• Conférences pédagogiques
    Prix Goncourt en 1920 pour Nêne,
    Ernest Pérochon exerça d'abord comme instituteur.

    Nos livres de lecture d'enfants regorgeaient d'extraits de ses œuvres pour adultes et de l'un ou l'autre de ses Contes des cent un matins.

    Découvert par hasard suite à l'achat des Gardiennes, que je souhaitais comparer avec le film, je lis actuellement "Le chemin de plaine", une version romancée de sa première année comme enseignant au sortir de l'École Normale de Parthenay au tout début du XXe siècle ; ce roman parut en 1921, date à laquelle il renonça à l'enseignement pour se consacrer à plein temps à la littérature.

    « Le roman, de facture réaliste, puise ses racines dans le quotidien d'un instituteur débutant dans un petit village du nord-ouest des Deux-Sèvres. » nous apprend Babelio.

    Réaliste, il l'est jusqu'à aujourd'hui dans certains de ses détails. Sa description de la Conférence pédagogique – aujourd'hui nous dirions Animation, mais c'est pareil – est criante de modernité innovante, à la sauce Éducation Nationale... Il ne manque que le vidéoprojecteur... Remettez-vous dans l'ambiance de l'époque, déplacements à pied ou en charrette tirée par un âne ou un cheval quand on en trouvait une rendant les plus courtes distances équivalentes à nos longs trajets en voiture ou en transports en commun, petites écoles à une ou deux classes dans le moindre des hameaux, instituteurs et institutrices fort mal payés mais tenus à une certaine réserve sociale et vestimentaire, et voyez par vous-mêmes :

    16 octobre : CONFÉRENCE PÉDAGOGIQUE

    — Dans la salle de classe d'Évrard que nous avons, hier soir, nettoyée à fond, tous les collègues du canton sont réunis pour apprendre de M. l'Inspecteur primaire [c'étaient leurs IEN de l'époque] des vérités premières sur l'enseignement de la langue française. Service commandé.

    Nous sommes trente-quatre : dix-huit instituteurs et seize institutrices. Beaucoup se plaignent ; le déplacement est quelquefois pénible et onéreux. Au fond, personne n'eût voulu manquer cette réunion. Les institutrices, depuis huit jours, ont passé leurs veillées à retoucher leur toilette et à rajeunir la garniture de leur chapeau [ Ah, ça, je l'ai encore connu en début de carrière, quand ces dames arrivaient avec la mise en plis de la veille et leur plus belle tenue et ces messieurs en costume cravate. Mais la fréquence des animations actuelles a fait disparaître ces contraintes-là, bien heureusement. On me souffle dans l'oreillette qu'une certaine loi intitulée École de la Confiance cherche à remettre au goût du jour les tenues correctes exigées... Qui vivra verra ! ].

    La conférence pédagogique est, pour certains qui habitent des hameaux inaccessibles, la seule sortie de l'année. Pour tous, c'est la seule occasion de saluer les collègues, ces collègues que l'on déchire parfois à belles dents mais que l'on a plaisir à retrouver quand même.

    L'esprit de corps existe chez nous. J'ai le droit de dire que mon frère est un sot, mais qu'un quidam se permettre d'être de mon avis, je me retournerai aussitôt avec la plus entière mauvaise foi et je ferai brutalement front. [Voir sur les réseaux sociaux, les critiques contre les collègues d'une part, et la façon violente dont tous se regroupent lorsqu'un parent non-prof vient poser des questions sur la façon dont la classe de son enfant est conduite...]

    Plaise à quelque La Rochefoucauld d'équilibrer à ce sujet une phrase rectangulaire ayant l'intérêt pour centre de gravité.
    Moi, pour l'instant, j'ai autre chose à faire.

    Élu secrétaire de séance, il me faut noter point par point les arguments de M. l'Inspecteur. Je ferai ensuite un beau-procès-verbal que je devrai recopier je ne sais combien de fois.
    Ces jeux sont inoffensifs. [Vive le traitement de texte, le photocopieur, internet et ses messageries électroniques ! En revanche, le petit jeunot qui se retrouve chargé du rôle de « rapporteur », tout le monde connaît ! ]

    Chaque année, les bureaux du ministère nous choisissent ainsi un sujet de méditation. Méditer n'est rien ; choisir le sujet est peut-être plus difficile. Le gros travail revient à ces messieurs des bureaux, comme il est juste. Ils y apportent une ingénieuse fantaisie et le plus candide optimisme. [Pourquoi ne puis-je m'empêcher de sourire en lisant ces phrases ?]

    Cette année, le pivot de l'enseignement est la langue française, mais l'an prochain, ce sera l'histoire, ou bien la morale, ou bien le dessin, le travail manuel, le chant, que sais-je ? Tous les douze mois, le pivot change, usé. [ Et de m'esclaffer en lisant celles-là ? ]

    Bien entendu, rien ne change en réalité ; rien ne change, heureusement !

    Quand perdra-t-on l'habitude de médire de la routine ? Si les instituteurs, oubliant qu'ils sont payés d'abord pour apprendre à lire aux enfants, n'opposaient pas la bienfaisante inertie aux suggestions des beaux esprits, on perdrait beaucoup de temps dans les écoles de la République. [ Nos aînés devaient être dotés d'esprits plus libres que certains des nôtres ou la main-mise de l'Administration était moins prégnante. Que j'aurais aimé et que j'aimerais encore lire ceci plus souvent ici et ailleurs sous la plume ou plutôt le clavier de mes collègues ! ]

    Ce n'est pas à dire qu'il ne vienne jamais rien de bon du fulgurant Olympe ; mais les dieux exagèrent toujours ; ils tirent un feu d'artifice pour allumer notre chandelle. [Suivez mon regard... Et puis celui-là... Et encore celui-là... et, oh et puis zut ! ]

    Nous écoutons donc M. l'Inspecteur ; il est plus à plaindre que nous. C'est sa première conférence de l'année et il hésite un peu ; ses mots pâteux ne viennent pas ; ils résistent ; ils collent comme du mastic. Il paraît que l'an passé, à cette même place, il a été bien plus éloquent ; c'était sa septième conférence ; il savait sa leçon.

