L'École Primaire comme je voulais la raconter
Question d'une collègue :
« Auriez-vous la gentillesse de me lister ce qui est indispensable pour ces 2 niveaux en lecture et en étude de la langue?
Merci pour le temps que vous accorderez à ma demande. »
Quelques idées :
la plus complète possible, sachant qu'au CP, ce qui est important, c'est d'accéder soi-même à la lecture « intelligente » (code et compréhension) d'œuvres adaptées à ses capacités de lecteurs, même si, au début; ces œuvres sont de courtes phrases sans intérêt pour les adultes que nous sommes. Donc,
⇒ on évacue déjà toutes les méthodes qui ont deux livrets différents, l'un pour le code et l'autre pour la compréhension, ou alors, on ne se sert que du livret de code.
⇒ on évacue aussi les méthodes dans lesquelles, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, il y a plus de pages lues par l'adulte que de pages que les enfants sont capables de lire.
Il ne reste alors que les méthodes qui se préoccupent du code et uniquement du code. Hélas, là aussi, il va falloir beaucoup « écumer » et évacuer :
⇒ les méthodes qui passent pendant des semaines les trois quarts de chaque page à demander aux enfants s'ils entendent le son du jour lorsqu'ils commentent à l'oral des illustrations
⇒ et celles qui leur proposent de déchiffrer des logatomes sans signification même quand le lexique français dispose de centaines de mots contenant les graphies déjà étudiées.
Enfin, sur le peu de méthodes qu'il restera, on fait un dernier « tri sélectif » et on élimine deux types de méthodes :
⇒ celles qui présentent un son dans sa page puis l'oublient dans les pages suivantes
⇒ celles dans lesquelles le nombre de mots contenant le son du jour et la longueur et la difficulté des textes proposés à la lecture n'augmentent que très peu
⇒ et enfin celles qui proposent de faire lire moins à ceux qui ont le plus besoin de réactivations pour arriver à devenir lecteurs
Voilà pour le CP. Une fois trouvée la perle rare (il y en a assez peu sur le marché), on a tout ce qu'il nous faut. Les enfants vont lire et écrire, de plus en plus, tout au long de l'année et cela leur permettra de travailler la fluidité de lecture, la compréhension, le lexique, les premières bases de l'orthographe lexicale et grammaticale et les premières notions de grammaire.
⇒ utiliser totalement le cahier d'exercices qui va avec la méthode et/ou à suivre le plus exhaustivement possible le programme de travail écrit proposé sur le guide pédagogique.
⇒ leur proposer en plus de tout cela, une demi-heure de travail autour du geste de l'écriture cursive, trop souvent négligé à l'école maternelle. Vous pouvez pour cela soit tout simplement commander des cahiers Seyes 3 mm pour le début de l'année, puis 2,5 mm pour le deuxième trimestre et enfin Seyes normal pour le troisième trimestre dans lesquels vous ferez, à la main, les modèles d'écriture en début d'année (jusqu'à ce qu'ils sachent travailler seuls, en regardant le modèle tracé devant eux au tableau) ou commander un cahier d'écriture (celui-ci publié chez MDI est excellent, mais il en existe d'autres, sur le même modèle, à savoir partir du geste pour obtenir la forme, plutôt que partir de la forme pour obtenir le dessin).
Elle doit être quotidienne dès la première leçon (d'où l'intérêt des méthodes qui présentent deux graphies dès la première leçon). Pensez à :
⇒ ne jamais faire apprendre l'orthographe de mots par cœur à la maison tant que le principe alphabétique n'est pas parfaitement installé chez les enfants et qu'ils savent encoder seuls des mots simples (généralement, cela nous mène à la fin du deuxième trimestre et pas avant).
⇒ Pour pouvoir néanmoins dicter des mots puis des phrases contenant des mots ayant une difficulté (par exemple, pouvoir dicter « la pomme" au moment de l'étude de la graphie « p »), il suffit en dictant de dire « Attention, il y a une « blague » dans le mot « pomme » , il faut mettre deux M pour faire le son [m] » .
Il faut : un manuel de lecture et une méthode d'étude de la langue (orthographe, grammaire, conjugaison et éventuellement vocabulaire) .
Il n'a pas besoin de proposer des révisions de sons qui occupent une page ou plus par jour. Si on a des non-lecteurs, il vaut mieux leur prévoir un programme accéléré d'apprentissage alphabétique de la lecture (CE1 : Non-lecteurs à la rentrée ?)
Il doit en revanche proposer la lecture d'un texte quotidien d'une page au moins, accompagnée de son exploitation.
