L'École Primaire comme je voulais la raconter

Merci à Sophie Borgnet pour cette illustration.
Aborderez-vous la notion de 'Groupe Nominal" dans la suite de la méthode ?
Comme je l'ai dit dans l'introduction de la méthode, mon pari est d'aller :
du MOT vers la PHRASE.
Tout d'abord, parce que l'enfant est pointilliste et que ce qu'il peut concevoir au CE1 ce sont des mots, les uns à côté des autres D'ailleurs, encore souvent, ses capacités de lecteur le font s'arrêter après chaque mot ou tous les deux ou trois mots et il a de la peine à pouvoir appréhender un groupe de mots d'un seul coup d'œil.
Notre rôle premier est de lui faire sentir, implicitement d'abord, que ces mots ont des liens entre eux.
Cependant, si nous voulons qu'il suive, et que la grammaire lui apporte autre chose que l'idée d'un immense gloubi-boulga d'abstractions qui s'enchevêtrent en tous sens, il nous faut l'aider à hiérarchiser tout cela.
C'est pourquoi, en début d'année, nous nous attachons à définir la nature des « mots chefs » : ceux qui disent de qui et de quoi nous parlons et ce qu'ils font. D'où la prééminence des noms et des verbes.
Une fois ces deux natures constatées, différenciées et comprises, nous pouvons parler des autres, ceux qui jouent les « utilités » : articles, adjectifs, autres déterminants, adverbes et prépositions.
Pour chacune de ces catégories, nous faisons constater et comprendre son rôle : compagnon du nom, aide du verbe ou encore « courroie de transmission » permettant de relier un « mot-chef » à un autre « mot-chef ».
Les natures étant définies, nous passons aux différentes fonctions que peut avoir un mot.
Dans ce domaine, nous commençons, implicitement d'abord, puis plus formellement, par définir la fonction des « utilités » parce qu'elle est simple :
Les compagnons servent leur chef.
Ainsi les déterminants sont liés à leur nom, qu'ils accompagnent partout « comme un petit chien », et les adjectifs l'habillent, comme s'il mettait un gilet pour être plus facilement distingué de ses homonymes.
De la même façon, l'adverbe habille le verbe.Nous laissons de côté pour le moment la fonction "d'habillage" de l'adjectif qui viendra au CM, quand l'enfant aura une vue plus claire et plus précise de sa langue.
Quant à la préposition, que nous effleurons juste (nous verrons son rôle dans la liaison d'un « nom vassal » à son « nom chef » plus tard), elle relie un nom complément (accompagné de tous ses compagnons, déterminants et adjectifs, qui disparaissent au fond de la voiture) au reste des « mots-chefs » de la phrase.
Puis nous passons aux noms, considérés comme des « mots-chefs » et entourés de tous leurs impedimenta. Et c'est là que, pour vous, mais certainement pour de nombreux collègues, le bât va blesser.
En effet, depuis des années, nous sommes habitués à la démarche descendante.
Dans quasiment toutes les méthodes de grammaire, nous commençons par la phrase, puis nous passons aux groupes (GN, GV ou S et prédicat), pour n'arriver aux mots et aux relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres qu'en toute fin de parcours, quand nous arrivons à aller jusque là.
La méthode « Du mot vers la phrase » procède d'une démarche ascendante et entend donner à chaque mot son importance première.
Par exemple, les articles définis sont différents des articles indéfinis et donnent au nom qu'ils accompagnent une "coloration" différente. Il en va de même pour les autres déterminants, ou pour les adjectifs.
Les noyer dans un « groupe du nom » trop tôt revient à leur faire perdre cette importance et dessert la compréhension fine de la phrase, celle que nous cherchons à obtenir grâce à notre travail de décorticage grammatical.
« Mais pourquoi ce choix ?», me direz-vous...
Cette façon de faire est née d'un constat fait sur le temps long.