    Il termine quand même lit d'un petit air détaché une étude sur l'enseignement du français au cours moyen, dont l'auteur est ce vieil instituteur qui, tout au fond de la salle, rougit.
    L'étude est originale ; je n'ai rien lu de semblable dans mes auteurs ; la langue est souple, ferme, riche.
    Pourquoi cet instituteur est-il si timide ? Qu'a-t-il à se faire pardonner ? Peut-être est-ce le ton du lecteur qui le blesse et l'humilie...

    Ayant achevé, à toute vitesse, les dernières lignes, M. l'Inspecteur lève la séance et chacun s'en va content...

    Voilà, l'animation est finie. Ensuite, il y a la pause – ici, un repas au restaurant, j'ai connu aussi en début de carrière – et quelques descriptions de collègues toujours aussi proches de ceux que nous côtoyons, à moins qu'ils ne soient nous-mêmes...

    Quelques extraits pour les courageux qui aiment l'Histoire, la petite, celle des gens tout simples...

    Voici l'institutrice de Chantefoy ; je la connaissais de réputation, Mlle... Au fait, comment s'appelle-t-elle ? Pour ses élèves, pour leurs parents et maintenant aussi pour ses collègues, elle est « la petite mère » et l'on finit par oublier son nom.  [...]
    La raison voudrait que cette institutrice se débattît du matin au soir, dans son école surpeuplée, contre une bande d'enfants déchaînés. Eh bien ! ce n'est pas ça du tout ! Elle ne punit jamais et son école est la meilleure de la région. 
    Au fond de vos yeux, « petite mère », la clef de ce mystère.
    Derrière elle, sur une chaise, elle a posé un filet gonflé de paquets ; ce sera fête demain à l'école de Chantefoy.

    La classe de Mlle Dubosc, de Courvoisin, est également réputée. Mlle Dubosc a les premiers prix au certificat d'études. Elle est haute, maigre, ascétique. Son regard est presque trop droit ; il me gêne. Je me revois petit garçon, pincé au retour d'une excursion buissonnière, ou bien conjuguant un verbe irrégulier aux quatre temps du subjonctif.
    Il doit faire froid à Courvoisin ! 

    Baron, un instituteur de trente ans, nouvellement nommé en commune, est le plus affairé, le plus dévoué des propagandistes. Il veut bien faire, il veut tout faire. Il écoute toutes les suggestions ; au moindre appel, il est là ! 
    Secrétaire de mairie, bibliothécaire, directeur d'une société de tir, président d'une société de tempérance, d'une société d'anciens élèves, d'une société d'éducation populaire, d'une section de la société contre la dépopulation des campagnes, trésorier d'une société de secours mutuels, secrétaire d'une panification, il ne trouve jamais une heure de congé pour cultiver son jardin. Demain, il protégera les animaux, surveillera les nids, repeuplera les rivières et créera une section des « Amis de l'arbre ». 
    Il ira ainsi jusqu'au jour où, malade, découragé, il enverra tout au diable, fera simplement sa classe et prendra un permis de chasse. [Aujourd'hui, en plus, après son burn out, il démissionnerait et créerait une société de coaching perso... ]

    Ensuite un vieux maître d'école d'un modèle aujourd'hui disparu, grand lecteur de Classiques de la littérature, « capable de réciter à rebours certaines pages des Essais [de Montaigne, NDLR] ou des Pensées [de Pascal, NDLR] ».

     Passons à sa voisine de gauche, que nous avons tous rencontrée, surtout si nous avons travaillé dans des écoles un peu beaucoup déshéritées parce que loin de tout ou situées dans des quartiers périphériques dans lesquels personne, sauf quelques dévoués propagandistes, ne vient très volontiers... 

    C'est une jeune fille de vingt-cinq ans dirigeant provisoirement une école de garçons dans un hameau perdu à quinze kilomètres de Lurgé. [...]
    J'apprends qu'elle ne sort par de l'École normale [l'ancêtre de l'ESPÉ] et qu'elle a été heureuse, pour entrer définitivement dans les cadres, d'accepter une nomination provisoire à ce poste déshérité.
    Ce n'est pas que la vie soit bien gaie dans ce hameau. Elle vit seule dans une grande maison délabrée et ne voit jamais personne. [...] Les veillées sont bien longues et bien longs les jours de congé. Le moindre voyage est pénible et compliqué ; aussi ne sort-elle jamais. [...]

    – En somme, mademoiselle, je vois bien que toutes les heures, là-bas, ne sont pas drôles.
    Elle se ressaisit et dit d'un air brave :
    Non ! mais il faut débuter ! Je ne me plains pas.

    Petite recluse, vous avez raison de ne pas vous plaindre : cela ne changerait rien.
    Mais je devine ce que vous ne dites pas. Je vous vois, l'hiver, au milieu de vos grands élèves ricaneurs et insolents. Je vous vois, le dimanche, derrière votre rideau : les filles du village s'en vont à la promenade [...]. Vous, mademoiselle l'institutrice, vous avez à peine le droit de traverser le village ; restez à la maison !
    Je sais que plus d'une fois vous avez envié le bonheur des servantes de ferme. Je sais que vous avez rêvé, soupiré, pleuré et que personne ne s'en est jamais inquiété...
    Bientôt, vous ne rêverez plus, mais peut-être pleurerez-vous encore secrètement.
    [...]
    Après le banquet, je la conduis à sa voiture : une petite charrette à âne, basse, étroite, sans ressorts, minable. Elle va parcourir quinze kilomètres, assise sur une planchette [...].
    Elle part après un salut cérémonieux. La fête est finie ! L'âne trotte d'un trot sec et pointu qui secoue terriblement la charrette...
    Je n'ai pas envie de sourire, vraiment. Pauvre petite recluse ! Je la plains comme si je n'avais que ça à faire.
    Allons, Tournemine, tu deviens stupide, tout à fait. Ce n'est pas ta faute si elle doit gagner son pain ; ce n'est pas ta faute si elle est isolée au milieu des rustres ; est-ce toi qui signas sa nomination ?

    Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui. D'ailleurs, ce livre parle très peu d'école, à part dans ce chapitre-là. À l'époque, instituteur, c'était un métier moins prenant qu'aujourd'hui, semble-t-il, et qui laissait des loisirs. On pouvait passer à autre chose lorsque, chaque soir, on fermait sa porte de classe jusqu'au prochain matin de classe, c'est très net.

    Sous forme de cadeau pour ceux qui auront lu jusqu'au bout, voici La maladie des doigts écartés, tirée des Contes des cent un matins, d'Ernest Pérochon qui resta auteur pour enfants, même après avoir abandonné le métier d'instituteur. C'est un texte qu'on peut faire lire aux élèves de fin de CE1 à CM2, il est parfait pour traiter par le conte, sans prêchi-prêcha, le problème de certains de nos élèves dysexécutifs qui, quand il faut manger, se reposer ou se coucher, sont d'excellents élèves mais qui, quand il faut travailler...

    Télécharger « La maladie des doigts écartés. Pérochon.pdf »


    7 commentaires
  • Ça tournoie autour d'une moribonde...
    Merci à l'Icem-pédagogie Freinet pour cette vraie peinture réalisée par un enfant d'école maternelle.

    Aujourd'hui, avant de lire les dernières nouvelles des débats autour du projet de loi École de la Confiance, j'avais plein de choses à faire, plein de chantiers à mettre en route ou continuer, pour la maternelle, l'élémentaire, le multi-niveaux, etc.

    Pour l'École Primaire quoi, cette institution vieille de bientôt 140 ans que certains députés ont découvert tout récemment, et qui est en train de se détricoter à toute allure après des années de patients démaillages, souvent insoupçonnables, parfois même souhaitables mais néanmoins dangereux, du moment où la direction de l'ensemble de l'édifice serait confiée à une bande de démolisseurs assumés.

    J'abandonne donc mes grands et petits projets et prends, à nouveau, mon bâton de pèlerin pour tenter, avec mes pauvres moyens, de la défendre, cette école conçue au départ par la Gueuse pour les gueux et qui avait si bien su, pendant 100 ans, devenir un maillon indispensable de l'Éducation Nationale à la française, rassemblant tous les « moins de six ans » : l'École Maternelle.

    Nous n'allons pas faire le recensement de ces démaillages, de ces accrocs au contrat de départ, de ce dévoiement d'un lieu conçu pour ne pas être une école au sens ordinaire du mot mais un lieu qui forme le passage de la famille à l'école, et qui garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie au travail et à la régularité de l'école.

    Les derniers de ces accrocs, tenaces, suffiront : 

    "Quatre amendements 1121, 1156, 1135 et 1123 prévoient une formation commune pour les intervenants de 0 à 6 ans. Cette mesure fait suite à une demande de l'OCDE qui a souligné en 2017 l'absence de culture commune de la petite enfance en France à la différence des autres pays de l'OCDE. L'amendement 1121 précise : "Afin d’acquérir une expertise et une culture communes et dans le cadre de l’accomplissement de leurs fonctions, l’ensemble des professionnels intervenant auprès d’enfants de moins de six ans bénéficient de modules de formation continue communs dans les conditions définies aux articles L. 6111‑1 et L. 6311‑1 du code du travail et peuvent demander à faire valider l’expérience acquise dans les conditions définies aux articles L. 6411‑1 et L. 6422‑1 du même code, en vue de l’obtention d’un diplôme national ou d’un titre professionnel enregistré et classé au niveau III ou au niveau IV du répertoire national des certifications professionnelles. Le contenu de ces modules et les modalités de cette validation sont fixés par décret". Reste en effet à mettre en œuvre ce rapprochement de métier bien différents." (Merci à S. L. qui m'a communiqué ces renseignements)

    Avec l'obligation faite aux communes de permettre l'accueil de tous les enfants de trois ans révolus planent à nouveau, en plus du financement obligatoire de l'école privée par les communes, même si elles disposent d'écoles maternelles publiques en nombre suffisant, les risques de voir refuser les « 2 ans » dont les parents font une demande de scolarisation, d'interdire les siestes à la maison sous prétexte de « manquement caractérisé à l'obligation scolaire » et autres joyeusetés du même genre.

    Un petit coup de Montessori obligatoire, un autre de livre orange pour la Grande Section et voilà le spectre d'une école uniformisée, organisée en modules d'acquisition de compétences gérés de A à Z par des « outils d'entraînement » atomisant le groupe-classe en petits groupes d'individus de même profil, au mépris de l'effet-groupe et de ses atouts, allant jusqu'à prévoir à la minute près l'organisation du temps scolaire (rappelez-vous les 10 minutes consacrées par C. Alvarez à chacun de ses élèves successivement, pour qu'ils acquièrent le déchiffrage automatisé le plus tôt possible), à conseiller le rabâchage ad libitum sans varier d'un millimètre la présentation de la notion et enfin, parce que sans cela, on ne serait pas dans le cassage complet des souhaits des fondateurs, en testant, testant et testant à nouveau, sans arrêt, pour chercher à savoir si la compétence est acquise avant d'aborder la suivante.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...

    Le contraire de l'École Maternelle chaleureuse, douce et affectueuse, qui initie les petits enfants sans même qu'ils s'en rendent compte au travail et à la régularité de l'école...

