• Élémentaire : Homophones grammaticaux.

    Élémentaire : Homophones grammaticaux.

    Kantompeupadiravê, c'est lequel déjà, maîtresse ?

    Dans de très nombreuses méthodes d'orthographe, croyant aider les élèves (et il en est que ça aide), ces homophones grammaticaux sont appris deux à deux, en opposition, souvent à l'aide d'une phrase rituelle qu'il suffirait d'apprendre par cœur pour résoudre à jamais tous les questionnements orthographiques des jeunes et moins jeunes apprenants.

    C'est compter sans l'esprit tortueux de l'être humain en général, et de l'enfant qui apprend en particulier.

    D'abord, c'est lequel le « bon » et lequel le « mauvais » ? Nous connaissons tous le jeu du Ni oui, ni non. Qui n'a pas connu dans ses classes, même de CM2, l'indispensable élève qui, après la réponse négative à la question « Est-ce que c'est un garçon ? », pose quand même la question « Est-ce que c'est une fille ? ».
    Pour celui-ci, la règle binaire : On peut dire avait / On ne peut pas dire avait ne va pas de soi.

    Ensuite, il y a l'étourdi. Il sait qu'il faut associer l'une des mantras au mot a et l'autre au mot à... mais quant à dire laquelle ?... Mystère et boule de gomme !

    Et puis, le timoré, petit cousin du précédent... Et s'il allait à se tromper, maintenant qu'il sait qu'on peut le faire ? 
    Celui-là, par chance peut-être, ou par connaissance intuitive, se trompait relativement peu tant que la règle n'avait pas été étudiée en classe, collée dans le cahier de leçons et apprise à la maison.
    Maintenant, son côté âne de Buridan prend le dessus, comme en EPS, en musique, en dessin, en mathématiques ou dans la cour quand il joue avec les copains et les copines. Il doute, il doute, il doute... et il finit par lorgner sur le cahier de son voisin ou, avec une horrible mauvaise conscience, choisit d'y aller au petit bonheur la chance, chance qui hélas l'a quitté depuis qu'on lui a appris qu'il pouvait se tromper.

    Après, il y a le rebelle, de plus en plus souvent présent dans nos classes. Celui-ci réitère avec l'orthographe et autres diktats scolaires les comédies qu'il a fait à Papa-maman, Papa tout seul ou Maman toute seule, depuis sa plus tendre enfance, pour tout un tas de « bonnes raisons » : parce que ce n'était pas à cette heure-ci qu'il voulait téter, dormir, jouer, se promener, parce que ce n'était pas ce jouet, cette destination, ce yaourt, ce bonbon, ce moyen de locomotion qu'il souhaitait emprunter, soit, en gros, parce que cette règle ne lui convenait pas et que c'est lui qui commandait, d'abord !.
    Ce n'est pas maintenant qu'il est grand et puissant que de vieux livres poussiéreux et des adultes plus ou moins hors d'âge vont commencer à lui dicter une loi, non ? Il en a fait plier de plus coriaces qu'eux. Il ne craint personne, ne retient aucune autre règle de conduite que celles qu'il s'est lui-même fixées, et continuera à écrire à ou a, et ou est, son ou sont, se ou ce, et même je ou jeu, si ça lui chante et quand ça lui chante. Et ça lui chantera, non mais oh, parce qu'il le vaut bien et qu'aux troubles de l'opposition, il ajoute volontiers avec provocation !

    Enfin, et c'est la catégorie qui me fait le plus de peine, il y a les beaucoup trop nombreux insécurisés chroniques. Ceux-là se sont très vite perdus dans les méandres d'une école aux apprentissages trop formels, trop savants, initiés trop tôt, par des programmes trop ambitieux[1].
    Pour eux, tout ce qui se dit à l'école se dit dans une langue étrange, aux références incompréhensibles, tellement éloignées de tout ce qu'ils connaissent, tellement insurmontables à leurs yeux, qu'ils ont d'emblée baissé les bras, fermé les écoutilles et assisté passivement aux séances qui, dès la Petite Section, permettaient à la maîtresse d'annoncer fièrement qu'aujourd'hui, on était le Martredi 47 octembre ou que, puisqu'elle s'était arrêtée sur la case ϖξ de la file numérique, c'est qu'il y avait quartruze enfants présents et donc tartre absents.
    À tous ces traumatismes, toutes ces fractures d'ego, se sont ajoutées celles du CP quand on leur a fait comprendre que désormais leurs prénoms ne s'écrivaient plus ENZO, LEANA, ADIL ou SOFIA, mais Enzo, Léana, Adil et Sofia et qu'on n'était plus MARDI, JEUDI ou VENDREDI, mais mardi, jeudi ou vendredi, quand on leur a dit qu'ils ne devaient plus écrire avec ces grosses majuscules bâtons que leurs petites papattes et leur petit repérage dans l'espace naissant d'enfants de 4 ans avaient eu tant de peine à maîtriser et qu'aux lignes droites sans cesse interrompues si difficiles à tracer bien jolies, bien rectilignes, et à arrêter pile là où l'aurait souhaité la maîtresse, ils devaient substituer des lignes courbes continues pour former des suites de boucles, de ponts, de pointes et de ronds... Même les mots qu'ils prononçaient devaient changer de statut et ils constataient avec stupéfaction, au sens médical du terme, qu'ils devaient écrire pile et non pil, table et non tabl, monte et non mont comme les exercices de segmentation orale des années précédentes auraient pu leur faire croire.
    Quand, en plus de tout cela, le CP a rajouté d'autres insécurités, qu'il n'a pas su interrompre la course folle de l'incompréhension et du repli sur soi, et que c'est non-lecteurs (et non-scripteurs) qu'ils l'ont quitté, comment penser qu'ils pourront un jour être suffisamment confiants pour procéder autrement qu'avec leurs trop peu d'acquis bien installés, pas tout tordus et mal orientés comme les lettres bâton qui leur ont volé leurs temps d'apprentissages indispensables ?

