L'École Primaire comme je voulais la raconter

Merci à Sixmainspourcréer pour cette illustration tirée de son blog.
Une fois n'est pas coutume, commençons par les plus grands.
Au CE2 (mais aussi au CM1 et au CM2), si le niveau est bon, je donne tout d'abord le texte en travail collectif de lecture. Nous travaillons pendant le temps de lecture oralisée, comme pour un texte de prose. Les élèves découvrent le poème en le lisant à voix haute, strophe après strophe. Nous en expliquons le vocabulaire et le sens.
À la fin de la lecture, nous refaisons une lecture cursive du poème entier et nous en profitons pour dire ensemble quels éléments devra contenir l'illustration future du poème. C'est à ce moment-là que je présente l'auteur du poème, en quelques mots, en me faisant aider par les élèves si nous avons déjà lu et appris des poèmes de cette personne.
Puis, contrairement à un texte de prose qui n'est pas destiné à être appris par cœur, je la fais relire, en entier ou strophe par strophe, par un ou plusieurs volontaires. D'autres volontaires peuvent participer à la deuxième puis à la troisième relecture. Nous débattons collectivement de l'intonation à donner, des effets de voix qu'on peut se permettre.
Nous travaillons bien sûr la fluidité de la lecture, mais surtout pas la « fluence » dans son côté « performance sportive chronométrée » puisque c'est souvent le défaut des élèves qui récitent : négliger l'intonation et précipiter leur articulation pour être sûrs de ne pas avoir un trou !
Enfin, en chœur, nous relisons lentement le poème pour commencer à le mémoriser. Ceux qui le veulent tentent alors déjà de réciter les premiers vers.
Je fais rarement recopier la poésie par les élèves, je préfère prendre le temps d'une longue dictée chaque jour et d'un exercice de grammaire ou d'orthographe de plus. C'est de la copie aussi mais ça a l'avantage de permettre de concentrer deux apprentissages en un seul temps de travail.
Ils collent donc la feuille A5 le plus souvent dans leur cahier de poésies et, s'il reste du temps, ils en commencent l'illustration.
Sinon, ils savent que désormais, lorsqu'ils ont fini leur travail écrit, ils peuvent, en plus des autres activités libres, illustrer leur poésie.
Je donne rarement le poème à illustrer à la maison car je ne suis pas très friande des mamans qui adorent dessiner à la place de Kikinou ou Kikinette, ni des pauvres gamins chez qui le cartable ne sort jamais et qui se retrouvent tout bêtes le jour où ils doivent réciter parce que le dessin n'a parfois même pas été ébauché. Je préfère le rappeler chaque jour, dans les moments de temps libre, et s'il le faut, l'imposer à celui qui n'a jamais « eu le temps » parce que le dessin, vraiment, ce n'est pas son activité préférée.
Il arrive aussi que je consacre la séance d'Arts Plastiques de la semaine à l'illustration de la poésie en employant une technique particulière (drawing gum, carte à gratter, encres, etc.).
Le soir, selon la forme du poème, je donne deux, trois ou quatre vers à apprendre. Si c'est deux, il y en aura deux de plus tous les jours ; si c'est trois ou quatre, ce sera tous les deux jours que je rajouterai les trois ou quatre suivants.
Lorsque nous avons le temps, la partie déjà apprise à laquelle s'ajoute la partie à apprendre est relue une ou deux fois en classe, mais ce n'est pas systématique.
Les élèves savent qu'ils peuvent « devancer l'appel ». Il y a un moment prévu le soir, après avoir préparé les cartables et avant que l'heure de la sortie ne sonne pour qu'un ou deux élèves récitent leur poésie.
Cela peut commencer dès le lendemain, à condition que l'élève volontaire la sache réellement par cœur. Je le renvoie à sa place après deux hésitations en lui suggérant d'attendre encore un peu avant de retenter le challenge.
Les élèves qui n'auront pas cherché à réciter plus tôt que la date prévue seront interrogés pendant les deux ou trois jours qui suivent le jour où j'aurai donné comme « devoir » : « Poésie : en entier », soit quand la dernière série de deux, trois ou quatre vers aura été donnée à apprendre seule.
Quand j'aurai dit que je ne fais jamais réciter plus de trois élèves d'affilée, pour ne pas lasser, et que les camarades de classe sont conviés à l'écoute du récitant et peuvent l'aider, cahier ouvert, quand il a un trou puis ensuite lui donner des conseils pour mieux déclamer, je crois que j'aurai fait le tour de la question.
Enfin, pour le choix, je suis assez exigeante. J'ai de la peine à comprendre qu'on puisse donner à apprendre aux enfants que nous sommes chargés d'introduire dans le monde des belles lettres des œuvrettes sans intérêt dont l'auteur est totalement inconnu.