    Et pourtant, je vous assure qu'elle est cohérente, cette école maternelle-là, et qu'elle amène largement aussi bien aux savoirs fondamentaux que la monstruosité sans âme qui, en plus de tout ce que nous venons d'évoquer, parle de regrouper dans des « fermes aux mille gosses », les EPSF (établissements publics des savoirs fondamentaux), ces tout-petits, parfois contraints de paraphraser chaque jour Du Bellay lorsqu'ils montent  dans un car de transport scolaire : 

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

    Elle est cohérente et elle existe. Elle est simple à organiser et elle ne coûte pas plus cher que l'autre, loin de là.

    Elle n'oblige pas à l'achat de matériel coûteux, ne nécessite pas des tonnes de matériaux destinés à produire des œuvres plastiques somptueuses qu'on affichera sur Pinterest pour faire baver d'envie les collègues. Elle évite autant que faire se peut les méthodes toutes faites qui proposent d'amener de l'extérieur tout ce qui est censé s'adapter à tous les enfants.

    Elle préserve l'estime de soi des tout-petits en leur évitant l'évaluation d'apprentissages fondamentaux savants forcément déconnectés de leurs besoins actuels de développement.

    Elle cultive l'autonomie, la créativité, la confiance en soi, la sécurité affective par le jeu, les jouets, l'expression libre (appelée Patouille dans toutes les vraies classes maternelles), mais aussi par les regroupements autour de la vie quotidienne, d'une comptine, d'une image, d'un chant, d'un album, d'un conte, d'une idée ou d'un projet conçu par des enfants, pour des enfants.

    Elle fait la part belle au développement moteur et sensoriel des enfants, favorisant ainsi l'émergence de leurs capacités de reconnaissance sensorielle et de repérage spatial et développant à bas bruit l'émergence de leurs fonctions exécutives (organisation, jugement, abstraction, flexibilité mentale, gestion des émotions, inhibition motrice volontaire, raisonnement, créativité).

    Elle apprend le vivre ensemble et cultive l'éducation morale, l'égalité et la fraternité en favorisant les échanges entre enfants et avec l'adulte et en apportant des éléments culturels qui les aident à enrichir la palette de leur jugement moral.

    Ayant résolument opté pour le collectif, elle multiplie leurs occasions de communiquer par le langage, cultivant ainsi leurs capacités d'expression et de réception.

    Elle éduque pour pouvoir un jour instruire au lieu d'instruire par moments – Ah, ces alphabets serinés que Lola ou Pedro continuent à chantonner sans en maîtriser les paroles absconses ! Ah, ces techniques imposées d'arts plastiques qu'Emma et Enzo appliquent sans rien y comprendre et qui imposent à la maîtresse et à l'ATSEM des heures de découpage et d'agencement appliquées pour rendre les œuvres produites intéressantes (pour l'adulte qui passe...)  – et d'attendre le clash pour enfin éduquer à la vie en collectivité des enfants perdus qui n'y ont jamais trouvé leurs marques.

    Enfin, s'étant dégagée de tout ce qui volait du temps aux enfants pour satisfaire des désirs d'adultes (rentabilité, reconnaissance, exposition, évaluation) et ayant consciencieusement préparé le terrain par la pratique et le langage, elle peut commencer à instruire les plus grands de ses élèves dans le domaine des apprentissages fondamentaux savants et envoie à l'école élémentaire des élèves déjà bien débrouillés en écriture-lecture, en mathématiques et en connaissances sociales.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...

    Ce programme, assistée de Sophie Borgnet qui l'a largement illustré, je l'ai expliqué dans un livre qui expose théorie et pratique, cherchant ainsi à être utile à mes collègues.

    Bien qu'il ne colle pas tout à fait avec ces nouvelles bien inquiétantes, il a la volonté de créer autour des enfants, de leurs familles mais aussi de leurs maîtres, grands oubliés de la réforme qui se profile, une véritable école de la confiance. Confiance en leurs capacités, en leur désir de grandir et d'apprendre qui les mènera, à petits pas sans doute mais avec sérénité, vers les savoirs savants que les « grands » détiennent.

    Certains d'entre vous connaissent déjà ce livre, et j'ai eu de nombreux retours de collègues qui l'apprécient. Pour les autres, sachez que, via l'onglet Contact, vous pouvez me le commander directement (23 € prix éditeur + 5,28 € de timbrage), évitant ainsi les frais de port prohibitifs pratiqués par l'éditeur. Je me ferai un plaisir de vous l'envoyer.

    Ça tournoie autour d'une moribonde...


    votre commentaire
  • CP : Ateliers Mathématiques (5)

    Période 4, 1re partie :

    Pour les nouveaux qui arrivent en cours de route, je me permets de les informer qu'ils trouveront les tenants et les aboutissants de la méthode dans les articles précédents (voir liens en fin de page).

    Pour les autres, nous continuons. Voici les trois premières semaines de la cinquième période (Mai - Juin). L'enrichissement du répertoire mental additif et multiplicatif des élèves continue puisque ces trois semaines seront consacrées à l'acquisition et la décomposition des nombres, dizaine par dizaine, des nombres de 30 à 69, puis de 70 à 79, commençant ainsi à formaliser tout ce qui a déjà été introduit intuitivement, par le jeu, le langage et les activités motrices, autour des irrégularités de langage de la première centaine. 

    Les élèves sachant désormais lire et ayant peu ou prou étudié toutes les graphies nécessaires, un entraînement quotidien à l'écriture littérale des noms de nombres est mis en place. Vous savez sans doute tous ce que je pense du « par cœur » laissé à la charge des familles, vous ne vous étonnerez donc pas que ces « mots-nombres » soient vus et revus en classe, de manière à ce que leur orthographe se fixe dans la mémoire de chacun, par habitude de les fréquenter.

