• Coller des étiquettes et changer des couches !

    Coller des étiquettes et changer des couches !

    Après une première attaque dans les années 2008 à 2012, nous croyions que la sinistre attaque contre les personnels recrutés à bac+5 pour surveiller des siestes et changer des couches avait fait long feu et qu'il n'était plus question de confondre l'école maternelle avec un mode de garde pour enfants encore « dans leurs langes ».

    Cependant, je viens d'apprendre que la confusion, loin d'avoir disparu, a largement continué à progresser à bas bruit, sans effet d'annonce. Tant et si bien que, dans certains départements, la DSDEN encourage désormais les inscriptions d'enfants encore porteurs de couches ou, encore mieux, sans couches mais incapables d'une maîtrise raisonnable de leurs sphincters !
    Il paraîtrait même que la mention qui stipulait qu'un enfant devait avoir acquis la propreté diurne a totalement disparu des textes officiels...

    J'avoue qu'en tant que directrice, on n'avait pas jugé bon de m'en informer directement, ce qui fait que j'ai dû finir ma carrière en hors-la-loi complète, refusant toute inscription d'enfant porteur de couches dans l'école maternelle que je dirigeais.

    Ce qui me semble encore plus fort que cet oubli, bien révélateur d'une communication difficile entre l'Institution et ses personnels, c'est que les syndicats d'enseignants  n'en aient pas fait état !

    Est-ce défendre les professeurs des écoles que de ne pas se battre quand on leur impose une charge supplémentaire, et non des moindres, entre deux collages d'étiquettes sur les cahiers de réussite des bambins dont ils ont la charge ? Quel est ce métier bizarre où, sans avoir eu aucune formation en puériculture, on impose des tâches qui n'ont jamais fait partie des missions qu'il accomplissait jusqu'alors ? Et je ne parle pas des personnels municipaux (ATSEM) qui eux aussi méritent un peu de respect et n'ont pas à être chargés de 30 enfants à laver et changer plusieurs fois par jour ! C'est bien la peine de revaloriser leur profession si, d'un autre côté, on s'acharne à les faire succomber sous la charge de travail...

    Quant à nos futurs élèves, comme je le disais déjà il y a bientôt deux ans dans Pour une École Maternelle du XXIe Siècle, je ne pense pas qu'il soit souhaitable qu'un enfant qui ne maîtrise pas encore ses sphincters soit inscrit en école maternelle. Surtout s'il n'a pas encore atteint l'âge de trois ans.

     Pour une École Maternelle du XXIe Siècle,
    Chapitre III : Qu'est-ce qu'une école maternelle ?
     (Extraits)

    L’accueil de ces moins de trois ans ne peut cependant se concevoir s’ils n’ont pas acquis la maîtrise de leurs sphincters. Cette restriction, nous la souhaitons en premier lieu pour nos élèves, mais également pour la défense du statut des professeurs des écoles et du personnel communal qui les accompagne lors des journées de classe.

    La structure des locaux et les effectifs de nos classes ne nous permettent pas d’accueillir dans de bonnes conditions des enfants portant une couche. Nous n’avons pas le personnel nécessaire pour pouvoir les laver et les changer, même dans des classes n’accueillant qu’une vingtaine d’enfants. C’est encore moins envisageable actuellement alors que celles-ci reçoivent fréquemment trente enfants et plus ! La seule tolérance acceptable, passé l’anniversaire de trois ans de l’enfant toutefois, devra être médicale. L’enfant atteint d’énurésie ou d’encoprésie devra alors être accompagné d’un Auxiliaire de Vie Scolaire jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge où il sera capable de se laver et se changer seul.

    L’immaturité relative de nos élèves nous oblige cependant à accepter les petits accidents des premiers jours de classe ou des moments de grande fatigue. C’est en raison de cette difficulté que chaque École Maternelle, comme chaque Salle d’Asile avant elle, s’est toujours vu adjoindre un personnel d’assistance à l’instituteur (ATSEM).