Je préfère quant à moi me tourner vers les auteurs incontournables de la poésie francophone : Hugo, La Fontaine (au moins une de chacun des deux chaque année), Prévert, Carême, Menanteau, Cadou, Fort, Verlaine, Verhaeren, Moréas, Éluard, Desnos, Du Bellay, Charles d'Orléans, Charpentreau, ...
J'essaie aussi de donner, chaque année, un texte en prose, toujours choisi parmi les auteurs connus : Colette (Dialogue de bêtes), Duhamel (Zazou et Baba), Daudet (Installation), ...
Si le niveau de la classe est trop faible en lecture et que l'apprentissage autonome des poésies n'est pas encore acquis, faute d'entraînement les années précédentes, je travaille comme avec des petits de GS, CP ou CE1.
Et aussi PS, MS, mais ce sont beaucoup plus souvent des comptines que des poèmes.
L'exigence quant au choix du poème demeure, mais dans un registre plus (et même beaucoup plus) enfantin.
En revanche, c'est moi qui lis le poème, en entier, puis strophe par strophe, avant que nous l'expliquions ensemble vers après vers.
Quand nous avons fini ce travail, je relis tout le poème, par unités de sens que je fais répéter immédiatement à toute la classe.
Enfin, je relis la partie qu'ils devront réviser à la maison (CE1 et CP uniquement) et je la fais répéter plusieurs fois, jusqu'à ce qu'elle soit dite par tous sans erreurs.
Chaque soir, ou tous les deux soirs, s'il s'agit d'un poème dont les vers doivent être appris trois par trois ou quatre par quatre, nous faisons de même en ajoutant la suite à réviser à la maison. Avec les CE1 et les CP lorsqu'ils commencent à bien déchiffrer (janvier), cela se fait cahier ouvert, afin qu'ils puissent suivre du doigt ce que nous lisons et renforcer ainsi leur déchiffrage automatisé de la langue.
Au CP et au CE1, les élèves ont un cahier de poésies qu'ils illustrent comme les plus grands après avoir collé la poésie (autrefois, quand nous avions 27 heures de classe par semaine, ils la copiaient, mais depuis qu'ils ont perdu 3 heures de temps de classe, je préfère que l'écriture serve à faire autre chose en même temps : dictée, exercices, production autonome d'écrits).
Chez les plus jeunes (maternelle), je place les comptines et poésies dans leur porte-vue de la Période mais ce n'est pas le plus important, car le travail de mémorisation et d'acculturation se passe en classe. Le cahier, c'est pour faire plaisir à l'IEN et à certains parents qui prennent le temps de feuilleter le travail de leurs bambins à la maison.
C'est pourquoi, je fabrique pour chaque comptine ou poème une feuille bristol A4, sur laquelle le texte est écrit en minuscules scriptes, assez grosses pour être vues au coin regroupement. Nous décidons ensemble d'éléments de décor qui permettront de reconnaître le texte dont il s'agit. Ce décor est alors réalisé par la classe, quelques enfants ou même l'Atsem ou moi-même, selon l'âge des enfants ou le thème de la poésie (on retrouvera quelques éléments de ce décor sur la fiche qui sera dans le porte-vue, afin que les enfants s'y retrouvent et non pour époustoufler l'IEN et les parents par mes dons de créatrice).
Ces fiches restent affichées au tableau tant que dure leur apprentissage et il n'est pas rare que des enfants viennent les consulter en faisant semblant de lire comme moi lorsque nous l'apprenons, en suivant les vers du doigt pendant la lecture.
Ensuite, elles sont archivées dans une Boîte à Comptines et Poèmes qui reste accessible à hauteur d'enfants. De temps en temps, pendant le regroupement du matin en entrant en classe ou celui du soir, juste avant la sortie, je tire au sort une fiche, je la présente aux élèves qui la reconnaissent à son décor et nous la « relisons » ensemble.
Cette boîte peut aussi contenir des chansons. Dans ce cas, celles-ci sont retranscrites avec la partition.
Les enfants de CP et CE1 peuvent de même réciter avant l'heure, et l'échéance est la même que dans le cas d'un apprentissage individuel autonome en dehors des heures de classe (voir CE2 CM1 CM2).
Les plus jeunes (maternelle) peuvent choisir de réciter à plusieurs, en chœur ou en cascade. Chez les PS et MS, il es très rare qu'un élève veuille réciter seul et je ne les y oblige pas. En GS, en fin d'année, je les encourage à le faire « parce qu'au CP, ils devront savoir le faire ».
Comme chez les plus grands, je ne fais jamais réciter plus de trois élèves d'affilée, pour ne pas lasser, et les camarades de classe sont conviés à l'écoute du récitant pour pouvoir l'aider quand il a un trou ou lui donner des conseils pour mieux déclamer.