• C1, C2 : La date

    Mat., CP : La date
    J'ai choisi un calendrier allemand pour ne vexer personne, les collègues français sont beaucoup plus créatifs, pourtant.

    Une petite anecdote... 

    ... qui permettrait peut-être d'avancer un peu, malgré l'attrait manifeste des enseignants pour ce rituel qui leur permet d'épanouir leur créativité et de faire preuve de leurs dons artistiques.

    J'avais une classe de CP, CE1, dont les élèves avaient tous, depuis la Petite Section, sacrifié quotidiennement au rituel de la date.

    Chaque matin, j'y sacrifiais moi aussi, interrogeant un élève différent chaque jour.
    Bizarrement, plus l'année avançait et plus je constatais que les élèves de CP étaient bien plus performants que leurs camarades plus âgés. Il me semblait même, de plus, que ces derniers avaient régressé depuis la rentrée.

    Alors, un jour, je leur ai demandé ce qu'il se passait et j'ai encouragé les CP à expliquer à leurs camarades comment ils s'y prenaient.

    Et là, je suis tombée de haut ! Si les CP réussissaient si bien, c'est que, subrepticement, en arrivant, ils regardaient la majuscule que j'avais tracée dans leur cahier du jour et qu'ils en déduisaient le nom du jour. Quant aux CE1, les pauvres, depuis qu'ils avaient appris à écrire les majuscules, ils n'avaient plus ce moyen pour s'en sortir.

    Par ailleurs, comme j'avais lancé le débat sur leurs années de maternelle et cette date qu'ils maîtrisaient bien de l'avis de leur enseignante, certains m'avouèrent, en toute innocence, que chaque matin, en arrivant à l'école, sur le parking ou dans la voiture, leur mère ou leur père leur soufflait la date du jour et la leur faisait répéter trois ou quatre fois afin qu'ils ne l'oublient pas.

    Depuis ce jour-là, je n'ai plus organisé ce rituel dans ma classe et pourtant entre la fin du CP et la fin du CE1, tous mes élèves se mettaient à maîtriser la notion de date. Comme quoi, c'est tout simplement une affaire d'âge et de maturité ; il vaudrait beaucoup mieux s'en tenir au cheminement naturel de l'humanité, en l'accélérant comme nous le faisons (ou plutôt, nous devrions le faire) en lecture, en écriture, en comptage et calcul, en découverte du monde, en arts, en éducation morale et civique, en EPS, ...

    En Petite et Moyenne Section :

    C1, C2 : La date

    Nous sommes à l'aube de la Préhistoire, lorsque le commun des mortels avançait au jour le jour au milieu des aléas de l'existence. Découvrir son environnement et en tirer profit de manière à se nourrir, se réchauffer, se reposer, tisser des liens avec ses pairs, sans qui on n'est rien, c'est l'essentiel. La clarté du jour et l'obscurité de la nuit suffisent à la régulation du temps ; la lassitude qui naît après un repas copieux fait le reste et instaure d'elle-même le besoin impérieux d'un moment de repos.

    Toutefois, il existe un être tutélaire qui en sait plus et qui régule l'organisation des transhumances saisonnières et l'organisation des rituels liés à la lune, au soleil et aux étoiles. Ce grand chamane, qui détient un savoir supérieur, né de sa grande expérience et de ses connaissances hors du commun, annonce l'écoulement du temps, prépare sa tribu aux changements, lui indique, au jour le jour, ce qu'elle doit organiser, récolter, cueillir...  Parfois, parce que l'événement à préparer est d'importance, il l'annonce plus longtemps à l'avance et, pour aider son peuple, il se débrouille pour leur préparer un calendrier prévisionnel : encoches sur une omoplate de renne, cailloux posés sur le sol qu'il égrenent un à un, etc.

    Point de date, point de nom de jour, point de mois dans tout ce système qui fonctionnait parfaitement pour ce que les hommes avaient à en faire. Nos tout-petits, de moins de 5 ans, sont comme eux.

