• CP : L'entrée par le graphème

    CP : L'entrée par le graphème

    Certains collègues sont habitués depuis le début de leur carrière à l'entrée dans la lecture par :

    → les contacts avec la littérature de jeunesse dans le but d'acquérir les compétences : a) qu'est-ce que lire ? que lit-on ? - b) découvrir le patrimoine littéraire - c) chercher à comprendre un écrit vrai

    → la reconnaissance visuelle de mots-clés relatifs à l'œuvre étudiée pour les compétences : a) qu'est-ce que lire ? - b) enrichir son répertoire de mots acquis par la « voie directe » 

    → la découverte du code écrit à partir de comptines pour les compétences : a) phonologie (audio-orale) - b) avoir quelques repères pour utiliser la « voie indirecte » lorsque la « voie directe » est défaillante

    Il est donc normal qu'ils s'inquiètent et se questionnent à l'idée de changer complètement de ligne directrice, surtout quand ils voient ce que leur ont proposé les évaluations nationales de septembre (des enfants qui à l'issue de leur année de GS ou presque déchiffrent déjà une grande partie des graphèmes très usuels) et celles de janvier (des enfants qui déchiffrent tous les graphèmes de la langue française, débitent des mots-clés et des phrases au rythme d'une mitraillette sans qu'il leur soit demandé une seule fois s'ils comprennent ce qu'ils « lisent »).

    Pour eux, quelques petits repères simples à mettre en place dans leur classe, dès le tout début de l'année scolaire (le premier jour, c'est bien, car les enfants aiment les situations claires : « On m'a dit que j'allais au CP pour apprendre à lire et à écrire, alors je suis venu pour qu'on m'apprenne à lire et à écrire ! »

    Un emploi du temps quotidien sur 2 jours :

    JOUR A :

     ⊗ Matin

    a) Découverte du nouveau graphème ; association avec les graphèmes antérieurs

    b) Écriture du nouveau graphème seul et associé avec les graphèmes antérieurs : geste d'écriture

    c) Écoute et compréhension de textes : Poésies, chants, comptines

     ⊗ Après-midi

    a) Utilisation écrite du nouveau graphème pour produire du sens (dictée, production d'écrits, exercices écrits)

    b) Lecture : lettres, syllabes, mots incluant le nouveau graphème à la liste des graphèmes déjà connus

    c) Écoute et compréhension de textes : Littérature (lecture offerte type Narramus ou Comment raconter des histoires aux enfants)

    JOUR B :

     ⊗ Matin

    a) Révision du nouveau graphème ; association avec les graphèmes antérieurs

    b) Utilisation écrite du nouveau graphème pour produire du sens (dictée, exercices écrits)

    c) Écoute et compréhension de textes : Poésies, chants, comptines

     ⊗ Après-midi

    a) Utilisation écrite du nouveau graphème pour produire du sens (production d'écrits, exercices écrits)

    b) Lecture : mots, phrases, textes utilisant le nouveau graphème et tous les graphèmes déjà connus

    c) Écoute et compréhension de textes : Littérature (lecture offerte type Narramus ou Comment raconter des histoires aux enfants)

    Découvrir un nouveau graphème :

    Personne n'est mieux placée que Mme C. Silvestre de Sacy (auteur du premier manuel Bien Lire et aimer lire, édité chez ESF) pour expliquer rendre efficace une leçon collective[1].

    Je me contenterai donc d'ajouter quelques notes à la partie de l'édition 1990 de ce manuel que je vous recopie ci-dessous.  Le texte original est en Times New Roman, mes notes sont en Arial, italique.

