L'École Primaire comme je voulais la raconter

Analyse rapide pour un manuel tout ce qu'il y a de plus classique et interchangeable avec de nombreux autres (Taoki, Tiki et Tao, par exemple).
Les premières pages sont phonémiques, on cherche à faire prendre conscience de la place de la graphie dans le mot. C'est au mieux inutile, au pire très piégeux car cela n'aide que les gens qui savent lire et écrire de pouvoir programmer à l'avance quand ils liront ou écriront la graphie a ou i ou l dans un mot. Cela dure pendant toute la période 1 puis cela disparaît au profit de la lecture.
On peut toujours sauter ces exercices ou remplacer les croix par la graphie étudiée au début puis par la syllabe contenant la graphie étudiée dès que cela est possible. On aura ainsi transformé un exercice audio-oral pas vraiment utile (tout enfant de trois ans sait distinguer implicitement le son [a] des autres sons et ne dit jamais un "ovion", un "chipeau", un "ubricot" un "lépin" ou un "chevol") en exercice d'encodage/décodage, ce qui est le but fondamental du CP
Les pages de lecture (une ligne pages 6 et 7 ; 4 lignes page 8 ; 6 lignes page 9) sont classiques. La construction CV et VC le même jour peut être délicate pour certains enfants encore mal latéralisés mais on y survit.
Une collègue (aillysienne) me fait remarquer en commentaire que la lettre e n'est travaillée qu'en période 2, ce qui est pour le moins étonnant vu l'importance qu'a la lettre e dans la langue française écrite, et ce qu'elle soit prononcée [œ] ou qu'elle soit nécessaire à l'articulation de la dernière consonne du mot (petit, petite - fort, forte - renard,renarde - etc.). De plus, cela rend obligatoire l'apprentissage sur un mode globale de l'article le, de la préposition de alors qu'il serait si simple à l'enfant d'avoir tous les éléments en main pour les décoder seul !
On notera l'apprentissage global d'un bloc de un/une, qui sont deux mots très souvent confondus par les enfants. Je préfère n'apprendre que un aux élèves puisqu'on ne peut le décomposer en unités plus petites et attendre que une soit déchiffrable (il suffit d'avoir vu les graphies u, n et e pour cela), surtout que le mot une ne sert à rien ni dans la page, ni dans les suivantes.
Le premier texte arrive tôt (page 13). C'est bien car cela permet d'asseoir le fait qu'on lit pour comprendre ou se distraire, et non pour uniquement faire du bruit avec sa bouche.
Le nombre de syllabes et logatomes n'est pas trop important, c'est bien aussi.
Les mots outils gagneraient à ne pas être mis à part lorsqu'ils sont déchiffrables. Tout d'abord parce que cela ferait comprendre aux enfants que c'est la voie du déchiffrage qui est à privilégier, ensuite parce que ceux qui sont comme un ou elle, est indécomposables en unités plus petites ressortiraient mieux et seraient plus faciles à travailler de manière à être retenus.
Les mots outils décomposables en unités plus petites, comme une ou c'est, que, qui, etc., ne devraient pas être enseignés en tant que "mots globaux". Il vaut toujours mieux attendre qu'ils soient décodables, leur mémorisation est alors plus sûre et plus durable.
Les doubles pages "J'ai compris (des notions d'orthographe et de grammaire)" et les notions de grammaire ou d'orthographe présentées au fil des pages, toutes basées sur le dessin et l'implicite, sont tout à fait correctes.
La part de syllabes et de logatomes devient encore moins importante quand la lecture de mots peut faire office d'entraînement au décodage.
La longueur des textes augmente progressivement. Cela permet aux enfants d'adapter leurs stratégies de compréhension et de déchiffrage et d'automatiser ces réflexes lors de la lecture.
Première et seule apparition de la culture littéraire page 101, avec le poème de Paul Fort, Le petit cheval. Première et seule apparition de la culture en générale (la musique, le jazz, confondu deux lignes plus bas avec la musique country), page 115. Quelques rares histoires à épisodes vers la fin, toujours basées sur le thème dominant du livre : le petit héros et son robot Timini.
Quelques pages de vocabulaire en images, dont certaines pourraient faire l'objet de séances de QLM à la fin de l'ouvrage. C'est sans doute utile à titre de "dictionnaire".
C'est un manuel qui apprendra à lire aux élèves, avec un léger risque de confusion des "mots outils" acquis globalement le même jour sans référence à leur possible décomposition en graphies.
En revanche, ce manuel ne cherchant absolument pas, comme le font certains autres, à éveiller les élèves à la Culture avec un grand C, c'est à l'enseignant de le faire dans la partie "Compréhension de textes lus par l'adulte" de son programme.