• Élémentaire : Quels mots apprendre par cœur ?

    Élémentaire : Quels mots apprendre par cœur ?
    Merci à N., CE1.

     
    Apprendre des mots par cœur, ce n'est pas toujours utile.

    Les mots dits « transparents » :

    Certains mots sont "transparents" et ne nécessitent pas d'être appris par cœur puisqu'ils peuvent être encodés sans erreur dès lors que les graphèmes sont connus et qu'il ne peut y avoir confusion.

    Quelques exemples :

    il - le - la - un - de - du - je - tu - vu - lu - va - vole - rive - ami - vache - avale - avalé - vite - lave - cheval - vélo - levé - lève - adore - tache - file - tir - barbe - cave - tomate - pirate - lama - café - col - sac - os - sale - sorti - école - moule - boule - chou - sou - cour - touche - couche - roule - poule - poste - piste - picore - porte - pou - ...

    Comment les écrire ?

    Les élèves les écrivent alors par « épellation phonétique », graphème après graphème, au fil du geste d'écriture.

    Ce travail est indispensable. Il doit être entrepris dès le début du CP, dès lors que la classe a étudié au moins une consonne et une voyelle, et se dérouler quotidiennement grâce à des activités de :

    • dictée
    • encodage
    • rédaction collective puis individuelle

    Il se fait à mi-voix, pour aider l'élève à « s'entendre écrire » et se poursuit jusqu'au CM2 inclus.

    Tout au long de la scolarité élémentaire, on encouragera les élèves à choisir en priorité la solution la plus simple, celle qu'ils auraient choisie « quand ils étaient au CP ».
    C'est un apprentissage à mener avec constance, en expliquant bien ce que nous entendons par la plus simple, surtout en classes de CE1 et CE2 où, « pour faire riche », les élèves multiplient les graphies rares, les doubles consonnes et les lettres muettes lorsqu'ils écrivent seuls (la gyraphe, le pylautte, il axailaire, il havansse très dyfissyleman, etc.).

    Les difficultés faciles à déduire :

    D'autres mots sont faciles à déduire d'un mot de la même famille grâce à une dérivation ou une mise au féminin, ils n'ont pas à être appris par cœur non plus.

    Quelques exemples :

    chat (chatte, chaton) - gris (grise) - gros (grosse) - gras (grasse) - petit (petite) - sourd (sourde) - lourd (lourde - lourdaud) - tapis (tapisser, tapisserie, tapissier) - fruit (fruité) - renard (renarde) - front (frontal) - bond (bondir) - bord (border, bordure) - drap (draperie, draper, drapier) - plan (planifier) - ...

    Comment les écrire ?

    C'est une habitude à prendre dès le CP. Habitude à observer, tout d'abord, dès lors qu'on rencontre une de ces lettres muettes facilement justifiable, puis habitude à chercher :

    • en groupe, tout d'abord,
    • seul, mais avec l'aide de l'adulte qui signale systématiquement lorsqu'il y a une recherche mentale à mener
    • totalement seul dès lors que l'habitude est réellement prise (ceci peut n'avoir lieu que vers le CE1, le CE2, ou même plus tard si la correction de l'orthographe n'a pas été exigée dans tous les écrits précédemment)

    Cette habitude doit être cultivée à longueur de journée, dans tout écrit produit en classe (copie, dictée mais aussi production d'écrit autonome) si on veut obtenir des progrès significatifs.

    Les particularités graphiques lexicales :

    Il en existe dont les particularités graphiques obéissent juste à une règle d'orthographe lexicale propre à l'écriture de la langue française. 

    Quelques exemples :

    • ss entre deux voyelles
    • m avant m, b, p
    • c ou qu 
    • e accentué
    • lettre e avant une consonne simple (er, el, es, ec, ex), avant une consonne double (ell, ess, eff, enn, ...)
    • valeur des lettres : y, g, c
    • masculin en -ail, -eil, -euil, -ouil/féminin en -aille, -eille, -euille, -ouille
    • cueil, gueil
    • finales : -eur, -age, -eux/-euse, -eur/-euse, -teur/-trice, -eau ; -ier/-ière, -ement, -ie, -oir/-oire, -u/-ue, -ure, -ou/-oue, -et/-ette - initiales en ; acc-, app-, aff-, eff-, off-
    • etc.

    Comment les apprendre ?

    Ce sont ces particularités qui doivent être méthodiquement apprises et non l'orthographe de tel ou tel mot en particulier.
    • On commencera par la règle de base, traitant un cas et un seul à la fois, jusqu'au CM2. Ce qui interdit l'usage du tableau de son où toutes les difficultés sont présentées en même temps sans règles auxquelles les rattacher.
    • Chaque règle de base sera revue chaque année jusqu'à qu'on constate l'automatisation complète
    • Au CP, l'apprentissage sera concomitant de l'apprentissage graphémique : on étudiera l'écriture en même temps que la lecture. 
    • Au CP et au CE1, on aura soin de ne pas choisir comme exemples ou comme matière à exercices des mots qui font exception à la règle (Alsace, bonbon, quand, quoi, afin, laboratoire, etc.)
    • Ces exceptions n'apparaîtront que dans un deuxième temps, à partir du CE2 dans le meilleur des cas.
    • Elles pourront même être reportées au CM1 ou CM2 si on sent que les élèves « naviguent à vue » et n'ont aucune idée de l'existence d'une règle claire à laquelle se reporter
    • Comme pour les difficultés faciles à déduire, on cultivera l'habitude d'observer, puis l'entraînement en respectant le schéma suivant :

    1. leçon collective (une seule notion à la fois)
    2. exercices d'entraînement collectifs, puis aidés, puis en autonomie
    3. rappels fréquents et réemplois dans les dictées, les exercices de rédaction collective
    4. correction guidée puis autonome dans les travaux de rédaction en autonomie

    Régularités grammaticales :

    Certains graphèmes sont liés à la nature grammaticale du mot. Cette particularité doit s'appuyer sur la connaissance de ce lien.