    TECHNIQUE D'UNE LEÇON COLLECTIVE

    Le matériel

    a) individuel :

    → un manuel pour chaque enfant

    Note : Quels que soient le manuel ou la méthode. Cela peut être une simple photocopie, à condition qu'elle soit placée dans un porte-vue ou reliée sous forme de livret 

    → une réglette de papier fort servant à délimiter la ligne à lire, puis à la cacher avant de la répéter de mémoire

    Notes :a) Je n'ai personnellement jamais fait cacher la ligne mais je ne condamne pas catégoriquement, cela peut aider des enfants à apprendre à « s'écouter quand ils lisent » - b) Attention, ceci n'est valable que pour la lecture de phrases, pas pour celle des syllabes ou des mots isolés - c) le double-décimètre fait aussi bien l'affaire qu'une réglette de papier fort ; on peut aussi faire de cette réglette un marque-page comme celui-ci

    → des lettres mobiles sur cartons, faites à la main ou achetées : il faut choisir des caractères identiques à ceux du livre, et de même couleur ; on doit les compléter par des cartons de sons pour oi, on, an, ou, etc. On ne distribue aux enfants que les lettres apprises.

    Notes : a) Utile surtout en début d'apprentissage, pas la peine d'investir dans des cartons ou, on, an, etc. Au moment où on y arrivera, les enfants écriront aisément, ils n'auront plus besoin de ces cartons. - b) Les personnages des Alphas joueront le même rôle dans un premier temps

    b) collectif :

    → un tableau noir

    Note : ou vert... ou blanc... ou un TBI

    → des craies rouges et blanches

    Note : ou des feutres rouges et noirs... ou un clavier...

    → une baguette légère pour montrer au tableau

    Note : Penser à se placer sur le bord gauche du tableau et à faire glisser la pointe de la baguette lentement de la gauche vers la droite en suivant les traits dans les tableaux d'acquisition d'une nouvelle graphie, en passant sous les lettres d'une syllabe ou d'un mot au rythme où les enfants lisent.

    Le maître

    → Il doit se placer en face des enfants et faire devant eux, puis avec eux, tous les gestes (voir photos) en utilisant une seule main (inverser le geste pour f, s, ch, etc. afin que les enfants les reproduisent correctement en miroir) ; l'autre main désigne, avec la baguette, les lettres, les syllabes ou les mots à lire sur le tableau noir

    Notes : a) l'inversion des gestes, réalisés de droite à gauche par l'enseignant, pour que les élèves les « lisent » de gauche à droite est fondamentale - b) l'utilisation des gestes sera abandonnée progressivement, elle ne sera exigée que pour les enfants à l'attention visuelle très dispersée, pour les canaliser

    → Les photographies des gestes d'accompagnement de certains sont sont reproduites plusieurs fois au cours de l'ouvrage : un rappel des gestes connus aidera les enfants à surmonter les difficultés d'associations encore inconnues d'eux.

    Note : Idée à réinvestir quels que soient la méthode ou le manuel employé

    [→ Les indications propres à chaque leçon sont données dans les « notes » du bas de la page : les suivre exactement.

    Notes : a) Ceci n'est valable que pour le manuel de lecture Bien lire et aimer lire. - b) À ce propos, si vous optez pour ce manuel, n'utilisez surtout pas les cahiers d'exercices édités en 2018, ils ont visiblement été écrits par des personnes n'ayant absolument pas compris ce qu'est l'entrée par le graphème. ]

    → Au tableau comme dans le livre, alterner les caractères d'imprimerie et la cursive

    Note : Au moins au cours des 10 premières leçons, soit des 20 premières journées de lecture.

    → Au cours des révisions, on supprimera la couleur rouge lorsqu'elle ne sera plus nécessaire.

    Note : Tout comme on supprimera, pour les lettres muettes, la couleur grisée ou le trait de crayon pour les barrer : le français est une langue grammaticale qui fonctionne avec des lettres muettes, autant s'y habituer rapidement.

    → De même le maître devra peu à peu omettre de faire les gestes : les enfants auraient tendance à « lire » ceux-ci plutôt que les signes graphiques

    Note : Valable pour les fiches présentées par des collègues visant à traduire en gestes des mots écrits en lettres : à omettre absolument ! On trouve la même chose pour les Alphas : on ne fait pas traduire en Alphas un texte écrit en lettres, on fait le contraire.