    L'affichage de la date, telle que l'écrivent les adultes du XXIe siècle, ne devrait même pas être envisagé dans une classe de Petite ou Moyenne Section. Cependant les habitudes font qu'on s'y sent obligé. Dans ce cas, le plus simple est de procéder soi-même à l'affichage et à la lecture de cet affichage, un peu comme un grand gourou préhistorique un peu toqué qui chercherait à obtenir de son peuple quelque chose dont ce dernier ne maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants.

    Le jour de l'IEN (il n'y en a plus que trois dans toute une carrière), il est simple de donner à voir à cette personne ce qu'elle veut voir... soit, en gros, des enfants qui crient au hasard : « Luntredi, mendi, jardimanche ! Neuf, treize, vingt-quatre, cinquante-deux, soixante !... Octembre, Novier, Jantrier, Afrul !... » avant que Pierre-Étienne – dont la maman a pensé à faire réciter à son fiston son mantra du jour sur le parking devant l'école – énonce impeccablement : « Maîtresse, aujourd'hui, nous sommes le mardi 18 novembre et le temps est pluvieux ! »

    À côté de cette demande institutionnelle purement formelle, on pourra alors mener tranquillement la vraie découverte du temps qui passe, en imitant sagement les rites du vieux chamane dans sa tribu d'homo sapiens sapiens :

    → énoncer chaque jour les événements qui vont ponctuer la journée, en employant le vocabulaire adéquat (d'abord, ensuite, enfin, en même temps, après, ce matin, cet après-midi, hier, demain, ...),

    → s'y prendre un peu à l'avance (deux ou trois jours en PS, quatre à cinq en MS, c'est bien) lorsqu'il y aura un grand événement à préparer longuement,

    → mettre des petits cailloux ou des traits sur l'omoplate de renne (ou plutôt le calendrier de l'Avent ou le semainier des jours de piscine) quand un événement d'une extrême importance nécessite de s'y préparer dans la durée.

    Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter : MS : Premiers outils mathématiques (5) 

    En Grande Section et CP :

    C1, C2 : La date

    Nous quittons doucement le Préhistoire et entrons dans l'Histoire, celle qui s'écrit avec un instrument scripteur sur du papyrus, de la cire, du parchemin ou du marbre. Ce sont toujours les grands prêtres, auxquels s'ajoutent désormais les scribes, qui régissent le temps et, nouveauté, l'écrivent.

    Cependant, ils ne l'écrivent pas partout et toujours pareil. Sur la tablette d'argile, les petits points et les symboles du type « Je me comprends » suffisent, puisqu'ils seront effacés une fois l'événement passé. Selon les peuples, le système est différent et l'on ne compte pas le temps ici comme ailleurs.

    Petit à petit, parce que les échanges, pacifiques et commerciaux, ou belliqueux et conquérants, se multiplient, il devient nécessaire d'avoir des repères communs. Les savants utilisent des appareils de plus en plus précis, notent le résultat de leurs recherches pour leurs élèves et leurs correspondants, fabriquent des calendriers et le vocabulaire qui va avec.

    C1, C2 : La date

    Quant au peuple, lui, il se fie aux lecteurs-scripteurs et on ne lui demande de maîtriser le vocabulaire savant, celui qui permet de coder des dates précises, que s'il intègre cette confrérie.
    Dans les villes et les villages, depuis la haute Antiquité jusqu'à la fin du Moyen Âge et même plus tard, ce sont les ecclésiastiques et les hommes de loi qui régissent le temps du monde, annonçant les dates importantes de leurs calendriers auxquelles leurs ouailles doivent se soumettre. Ces dernières, quant à elles, savent au mieux qu'elles sont nées aux premières gelées l'année de la grande sécheresse, vers la tombée de la nuit, et qu'on est à l'époque de la récolte des noix, un jour sans fête chômée puisqu'on est au travail.
      

    C'est à peu près ce que savent nos GS et nos CP au début de l'année scolaire. Avec les mots qui vont dessus (je suis né au mois de décembre, quand il commence à faire très froid, en 2013 quand mon papa et ma maman ont acheté le terrain pour la maison) parce qu'ils sont nés au XXIe siècle et que les codes ont changé.

