l'ordre alphabétique ; les familles de mots ; noms et verbes dérivés ; adjectifs et verbes dérivés ; les petits d'animaux ; fruits et arbres fruitiers ; les antonymes ; les mots homophones ; ...).

    Enrichir le lexique des élèves nécessite l'emploi personnel d'un vocabulaire riche et précis au quotidien dans la classe pour : les lectures, les textes à copier, les thèmes de Questionner ou Explorer le Monde, l'EPS, les Arts (chant, écoute musicale, techniques d'arts plastiques, étude d'œuvres plastiques, ...).

    Un exemple 

    ◊ Thèmes et acquisition de vocabulaire

    Vous savez que je suis contre les thèmes et projets longs comme un jour sans pain, choisis par l'enseignant, parfois pendant les vacances d'été, avant d'avoir ne serait-ce que croisé dans un couloir les enfants qu'il aura la charge d'éduquer et instruire.

    En revanche, vous avez dû vous rendre compte que, très vite, je privilégie les histoires à épisodes et les sujets de QLM sur deux ou trois jours, voire une semaine ou deux chez les plus grands.

    Le fait que cela dure quelques jours permet de répéter très souvent les mêmes mots et de brasser ainsi le champ lexical de ce conte, ce sujet de sciences, de géographie ou d'histoire.

    Le fait que ça ne dure pas trop longtemps, permet de fréquenter des milliers de mots au cours de l'année. Tout comme Charles-Donatien et Apolline-Constance qui de vacances chez Bonne-Maman en sorties familiales à Saint-Pétersbourg, au Metropolitan Museum of Arts de New York ou à la première de Yo-yo Ma à l'Opéra de Sidney, croisent à longueur de temps des mots nouveaux qu'ils ne retiennent pas tous mais qui les habituent implicitement à la variété du lexique et à la certitude que chaque chose, chaque action, chaque sentiment, chaque nuance est désignée par un mot précis qu'on peut retrouver facilement si on utilise les bons outils pour ce faire.

    ◊ CGP et acquisition de vocabulaire

    Au CP, la partie Étude des correspondances grapho-phonémiques de l'apprentissage de la lecture doit permettre aux enfants d'enrichir leur compréhension implicite de la dérivation, des familles de mots, des préfixes et suffixes usuels, etc.

    L'intérêt d'une méthode graphémique, c'est d'étudier les graphies une à une et donc de « profiter » de l'une d'entre elles pour instaurer une à une elles aussi, quelques règles de « fabrication de mots ».

    Par exemple : 

    ♥ lorsqu'on étudie la graphie eau en lecture, on fait déchiffrer des noms de petits animaux : le chevreau, l'agneau, le veau, le dindonneau, le perdreau, le lionceau, ... et, bien évidemment, on a son petit stock d'images (merci Google) qui montrent la chèvre et son chevreau, la brebis et son agneau, la vache et son veau, etc.

    ♥ les petits d'animaux reviennent avec la graphie on : l'âne et l'ânon, l'ours et l'ourson, le chat et le chaton, la cane et son caneton, ...

    ♥ avec la graphie ier, ce sont les noms d'arbres fruitiers qui sont lus, vus et expliqués et ainsi de suite.

    ◊ Grammaire et acquisition de vocabulaire

    En plus des « mots de la grammaire » (nom, verbe, article, phrase, majuscule, point, interrogation, exclamation, temps, présent, passé, futur, masculin, féminin, singulier, pluriel, ...), la grammaire, surtout si elle est conçue sous forme de jeux peut donner l'occasion d'enrichir le vocabulaire.

    Imaginons par exemple qu'on veuille en EPS, désigner des actions (pour un jeu de mime). Aux verbes du premier groupe (sauter, marcher, parler, dessiner, nager, ...) s'ajouteront sans doute des verbes du troisième (courir, partir, recevoir, boire, lire, ...) et, et là ce sera moins facile, quelques verbes du deuxième groupe moins connus des enfants (bondir, jaillir, franchir, grossir, grandir : 