    Et comme les autres, tous les autres, ne s'en porteront pas plus mal si nous ne procédons plus par paires opposables, allons-y pour une méthode des petits pas qui conviendra presque à tout le monde[2] !

    Comprendre le code écrit :

    Le français est une langue à homophones, il faut le savoir. C'est pourquoi son orthographe est compliquée : puisque les mots se prononcent pareil, il est important de les différencier à l'écrit où les mimiques, l'intonation, les retours en arrière, les explications de vive voix ne peuvent servir de soutien à la compréhension et où tout doit être immédiatement intelligible pour être compris.

    Apprendre à décoder, dès le CP (et même la GS, autrement plus utile que les frappés de syllabes orales), c'est apprendre à associer voyelles et consonnes, d'abord deux par deux, puis trois par trois et plus si affinités.

    C'est aussi comprendre que ces associations de lettres traduisent toutes une idée. Toutes et pas seulement les noms comme nous avons souvent tendance à le faire. Il n'y a qu'à voir combien de collègues se sentent démunis en conjugaison pour se rendre compte que même les verbes ne sont pas offerts à appropriation comme le sont les noms.

    • Le premier point sera donc de faire intuitivement sentir le sens et la valeur des mots.

    Si c'est simple pour les noms (et les pronoms), si nous pouvons comprendre comment y arriver pour les verbes, les adjectifs (qualificatifs) et même certains adverbes, cela devient déjà beaucoup plus compliqué pour les déterminants, les prépositions, les conjonctions et d'autres adverbes...

    C'est en réalité assez simple lorsqu'à l'intuitif, on ajoute la désignation générique, très brièvement expliquée.

    « Et s'écrit E.T quand c'est une conjonction de coordination. Les conjonctions de coordination aident à relier les mots entre eux... Une pomme et une poire... courir et sauter... Paris et Lyon...
    Son s'écrit S.O.N quand c'est un adjectif (on dit aussi un déterminant) possessif. Les adjectifs ou déterminants possessifs servent à dire ce que nous possédons : c'est son cartable à lui... son avis à elle... son échelle à lui... 
    Ont s'écrit O.N.T quand c'est le verbe avoir au présent. Nous pouvons avoir un vélo, avoir soif, avoir de la peine, avoir gagné alors nous écrivons ils ont un vélo, elles ont soif, les habitants ont de la peine, les championnes de l'équipe de France ont gagné la médaille d'or... »

    • Le deuxième point sera de procéder par familles grammaticales

    Si on affiche quelque chose en classe, ce que je conseille au moins jusqu'au CE2, ce sera toujours pour relier un mot à sa famille grammaticale.

    Et sera sur une affiche qui regroupera les conjonctions de coordination, une autre son avec les autres déterminants possessifs, une autre encore à avec les prépositions, une autre enfin avec les adverbes de lieu (et les pronoms relatifs au CM), etc.

    Chaque affiche aura en en-tête un symbole chez les plus jeunes, un terme technique chez les plus âgés.

    On apprendra aux élèves à s'y référer sans cesse, pendant la leçon d'orthographe, bien sûr, mais aussi pendant la dictée (eh oui, dictées réussies, c'est essentiel pour apprendre à se poser les bonnes questions et avoir confiance en soi, pas évaluation à tout crin), pendant la rédaction collective de la leçon d'histoire, de géographie, de sciences, de mathématiques, pendant la rédaction individuelle de la production d'écrit du jour, de la solution du problème de mathématiques car nos élèves sont là pour apprendre et pour réapprendre, pas pour prouver qu'ils savent déjà à chaque évaluation et pour écrire « comme ils savent » le reste du temps.

    • Le troisième point sera de prendre son temps et d'avancer pas à pas...

    Rome ne s'est pas faite en un jour et l'orthographe française est difficile. Les enfants ont mis de trois à quatre ans pour maîtriser les bases de l'expression orale, il est normal qu'ils en mettent encore autant pour maîtriser celles de l'écrit.