    Et comme notre but est de les accueillir progressivement dans le camp des lecteurs-scripteurs, notre projet est de leur faire découvrir, pas à pas, les moyens de noter le temps qui sont en usage dans notre civilisation : les horloges, les jours de la semaine, les saisons, les mois et leurs quantièmes, les années...

    Pour cela nous les reprendrons à peu près là où nous les avons laissés l'année précédente. Pour être sûrs de n'oublier personne en route, nous commencerons même un peu en amont de cela, aux traits sur l'omoplate de renne, à peu près. Même au CP, juste pour être sûrs.

    La plupart du travail se fera à bas bruits, au quotidien, sans rituels qui n'intéressent très vite plus que les bons élèves, ceux qui peuvent briller à peu de frais (après avoir questionné papa ou maman dans la voiture, sur le trajet de l'école), mais tout simplement parce que notre vie de classe nécessite que le temps soit ponctué :

    → Chaque jour en arrivant, nous leur annoncerons la date et nous préciserons ce que ce jour peut avoir d'exceptionnel : « Aujourd'hui, nous revenons à l'école après le week-end, nous sommes donc lundi [et pour les CP et les GS en fin d'année : ], nous savons l'écrire maintenant : llll...uuunnn. U.N....ddd...iiii... . C'est le jour où le professeur de musique vient en début d'après-midi. Nous sommes le ... parce qu'hier, nous étions le ... du mois de ... . »

    → Nous les encouragerons à s'intéresser aux changements saisonniers, leur donnerons de nombreuses occasions de les constater de visu, nous répéterons avec eux, si nous habitons en France Métropolitaine, que l'automne, c'est la saison où les feuilles tombent et où les jours raccourcissent, l'hiver, celle où le froid est souvent le plus intense, le printemps, celle où les jours allongent, les oiseaux font leurs nids, les tulipes poussent et l'été, celle qui commence presque au moment des grandes vacances et qui va nous permettre de profiter de l'eau des rivières, des lacs et de la mer pour nous baigner (à adapter selon la latitude...).

    → Nous présenterons encore souvent des omoplates de rennes gravées pour savoir quand rendre le papier du cinéma, apporter une pomme pour la compote, attendre patiemment la sortie au parc, se rappeler le jour de l'anniversaire de Bidule, préparer le cadeau de Noël, ... .

    → C'est sur ces calendriers que nous jouerons nos « Chaque jour compte » à nous : déjà 5 jours de passés, il en reste encore 4 ! Tiens, ça faisait juste 9 et puis c'est passé à 7, à 6, à 5 et maintenant à 4 ! Encore 4... lundi, mardi, mercredi, jeudi... c'est jeudi qu'ils viennent ! »

    → À ces omoplates gravées, nous ajouterons, parce que désormais nos élèves s'y retrouvent, et uniquement quand nous en aurons besoin, des calendriers à cases, d'abord avec juste le jour, puis le jour et le quantième et enfin le jour, le quantième et le mois.

    → Au mois de janvier, au retour des vacances, nous afficherons le beau calendrier de l'année nouvelle. Nos élèves seront très fiers de savoir lire ce nombre à 4 chiffres... et très déçus de savoir qu'on ne le changera plus jusqu'au mois de janvier prochain, quand ils seront au CP et au CE1.

    → Désormais, c'est sur ce calendrier que nous noterons les événements à prévoir et nous pourrons nommer des « maîtres du temps » qui chaque jour viendront compter combien de jour nous séparent encore de cette date importante.

    → Et puis, vers le milieu de l'année, nous commencerons, souvent à leur demande, à nous intéresser à la pendule à aiguille... Oh, très modestement... L'heure et la demie, cela suffira bien... Comme ça, les maîtres du temps pourront ajouter une corde à leur arc : annoncer l'heure de la récréation et celles de la fin de matinée et d'après-midi.

    → Tout ceci permettra qu'en fin d'année scolaire, les GS sachent à peu près ranger dans l'ordre les jours de la semaine et faire correspondre chaque saison à quelques caractéristiques simples et que les CP arrivent, quasiment seuls, à énoncer la date du jour en lisant celle de la veille ou de l'avant-veille et à calculer combien de jours les séparent d'un événement proche.

