• MS : La « phono » naturelle et familière (2)

    MS : La « phono » naturelle et familière (2)

    Suite de : La « phono » naturelle et familière (1) commentaire de  La deuxième section de maternelle  (d’après C. Ouzilou, Dyslexie, une vraie-fausse épidémie, Presses de la Renaissance, 2001).

    2. Chant, rythme, « décorticage » :

    Durée : 15 à 20 minutes

    En fin de matinée, idéalement juste avant la sortie, nos élèves pourront vivre le deuxième moment de « phonologie naturelle » de leur journée de classe.

    Si l’activité du matin, tout en ayant pour ambition de les rendre « tout ouïe », était avant tout familière et permettait à chacun d’apporter un petit peu de soi à l’école, tout en lui rappelant en douceur son appartenance à un groupe jusqu’à le rendre impatient de revenir aux sujets abordés, celle de fin de matinée doit donner aux enfants l’occasion d’emporter chez eux ou au périscolaire un petit morceau de leur classe.

    Après le langage parlé, reconnu et produit, c’est au tour du « son chanté, rythmé, isolé dans la rime, le refrain, la comptine » d’être produit et reconnu.

    C’est une courte séance de musique qui va donc regrouper les élèves autour de leur enseignant. Assis en demi-cercle sur les bancs, car à cet âge la station debout immobile prolongée est difficile, les élèves regardent la bougie, réelle ou imaginaire, qui est posée au centre. Les mains posées sur leur ventre, ils prennent une longue inspiration par le nez puis rejettent l’air inspiré par la bouche, tout doucement, pour ne pas faire vaciller la flamme de la bougie ; ils recommencent, deux ou trois fois, en respectant les consignes de l’adulte… Puis c’est en produisant à chaque expiration un nouveau long son-voyelle[1] qu’ils vont recommencer, toujours très doucement, à ne pas faire vaciller la flamme.

    Un autre jour, au lieu des sons voyelles, il s’agira de « mâchonner » bouche fermée et joues gonflées, des « mmmmmmm » qui font des picotis dans le nez, dans les lèvres et dans les joues, puis bouche ouverte et nez pincé entre le pouce et l’index, de moduler des « onnnn », des « annnn », des « iiiinnnn » qui picotent eux aussi.

    Ou de souffler entre ses dents pour produire de longs « ssssss » de serpent, des « ffffff » de chat en colère, ou des « chchchchchch » de cocotte-minute dont la vapeur s’échappe puis d’y rajouter du son pour produire des « zzzz » d’insectes bourdonnant, des « vvvvvv » ou des « jjjj » qui picotent les lèvres en les faisant vibrer.

    On grognera comme un lion : « rrrrrrrrr ! », on jouera avec sa langue sur sa lèvre supérieure pour produire des suites de « l-l-l-l-l-l-l-l », on la calera derrière ses dents du haut et le son sortira en faisant : « nnnnnnnnn », on la tapera contre ses dents, bouche ouverte : « t-t-t-t-t-t », puis on l’adoucira avec du son venu du fond de la gorge : « d-d-d-d-d-d », on la calera dans le fond pour dire : « k-k-k-k-k-k » comme le perroquet ou, tout doux, avec du son : « g-g-g-g-g ».

    Lorsqu’à tous ces sons, on aura ajouté ceux qui consistent à serrer les lèvres et à envoyer un bon petit coup d’air pour exploser un très joli « p ! p ! p ! p ! » qui pète comme un pétard… ou, grâce à du son, un doux « b-b-b-b-b » de poisson rouge, tous les phonèmes « simples » du français auront été isolés, entendus et produits, par le jeu, sans évaluation ni longs exercices.

