L'École Primaire comme je voulais la raconter

extrait de Lecture en fête, Classiques Hachette, 1983
Les fiches-sons qui furent pendant quelques années la panacée recommandée par l'Institution n'ont plus le vent en poupe. Cela déstabilise nombre de collègues qui n'ont jamais connu que ça et se demandent bien comment faire pour les remplacer et par quoi.
...rédigée par quelqu'un qui, au CE1, n'a jamais utilisé une seule fiche-son de toute sa carrière et a pourtant eu dans ce niveau scolaire des élèves lecteurs-scripteurs très largement acceptables.
La récapitulation des graphies possibles de chaque son du français, à usage orthographique est très prématurée, tout comme la récapitulation des graphies contenant telle lettre.
celle que nous utilisons dans toutes les situations d'apprentissage quand ce dernier est presque terminé mais qu'il reste quelques hésitations :
Lors de la séance de lecture oralisée, un enfant bute sur un son, par exemple "tion"
→ L'enseignant demande à la cantonade : « T.I.O.N, comment cela se prononce très souvent ? »
Là, deux solutions :
1) Soit un enfant répond : « [sjõ] ! » et, après rappel de l'enseignant : « c'est ça. T.I.O.N se prononce [sjõ] ! », on continue la lecture.
2) Soit personne ne sait et l'enseignant explique : « T.I.O.N se prononce [sjõ]. Nous allons lire quelques exemples ensemble. »
→ L'enseignant écrit alors au tableau l'un après l'autre et demande à un élève différent à chaque fois de décoder le mot et de l'employer dans une phrase orale qui en expliquera le sens :
la récréation - une addition - une soustraction - la respiration - la récitation - attention - l'aviation - une exception - ...
→ Il peut même finir l'exercice par un travail d'encodage et demander à plusieurs enfants successifs de venir au tableau pour écrire un mot transparent, c'est-à-dire un mot sans autre difficulté (lettre muette,son complexe, consonne double) que la graphie "tion" qui vient d'être apprise ou révisée, comme par exemple :
une punition - une réparation - une animation - une émotion - une opération
→ Lors de ces deux exercices, il essaiera d'aller assez vite pour pouvoir continuer la séance de lecture oralisée mais, si cela risque de décaler toutes les autres séances de la journée, eh bien, tant pis, le soir, il donnera le texte à relire seulement jusqu'à la phrase qui contenait ce mot difficile à décoder et, le lendemain, la classe reprendra le même texte.
♥ Avoir sur son bureau ou très accessible sur une étagère près du tableau un manuel de CP, du type Bien Lire et Aimer Lire, Je lis, J'écris, Écrire et Lire au CP, etc. permet d'avoir très vite, par simple consultation de la table des matières et un feuilletage rapide un réservoir de mots contenant la graphie à fixer.
♥ La lecture "en cascade", c'est-à-dire un élève après l'autre, sur un rythme soutenu, puis "au micro", c'est-à-dire tous les élève ensemble, comme des choristes munis d'un micro imaginaire, permet de faire lire rapidement une vingtaine de mots par une vingtaine d'élèves différents puis de faire relire tous les élèves ensemble en suivant au tableau.
Pour cela un simple tableau à craie ou à feutres effaçables suffit ; c'est il me semble beaucoup plus souple que ces TNI qui, pour ce que j'en ai vu, demandent des préparations importantes en amont de la journée de classe, pas toujours compatibles avec le suivi naturel d'une classe au jour le jour d'après les observations du moment.