Une collègue m'écrit : « Je suis enseignante en CE1 dédoublé et REP et je souhaiterais m’investir dans la production d’écrits car je tâtonne . Que pouvez vous me partager afin de les faire écrire tous les jours ? »
Voici ma réponse :
Bonjour A,
Qu'entendez-vous par les faire écrire tous les jours ? Voulez-vous :
- qu'ils écrivent, y compris en copiant et en écrivant sous la dictée,
- ou voulez-vous qu'ils rédigent chaque jour des phrases ou des textes sur un sujet que vous leur donneriez ?
Si vous choisissez la première option, c'est assez simple. Une dictée réussie par jour, c'est déjà une occasion de prendre l'habitude d'écrire en respectant les normes de l'orthographe française. Si on y ajoute les différentes occasions de copier, les exercices de français, les textes écrits collectivement au tableau (français, QLM) et la rédaction des phrases réponses en résolution de problème, nous arrivons à un niveau de préparation à la production d'écrits autonome déjà très satisfaisant. Il ne reste à ajouter que cette fameuse rédaction de phrases ou de textes, en collectif tout d'abord, afin de ne pas jeter certains enfants dans l'enfer du grand n'importe quoi (GE C pacoi écrir est ancor mouin quoman lécrir) puis, à pas comptés, en autonomie plus ou moins complète.
Je vous suggère pour cela de regarder la partie "Expression" du Guide Pédagogique de Lecture et Expression au CE que vous pouvez me demander par mail à l'adresse suivante : doublecasquette@gmail.co. Vous n'êtes pas obligée de suivre le manuel auquel il correspond, c'est juste pour que vous lisiez la progression des activités proposées aux élèves pour qu'ils sachent et aiment écrire et non pour qu'ils se débarrassent, plutôt mal que bien pour certains, d'un exercice dont ils ne tirent aucun bénéfice. Il me semble que dans ce guide (je l'ai écrit il y a quelques années et je ne le relis pas tous les jours), j'insiste sur la nécessité de faire comprendre aux enfants que la rédaction d'un texte, c'est comme "une dictée que l'on se fait à soi-même" et que la correction orthographique et syntaxique est aussi importante que le fond si l'on souhaite être compris. Si toutefois, vous ne retrouvez pas cette phrase dans ce guide, voilà, je vous l'ai quand même transmise
Si vous choisissez la seconde, celle de Célestin Freinet, la production quotidienne d'un texte libre, travaillez aussi comme Célestin Freinet, dans sa petite classe de Bar-sur-Loup. Chaque jour, les enfants produisent un texte en autonomie. Chaque jour, l'un de ces textes est exploité. Donc, chaque jour, contraignez-vous à faire lire à chacun à voix haute le texte qu'il aura produit la veille. Faites alors voter les enfants pour le texte qui leur aura paru le plus intéressant. Travaillez ensuite au tableau avec vos élèves sur la correction syntaxique (tournures de phrases, ponctuation) et orthographique de ce texte jusqu'à obtenir un texte "parfait" que chacun recopiera et illustrera sur son cahier de production d'écrits. Ne laissez pas de côté les textes des autres élèves et trouvez un moment pour corriger rapidement en présence de l'élève ses erreurs les plus grossières, avant qu'il n'archive ce texte, recopié ou non, dans son cahier. Si vous disposez du matériel adéquat dans votre classe, faites taper le texte du jour sur le blog de la classe par une doublette ou une triplette d'élèves et scannez l'une des illustrations produites pour l'illustrer. Si vous n'avez pas de blog, vous pouvez publier un journal, illustré ou non, que les enfants emporteront chez eux et communiqueront à une ou plusieurs classes correspondantes. Cette diffusion des textes avait selon Freinet une importance capitale : c'était parce que les enfants savaient qu'ils seraient lus par d'autres qu'ils s'attachaient à les écrire du mieux possible.
En conclusion, la production d'écrits, c'est l'aboutissement de toutes les activités de français : l'expression orale, bien sûr parce que c'est à l'oral que le cerveau organise ses idées, le geste d'écriture, pour que la main coure presque aussi vite que les idées, l'orthographe et la syntaxe, pour que le texte soit compris par ses lecteurs. Au CE1, c'est encore une activité très exigeante que la plupart ne maîtrise pas à la rentrée (sauf à faire semblant, à coup de phrases à transformer grâce à des répertoires) et qui reste encore très difficile pour certains en fin d'année, y compris parmi les "bons élèves". La commencer de but en blanc, à la rentrée, à marche forcée, sans prendre toutes les précautions d'un Célestin Freinet (qui, je le rappelle, avait ses élèves 30 heures par semaine et pouvait donner du temps au temps), c'est tout d'abord faire gravir l'Everest en tongs à toute notre bande de petits sherpas et nous démotiver en nous faisant croire que, selon notre sensibilté, soit nous sommes nul.le.s en pédagogie de l'écrit, soit c'est la faute des parents, des perturbateurs endocriniens, des nouveaux publics, des écrans, du sucre et de la perte de repères de la génération Alpha...
Bon courage et bonnes vacances !