    → Enfin, il devra se surveiller pour ne pas exagérer la prononciation des sons : elle doit rester telle qu'on l'entend dans les mots.

    Note : Pas d'accord ! N'hésitez pas à en faire des tonnes au début, surtout avec les enfants qui, depuis des années, se demandent ce que l'enseignant leur veut lorsqu'il leur demande s'ils « entendent ce son » dans tel ou tel mot. Le mot Nino, peut très bien donner Nnnniiiinnnnoooo, dans un premier temps et on peut, sans dommage futur, prononcer « la p(e)-lu-ie » ou un « p(e)-lat » pour que les enfants lisent et écrivent bien « la pluie » et « un plat ». Il suffit juste de demander ensuite : « Et comment disons-nous, en vrai, quand nous le prononçons ? ». Le tout est de ne pas rester plus que de raison dans cette période-là. Comme nous le disions plus haut : instruction collective mais éducation individuelle selon les besoins de chacun !

    → Le maître ne doit jamais laisser venir la lassitude ; avant qu'elle n'apparaisse, il doit varier l'exercice, soit en alternant lecture collective et lecture individuelle ; soit en utilisant les lettres mobiles et les exercices auditifs (voir ci-dessous) ; soit en inventant des exercices de langage et des jeux en rapport avec la leçon.

    Note : Tout à fait. Jeu du micro, jeu de l'écho, jeu des réponses, jeu de l'orchestre pour lire à voix haute ; écriture sur l'ardoise, avec des étiquettes, avec les Alphas pour écrire au lieu de lire ; petits jeux d'explication du lexique entre chaque mot lu à haute voix ; petits jeux de mots à deviner entre chaque syllabe lue à haute voix ; remise en ordre d'étiquettes pour deviner le mot que le maître a écrit en désordre au tableau ; ...

    → La lecture des textes du livre étant conclusion de la leçon, éviter de la faire lire plus de deux fois ; les enfants réciteraient vite par cœur les petites histoires. Il faut donc multiplier, au cours des exercices qui précèdent, les syllabes, les mots, les phrases à lire, dans la limite, bien entendu, des notions acquises. C'est un amusement pour tous d'inventer des textes se rapportant aux intérêts actuels de la classe.

    Notes : Tout à fait. La lecture de textes est le but. La lecture. Pas la récitation. S'il n'y a pas assez de textes pour tout le monde, on en invente, on en collecte ailleurs, en pillant un peu les manuels de la concurrence s'il le faut.

