• La méthode naturelle (1872)

    La méthode naturelle (1872)

    Plus de 50 ans avant Célestin Freinet, le terme Méthode naturelle était déjà employé, sous un sens un peu différent toutefois, par les pédagogues et universitaires français.

    Ici, je vais un tout petit peu commenter, je pense. Vous trouverez ces commentaires au fil du texte, encadrés par des [ écrits en italique en corps 10 ] .

    La méthode naturelle qui convient à l’enseignement primaire

    Éviter tous les devoirs [au sens d’activités sur le temps scolaire et non de travail à faire à la maison] qui faussent la direction de l’enseignement sous prétexte d’en élever le caractère :

    → modèles d’écriture compliqués et bizarres

    → textes de leçons démesurés

    → séries d’analyses et de conjugaisons écrites

    → définitions indigestes

    Ménager les préceptes et multiplier les exercices

    [Tiens, il est comme moi, le monsieur, il n'aime pas les cahiers de leçons où l'on copie ou colle des préceptes que très peu comprennent et savent réutiliser]

    ► Ne jamais oublier que le meilleur livre pour l’enfant, c’est la parole du maître,

    [ Surtout quand il est petit... Et quand il est plus grand, le livre est meilleur lorsqu'il est lu avec l'appui de la parole du maître. ]

    ► N’user de sa mémoire si souple, si sûre, que comme d’un point d’appui et faire en sorte que l’enseignement pénètre jusqu’à son intelligence, qui seule peut en conserver l’empreinte féconde

    [ Donc, pas de « ba be asplif mork schmulg aphlonpk » pour apprendre à lire, mais du « Barbara a aspiré le tapis. Elle a remarqué que Alphonse avait renversé sa pâte à prout dessus. » Du sens, quoi, pas du mécaniste sans âme. ]

    ► Le conduire :

    → du simple au composé,

    [Donc, pas de « Trousse de Tika » , ni de « Trois petits cochons », ni de « Rentrée des Mamans », dès les premiers jours de CP. Pas de file numérique jusqu'à 30 en maternelle. Pas de recherches historiques longues et compliquées au CM... Pas de... la liste est infinie !]

    → du facile au difficile,

    [ Ce qui permet d'introduire la division posée dès le CP, dans des cas très faciles, et avec des explications, comment dire ?... préparatoires, comme le cours du même nom.
    Puis de continuer cette technique de la division aux CE1 et CE2, avec des notions, comment dire ?... élémentaires, comme les deux cours du même nom.
    Pour enfin continuer, car le collège se chargera de la fin, aux CM1 et CM2, avec des savoirs, comment dire ?... moyens, comme les deux cours du même nom.
    Ou la grammaire... Ou la conjugaison... Ou... tout ce que nous retardons, redémarrons à zéro, laissons oublier à longueur de scolarité en raison de théories invérifiables et de pratiques inefficaces. ]

    → de l’application au principe

    [ Eh oui ! Déjà ! Méthode intuitive... D'abord, on applique, intuitivement, et comme ça fonctionne, on continue... Et puis, on se demande comment reproduire... Alors, on théorise, très simplement... puis avec un peu plus d'assurance... et enfin, on produit une belle trace écrite, qu'on n'écrira finalement pas, puisque tout le monde a retenu et compris. S'il y a des choses à écrire là-dessus, le collège s'en chargera !
    D'où les noms des trois « cours » ou niveaux qui furent donnés aux classes de l'École Élémentaire (qui à l'époque se nommait Primaire) : le cours
     préparatoire où l'on se préparait intuitivement à découvrir, le cours élémentaire qui théorisait de manière élémentaire quelques savoirs de base, et le cours moyen qui commençait à aborder quelques subtilités... avant le cours supérieur qui remplaçait les classes de 6e et 5qui synthétisait tout cela avant le grand saut dans la vie active. ]

     

    ► L’amener, par des questions bien enchaînées, à découvrir ce qu’on veut lui montrer

    [ Et encore ! Méthode active, à partir de ce que l'élève sait intuitivement. Méthode active mais guidée... Il faut que tout le monde y arrive et non simplement quelques leaders qui peuvent, au cours d'un atelier autonome, réinventer l'eau chaude dix mille fois plus vite que le premier humain qui s'est dit qu'en remplissant une vessie d'eau et en y jetant des pierres chauffées dans la braise à l'aide de pinces pour ne pas se brûler, il devrait pouvoir arriver à la chauffer, cette eau glacée... ]

    L’habituer à raisonner, faire qu’il trouve, qu’il voie, en un mot, tenir incessamment son raisonnement en mouvement, son intelligence en éveil

    [ Oh oui ! Oh oui ! Oh oui !... Plus d'arts visuels tout faits en maternelle où seul l'enseignant (et l'ATSEM parfois) tient son raisonnement en mouvement et son intelligence en éveil pour en mettre plein la vue des IEN, des CPC, des PEMF, des collègues et des parents d'élèves ! Plus d'albums alibis pour « travailler le Mexique et les odeurs » en TPS/PS ! Du concret, de l'immédiat, du vrai pour tenir incessamment LEUR raisonnement en mouvement et LEUR intelligence EN ÉVEIL ! ]

    Pour cela :

    ► Ne rien laisser d’obscur qui mérite explication, pousser les démonstrations jusqu’à la figuration matérielle des choses, toutes les fois qu’il est possible