    L'automatisation du système de numération décimale continue grâce aux bouliers, à la monnaie, aux bûchettes et autres petits objets, elle est désormais complétée par le calcul mental visant à regrouper la dizaine d'un côté, les unités d'un autre.

    Ceci débouche sur les techniques opératoires, dès le Module 25 : additions puis soustractions sans retenue dans un premier temps, puis introduction de l'addition et de la multiplication posées avec retenues, rendues simples grâce au jeu du « Dix caché » et aux nombreuses manipulations menées en amont autour des décompositions du nombre 10.

    Les problèmes sont toujours aussi présents, en image ou, de plus en plus, grâce à un simple texte accessible désormais à des élèves qui sont tous au moins lecteurs lents à cette période de l'année scolaire.

    Quant aux mesures et à la monnaie, elles sont toujours la base de l'acquisition du calcul et de la numération, elles restent donc présentes, tout au long des semaines.

    1) Les activités physiques et sportives

    Elles perdent peu à peu leur caractère obligatoire ; elles peuvent néanmoins subsister, en salle, dans la cour ou dans la classe. En cette dernière période, elles sont moins motrices et plus portées sur la réflexion. Certaines peuvent être adaptées au travail sur table ou en regroupement autour du tableau.

    Du plus petit au plus grand - Marelles - Le pendu - Commandes de doigts et Jeu du Dix caché - Rythmes chantés  

    2) Les activités sensorielles individuelles ou de petit groupe:

    Les déménageurs - Banquier - Les marelles - Scrabble - Problèmes en images - Entraînement au calcul sous forme de Jeux de la machine (à comparer, à additionner, à soustraire, à multiplier, à partager) et sous forme de tables à remplir - Les démonteurs de figures - Les comparateurs

    3) Le langage :

    Description précise des séances quotidiennes de langage autour des mathématiques, en groupe-classe, pour aller plus loin et toucher tout le monde.

    4) Les traces écrites quotidiennes

    À reproduire ou projeter au tableau pour que les élèves les recopient sur leur cahier de mathématiques.
    Quelques rares traces écrites nécessitent une fiche (un quart de feuille A4) par enfant.

    En vue de ne pas vous retrouver débordés,
    pensez d'ores et déjà
    à collecter pour votre classe :

    • des dés traditionnels - des dés à 10 faces (remplaçables par des cartes-nombres, fournies dans le matériel pour l'enseignant
    • de la  monnaie factice,
    • des récipients de 1 à 10 dL ; semoule fine/sable/eau...
    • du petit matériel (bûchettes, jetons, boutons, haricots, crayons, piques à brochettes en bois, pâte à modeler...)
    • des bouliers ou 10 bandelettes de 10 boules (fournies dans le matériel de l'enseignant), et 1 cache en carton par élève.

    Le matériel

    Les modules pour l'enseignant :

    Module 25 :

    Télécharger « Ateliers mathématiques M25.pdf »

    Module 26 :

    Télécharger « Ateliers mathématiques M26.pdf »

    Module 27 :

    Télécharger « Ateliers mathématiques M27.pdf »

    Les fiches récapitulatives pour les traces écrites :

    Module 25 :

    Télécharger « Module 25.pdf »

    Module 26 :

    Télécharger « Module 26.pdf »

    Module 27 :

    Télécharger « Module 27.pdf »

    Dans la même série :

    CP : Ateliers mathématiques - 1   CP : Ateliers mathématiques - 1bis ; CP : Ateliers Mathématiques - 2CP : Ateliers Mathématiques (2bis)CP : Ateliers Mathématiques (3)  ;  CP : Ateliers Mathématiques (3 bis)  CP : Ateliers Mathématiques (4)  ; CP : Ateliers Mathématiques (4bis)  ; ... ;

    Nota Bene : Pour ceux qui continuent à préférer une progression plus classique, avec un fichier d’exercices quotidiens, je ne saurai trop vous conseiller l’excellent Compter, Calculer au CP, de P. Dupré, illustré par S. Borgnet, chez GRIP Éditions. J'en avais écrit un Guide Pédagogique qui n'a finalement pas été retenu par l'éditeur. Je peux envoyer ce guide par mail à toute personne qui m'en fera la demande par Contact.


    votre commentaire
  • CP : Écriture-lecture, début janvier (2)

    Merci à Xavier Laroche, pour son illustration

    LUNDI APRÈS-MIDI

    13 h 20 - 13 h 30 / 13 h 30  - 13 h 40 : Accueil et Temps incompressible

    13 h 40 - 14 h 25 : Écriture-lecture 

    Relations aux programmes : Lire : Identifier des mots de manière de plus en plus aisée Écriture : Transcrire des mots avec les correspondances entre diverses écritures des lettres (scripte cursive) / Vérifier la conformité de la copie par comparaison avec le modèle / Acquérir quelques connaissances sur la langue : mémoire orthographique des mots / Connaître les correspondances graphophonologiques / Connaître la valeur sonore de certaines lettres (s) selon le contexte.

    Après avoir posé sur leur table leur cahier du jour ouvert à la bonne page et, par-dessus, leur livre de lecture, les enfants commencent par un moment de langage oral, exclusivement ciblé sur le contenu de la page 2 : le texte, les illustrations, la graphie du jour.

    Xénophon : C'est l'histoire d'un pirate qui s'appelle Rusé-Renard.

    Zéphyr : Il habite sur une île. C'est l'île de Rose. Mais pas Rose qu'on a dans la classe. Une autre Rose.

    Albert : Non, c'est la rose. La rose rouge. Une fleur, quoi.

    Zéphyr : Aaaaah ! Moi, je croyais que c'était une fille ou une dame qui s'appelait Rose ! Pfffff !

    Bilal : En fait, c'est pas son histoire. Enfin si. Mais pas vraiment. Paske, au début, ça nous parle de Malo.