    La leçon

    Le rythme moyen d'apprentissage est de deux pages par jour au début puis de trois vers la page 100, ce qui situe le « savoir lire » dans le courant du 2e trimestre.
    Notes : a) Ceci est valable pour le manuel Bien Lire et Aimer Lire. Cela correspond, pour une autre méthode, à 2 graphies par semaine, un peu plus en début d'année si les élèves ont déjà vu ces graphies en Grande Section - b) Le passage de 2 à 3 pages est dû à l'augmentation des quantités de lecture au cours d'une même séance, du fait des progrès des élèves en décodage - c) La date de courant du 2e trimestre est à revoir : elle date de l'époque où les élèves venaient en classe 5 jours par semaine et non 4, d'abord pour 30 h en tout, puis pour 27 h.
    Mais d'une part, il faut tenir compte des possibilités du groupe et ne jamais aborder l'étude d'une nouvelle lettre tant que la leçon précédente n'est pas parfaitement assimilée.
    Note : Attention au sens de l'adverbe parfaitement ! En début d'apprentissage, les enfants ânonnent, c'est normal, et même plus tard, ils sont parfois encore obligés de s'arrêter après chaque mot  : c'est une question de maturité visuelle, pas d'assimilation de la nouvelle graphie. On peut tolérer de la lenteur et du hachage. Le critère d'évaluation, c'est la compréhension. Si un élève lit lentement, en s'arrêtant après chaque mot mais qu'il sait raconter ce qu'il vient de lire, il a parfaitement assimilé la leçon. 
    D'ailleurs on sera aussi guidé par le tableau de la prochaine difficulté qui doit être juste déchiffré en fin de leçon comme l'indique la note. C'est un conseil pédagogique important : une nouvelle lettre, un nouveau son vont être introduits : le fait de les avoir perçus visuellement et auditivement facilite beaucoup la leçon du lendemain.
    Note : Ceci, spécifique à ce manuel, peut être adapté à tout autre. On pourra par exemple, en fin de journée, lors du bilan, annoncer quelors de la prochaine journée de classe, on étudiera telle lettre, représentée par tel Alpha, qui chante telle chanson. On présentera rapidement le personnage, avant de le faire associer à ceux déjà connus dans un petit jeu de la fusée impromptu.
    Lorsqu'il n'y a pas de nouveau tableau à introduire, la leçon commence au 3e temps. Le tableau du manuel, déchiffré la veille, est reproduit de nouveau au tableau noir, en deux couleurs (omettre les lignes qui indiquent le mouvement de la baguette).
    Note : Il s'agit d'une petite révision, indiquée dans l'emploi du temps que je propose au début du Jour 2.

    Les premières consonnes étudiées sont celles dont le son se prolonge : elles sont, de ce fait, mieux perçues par les enfants.

    Note : À vérifier lors du choix d'un manuel de lecture, c'est très important.

    La leçon se déroule en six temps

    (en deux séances quotidiennes) :

    – 1er temps : présentation

    Graphie, son et geste sont présentés en même temps par le maître et répétés par les enfants, d'abord collectivement puis individuellement pour s'assurer que la prononciation est correcte. On peut temporairement intensifier la mimique (par exemple, serrement des lèvres avant l'explosion du /p/) mais en règle générale rien ne doit être exagéré : les enfants doivent s'habituer à percevoir les sons tels qu'on les entend dans les mots.

    Note : a) Mais ils ont une année scolaire pour cela, je le maintiens. On peut très bien exagérer plus longtemps pour Alphonse et moins longtemps pour Léocadie. Le but étant qu'Alphonse et Léocadie sachent tous les deux lire (décodage et compréhension) dans le courant du 3e trimestre au plus tard. - b) La prononciation individuelle pourra être escamotée rapidement pour tous les élèves dont on s'est rendu compte que leur prononciation du français était déjà parfaite. Le temps dégagé permettra de donner plus à ceux qui ont moins en les aidant par des gestes, des exemples à articuler correctement le phonème correspondant à la lettre du jour 

    CP : L'entrée par le graphème

    Le maitre montre avec la baguette de gauche à droite ; les enfants font les gestes et prononcent en même temps. Lorsque le tableau présente trois colonnes, éviter de donner un exemple droite-gauche.

    Note : Exercice à pratiquer « en chœur » (jeu du micro) ou « en cascade » (jeu du furet).

    Celles-ci sont écrites au tableau (en deux couleurs d'abord). Le maître les montre une à une, les enfants lisent. Au début ils ont tendance à séparer les sons et à lire « f...a ; ch...é ». Il faut leur apprendre tout de suite à grouper les éléments et à les dire d'un seul coup : « fa, ché ». On doit parfois les dire soi-même pour leur faire percevoir le rythme : c'est très vite acquis et c'est essentiel pour la compréhension des mots qui vont être introduits.

