L'École Primaire comme je voulais la raconter
Imaginons un IEN qui vit depuis des années sur une autre planète... De retour sur Terre, en France, il imagine son école de rêve. Le problème, c'est que son rêve ne correspond pas forcément avec toutes les tendances actuelles. Comment le lui reprocher puisqu'il n'a pu, pendant toutes ces années, ni voir évoluer un enfant ou mieux plusieurs dizaines d'enfants, voire une centaine, ni se mettre au courant des constatations médicales concernant la jeunesse...
Par exemple, il ne sait pas, et ce sera l'objet de cet article, qu'actuellement les médecins déplorent les pertes de capacités cardiaques, le sédentarisme ou encore l'obésité chez l'enfant.
N'ayant pas cette connaissance, il ne peut s'employer à inverser la vapeur en conseillant de multiplier les activités physiques dans les écoles, les salles de motricité et les cours de récréation.
Au contraire, il peut trouver ces lieux inutiles, voire néfastes au bon développement des activités cognitives de l'enfant (cet adjectif, il l'a tellement entendu dès son arrivée qu'il est persuadé qu'associé au nom "sciences", il va révolutionner cet état imparfait qu'est l'enfance en devançant de 3 à 4 ans les apprentissages savants).
De ce fait, déjà perturbé du fait que les professeurs des écoles sont payés à « surveiller des siestes et changer des couches », le voilà qui cherche comment rendre rentables (autre mot dans l'air du temps) les après-midis des TPS et PS !
Et c'est ainsi que renaît l'idée de génie datant des années Darcos (2007 - 2010), déjà plus ou moins testée avant (ne me demandez pas d'où vient une bonne partie des problèmes dénoncés par l'OMS) :
À peine levés, le plus tôt possible, ils iront rattraper, en classe, le temps qu'ils ont perdu en sommeil ! Il est temps pour eux de reprendre le cours de leurs apprentissages ! À leurs professeurs des écoles de programmer du temps utile, rentable, dédié aux activités cognitives !
Et les professeurs de se lamenter in petto (il n'est jamais bon de s'opposer frontalement à un IEN) : « Mais qu'allons-nous faire ? Les enfants ne sont pas disponibles. Ils ont besoin d'un sas de réveil à leur rythme. On nous a demandé de les réveiller tôt et la suppression de la récréation les contraindra à rester enfermés dans la salle de classe deux heures entières, ce qui est énorme au regard de leur temps de concentration sur une activité. Quant à l'idée de faire un temps d'activités libres en classe, après 15 minutes, avec des enfants confinés, cela tourne vite au grand n'importe quoi... Et puis, ils entendront les MS et GS jouer dehors et voudront aller les rejoindre. »
Et cela sans contredire l'IEN qui veut du rentable dédié aux activités cognitives... Peut-être tout simplement en délocalisant la classe... Oui, mais où ça ?...
Peut-être dans un lieu où ils pourront :
tout en suivant au pied de la lettre les programmes scolaires de la maternelle...
Et ce lieu pourrait être...
En effet, dans cette cour de récréation, nous pouvons tout à fait, aidé.e.s par les Atsem, décloisonner les classes pour prendre en charge chaque après-midi 5 ou 6 ateliers auxquels pourront participer (librement, mais ça l'IEN n'a pas besoin de le savoir) nos jeunes étudiants en langue française, orale et écrite, en acquisition des outils mathématiques mais aussi en action, expression et compréhension à travers les activités physiques et artistiques et en exploration du monde !
Dans un coin de la cour, on installera tout au long de l'année :
Un.e adulte de l'école s'y installera et fera les activités de nettoyage, nourrissage, arrosage ou les semis, transplantations, élagage, désherbage, accompagnée.e par les enfants intéressés.
Le dialogue qui s'établira entre les enfants et l'adulte permettra chaque jour sans nul doute travailler à peu près tous les domaines d'enseignement prévus par les programmes et de développer toutes les fonctions cognitives et exécutives citées ci-dessus.
Cet atelier-ci est encore plus simple à mettre en place. Il suffit en effet de récupérer :
Ici, les adultes pourront n'avoir qu'un rôle de surveillance pour permettre aux élèves d'exercer à bon escient certaines de leurs fonctions exécutives (savoir inhiber certaines émotions). Le reste (langage oral, découverte des nombres, résolution de problèmes, exploration des solides, orientation de l'espace, explorer des grandeurs, créativité artistique, raisonnement, ...) se fera seul grâce aux échanges entre pairs.
Ce qui n'empêchera pas enseignant.e ou ATSEM d'intervenir pour aider à l'installation de tel ou tel point précis des programmes simplement grâce à sa participation à un court dialogue avec les enfants occupés à cet atelier.