    « Et, si je devenais tout rouge, on dirait que je suis en train de ... rougir, c'est cela. Voilà un nouveau verbe, le verbe « rougir » qui signifie que je deviens rouge. Qui connaît d'autres verbes qui signifient que je prends une couleur précise ? La couleur jaune, par exemple ? À l'automne, les feuilles ... ? Jaunissent, c'est cela. C'est le verbe ... ? Jaunir, tout à fait ! Continuons un peu : la couleur rouge donne le verbe rougir, la couleur jaune donne le verbe jaunir, et la couleur verte ? et la couleur bleue ? et la couleur noire ?... »

    Il faut vraiment que ce soit un état d'esprit, c'est pourquoi je râle souvent après les méthodes de lecture actuelles qui privilégient le « bouffe-syllabes » et la sempiternelle réutilisation d'un tout petit corpus de mots à la patiente acculturation des enfants.

    ◊ Un support visuel aide l'intérêt

    Chez les petits, de maternelle, du CP et parfois du CE1, on peut imaginer que tout ce stock de nouveautés visuelles – quel enfant des « quartiers » a déjà vu « en vrai » une chèvre et son chevreau, une perdrix et ses perdreaux, etc. ? – et auditives donne prétexte à affichages : de grandes affiches où sont exposés les « champs lexicaux » ainsi constitués ou des fiches « mots » où seul un mot ou un couple de mots est présenté (la fiche de la cerise et de son cerisier, celle de la pomme et de son pommier, etc.).

    C'est là que ces images que j'avais collectées (il y en a 25 séries, la 26e étant consacrée aux lettres et sons) peuvent servir, tant en maternelle qu'au CP ou même plus tard. .

    ◊ Valoriser le support visuel

    Cependant, ce support visuel n'aura d'intérêt que s'il est valorisé à long terme plutôt qu'évalué à la fin de la période qu'on lui a consacrée. Et comment mieux les valoriser qu'en rendant leur consultation indispensable et fréquente ?

    C'est là qu'entre en action la vie de la classe, bien plus efficace selon moi que le rituel déconnecté où, chaque matin, on prend un mot ou deux qu'on sort de son contexte pour l'étudier ou encore que l'album-prétexte qu'on égraine pendant quelques semaines et qui débouche en fin de course sur une évaluation normative des acquis lexicaux (les fameux « tue-l'amour » de raconter des histoires).

    Là, c'est plusieurs fois par jour, par semaine, par mois et par an qu'au hasard des chants, poésies, lectures et séances d'exploration du monde (QLM/Histoire-géo-sceinces), les enfants retrouvent la lionne et son lionceau, le tailleur qui taille les pièces d'un vêtement, le pommier qui donne des pommes d'or, etc.

    ◊ Pour cela, il faudra :

    1. Privilégier des œuvres à haute valeur culturelle, préférer par exemple Maurice Carême, Jacques Prévert, Victor Hugo, Jean de La Fontaine, Paul Eluard, Pierre Menanteau, Eugène Guillevic et tant d'autres à Corinne Albaut, Julie Legrand et autres inconnus sans doute très sympathiques mais n'ayant pas acquis la notoriété que donne l'excellence. Et le faire souvent et tout le temps.

    2. Même chose pour les chants où l'on évitera les allusions aux « cônes de shit » et autres horreurs que je lis sur les réseaux sociaux (plus au niveau CM que CP, quand même) au profit du répertoire traditionnel (il y a des harmonisations très actuelles qui font que, très vite, les enfants se régalent autant à chanter des vieux « tubes » du XVIIIe siècle ou du XXe qu'à seriner le dernier tube à la mode) et de chanteurs exigeants cherchant à élargir le champ de vision des enfants plutôt qu'à les enfermer dans leur monde de « gamins des quartiers » ou à se contempler sans arrêt le nombril et les émotions que cette cicatrice est censée contenir[1].

    3. Et même chose pour la littérature où la variété apportera plus que les lectures au long court, certes bien sympathiques pour fabriquer des hellénistes distingués ou de futurs petits sorciers (vous voyez de quelles œuvres je veux parler) mais privant pendant ce temps  tous ceux qui ne deviendront pas hellénistes ou sorciers d'une acculturation large et éclectique.