    Au travail à bas bruit, celui du quotidien, nous aurons ajouté quelques séances dans le domaine du Questionner le Monde (que ce nom est idiot ! comme si Découverte du Monde ou Éveil, ça n'allait pas tout aussi bien), comme ici, en pages 22, 23 :  C2 : Questionner le Monde (1) et en Mathématiques, comme ici : 

    C1, C2 : La date

    En CE1 et CE2 :

    Nous arrivons à l'époque contemporaine. L'école obligatoire a fait son œuvre et tout le monde a appris à lire et à écrire. Les ordinateurs, les tablettes donnent la date lorsqu'on les allume, les calendriers sont offerts chaque mois de décembre dans tous les magasins, toutes les pharmacies, toutes les associations et portés à domicile par tous les facteurs et toutes les casernes de sapeurs-pompiers.

    C1, C2 : La date

     

    En mathématiques et en sciences (matière et vivant), progressivement au CE1, (voir Cinquième période)  et plus précocement au CE2, (voir Semaine 11) nous programmons des situations d'apprentissage et de révision, si bien que, en fin d'année, nos élèves sont suffisamment avancés pour comprendre « comment ça marche » jusqu'à être capables, en groupe, de concevoir et utiliser un calendrier perpétuel.

    C1, C2 : La date


  • Commentaires

    1
    Esther
    Mercredi 21 Août à 23:04

    Merci de redonner du temps au temps :) 

    2
    Vendredi 23 Août à 15:39

    Catherine, chamane de l'enseignement… ou plutôt du bon sens.

    Merci...

    3
    Mardi 3 Septembre à 12:05

    Merci pour cet article très intéressant que je viens de partager en complément du mien (Le Monde de Mei et Noé : Se repérer dans le temps). Un petit bémol cependant : l'école n'a jamais été obligatoire en France, seulement l'instruction :)

    Bonne journée !

      • Mardi 3 Septembre à 16:44

        L'école, l'instruction, c'est tout un, sans dièse, ni bémol, ni bécarre... Pour moi, du moins.

        Merci d'avoir partagé mon article.

        PS : Je ne crois pas que le petit bonhomme qui se déplace sur une bande de papier fasse sentir à l'enfant qu'il est passé lui-même du lundi au mardi et ainsi de suite : c'est bien trop abstrait.
        Si déjà les moins de six (à sept) ans arrivent à employer correctement, en classe ou à la maison, les mots : avant, après, hier, demain, ce soir, ce matin, cet après-midi, estimons-nous heureux et considérons qu'ils en viendront à dire lundi, mardi, mercredi, sans petit bonhomme qui se déplace, ni flèche qui tourne, ni tout autre artifice censé les aider, plus tard, lorsque ces repères-là seront bien installés.

    4
    Mardi 3 Septembre à 16:50

    Le mot a son importance lorsqu'on est un enfant sans école :) En effet, si de plus en plus de personnes réagissent bien, d'autres continuent d'être agressives et par exemple des enfants entendent "tes parents vont aller en prison car l'école est obligatoire" donc je me bats pour que la nuance soit dite afin d'éviter ces mots très angoissants (entre autres).

    Et pourtant :) Ce petit bonhomme a tout changé pour mes filles dys et des enfants dys que j'ai suivis :)

    Maintenant je ne parle pas des enfants de 3 ou 4 ans, mais des enfants à partir de 5 ans et plus.

      • Mercredi 4 Septembre à 10:32

        Cinq ans et plus, nous sommes d'accord ! En roue, en petit train, en petit bonhomme ou simplement en chantonnant la comptine, c'est l'âge où ça passe enfin, à condition que les petites classes (école ou maison) n'aient pas rendu ça affolant.

        Ici, tout le monde vient, classe maison ou classe école, et je tiens à garder cette spécificité, c'est pourquoi je parle de l'École, avec un É majuscule, celle qui éduque pour instruire et instruit pour éduquer, où qu'elle se trouve : dans un bâtiment public, privé sous contrat ou vraiment privé, et à qui qu'elle soit destiné : à tous, à certains qui paient, à une toute petite frange de la population, triée sur des critères très particuliers (dont celui qui consiste à dire qu'on n'acceptera à son école que son propre enfant).

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