Encore un atelier qui pourra tourner quasiment seul sans pour cela être un atelier occupationnel vide de ressources cognitives importantes pour nos jeunes étudiants-chercheurs !
En effet, ceux-ci exerceront :
Nous leur procurerons pour cela :
Toujours dans l'activité physique qui donne à agir, s'exprimer et comprendre, tout en renforçant les capacités cardiaques et pulmonaires, voici un atelier très prisé des tout-petits de 2 à 4 ans !
Le matériel est connu :
L'adulte qui observe, surveille, dialogue avec les TPS PS pense langage oral, outils mathématiques, organisation spatiale, expression, créativité pendant que ces derniers découvrent la joie de mener un projet à bien, de réussir un exploit sportif et la richesse des relations sociales !
Et si on ajoute à ce matériel des panneaux du code de la route, on pourra cocher en plus la case : produire des écrits signifiants à l'aide de symboles.
C'est un atelier que j'ai pu voir dans un parc de jeux naturels. Il consiste à pendre sur un portant différents objets sonores attachés grâce à des ficelles de différentes longueurs :
Pendant que les enfants jouent, ils exercent leurs capacités auditives, et particulièrement leur discrimination des sons proches, perfectionnent leur sens du toucher et la précision de leurs gestes, ce que les adultes traduisent immédiatement en acquisitions cognitives de haut niveau : manipuler et isoler les unités sonores, préparer au geste d’écriture, explorer les grandeurs (longueurs), ...
Atelier ô combien utile pour les IEN qui ont entendu dire que si, dès la naissance, les adultes répétaient aux enfants « A... BÉ... CÉ... UN... DEUX... TROIS... » en leur montrant les symboles correspondants, les résultats de la France aux évaluations PISA battraient des records jamais atteints...
Bref... L'avenir nous le dira... ou pas !
Donc un atelier de décloisonnement pour permettre aux enfants de prendre l'air et de se mouvoir librement sans risques de collision avec les tables, les chaises, les meubles de rangement, les bancs, les caisses de la salle de classe tout en satisfaisant aux normes établies par les chercheurs en sciences cognitives... Très simple !
Installons dans un coin de la cour, toujours à hauteur d'enfants :
Et laissons-les faire à leur idée en préservant l'intégrité du matériel toutefois. Cette fréquentation libre des symboles écrits, dans un environnement multi-âges, sans épée de Damoclès évaluative au-dessus de la tête, familiarisera avec l'écrit tous ceux dont les familles sont peu ou pas portées sur l'écriture. Elle permettra en outre à l'adulte qui passe de constater qu'ils progressent seuls en reconnaissance des lettres et des chiffres, en récitation de la comptine et en geste d'écriture. Ça n'ira pas beaucoup plus loin avec des enfants de TPS ou PS mais ils verront très certainement autour d'eux des enfants plus grands lire et écrire des syllabes, des mots, des chiffres, des nombres, les comparer et les ordonner, résoudre des problèmes, effectuer des tris et des classements, ...
Sous un préau, dans une cabane, recyclons:
Ailleurs, dans le bac à sable par exemple, ou sur une surface plane à l'abri recouverte d'un tapis de jeu, ce seront quelques petits véhicules solides qui supporteront d'être manipulés sur le goudron, le gravier ou le sable de la cour.
Ailleurs, pour quelques jours ou pour toute l'année, tout ce qui permet aux enfants d'imiter les activités des adultes qu'ils observent tous les jours et qui pourra susciter l'invention et la résolution de problèmes concrets de réunion, ajout, retrait, comparaison, écart, partage, ... surtout si le ou les adultes responsables de ces ateliers passent de temps et en temps et dialoguent un moment avec les enfants, en faisant flèche de tout bois.
Ces suggestions sont bien sûr à adapter en fonction de :
Un des rares inconvénients : cette organisation nécessite la présence de nombreux adultes dans la cour, ce qui peut choquer les personnes qui ont cru comprendre que les temps de récréation sont des temps de pause pour les enseignants.
Pour corriger cette légende urbaine, il suffit d'aller regarder le Code du Travail. Pour avoir droit à une pause pendant son temps de travail, il faut avoir des plages horaires de 6 heures de travail consécutif, ce qui est loin d'être notre cas.
Ceci dit, en raison du décloisonnement et de l'occupation des enfants par des activités très motivantes, c'est un moment où l'absence temporaire d'un ou deux membres de l'équipe des adultes se compensera sans aucun problème, charge à ces personnes de proposer à leurs collègues de s'absenter elles ou eux aussi dès leur retour.
Et sur ce, bonnes récréations à toutes et tous ! Euh... pardon... non... Bonnes activités décloisonnées d'exploration du monde en milieu ouvert !