    Coline : Oui, c'est une histoire que Malo nous lit.

    Dounia : De son préféré livre. Paske Malo, il aime que les histoires de pirates...

    Eddy : Et de trésors ! Des trésors avec des sous en or et des pierres précieuses qui coûtent très chères.

    Fatou : Dans Rose et dans trésor, on entend la lettre S qui fait [z].

    Gabrielle : C'est quand elle est entourée par des voyelles. Une voyelle avant et une voyelle après. Là, elle ne se prononce plus [s] mais [z].

    Hicham : Le trésor du pirate, il est bien planqué ! Personne y sait où il est. Que lui !

    Ilan : Le pirate, y fait peur sur le dessin. Il a l'air super méchant. Il a une épée en or et une grande barbe. Et des bottes. Et un chapeau. Et un truc rouge autour de sa tête.

    Joris : Ouais, un foulard. C'est comme dans Pirates des Caraïbes ! Ça fait peur ! Les pirates, y z'égorgent tout le monde, comme ça. Y mettent leur couteau entre les dents, y sautent sur les bateaux des autres, y font des gros yeux méchants et ziak ! ziak ! ziak ! Y leur passent leur poignard sur le cou en les tenant comme ça et y les égorgent, ça s'appelle. Y'a du sang partout, c'est dégueu... dég... dégoûtant. Voilà : c'est dégoûtant !

    Katia : On va pas lire ça, quand même, maîtresse ?Paske moi, ma mère, elle veut pas que je lise ça, hein...

    Enseignant : Qu'en pensez-vous ? Allons-nous lire les horreurs que nous raconte Joris ?

    Loan : Bah non. C'est un livre de CP, pas un film pour adultes. Moi, j'ai pas le droit de regarder des films violents ; mes parents, ils veulent pas.

    Maya : Moi non plus, j'ai pas le droit. Ni chez papa, ni chez maman. Que des dessins animés pour enfants chez papa et, chez maman, j'ai pas la télé...

    Joris : T'as pas la télé ? T'as pas de tablette, non plus ! Mais qu'est-ce que tu fais, alors ?

    Enseignant : Maya et Joris, vous continuerez cette conversation passionnante à la récréation. Pour le moment, nous revenons à la page de lecture. Nino ?

    Nino : Bah, je crois qu'on a presque tout dit, déjà. Sauf le trésor... Il y a des diamants, des é... d'argent, j'ai oublié le nom de ces pièces-là... Et puis... de l'or, des pierres précieuses rouges et d'autres jaunes mais pas des vertes.

    Enseignant : Très bien. Olympe ? Et puis après, nous lisons parce que là, nous pourrions continuer tout l'après-midi mais le temps nous est compté, vous le savez bien.

    Olympe : Les sous, c'est des écus. Les pierres rouges, des rubis, et les jaunes, des... topazes. C'est écrit là, en bas.

    Enseignant : Voilà. C'est parfait, Olympe. D'où l'importance d'apprendre à lire... Quand vous saurez bien lire, vos yeux iront tout seuls chercher les renseignements dans le texte... Vous ne pourrez même plus faire autrement. Alors, reprenons où nous en étions ce matin. Je l'ai noté pour ne pas oublier. Le premier lecteur sera Ulysse qui nous lira le titre et le premier paragraphe, puis Vanina nous lira le deuxième, Willy, le troisième, Xénophon, le quatrième et Albert, le cinquième. Les autres liront dans leur chuchoteur en essayant d'aller aussi vite que leurs camarades qui lisent à voix haute. Ensuite, nous ferons la dictée et l'exercice sur le cahier du jour.

    Peyo : Et après... le nouveau cahier d'exercices que la maîtresse va nous distribuer !

    Enseignant : Eh non... Je vous expliquerai tout à l'heure. Nous écoutons Ulysse qui va essayer de lire comme un papa ou un maître qui lit une histoire à des enfants.

    Ulysse : Le trésor... du pirate.... Le trésor du pirate... Malo adore... les livres qui parlent... de pirates et de... trésor... Malo adore les livres... qui parlent de pirates et de trésor.

    Vanina : À... la... b... i... bi... b...l... bl... bibl...i... bibliothèque ?... 

    Enseignant : Oui, c'est ça. Bravo Vanina. Continue. 

    Vanina : il... a.... p... non... t... r... tr... o... tro... u...

    Enseignant : O.U., quel son ?

    Vanina : ou ?... t... r... tr...o... non ou... t...rou... trou... trouvé ?...

    Enseignant : Oui. Ça avance, tu vas y arriver. Allez, je t'aide maintenant. Nous recommençons depuis le début : À... la... bi-bli-o-thè-que... il... a... trou-vé...

    Vanina (et l'enseignant) : un... li...vre... qu...il... lit... et... re... lit... tous... les... jou-rs...

    Enseignant : Très bien, Vanina ! Prenez votre micro, les autres, nous relisons tous la phrase avec Vanina : À la bibliothèque... il a trouvé... un livre... qu'il lit et relit... tous les jours. Tu continues, Willy ?

    Willy : Sur... l'î-le... de... la... Rose... Rou-ge... vit... le... p-lus... g-ra... non... g-rand... et... le... p-lus... mé-cha...chant... pi-rate... de... tous... les... te..temps... de tous les temps... Sur l'île... de la... Rose-Rouge... vit le... p-lus... plus gr... plus grand... et le p... plus... mé-chant pirate... de... tous... les temps ! Ouf !

    Enseignant : Bravo Willy ! Ce sont vraiment des progrès phénoménaux que tu nous montres là ! Tu vois, Vanina, toi aussi, bientôt, tu liras comme Willy !... Xénophon et Zéphyr, nous vous écoutons pour la fin... Ilan, ton chuchoteur et au travail. N'oublie pas que j'écoute tout... Je veux t'entendre. Allons-y !