    Notes : a) Ce n'est parfois pas aussi facile que veut bien le dire Mme Silvestre de Sacy et cette période paraît interminable à celui qui emploie cette technique pour la première fois. Cependant, comme elle le souligne, c'est indispensable. On peut aider l'enfant (instruction collective, éducation individuelle) en lui disant : « Ne t'arrête pas, continue, continue... Rrrrrrrr-ooooo, rrrrooo, rrroo ! Bravo ! Recommence ici... sans t'arrêter. Allez, lllllll--, non, ne t'arrête pas, on reprend : llll-uuuu, llluuu, lluu ! Oui, c'est ça ! » même si, au début, ce n'est pas tout à fait ça. L'important, c'est de ne jamais céder au contre-productif « l et u, ça fait lu » et de féliciter toute réduction du trou béant entre les deux sons. - b) L'exercice inverse, celui où l'on fait écrire une syllabe sous la dictée, à la main ou grâce à des étiquettes ou des personnages des Alphas, en la prononçant très lentement soi-même (fffffaaaaa - mmmmmiiiii ) mais sans couper entre la consonne et la voyelle, les aidera grandement à progresser.

    Les lettres déjà apprises sont ajoutées soit au tableau reproduit (3e temps) soit aux syllabes (4e temps) soit revues avec les lettres mobiles.

    Note : a) Étape qui peut être sautée, d'autant que les lettres déjà apprises vont être réemployées dans la lecture des mots et des phrases du manuel. À conserver cependant dans les classes qui ne sont pas encore entrées dans la dynamique de progrès et de confiance en soi nécessaire à un apprentissage aisé de la lecture. - b) Elle sera remplacée, car Mme Silvestre de Sacy n'en parle pas pour le moment, par l'écriture (gestes nécessaires au tracé de la nouvelle lettre ; écriture sous dictée ; production d'écrits : écrire des syllabes et des mots sous des illustrations - remettre des syllabes ou des lettres en ordre pour écrire des mots et les illustrer - copier et illustrer - remettre les mots en ordre pour écrire une phrase - ...)

    Lecture dans le livre, ligne par ligne, à l'aide de la réglette, maintenue d'une main tandis que l'autre fait les gestes s'ils sont encore nécessaires (les enfants les abandonnent spontanément lorsqu'ils n'en ont plus besoin).

    Note : Cette lecture peut se faire en chœur, un peu pénible pour les classes voisines et pour l'enseignant lui-même, ou plutôt en cascade, selon le principe du jeu du furet. L'élève A lit le premier mot, l'élève B lit le deuxième, l'élève C lit le troisième, etc.

    Cette technique peut être utile à tous si :

    → son rythme est rapide, alerte : les enfants savent que leur tour arrivera bientôt et qu'ils doivent savoir où le groupe en est pour avoir l'honneur de lire à voix haute

    → l'attention est maintenue par des petits jeux : on lit une syllabe et on la fait suivre de « comme dans ... » (pa comme dans papillon - su comme dans sucette - to comme dans topic) ; on lit un mot et le voisin doit l'expliquer (un na-vi-re, un navire ; un navire, c'est un bateau) ; on lit une phrase à plusieurs : A lit le premier mot, B le deuxième, C le troisième, D le quatrième et E relit le tout ; on annonce à l'avance que lorsqu'on lira un nom d'animal, toute la classe devra imiter son cri ; on a donné un jeu d'images à chaque enfant et ils doivent les lever quand un camarade vient d'en lire le nom

    → chaque élève est doté d'un ou « phonic  phone » dans lequel il doit chercher à lire plus vite que le camarade qui lit à voix haute

    Dans les classes très nombreuses, pour ce 6e temps, on pourra couper la classe en deux groupes hétérogènes, pour ne pas creuser les écarts, rarement trois. Le groupe qui ne sera pas en train de lire sur le livre sera par exemple en train de faire des exercices de production d'écrit (voir ci-dessus). Les deux groupes liront avec le maître au cours de la demi-journée de classe.