    Par ailleurs, du point de vue strictement éducatif, on remarque que  c’est souvent grâce à l’accomplissement de rites de passage que l’enfant progresse. C’est le rôle de la famille, des crèches, des haltes-garderies et des assistantes maternelles de protéger, nourrir, réchauffer, tenir propres et éveiller les tout-petits encore trop fragiles pour assumer seuls leurs besoins biologiques.

    En leur compagnie, pendant ses deux premières années, l’enfant passe de l’alimentation liquide à l’alimentation solide. Il progresse de la station allongée à la station debout et du cri inarticulé aux premiers mots. Il sort d’une relation centrée sur lui à une ouverture relative au monde des humains qu’il reconnaît, apprécie ou craint. Enfin il évolue de l’évacuation inconsciente et incontrôlable des selles et de l’urine à ce qu’il est convenu d’appeler dans les Instructions Officielles la propreté diurne. Une fois passé ce stade, il n’est plus un nourrisson mais un petit enfant.

    Tout comme l’apprentissage de l’écriture et de la lecture sera plus tard le signe qu’il est temps pour lui de quitter l’École Maternelle, cette maîtrise consciente de ses sphincters, plus encore que celui du langage, est un avertisseur : l’enfant n’a plus rien à faire chez les bébés. Il est prêt à faire la connaissance d’autres adultes, ayant reçu une autre formation et poursuivant d’autres objectifs. Il peut maintenant découvrir la compagnie d’autres enfants et concevoir avec eux un autre monde.

    Alors, plutôt que d’instaurer des structures dites passerelles, dont les attributions, les règles, le mélange des genres et des personnels évoquent douloureusement l’épisode manqué des Jardins d’Éveil, défendons-nous et proposons ce contre-projet :

    « L’enfant âgé de deux ans révolus et ayant acquis la propreté diurne peut, si sa famille le souhaite, être inscrit à l’École Maternelle où il y sera accueilli et éduqué par des Professeurs des Écoles jusqu’à l’acquisition des premières bases de l’écriture et de la lecture, entre six et sept ans. »

    Les seules tables à langer qu'on doit pouvoir trouver dans une École maternelle, ce sont celles sur lesquelles les enfants peuvent jouer à changer leurs poupées et leurs peluches, tout comme les seules étiquettes à coller doivent représenter des objets, des personnages, des animaux et des plantes et servir à décorer les essais de travail-jeu des enfants !

    Coller des étiquettes et changer des couches !

     

     


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  • Commentaires

    1
    ELODIE
    Vendredi 7 Avril à 12:05

    MERCI ! Vous exprimez avec justesse ce que je pense depuis longtemps. C 'est détruire l'école maternelle que d'en faire une "crèche de masse". Je suis leur maitresse je n'estime pas devoir avoir à être contact avec les parties intimes de mes élèves.( Qui d'ailleurs s'occupe des 26,27,,28,29 ou plus, autres ? pendant ce temps ).

    C'est considérer que les parents ne sont pas capables de mener leurs enfants à la propreté, donc les infantiliser eux aussi.

    L'école maternelle est une école, une vraie. Avec tout ses "mauvais côtés" incompatibles avec ceux de la petite enfance : pas de taux d'encadrement légal national à ne pas dépasser par enseignants, pas d'obligation d'avoir une ATSEM par classe de PS ( les textes obligent à  une ATSEM par école), pas de nombres de mètre carré obligatoire par enfant, pas de norme claire, nationale, acceptable pour les dortoirs, les salles de motricité ( qui ne sont pas obligatoires)...

    On ment aux parents en leur faisant croire que toutes écoles sont adaptées. On ment aux parents en leur disant que la scolarisation à deux ans ou sans critère de propreté est bénéfique pour les enfants. L'école maternelle n'a pas vocation à pallier le manque de crèches.

      • Samedi 8 Avril à 09:26

        Merci pour ce long commentaire dans lequel nous nous retrouvons bien souvent. Pour moi, comme je le dis dans Pour une Maternelle du XXIe Siècle, l'école maternelle devrait aller de la première maîtrise des sphincters (propreté accompagnée avec passage aux toilettes demandés par l'adulte à heures fixes) à la première maîtrise de l'écriture-lecture, en fin de CP.

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