    Le jeu continuera tout au long de l’année, d’abord parce qu’on oublie vite si l’on ne pratique pas couramment, mais aussi parce que de ce jeu en naîtra d’autres qui aideront nos élèves à porter attention aux sons : des chants, des comptines, des formulettes qui privilégient un son par la rime, l’assonance ou l’allitération, des combinaisons de plusieurs sons pour apprendre à entendre des différences plus subtiles tout en posant sa voix parlée ou chantée : « Aaaaaaééééééééiiiiiiiiii ! Iiiiiiiiiuuuuuuuoooooo ! mamimamimami ! ta té ti to tu… » que nous leur présenterons comme des « formules magiques » dont ils seront friands surtout si nous leur demandons d’en inventer à leur tour…

    Après ces 5 premières minutes consacrées au son prononcé isolément, il sera temps de revenir au sens par un chant, appris par répétition, bien articulé, chanté tous ensemble, sans crier, en écoutant le son produit.

    Quant au travail rythmique, ce pourra être, en fin de séance, ou entrecoupé entre chaque vers du chant, un travail sur le tempo[2] mais aussi et surtout, avec ou sans instruments à percussion, le « doublage » du rythme de la parole par le rythme frappé qui va mettre l’accent sur l’écoute et la prononciation de chaque syllabe exagérément articulée.

    Si l’on choisit les chants, les comptines ou même les poésies apprises au cours de cette activité par recoupement de trois grilles : la progressivité des ambitus[3], celle des rythmes[4] et enfin le choix du son dominant (voyelle ou consonne), elle donnera aux élèves l’occasion de s’exercer quotidiennement aux attendus de fin de cycle suivants ( in Programme d'enseignement de l'école maternelle) :

    • Dire de mémoire et de manière expressive plusieurs comptines et poésies.
    • Repérer des régularités dans la langue à l'oral en français
    • Manipuler des syllabes
    • Discriminer des sons (syllabes, sons-voyelles ; quelques sons-consonnes hors des consonnes occlusives).
    • Avoir mémorisé un répertoire varié de comptines et de chansons et les interpréter de manière expressive.
    • Jouer avec sa voix pour explorer des variantes de timbre, d'intensité, de hauteur, de nuance.
    • Repérer et reproduire, corporellement ou avec des instruments, des formules rythmiques simples.

    Ce qui nous permettra de coller d’emblée 7 jolies étiquettes vertes dans tous les cahiers de réussite, si nous avons un de ces supérieurs hiérarchiques tatillons s’attachant plus à la forme qu’au fond et ayant tendance à lire dans cette phrase des programmes 2015 : « Adaptée aux spécificités de l'école maternelle, l'évaluation est mise en œuvre selon des modalités définies au sein de l'école. Les enseignants rendent explicites pour les parents les démarches, les attendus et les modalités d'évaluation propres à l'école maternelle. » une obligation faite à tous les PE de sa circonscription à remplir ces énormes cahiers d’évaluation qui ne veulent rien dire[5].

    À suivre, ici :

    MS : La « phono » naturelle et familière (3)

    MS : La « phono » naturelle et familière (4)

    Notes :

    [1] De la bouche la plus ouverte à la bouche la plus fermée : a – è – é – i – u – ou – o.

    [2]  Qu’il vaut mieux réserver cependant aux moments d’EPS où les élèves peuvent vivre corporellement la vitesse plutôt qu’à un moment statique où l’on risque d’exciter tout le monde et de ne pas être accessible aux élèves les moins à l’aise dans cette production de la régularité.

    [3]  Étendue du chant, de la note la plus grave à la note la plus aiguë. En MS, on ira d’un chant sur 2 notes conjointes en début d’année à un chant sur toute la gamme en fin d’année.

    [4]  Du rythme binaire simple associant noires et blanches ou noires et croches aux rythmes plus complexes introduisant des noires pointées et croches ou croches pointées et doubles et aux rythmes ternaires sur lesquels les enfants aiment se balancer.

    [5]  Réciter « Bateau ciseau » n’a pas grand-chose à voir avec savoir dire de mémoire ne serait-ce que « Arlequin dans sa boutique » ou « Il était un petit navire »… L’étiquette collée en PS devra-t-elle être arrachée ?


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  • Commentaires

    1
    cyriaque
    Dimanche 2 Octobre 2016 à 17:34

    Super utile et instructif, mille mercis ! Je vais aller voir du côté de l'ouvrage dont vous parlez.

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