    Quelques exemples :

    • es des déterminants pluriel (les, des, mes, tes, ses, ces) 
    • -er de l'infinitif des verbes du 1er groupe 
    • -ement/-amment/-emment des adverbes de manière 
    • c- au début des adjectifs et pronoms démonstratifs 
    • s- au début des adjectifs et pronoms possessifs 
    • -eux à la fin des noms dérivés d'un adjectif et -eu pour les autres 
    • etc.

    Comment les apprendre ?

    L'apprentissage lexical se fera en lien avec l'apprentissage grammatical et réciproquement en commençant par le plus simple, dès le CP.

    • Au CP, l'apprentissage sera concomitant de l'apprentissage graphémique : par exemple, c'est à l'occasion de l'apprentissage du graphème er que l'infinitif des verbes du 1er groupe sera travaillé de manière intuitive. Cette recherche de liens sera cultivée chaque fois que l'occasion s'en présentera lors de l'apprentissage des graphèmes.
    • À partir du CE1, la tendance s'inversera et c'est l'apprentissage grammatical qui provoquera la prise de conscience d'une règle lexicale. D'où l'importance d'un apprentissage progressif de la nature des mots mené dès le début de l'année scolaire. Et la difficulté des apprentissages par tableaux de sons qui mélangent toutes les catégories de difficultés.
    • L'entraînement aura lieu à l'occasion de la leçon de grammaire. Cette leçon sera reprise chaque année, en complexifiant, jusqu'à automatisation complète.
    • Le réinvestissement sera exigé lors de tout écrit (copie, dictée mais aussi production d'écrit autonome).

    Quels mots apprendre par cœur ?

    Il faut garder l'apprentissage par cœur pour les mots dont les particularités ne sont pas explicables simplement.

    Quelques exemples :

    • choix de l'accent : è ou ê 
    • [i] = y
    • [ã] = an ou en
    • [z] = z 
    • [k] = k 
    • [ǝ] : œ, œu
    • [ɛ] : ai, ei
    • [ɛ̃] : ain, ein
    • [o] : au, eau
    • accent circonflexe destiné à distinguer des mots homophones : du/dû ; sur/sûr ; tache/tâche ; ...
    • mots-outils et mots à l'emploi fréquent comportant une double consonne (balle, bulle, comme, ville, ...)
    • mots-outils ou mots très courants comportant une exception (quand, quoi, quatre et ses dérivés, ...) ou une lettre muette inexplicable pour le moment (temps et ses dérivés, jamais, toujours, vingt, doigt, sept, ...).

    Comment les apprendre ?

    • Cet apprentissage sera gradué et le nombre de mots à mémoriser augmentera au fur et à mesure des progrès des élèves (de un ou deux mots composés uniquement de graphèmes connus chaque jour à partir de la mi-CP à une vingtaine ou une trentaine de mots, nouveaux ou à réviser, par semaine au CM2).
    • On mènera cet apprentissage en classe de préférence plutôt qu'à la maison, afin de ne pas défavoriser les élèves dont les familles ne peuvent (ou ne veulent) accompagner l'école dans ses efforts.
    • Au CP, il suivra l'apprentissage graphémique et ne concernera qu'une toute petite quantité de mots, très souvent répétés tout au long de l'année scolaire.
    • À partir du CE1, on sélectionnera, par jour ou par semaine, un certain nombre de mots, correspondant à ce critère de difficulté, en faisant attention à les relier à leur sens plutôt qu'à leur son.
      On apprendra ainsi plutôt l'orthographe des mots-nombres de un à cinq, puis de six à dix qu'une liste de mots contenant le son [A] écrit de cinq manières différentes (là-bas, estomac, bois, appât), ce qui, encore une fois, va à l'encontre de la pratique des tableaux de sons.
    • Une manière simple de travailler ces mots par rapport à leur fréquence sera de se servir d'un extrait de la lecture quotidienne (liant fluence et compréhension) comme prétexte à la dictée. On aura alors toujours quelques mots correspondant à ce critère de difficulté :

    ◊ on les observera en classe pour apprendre aux élèves à en repérer la ou les difficultés

    ◊ on commencera la mémorisation en utilisant les trois canaux sensoriels : visuel, auditif et gestuel (regarder, épeler, écrire) pour favoriser toutes les facettes de la mémoire

    ◊ on les fera copier pour une révision à la maison, qu'on accompagnera éventuellement d'une révision en classe, juste avant la dictée ou de manière un peu décalée dans le temps, pour apprendre à garder les informations en mémoire

    ◊ ces mots reviendront aussi fréquemment que possible, dans les dictées quotidiennes (CE1 et début CE2), bihebdomadaires (mi CE2 à mi CM2) ou hebdomadaires (mi CM1 à fin CM2) jusqu'à ce que l'automatisation soit complète

    ◊ Le réinvestissement sera exigé lors de tout écrit (copie, dictée mais aussi production d'écrit autonome).


  • Commentaires

    1
    Dirlolo
    Samedi 27 Octobre à 20:22

    Très bon article qui reprécise bien les choses. A mettre entre toutes les mains !

    2
    Soohie
    Dimanche 28 Octobre à 08:43
    Article très intéressant merci
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