    La lecture dans le manuel est l'aboutissement de la leçon et constitue une vérification des acquisitions. C'est déjà, pour les enfants, le plaisir de lire. Les mots puis les phrases doivent être compris au fur et à mesure, donc mémorisés aussitôt lus. La réglette délimite la ligne à lire puis elle sert à la cacher tandis qu'on répète de mémoire au rythme normal du langage ; c'est ainsi qu'on obtient dès le début une lecture dite « courante ».

    Note : Comme je l'ai dit plus haut, je ne suis pas convaincue par ce procédé qui favorise les enfants ayant une bonne mémoire auditive (en effet, pour le moment, leur mémoire visuelle absorbée par le travail de décodage ne peut en aucun cas les aider à « voir dans leur tête » ce qu'ils viennent de lire). Je préfère de loin que l'enfant puisse se référer au texte si besoin est pour redire la phrase qu'il vient de lire.

    C'est un peu comme pour la lecture de syllabes sans césure entre la consonne et la voyelle, l'important est qu'il progresse et qu'il soit de plus en plus capable de comprendre et mémoriser dès la première lecture.

    De temps en temps, entraîner les enfants à la lecture silencieuse d'une ligne, puis d'une phrase entière.

    Note : Exercice à pratiquer, dans les classes très nombreuses, avec le jeu d'images dont nous parlions ci-dessus. Chaque élève à sur sa table 10 images, correspondant aux 10 mots qu'il doit déchiffrer. Au signal, il lit (à mi-voix plutôt que sans bouger les lèvres) le premier mot. Il attend le signal pour lever l'image qui lui correspond. Et ainsi de suite jusqu'à ce que tout le stock d'images soit épuisé. - On pourra aussi écrire au tableau une consigne dont tous les mots sont déchiffrables (Lève la tête - Appuie sur ta gomme. - Lave ta table.), au signal, un ou plusieurs élèves exécuteront cette consigne devant leurs camarades qui valideront leur action d'après ce qu'ils auront eux-mêmes lu.

    TRAVAIL AVEC LES LETTRES MOBILES

    On oublie trop souvent que l'orthographe, c'est d'abord transcrire, dans leur ordre, les sons entendus.

    Exercices auditifs :

    – Entraîner les enfants à reconnaître le nombre de sons entendus avant de les écrite (o = un son ; fa, cho = deux sons ; sil, char : trois sons)

    Note : Et là, on renforcera la capacité de l'enfant à lier deux sons en proposant l'exercice inverse, celui qui constitue à rétablir la césure (fa, c'est deux sons : fff...aaa)

    – Faire trouver également dans une série de syllabes énoncées :

    → ce qu'on entend pour commencer

    → ce qu'on entend pour finir

    → combien entend-on de ... dans ... (de o dans moto ? de a dans vache ? dans salade ?)

    Notes : a) Vous savez que je préfère employer « prononce » plutôt que « entend ». - b) Ne pas faire de la réussite à ces exercices un préalable à la capacité à apprendre à lire. Cela n'est vrai que pour les enfants auditifs ; les visuels et les kinesthésiques passent par d'autres canaux (la vue des lettres pour les uns, leur tracé ou le geste qui leur est associé pour les autres). 

    Exercices d'identification :

    – par la graphie : « Prenez la lettre qui est pareille à ...» celle que l'on montre au tableau. L'enfant apprend ainsi à transposer le signe du plan vertical sur le plan horizontal. Exiger que la lettre soit posée dans le bon sens indiqué à la base par un trait

    Note : Voir ci-dessous l'indication pour les élèves insuffisamment spatialisés.

    – par le geste et le son donné par le maître

    – par le geste seul : cet exercice se fait dans le silence

    – par le son seul

    Note : À pratiquer très régulièrement en début d'année. Cet exercice peut remplacer de temps en temps le 3e temps qui débute le 2e jour d'étude d'une nouvelle graphie.

    Orthographe :

    Le maître énonce la syllabe à écrire ; les enfants répètent en faisant les gestes correspondants puis ils choisissent et assemblent les lettres. Exiger que les cartons soient pris un à un et aussitôt posés devant soi, de gauche à droite dans l'ordre entendu, pour éviter d'éventuelles inversions.