Dans cette exploitation, il pourra y avoir deux ou trois lignes de révision d'un son, environ pendant tout le premier trimestre. Cette révision de sons doit être effectuée essentiellement grâce à des mots signifiants, afin de pouvoir la coupler avec une imprégnation au lexique. Elle peut être remplacée, à partir du deuxième trimestre, par un entraînement à la lecture fluide, avec intonation.
L'exploitation du texte doit par ailleurs contenir :
À ma connaissance, il existe assez peu de méthodes de lecture de ce type, surtout parmi les méthodes récentes : Méthode explicite de français, lecture, à la Librairie des Écoles - Picouic et Tigrelin, aussi à la Librairie des Écoles - Français, livre de lecture CE1, chez Belin - Lecture et Expression au CE1, sur mon blog et par mail.
Elles doivent travailler au moins le programme prévu par les instructions officielles toute l'année et ne pas reporter à « quand ils sauront lire couramment » l'étude de la grammaire, de l'orthographe ou de la conjugaison.
Elles sont mieux comprises par les enfants si l'on part des régularités plutôt que des exceptions, du mot plutôt que de la phrase et de ce qu'ils disent plutôt que de ce qu'ils doivent apprendre.
En conséquence, on évacue toutes les méthodes qui cherchent à :
⇒ ce que l'enfant ait pris conscience des types de phrases avant d'avoir revu ce qu'est un mot
⇒ à être sûres que l'enfant a bien compris qu'un verbe peut exprimer un état ou une action, que ces actions ou états peuvent être passés, présents ou futurs, et accomplis par une ou plusieurs personnes qui peuvent être le ou les locuteurs eux-mêmes, face au ou aux locuteurs ou éloigné(s) de ce ou ces locuteurs, pour passer enfin à l'étude des terminaisons verbales
⇒ à se baser sur un son, en répertorient toutes les graphies possibles (et toutes les exceptions relatives à ces graphies) et illustrent les différentes colonnes de ce répertoire de mots n'ayant aucun lien entre eux et dont les difficultés d'orthographe sont variées.
Elles doivent « faire écrire les enfants » de plus en plus au cours de l'année. On bannira donc :
⇒ celles qui proposent un fichier sous forme d'exercices à trous tout au long de l'année scolaire, pour privilégier celles qui font écrire
⇒ celles qui comptent sur des jeux individuels ou de petits groupes où les enfants n'écrivent pas ou écrivent très peu
Il reste alors un nombre très restreint de méthodes appliquant ces préceptes : Écrire et Analyser au CE1 du Grip - CE1 : Orthographe graphémique (1) + CE1 : Du mot vers la phrase (1) sur mon blog - ou, encore sur mon blog, CE1 : Fichier d'Étude de la Langue (1)
Il faut ajouter à cela:
⇒ une quinzaine de minutes par jour d'apprentissage/révision des gestes de l'écriture cursive (voire plus si les élèves n'ont pas beaucoup écrit ou mal appris à écrire au CP) : selon les classes, on reprendra tous les gestes de l'écriture cursive (un cahier MDI, Perfectionnement, Les minuscules, est prévu pour le CP ou le CE1) ou on pourra se contenter d'ajouter l'écriture des majuscules, soit directement sur le cahier du jour (seyes 2,5 mm en début d'année pour certains élèves, puis seyes normal ensuite).
⇒ une dictée, si possible quotidienne, en suivant la progression de français. Les manuels que je vous ai suggérés en proposent tous une.
Nous devons ajouter :
⇒ Une ou plusieurs anthologies poétiques de manière à ce que les enfants se constituent un répertoire de dix à quinze poésies par an, si possible de qualité, c'est-à-dire écrites par des personnes dont la renommée dépasse au moins d'un peu, mais ce serait mieux de beaucoup, les limites du blog de telle ou telle collègue qui s'amuse à rimailler à ses heures perdues.
⇒ des livres de contes et des œuvres de la littérature pour enfants, de manière à pouvoir partager, au moins deux fois par semaine, un moment de « lecture offerte » pendant lequel l'enseignant lit ou raconte ces œuvres littéraires dont la renommée, elle aussi, dépasse franchement la sphère des adeptes du Loup qui explore un peu tout ce qu'il rencontre ou celle des adorateurs du gentil petit sorcier de 11 ans qui fait sa scolarité dans un collège anglais traditionnel.
Voilà, je n'ai pas été très précise sur le reste du matériel (crayons, stylos, etc.) mais je pense que c'est déjà un bon départ.
Par ailleurs, comme vous l'avez remarqué, j'ai été franchement directive et les directions que j'ai données ne sont pas en usage partout, loin de là. Sachez que je ne vous en voudrai pas de ne pas chercher à les suivre et de préférer rester sur les sentiers battus, sans doute mieux balisés et plus faciles à défendre face à certains collègues.