    Cependant, lorsqu'ils apprenaient à parler, nous les reprenions quand ils se trompaient afin qu'ils acquièrent peu à peu les bons réflexes. Il est indispensable de faire de même pour l'écrit. Pas plus de « tu écris comme tu le veux » que de « puisque tu as appris la règle par cœur, tu dois savoir l'appliquer et moi je t'évaluerai ».

    Patience, affichage en classe ou sur un sous-main, reprises fréquentes, à chaque occasion, aides diverses et variées, complétées et enrichies peu à peu.

    Car il n'est pas question d'afficher de longs récapitulatifs dans lesquels tout le monde se perdrait mais d'ouvrir peu à peu quelques fenêtres pour éclaircir l'intérieur de la forteresse, puis quelques autres, puis encore d'autres... et le travail sera loin d'être fini à l'entrée en Sixième !
    Les professeurs de collège se chargeront des finitions : les graphies liées à la conjugaison au subjonctif ou au conditionnel (est/es/ai en Primaire mais aussi aie/aies/ait/aient au Collège; eu/eus/eut/eût abordés en Primaire mais revus et approfondis au Collège), l'orthographe quant de la locution quant à, etc.

    Des affiches très simples qu'on enrichit avec le concours actif des élèves

    Cet affichage doit avoir cours dès le CP ou même la GS du moment où celle-ci est chargée d'un rôle de facilitateur de transition (la conjonction et ; le verbe être ; le verbe avoir ; la préposition à ; ... ).

    Il est nécessairement très simple au début et s'enrichit au cours de l'année scolaire.

    Le plus efficace pour que l'enfant se sente grandir, c'est que l'affichage ou les leçons de la classe précédente soient réinvestis mais pas réutilisés en l'état.
    Ils ont grandi, ont d'autres intérêts, d'autres repères mais aussi une autre écriture et un autre état d'esprit. Ces cahiers qui les suivent années après années ne les aident pas à se sentir grandir, d'autant que les événements qui ont donné lieu à la création de leurs pages sont oubliés depuis longtemps et que celles-ci n'ont d'autre résonance affective que la gêne de se sentir redevenir tout petit en les lisant.
    Enfin, une remise à zéro des affichages permet de mesurer le chemin parcouru et de ne pas remettre au goût du jour ceux qui sont désormais automatisés.

    Les exemples bricolés ci-dessous donnent une idée de ce qu'on peut envisager mais ne sont pas forcément un exemple à suivre. Les meilleures idées seront celles qui seront nées de la synergie née des réflexions de 20 à 30 individus, menés par un adulte, dans le creuset d'une classe après un échange et des essais collectifs.

    Ils peuvent néanmoins montrer dans quel sens avancer et amener à réfléchir sur l'utilisation qu'on en ferait en classe.

    Élémentaire : Homophones grammaticaux.

    Élémentaire : Homophones grammaticaux.

    Élémentaire : Homophones grammaticaux.

    Notes :

    [1] À moins qu'ils ne l'aient pas été assez... et qu'ils aient préféré infantiliser ceux qui seraient chargés de les dispenser plutôt que de leur apprendre patiemment à se mettre à hauteur d'enfants ?

    [2] J’avoue que, personnellement, j’ai un peu de mal (et c’est un euphémisme) avec les rebelles, ceux qui considèrent que je porte atteinte à leur moi profond lorsque je leur demande de pousser un peu plus loin la réflexion et de bien vouloir reconsidérer leurs représentations mentales basées sur leur bon-vouloir et leur principe de plaisir... Si certains d’entre vous ont trouvé la bonne méthode avec eux, qu’ils interviennent en commentaire, je leur en serai très reconnaissante.


  • Commentaires

    1
    Mardi 15 Janvier à 22:17

    Je me souviens d'un manuel d'orthographe qui ne travaillait pas sont/son ou on/ont mais travaillait simultanément ont, sont, vont, font, et même iront, diront…

    2
    Jeudi 17 Janvier à 18:51

    Et que penses-tu du "truc" de dire que "et" veut dire "+" et "est" veut dire "=" ?

    Je pose la question car j'ai du mal à faire percevoir, à une adulte à qui je donne des cours de remise à niveau en français, la différence entre être et avoir. Du coup, remplacer le verbe être par le signe égal m'aide beaucoup.

    Je suis française. Je = française.

    J'ai des poireaux et des navets. Je [avoir] poireaux + navets.

    Bon, c'est un peu hors sujet, mais je cherche, je cherche...

      • Hier à 09:40

        Les "trucs" qui ajoutent du sens, je suis pour, que ce soient des symboles, pourvu qu'ils soient clairs et explicites, des couleurs, pourvu qu'elles servent de signes de ralliement précis, ou des périphrases.

        Avec des enfants jeunes, il vaudra mieux ne pas voir ensemble les deux signes mais pour un adulte qui a déjà construit un système de référence dans sa langue d'origine, c'est différent.

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