L'École Primaire comme je voulais la raconter

À l'école maternelle, selon les sections, au cours d'une même journée, on alternera les moments de langage en groupe-classe, ceux où les enfants, en cours d'activité, échangent entre eux et avec l'adulte en petits groupes et enfin de ceux en relation duelle.
Plus les enfants seront grands et plus le langage en groupe-classe présentera pour eux d'intérêt, à condition bien sûr qu'ils aient été accoutumés à cette pratique, à doses de moins en moins homéopathiques, depuis la TPS/PS. Petit à petit, ils y découvriront la richesse des connaissances de leurs pairs, leur capacité à rebondir sur des propos de manière à approfondir la recherche, l'observation, la découverte concrète ou abstraite (lexicale, motrice, sensorielle, culturelle, conceptuelle) et à dégager, à plusieurs, une conclusion qui convient à tous.
De manière à ce que ces moments collectifs deviennent « la marque de fabrique de l'école », on les situera de préférence aux moments-charnières de la journée de classe : début et fin de demi-journées. Cela nécessite de déplacer le temps de jeux libres, placés actuellement en début de matinée, vers un moment moins fort symboliquement (par exemple, avant les récréations du matin et de l'après-midi).
En TPS/PS et même début de MS, ces moments seront très courts et axés sur :
En GS, ces moments seront clairement balisés dans le temps :
L'important est d'obtenir qu'il s'agisse vraiment d'un moment collectif. Les enfants sont invités à écouter l'orateur et poussés à rebondir sur ses propos. Les interventions de l'adulte vont toujours dans ce sens et donnent aux élèves la conduite à tenir par imprégnation. Il s'efforce de « se passionner » pour le bébé de la Tata de Sarah ou le caillou qu'a ramassé Paulo sur le chemin, en s'exclamant, en prenant à témoin les autres enfants, en réclamant de Paulo ou de Sarah des précisions et en prenant à nouveau les autres à témoin de toutes ces petites péripéties qui font le quotidien de ces tout-petits.
On peut instaurer un tour de parole, symbolisé par le passage d'un « bâton de parole » ou d'un « micro ». La durée de l'intervention de chacun dépend de l'intérêt qu'elle suscite chez les enfants.
La durée totale de ce moment ne doit pas excéder 4 à 5 minutes en début de TPS/PS et peut aller jusqu'à 10 à 15 minutes en début de MS (durées indicatives à adapter selon la physionomie de la classe). Cette durée doit augmenter insensiblement mais régulièrement tout au long de l'année scolaire.
En fin de MS et GS, elle pourra s'étendre jusqu'à une vingtaine ou même une trentaine de minutes, lorsque le sujet évolue sur un « objet d'étude » commun qui passionne tout le monde (débat d'EMC, découverte scientifique, géographique, historique, par exemple).
L'objet, quel qu'il soit, est présenté en silence par l'enseignant qui procède ensuite à un tour de parole pendant lequel il tiendra le même rôle que pendant un Quoi de neuf (encouragements, prise à témoin des autres participants, questions éventuelles à l'orateur, renforcements positifs lorsqu'un dialogue s'établit entre enfants).
Il ajoutera cependant une attitude supplémentaire : le recentrage sur l'objet d'étude... Autant le Quoi de neuf pouvait « partir dans tous les sens », à condition que tout le monde reste concentré, autant ici, il est important que la conversation ne dévie pas.
Pour les durées, se reporter au Quoi de neuf.
Lorsque l'objet est destiné à être utilisé ensuite par les enfants ou qu'ils viennent de l'utiliser pour la première fois, que ce soit lors d'ateliers d'expression ou de structuration de la pensée ou lors d'activités motrices, le débat peut être entrecoupé de démonstrations ou d'essais.
On recherche avant tout les échanges langagiers et non la mémorisation d'informations (d'où l'inutilité des séances de 6 semaines sur le même domaine).
Nota bene : Par contact avec une œuvre, nous entendrons le contenu de l'œuvre et non pas son support (à part bien entendu, pour les œuvres plastiques dans lesquelles contenu et contenant sont indissociables). Pour toute étude de livres basée sur la forme (étude de la couverture, observation du graphisme, des illustrations ou des techniques d'illustrations, etc.), se reporter au paragraphe précédent (La découverte d'un objet concret).
Le but recherché est là aussi que tout le monde s'exprime et que chacun s'intéresse à ce que dit l'autre. Ici, la particularité réside dans le fait qu'un « autre » venu de l'extérieur s'immisce dans le groupe constitué des enfants et de leur enseignant : l'auteur de l'œuvre qui livre ses propos et guide la conversation selon son bon vouloir.
C'est cette prise de parole « étrangère » que l'enseignant doit valoriser et rendre audible et compréhensible aux enfants.
En TPS/PS, pour l'œuvre littéraire de type « contes et récits », l'écrit est presque inutile alors qu'en GS, il doit devenir primordial. Le rôle de l'enseignant est de jouer les passeurs, à tout petits pas, pour qu'aucun élève ne se noie en route.
Cela passe avant tout par la vue (sacs à conter, illustrations à décrire, marottes, marionnettes, jeux scéniques) et par la ritualisation de l'activité de compréhension d'œuvres littéraires nombreuses (une par semaine au minimum); variées, appartenant aux différents types connus (voir Racontamus, écoutatis, comprenunt - 2 et Racontamus, écoutatis , comprenunt - 3).
Une excellente description de ce que doit être l'encouragement à la prise de parole des enfants, afin d'obtenir de véritables échanges langagiers, réunis en classe entière, après écoute d'une œuvre littéraire est donnée par Pierre Péroz dans sa conférence sur l'écoute et la prise de parole en maternelle.
Cette description de l'étude des échanges langagiers autour d'une œuvre littéraire peut facilement être adaptée à l'étude des autres œuvres, qu'elles soient musicales ou plastiques.
Pour chacun de ces types d'œuvres, l'activité physique réelle de l'enfant peut être dans un premier temps le gage de son intérêt. On procédera alors :
Le but sera néanmoins d'obtenir un intérêt pour l'œuvre lue, affichée ou donnée à l'écoute pour permettre à tous de passer du langage en situation au langage d'évocation.