    Xénophon : Son nom est Rusé-Renard ! Tout le monde s'écarte quand il passe !

    Zéphyr : Pour-tant... tout le monde... a en-vie de... sa-v... savoir où... Rusé-Renard a... ca-ché... son trésor ! Un trésor... é-norme... de l'or... des bi-joux... des é-cus d'ar... d'argent... des di-amants... des rubis... des to-pa-zes... topazes... Pourtant... tout le monde a envie... de sav... savoir où Rusé-Renard a caché son trésor ! Un trésor... énorme : de l'or, des bi...joux, des é...cus d'argent, des... di...diamants, des rubis, des to... topa... topazes...

    Enseignant : Très bien, fermez et rangez votre livre mais gardez  votre cahier du jour. Nous commencerons par la dictée.
    Aujourd'hui, ce sont des mots dans lesquels
    nous écrirons la lettre S quand nous prononcerons le son [z].
    Pour vous entraîner, nous allons d'abord relire les morceaux de mots que nous avons lus ce matin et nous les épellerons. Prenez votre micro. Prêts ? Allons-y ! 

    Toute la classe lit et épelle les logatomes qui sont restés affichés au tableau depuis le matin, puis chaque enfant prend son crayon à papier et s'apprête à écrire les mots dictés (la tisane ; une usine ; une église ; un vase ; le renard rusé ;
    une chemise grise ; des provisions ; une case ; le visage
    ).

    Pour chaque mot, l'enseignant fait rappeler par un élève différent comment il va écrire le son [z], puis il le dicte lentement, syllabe après syllabe : « la... plus loin... ti...sa...ne... la tisane... »

    Lorsque le mot comporte une difficulté lexicale (renard - visage) ou grammaticale (des provisions), il demande aux élèves s'ils connaissent la difficulté, les aide à exposer la règle (renard parce que renarde et renardeau ; visage parce que tous les mots qui se terminent par le son [ʒǝ] se terminent par -ge ; comme il y a plusieurs provisions, il faut terminer le nom par la marque du pluriel des noms s).

    Après chaque mot, un enfant différent l'épelle et l'enseignant écrit le mot correctement orthographié au tableau. Les élèves qui ont fait une erreur barre entièrement ce mot d'un trait horizontal tracé à la règle et recopie le mot juste au-dessous, en rouge, « pour que ça se voie bien et que leurs yeux puissent apprendre à leur cerveau l'écriture correcte de ce mot ».

    Une fois ce travail fini, le maître montre (ou projette au tableau) la page 3 qu'il commente.

    Enseignant : Désormais, vous n'aurez plus de cahier d'exercices photocopié car vous écrivez vite et bien. Tous les jours, avant ou après la dictée, vous ferez un ou deux des exercices qui se trouvent ici, après la lecture du jour et une dictée que nous lirons ensemble.
    Regardez : Exercices... C'est écrit là... En-dessous, vous voyez,
    en caractères gras, trois numéros et trois consignes. Ici, le numéro 1, là, le numéro 2 et là, le numéro 3.
    Aujourd'hui, nous allons faire le n° 2, c'est pourquoi j'ai écrit cela, en abrégé, c'est-à-dire avec des lettres, des chiffres et des signes qui permettent d'écrire plus vite. Je vous déchiffre ça : N et le petit rond, cela signifie numéro, nous allons donc faire l'exercice numéro 2, P signifie page, donc, c'est le numéro 2 de la page 3.

    Je vous ai écrit la consigne en rouge pour que nous la lisions tous ensemble, mais que vous compreniez qu'il en faut pas la recopier. Albert va nous la lire.

    Albert : Je ré-ta-blis... l'or-dre... de la... phrase... Je rétablis l'ordre de la phrase.

    Bilal : Il faut lire les étiquettes et chercher l'histoire que ça raconte.

    Coline : La phrase, elle commence par Rusé-Renard, parce que c'est le seul mot qui a une majuscule.

    Dounia : Et elle finit par... tré... sor, trésor parce que c'est le seul mot qui a un point après.

    Eddy : Après c'est fastoche... Y reste son et puis a caché.... Alors, c'est... chuuuut ! je le dis pas !

    Enseignant : Voilà, tu ne le dis pas. Tu as tout dit ou presque mais tu ne le dis pas... Vous commencez tous par Rusé-Renard et vous finirez par trésor après avoir placé son et a caché de manière à ce que votre phrase commence par une majuscule, finisse par un point et raconte une histoire que nous comprenons. Je vais aider ceux qui ont besoin de moi. Vous pourrez illustrer cette phrase après avoir tracé votre cadre à la règle comme nous l'avons appris.

    Les élèves terminent l'exercice chacun à son rythme puis illustrent la scène. Lorsqu'ils ont fini, ils apportent leur cahier à l'enseignant qui se tient près d'Ilan, Vanina et Willy qui, malgré sa nouvelle autonomie, a encore besoin d'aide pendant les exercices écrits.
    Ils vont ensuite s'installer aux coins-jeux (jeux de construction, modèles réduits de personnages, véhicules, objets divers...) ou prennent le matériel nécessaire à une activité ludique (feuilletage de livres, papier à dessin et feutres, colle, ciseaux et papiers de couleur, puzzles, pâte à modeler, jeux de société ou de mathématiques, ...) qu'ils pratiqueront à leur place, seuls ou avec un voisin de table.