    Note : On peut aider les élèves insuffisamment spatialisés en collant sur leur table un rond vert à gauche et une flèche verte partant de ce rond et se dirigeant vers la la droite.

    Les enfants auront envie de reconnaître des mots dans ce qu'ils écrivent : par exemple la syllabe « cha » sera identifiée à l'animal ; la lettre muette leur sera indiquée par le geste seul, fait par le maître, la bouche ostensiblement fermée. Quelques notions d'orthographe d'usage seront ainsi données peu à peu.

    Note : On dit maintenant « orthographe lexicale ».

    Très vite, on dictera des mots puis des phrases.

    Note : Vous voyez que nous sommes à des années lumières de la « syllabique » qui empêche les enfants d'accéder au sens et les transforme en « robots qui font du bruit avec leur bouche ». Et cela se confirme dans la conclusion ci-dessous. 

    ♥ ♥ ♥

    Tous les détails donnés ici concernent les premières leçons mais elles sont valables pour les suivantes car dans l'apprentissage de la lecture, la technique bien qu'essentielle, ne suffit pas, ou bien on sépare technique et compréhension. Elles doivent être simultanées ; il faut donc acquérir une certaine rapidité pour comprendre le texte ce qui provoque le désir de lire. C'est à quoi vise la présentation de ce livre ; chaque ligne peut être comprise en soi, la phrase étant coupée au rythme même du langage. Ainsi l'enfant comprend vite ce qu'il lit ; le mot n'est jamais déformé par aucune prononciation intempestive de lettres muettes, et l'idée est captée au fur et à mesure du déroulement de la « petite histoire » que représente une phrase.

    Note : C'est aussi pourquoi la quantité de lecture à lire sur une page augmente régulièrement dans ce manuel. Plus l'enfant lit vite et plus il peut lire de mots, et donc de phrases, pendant la même durée, celle d'une séance de lecture (20 à 30 minutes du mois de septembre au mois de juillet, conseil d'amie). Y faire attention en choisissant un manuel de lecture : si la quantité d'écrit déchiffré n'augmente pas et que du début à la fin de l'année, on reste bloqué sur 4 ou 5 syllabes fabriquées à l'aide de la nouvelle lettre, suivies de 5 à 10 mots et d'1 ou 2 phrases, c'est que c'est une fausse méthode graphémique dont les auteurs n'ont pas compris qu'on peut apprendre à lire sans passer forcément par la « voie directe ».

    Au manuel proprement dit et sans attendre que toutes difficultés soient sues, nous avons ajouté beaucoup de pages pour favoriser le désir et la joie de lire : souvent l'enfant les relira seul, pour son plaisir.

    Note : C'est ce que n'ont pas compris les personnes chargées de toiletter ce manuel pour la réédition 2018. Elles ont enlevé ces pages, les jugeant inutiles. Si vous choisissez cette méthode, cherchez dans les librairies d'occasion, les éditions antérieures sont bien meilleures que la dernière.

    C'est alors que l'on pourra dire : « Il sait lire. »

    Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'en dire plus. Mais je répondrai volontiers à toutes vos questions.

    Notes :

    [1] J'insiste sur ce terme car si l'école est le creuset de la société que nous voulons voir naître, elle doit reprendre la main et miser à nouveau sur une instruction collective, tout en tenant compte de l'éducation à donner à chacun qui, elle, reste individuelle. Par ailleurs, nous n'avons pas assez de temps pour nous permettre de consacrer à chaque élève les 2 h 30 individuelles quotidiennement pour qu'il acquière les bases du français écrit ; il est donc impératif de le regrouper avec ses camarades de façon à ce qu'il ait réellement 2 h 30 de contacts actifs avec l'adulte qui est rémunéré pour lui dispenser ces bases.


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