    ► Dans chaque matière, dégager :

    → les détails confus, qui encombrent l’intelligence,

    → les faits caractéristiques, les règles simples qui l’éclairent

    ► Aboutir en toutes choses à des explications judicieuses, utiles, morales

    Quelques exemples :

    ► en lecture :

    → tirer du morceau lu toutes les explications instructives, tous les conseils de conduite qu’il comporte

    [ Tout en tenant compte des préceptes vus ci-dessus : du simple au composé, du facile au difficile, de l'application au principe... et puis, faire qu'il trouve, qu'il voie, tenir son intelligence en éveil et son raisonnement en mouvement... éviter les définitions indigestes, la théorisation trop précoce... Nous en reparlerons. Il y a beaucoup à dire sur la lecture à l'école élémentaire, non seulement au CP, mais aussi au CE et au CM. ]

    ► en grammaire :

    partir de l’exemple pour arriver à la règle dépouillée des subtilités de la scolastique grammaticale,

    [ Le monsieur a dit l'exemple, pas les 36 000 exemples à découper, déplacer, coller qui noient les élèves dans le faire au lieu de les amener vers la pensée. ]

    → choisir les textes de dictée écrite parmi les morceaux les plus simples et les plus purs des œuvres classiques

    [ Eh oui ! Le niveau monte... Y'a pas à dire. ]

    → tirer les sujets d’exercices oraux, non des recueils fabriqués à plaisir pour compliquer les difficultés de la langue, mais des choses courantes, d’un incident de classe, des leçons du jour, des passages d’histoire de France, de géographie, récemment appris

    [ Interdisciplinarité, déjà. Éducation sensible par le concret et le vécu. ]

    inventer des exemples sous les yeux de l’élève, ce qui pique son intérêt, les lui laisser surtout inventer lui-même et toujours les écrire au tableau noir

    [ Essayez, vous verrez, c'est bluffant ! Cent fois plus efficace que la copie d'une trace écrite à faire apprendre à la maison. ]

    ► N’enseigner la géographie :

    → que par la carte en étendant progressivement l’horizon de l’enfant de la rue au quartier, du quartier au canton, à la commune, au département, à la France, au monde

    [Et comme on va du simple au composé, du facile au difficile, de l'application au principe et qu'on cherche à l'habituer à raisonner et à faire qu'il voie :

    ♥ la classe, l'école, la rue, c'est en TPS, PS et MS 

    la rue, le quartier, la commune, c'est en MS, GS et CP 

    ♥ la commune, le département, la France et le monde, c'est de la GS et CP (par petites touches), puis de plus en plus structuré et complexe, du CE1 au CM2 !

    Et non le contraire, comme les programmes le conseillent actuellement. ]

    → animer la description topographique des lieux :

    ♦ par la peinture des particularités de configuration qu’ils présentent

    [ Géographie physique, la grande oubliée... ]

    ♦ par l’explication des productions naturelles ou industrielles qui lui sont propres

    [ Géographie humaine et économique, ça vient après... ]

    ♦ par le souvenir des événements qu’ils rappellent

    [ Interdisciplinarité, encore... ]

    ► En histoire :

    → donner aux diverses époques une attention en rapport avec leur importance relative

    → traverser plus rapidement les premiers siècles pour s’arrêter sur ceux dont nous procédons directement

    sacrifier sans scrupule les détails de pure érudition pour mettre en relief les grandes lignes du développement de la nationalité française [ Maintenant, nous dirions plutôt européenne...]

    → chercher la suite du développement moins dans la succession des faits de guerre que

    ♦  dans l’enchaînement raisonné des institutions,

    ♦ dans le progrès des idées sociales

    ♦ dans les conquêtes de l’esprit

    qui sont les vraies conquêtes de la civilisation

    [ Bigre ! On nous aurait menti lorsqu'on nous disait que l'école d'avant, la pas belle, celle qui donnait des coups de règle sur les doigts, mettait des bonnets d'âne aux petits enfants et les faisaient réciter en chœur la liste des préfectures et des sous-préfectures, que cette école, donc, ne leur parlait que des rois et de leurs batailles ! Oh, comme c'est étonnant ! ]

    → placer sous les yeux de l’enfant les hommes et les choses par des peintures qui agrandissent son imagination et qui élèvent son âme

    [ Comme des vestiges, des œuvres d'art, des films ?... Oh ! Mais alors... voir ci-dessus. ]

    → faire de la France [ faire de la démocratie, moi, ça m’irait bien...] ce que Pascal a dit de l’humanité, « un grand être qui persiste perpétuellement », et donner par là même à l’enfant une idée de la patrie, des devoirs qu’elle impose, des sacrifices qu’elle exige

    [En remplaçant tout ça, vilain, pas beau, XIXe siècle revanchard, par du développement durable, de la citoyenneté, du respect des différences, nous pourrions conclure que rien n'a vraiment changé et que, quels que soient les régimes politiques et les époques, l'histoire à l'école, c'est une façon de manipuler l'enfance pour la faire adhérer aux projets de l'adulte... On pourrait, j'ai dit... Mais nous, on le fait pas, oh non ! Nous, on les forme, objectivement, alors c'est pas pareil... Smiley qui ricane... ]

    Tel doit être l’esprit des leçons de l’école.

    Octave Gréard

    (Extrait du rapport sur l’instruction primaire à Paris, 1871-72)


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