L'École Primaire comme je voulais la raconter

Merci à Xavier Laroche pour cette illustration tirée de Écrire et Lire au CP
Une collègue me demande sur les réseaux sociaux comment satisfaire ses visiteurs institutionnels qui veulent que, dans son CP à 12, elle atomise ce groupe déjà petit en je ne sais combien de tout petits groupes autonomes mais néanmoins studieux (je pouffe), le temps qu'elle fasse du préceptorat avec chacun de ses 12 élèves.
Je suppose que vous aurez d'ores et déjà remarqué que je trouve l'idée peu judicieuse, c'est le moins que l'on peut dire. Peut-être pourrais-je m'en expliquer tout de suite, afin d'éviter les collègues qui viennent me féliciter de mes « bonnes idées » et m'annoncer qu'ils vont mettre cela en place dès demain dans leur classe ?...
L'idée des CP (comme celle des CE1 et des GS) à 12 aurait pu être une bonne idée :
1) si elle ne s'était pas faite à moyens constants, ce qui a surchargé les autres niveaux de l'école primaire, fermé des classes rurales qui bénéficiaient jusqu'alors de conditions acceptables, précipitant matin et soir sur les routes des centaines d'enfants qui ne demandaient qu'à vivre et travailler au pays, ce qui n'est pas notre propos aujourd'hui
2) si on avait profité de ces structures à effectifs allégés pour mettre en place une vraie politique de la lecture, des mathématiques et de la culture avec les enfants déshérités auxquels ces classes s'adressaient
Et c'est là que le bât blesse. Que manque-t-il à ces enfants, et pas toujours du fait de leurs parents ?
1) un vocabulaire riche et varié (ça, par exemple, ce n'est pas la faute de leurs parents qui mettent justement leurs enfants à l'école pour qu'elle leur apprenne à parler une langue qu'eux-mêmes maîtrisent mal) et une syntaxe correcte (ça non plus, ou alors ce n'est pas la peine d'avoir rendu la maternelle obligatoire)
2) des connaissances dans tous les domaines
3) une attention et une concentration compatible avec les échanges nécessaires au comblement des manques ci-dessus
[ 4) je rajoute, pour certains d'entre eux, un problème commun à tous les CP de France et de Navarre, une année de maternelle en plus afin de continuer à « grandir dans leur tête » avant d'être précipités dans le grand bain, voire une structure plus spécialisée où ils pourraient apprendre ce qu'ils ont besoin d'apprendre plutôt que de se voir confrontés à des activités qui les dépassent complètement ]
⇒ ⇒ ⇒ ⇒ Tout cela débouchant pour l'enseignant sur une présence rapprochée de chaque instant pour chaque enfant de manière à lui apprendre à :
1) échanger ensemble
2) écouter et observer ensemble
3) découvrir ensemble
4) travailler ensemble
Soit le contraire de ce qui est réclamé par l'Institution (qui en est revenue à la pédagogie en usage dans les écoles d'avant 1881 quand un maître d'école laissait les neuf dixièmes de sa classe en autonomie pendant qu'il appelait ses élèves un par un ou deux par deux à sa table pour leur « montrer la leçon »)...

Une fois ces réflexions faites, et uniquement pour rendre service à la collègue, quelques activités à tenter de laisser les enfants mener seuls pendant que nous, nous nous occupons uniquement de Pierre, ou de Paul, ou de Solange ou d'Adèle...
Oui, je sais, j'ai pris des prénoms bobos, c'est exprès... je ne vois pas pourquoi on priverait les petits bobos de ce qu'on considère comme le nec plus ultra de la pédagogie pour ceux qu'on nomme les minorités visibles !...
Voilà, c'est tout ce que je vois pour le moment... Vous ne m'ôterez pas de l'idée que, surtout lorsqu'on n'a que 12 élèves, même difficiles parce que moins « éduqués » que les autres, tout cela serait bien plus efficace et plus profitable si les enfants pouvaient échanger au moins librement avec leur enseignant, parce qu'il ne serait pas occupé ailleurs. Surtout avec Écrire et lire au CP qui propose chaque jour un ou deux travaux en autonomie, en présence de l'enseignant prêt à aider, réexpliquer, encourager, l'un sur le cahier du jour et l'autre sur le cahier d'exercices (voir Guide pédagogique livret 1, séances 3, 6 et 7)...
Et on ne m'ôtera pas de l'idée non plus que la lecture et la relecture à 12, ça s'apprend en moins d'un trimestre, si on s'y tient et qu'à côté de cela on apprend aux élèves l'enthousiasme, la curiosité et le plaisir du travail accompli.
Même si, en début d'année, on est obligé de passer provisoirement par la lecture à 12 mais la relecture à 4, qui durera à tout casser 5 minutes pour chaque groupe de 4, puisqu'il n'y a quasiment rien à lire. Avant d'évoluer vers une deuxième étape intermédiaire, lorsque la quantité de lecture augmente, à la lecture à 12 et la relecture à 6, en 10 minutes cette fois pour chacun des deux groupes.
Ce qui permet dans les deux cas d'occuper ceux qui ne sont pas en train de lire à l'illustration de la poésie ou du cahier de QLM, à un Copie et dessine, prévu dans le cahier d'activités, ou à une occupation calme qui exerce leur motricité fine (pâte à modeler, coloriage, dessin, graphisme, perles à enfiler, etc.).
Allez, à bientôt ! Et bon courage à la collègue qui m'a donné l'idée de cet article !