    À l'école, une fois passée la « période d'apprivoisement » (en gros TPS, PS et MS), on lit et on fait lire des grands auteurs, des contes traditionnels mais aussi des « romans pour enfants » lus par épisodes, commentés, éclairés d'images (celles collectées grâce à l'apprentissage de la lecture et celles qui naîtront des « leçons » citées ci-dessous) et rappelés ensuite par leur présence à la bibliothèque, le visionnage de films et dessins animés et quelques œuvres plastiques les évoquant.

    Avant, pendant la « période d'apprivoisement », on manipule le plus possible de livres de toutes sortes, albums avec et sans textes, avec et sans trous, avec et sans peluche, imagiers, livres-jeux, etc. Tout ce qu'ont Charles-Donatien et Apolline-Constance dans leurs bibliothèques. Et ces livres de toutes sortes, on les feuillette, on les regarde, on y trouve un dessin, un objet, un détail qui fédère l'intérêt du groupe, et là, c'est gagné ou presque. Il suffit d'entretenir la flamme, de la faire grandir, de l'alimenter et peu à peu, on arrive à l'histoire qu'on raconte, presque sans montrer les images et qui passionne tout le monde.

    4. Privilégier les  « leçons » de sciences, histoire et géographie très courtes et très variées, traitant de sujets riches, apportant la compréhension et le vocabulaire spécialisé qui va avec, plutôt que les sempiternels frises chronologiques de ma vie, calendriers des anniversaires, étude de documents historiques auxquels seuls Charles-Donatien et Apolline-Constance comprennent quelque chose et expériences consistant à faire jaillir de la purée en flocons d'un faux volcan...

    Enfin, comment évaluer tout cela ?...

    Tout bêtement en élevant le niveau graduellement  et en suivant leurs échanges verbaux. On pourra alors s'évaluer, ce qui est beaucoup plus important que d'arrêter le processus en cours de route pour voir si lui, et lui, et elle, et elle ont retenu 6 noms, 3 verbes, 4 adjectifs précis après les séances de la période 1 sur la rentrée des classes :

    →  les enfants suivent toujours, montrent de l'intérêt, cherchent à comprendre ce que nous leur racontons, même quand c'est un peu difficile, c'est que le niveau de langue choisi est le bon

    → les enfants ne suivent plus, c'est soit que nous sommes trop exigeants, soit que nous n'arrivons pas à capter leur intérêt car le thème choisi est trop lointain pour eux

    → les enfants réemploient une partie du vocabulaire travaillé dans leur vie de tous les jours, ils jouent aux Trois Mousquetaires à la récréation et on les entend hurler : « ¨Planchet, mon haut-de-chausse, ma rapière et mon mousquet, que diantre ! Le cardinal m'attend à Versailles, je dois intercepter le courrier de Londres avant qu'il ne prenne la mer à Calais ! », c'est que nous sommes des champions hors-catégorie et que nous sommes arrivés à transformer nos « enfants perdus de la République » en petits élèves de l'École Alsacienne ou du Cours Hattemer !

    Note :

    [1] Petite astuce d'Alexiane que je remercie pour ceux qui chercheraient de la musique avec des textes de qualité : sur le site de Canopé, il y a "musique prim" où se trouvent des dossiers avec pour chaque musique, les paroles mais aussi une piste d'accompagnement et un exemple chanté par la maîtrise de Radio France. Dans ces dossiers, on trouve notamment toute une série d'harmonisation de musiques traditionnelles (plutôt cycle 3) ainsi que des poèmes classiques mis en musique par Isabelle Albouker (plutôt cycle 2). Je suis musicienne mais je trouve ça très pratique pour les non-musiciens, de qualité et gratuits !


  • Commentaires

    1
    alexiane
    Lundi 20 Septembre à 11:51

    Petite astuce pour ceux qui chercheraient de la musique avec des textes de qualité : sur le site de Canopé, il y a "musique prim" où se trouvent des dossiers avec pour chaque musique, les paroles mais aussi une piste d'accompagnement et un exemple chanté par la maîtrise de Radio France. Dans ces dossiers, on trouve notamment toute une série d'harmonisation de musiques traditionnelles (plutôt cycle 3) ainsi que des poèmes classiques mis en musique par Isabelle Albouker (plutôt cycle 2). Je suis musicienne mais je trouve ça très pratique pour les non-musiciens, de qualité et gratuits !

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