Pendant des années, j'ai tenté de pratiquer cette démarche descendante sans obtenir des enfants qu'ils soient au clair avec tout cela. J'en étais même arrivée à me dire que la grammaire n'était pas praticable avec des enfants si jeunes puisque, quoi que je fasse, ils mélangeaient tout, les mots, les groupes, les phrases sans jamais arriver à une connaissance solide.
Jusqu'à ce que je me demande pourquoi c'était si dur, comme c'était dur de partir d'un album dans lequel l'enfant prendrait des repères de plus en plus précis, grâce à une bonne éducation de l'oreille et une bonne mémoire visuelle.
Et que je conclue que, comme pour l'apprentissage de la lecture, il fallait partir de l'élément pour aller vers le tout et non du tout pour parfois y rester, parfois le scinder en plusieurs « tout » et parfois aller jusqu'à l'élément.
L'analyse par groupes existe bien toutefois dans Du mot vers la phrase, mais sous la forme d'une activité utile à l'oral lorsque nous cherchons à faire comprendre une phrase à nos élèves.
Un petit exemple :
En juillet, Ana promènera le gros chien noir de son oncle.
Nous, adultes bons lecteurs, nous voyons tout de suite que le gros chien noir de son oncle forme un groupe dont le mot noyau (le « mot chef » comme nous dirons aux enfants) est chien.
Lorsque nous aiderons les élèves à comprendre la structure de cette phrase, à l'oral, nous prononcerons le groupe complet : le gros chien noir de son oncle, mais aussi souvent le groupe incomplet : le gros chien, le chien noir, le chien de son oncle selon le détail que nous serons en train de chercher à faire remarquer.
Mais dans l'esprit de l'enfant, ce qui restera c'est que Ana promènera un chien en juillet. Et c'est sur cette phrase minimale, et sur ses « mots chefs » que nous travaillerons à l'écrit.
D'où le sujet Ana, le complément d'objet chien et le complément de temps juillet. Sachant qu'implicitement, l'enfant sait que si les noms Ana et juillet n'ont pas de compagnons dans cette phrase-ci, le nom chien, lui, en a énormément et qu'ils sont tous « montés dans la voiture » avec lui.
Ce n'est qu'en fin d'année, dans les dernières leçons, après avoir revu la fonction des déterminants et des adjectifs que nous commencerons à borner la « sphère d'influence » de chaque nom, permettant ainsi aux enfants d'avoir une première ouverture sur le « groupe du nom » (et non le « géhenne » ou le « groupe nominal » aux noms bien trop abstraits pour des loupiots de 7 à 9 ans).
Cela sera possible car ce fameux GN ou Groupe Nominal aura désormais pris sa vraie épaisseur. Il pourra donc commencer à trouver sa place sur l'axe syntagmatique, comme chaque mot a trouvé la sienne sur l'axe paradigmatique tout au long de l'année.
Cette façon de faire sera reprise au CE2, pour ceux qui auraient eu de la peine à concevoir que des éléments séparés puissent constituer de telles « unités de sens » (mais toujours pas pour le complément du nom dont la relation de vassalité à un autre nom reste bien souvent une énigme pour les enfants avant le CM). Les termes « groupe du nom » ou « le nom et son groupe » arriveront bien plus tôt dans l'année scolaire (Semaine 6) et c'est en tant que membres du groupe du nom que les articles, les autres déterminants et les adjectifs seront présentés et analysés.
Puis, forts de ces deux années où la notion aura été patiemment installée, les élèves seront aptes à reprendre l'un ou l'autre des deux schémas : l'ascendant à nouveau en continuant à suivre les méthodes de mon blog ou le descendant pour la première fois mais sans heurts puisque, ayant déjà tout décortiqué et réassemblé deux fois, ils seront aptes désormais à partir du tout pour aller vers des éléments qu'ils connaissent déjà.
Voilà, j'ai été très longue... j'espère que j'ai été claire quand même. Pour résumer, la réponse à votre question, c'est :
« Oui, en fin d'année, ils verront le groupe nominal,
qu'ils nommeront « groupe du nom ».
[1] Pour les pressés, la réponse courte est en fin d’article.