L'École Primaire comme je voulais la raconter

Merci à Élodie S. pour cette photo
Une collègue me demande :
« Concernant les dictées comment préconisez vous leur réalisation ? Sur cahier, ardoise, correction individuelle/collective ?
Avec votre travail, la dictée est travaillée sous la forme de la « dictée réussie » chaque jour de la semaine mais du coup comment l’évaluer ? »
Je fais faire les dictées sur le cahier du jour, au crayon à papier le plus souvent, mais on peut aussi très bien les faire faire sur un cahier de brouillon ou d'essai, une ardoise, une feuille volante, ... L'important, c'est le contenu, pas le contenant.
J'ai tenté d'éviter toute organisation, même seulement un petit peu chronophage ou parfois coûteuse en énergie,.
C'est donc chaque jour, avant et pendant l'action que les élèves vont apprendre à se questionner pour éviter l'erreur. C'est souvent plus gratifiant pour eux que de voir, par exemple, s'étaler au tableau un répertoire de leurs "fautes" passées car n'oublions pas que, si nous, nous nous contraignons à parler d'erreurs, leurs familles, leurs camarades, la société en général parlent toujours de fautes d'orthographe.
Mais je vous assure qu'on voit très bien qui demande à intervenir souvent et pour dire des choses pertinentes, qui au contraire se cache derrière le dos de son camarade de classe et baisse la tête pour ne surtout pas avoir à expliquer la raison du s à la fin de "écoutes" ou du t à la fin de "fort" et qui, de temps en temps sait, et de temps en temps écrit une grosse bourde parce qu'il n'a pas pensé à « réfléchir avant ».
C'est de l'évaluation « douce », qui ne laisse pas de traces rouges sur les cahiers, ni de croix ou de mots irrévocables sur les livrets de suivi.
Après rien n'empêche de faire de temps en temps ce que j'appelle une « dictée sans filet ». C'est-à-dire une dictée dans laquelle on ne dira rien, on ne posera aucune question, on n'alertera sur aucune difficulté. Pour moi, au CE1, en début d'année, c'est un peu prématuré.
Entre la dictée « sans filet » et la dictée réussie, on peut aussi pratiquer la dictée « avec bipeur », cela consiste à faire un faux bruit de bipeur après chaque difficulté. Par exemple : « La... bip... jolie... bip... chèvre... cajole... ses... bip... petits...bip...bip... chevreaux... bip... bip... ».
Je préfère leur donner confiance plutôt que de risquer de les confronter d'emblée à l'échec.
Ainsi, à partir d'une certaine date, on avertit les élèves qu'on ne leur indiquera plus qu'il y a une difficulté à ne pas oublier lorsqu'un mot commence une phrase car ils doivent désormais savoir seuls qu'une phrase commence par une majuscule. Quitte à revenir dessus si une épidémie de phrases sans majuscule au début se répand sur les cahiers.
De même, on peut ne plus indiquer qu'il y a une lettre muette à la fin de petit, ou de fort, ou de lourd, car ils doivent désormais savoir qu'on trouve la lettre muette à la fin d'un mot en cherchant un mot de la même famille ou en le mettant au féminin.
Et on continue comme ça, au fur et à mesure de leurs progrès, en étant toujours un tout petit peu en-deçà de ce qu'ils sont capables de faire, toujours pour les rassurer et leur donner envie de progresser en orthographe.
On peut faire un mix des deux.
On dicte une phrase, mot à mot ou groupe de mots par groupe de mots, en signalant ce qu'il fallait leur signaler :
« Ça, vous savez l'écrire... »
« Ça, attention, pensez bien à la petite difficulté... »
« Ça, c'est difficile, rappelez-vous, nous avons dit que ... »
mais en ne faisant rien épeler et en ne corrigeant rien au fur et mesure.
Dans le cadre majoritaire, c'est-à-dire celui de la dictée conçue comme un moment d'apprentissage, la correction est collective puisque incluse à la dictée.
→ On énonce une lettre en tout début d'année, puis très vite une syllabe, puis un mot, puis enfin et jusqu'à la fin du CE2 un groupe de mots
→ on en fait le « décorticage » si nécessaire (mots transparents, régularités lexicales, irrégularités éventuelles, accords pour les mots variables)
→ puis les élèves prennent leur crayon et l'écrivent.
→ Tout de suite après et avant de dicter le second élément (lettre, syllabe, mot ou groupe de mots), les élèves prennent leur stylo rouge et l'un d'entre eux épelle ce qu'il a écrit,
→ l'enseignant écrit sous l'épellation en oralisant les sons : « pppeeeettttiiiii, avec un t muet pour dire petite »,
→ les enfants qui ont fait une erreur (ils sont très peu nombreux grâce au « décorticage ») écrivent la lettre, la syllabe, le mot ou le groupe de mots entier en rouge – « Pour mieux voir l'orthographe exacte que celle qui n'allait pas » – juste sous la partie erronée qu'ils barrent d'un trait horizontal.
Pour encourager les élèves à ne pas oublier de corrections, on peut se débrouiller pour « valoriser » les mots effectivement corrigés (appréciation pour la correction, rajout de points, d'étoile, de gommette, de tampon en cas de correction parfaite, etc.).