    14 h 25 - 15 h 00 : Questionner le monde

    Relation aux programmes : Pratiquer, avec l’aide des professeurs, quelques moments d’une démarche d’investigation : questionnement, observation, expérience, description, raisonnement, conclusion / Quelques propriétés des solides / Observer et utiliser des outils et des objets techniques et identifier leur fonction / Identifier des activités de la vie quotidienne faisant appel à des outils et objets techniques / Interdisciplinarité : caractéristiques du développement de certains végétaux (Vivant)

    15 h 00 - 15 h 15 : Poésie

    Relation aux programmes : Écouter pour comprendre des textes lus par un adulte / Conserver une attention soutenue lors de situations d’écoute / Mémoriser des textes

    • L'enseignant annonce qu'il va interroger les élèves qui n'avaient pas encore récité la poésie apprise avant les vacances de Noël et que, pendant ce temps, leurs camarades pourront les écouter ou sortir leur cahier de rédaction dans lequel ils dessineront ce qu'ils raconteront par écrit après la récréation.
    • Pendant le quart d'heure suivant, les élèves à interroger se succèdent devant le tableau. Certains élèves les écoutent en les regardant, d'autres en dessinant.

    15 h 15 - 15 h 30 : Récréation

    15 h 30 - 15 h 45 : Temps incompressible

    15 h 45 - 16 h 20 : Production d'écrit

    Les élèves sont conviés à ouvrir leur cahier de brouillon et à écrire ce qu'ils veulent pour raconter une histoire qui leur est arrivée, une histoire qu'ils ont inventée ou une histoire qu'ils ont lue ou qu'on leur a lue.

    L'enseignant rappelle les consignes de base de cet exercice de production d'écrit :

    Enseignant : Vous vous souvenez que vous devez toujours essayer d'écrire les mots comme ils s'écrivent dans les livres et dans les dictionnaires et que vous pouvez regarder dans votre livre ou vos cahiers, si vous ne vous souvenez plus d'un mot. Vous pouvez aussi attendre que je vous appelle et je vous l'épellerai. Vous devez aussi vous rappeler que vous devez les mettre d'accord entre eux. Qui peut me donner un exemple de mots d'accord entre eux ?

    Fatou : Les provisions. On met un S à provisions parce qu'il y en a plusieurs. On le sait parce qu'on a dit les provisions : ça veut dire qu'il y en a plusieurs.

    Gabrielle : Des écus d'argent. Il y a plusieurs écus alors le nom écu est au pluriel, c'est pour ça qu'il faut mettre l'article des. Ils sont d'accord : « Je suis au pluriel, dit le nom, alors toi, l'article, tu te mets au pluriel pour que tout le monde comprenne. »

    Enseignant : Très bien. Les noms et les articles sont les seuls mots qui se mettent d'accord entre eux ? Hicham, qu'est-ce que tu en penses ?

    Hicham : Oui, je crois. Euh, peut-être pas... Je sais plus trop...

    Ilan : Moi, c'est comme Hicham. Je sais pas.

    Enseignant : Je vous aide... Des mots qui expliquent ce que nous faisons ou ce qui nous arrive.

    Hicham : Ah oui ! Les verbes !

    Ilan : Ah oui ! Les... verbres !

    Joris : Pfff ! Y le savait même pas ! Y  copie juste son copain adoré à lui...

    Enseignant : Et qu'est-ce que cela peut bien te faire, à toi ? Au moins, maintenant, il le sait un petit peu mieux. N'est-ce pas, Ilan ?... Les mots qui expliquent ce que nous faisons ou ce qui nous arrive, ce sont des... ? Ver...bes... des verbes. Alors, que font-ils, ces verbes ? Avec qui doivent-ils se mettre d'accord 

    Joris ; Avec les preunoms... Je... suis un horrible méchant pirate... Tu... es un horrible méchant pirate... Rusé-Renard est un horrible méchant pirate !...

    Enseignant : Des prOnoms, Joris... Mais, dis-moi, Rusé-Renard, c'est un prOnom ?

    Katia : C'est un nom, pas un preunom... euh, prOnom...

    Joris : Ouais, les noms ou les preunoms, c'est pareil. Ils font obéir le verbe. Je suis moi, alors tu t'écris comme ça... On a tous les modèles là, sur les feuilles, d'abord. Alors on ferait mieux d'écrire maintenant, non ? Paske sinon on va oublier ce qu'on voulait raconter. Moi, je veux raconter mes cadeaux de ...

    Enseignant : Stop, stop, stop ! Tu as raison, il faut s'y mettre maintenant, sinon, ce ne sera plus la peine de commencer. Je vous appellerai par deux à ma place, comme d'habitude, en commençant par Fatou et Gabrielle puisque c'est leur tour. Je vous rappelle que vous devez laisser une ligne vide entre deux lignes écrites pour que nous puissions corriger. N'oubliez pas, sinon je serai obligé d'effacer. Mettez-vous des points en début de ligne. Je mets le minuteur en route et dans 3 minutes, j'appelle Fatou et Gabrielle. Si vous avez fini, avant que ce ne soit votre tour, vous prendrez comme d'habitude votre cahier de rédaction et vous commencerez à illustrer votre phrase sur la page de dessin. Nous sommes d'accord ? Alors, allons-y !

    L'enseignant s'installe à côté de Vanina, Ilan et Willy et, comme prévu, met son minuteur en route. Pendant ces trois minutes, il va aider ses trois élèves à démarrer un projet à la mesure de leurs capacités d'écrivains : quelques mots qu'ils recopieront dans leur livre de lecture, une phrase très simple composée de mots vus et revus, etc. Lorsque le minuteur sonne, il fait venir Fatou et Gabrielle qui s'assoient l'une à sa droite et l'autre à sa gauche à la table commune où sont déjà installés leurs trois camarades.

    Il commence par le cahier de Fatou. Celle-ci a écrit :

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Enseignant : Je lis... défoi... le... S... il... fé... z... q... qu'est-ce que c'est que cette lettre, là, Fatou ?

    Fatou : C'est... A ? Quand, ça s'écrit bien Q.U.A.N.D, non ?

    Enseignant : Je veux bien te croire, mais ce n'est pas comme ça que je t'ai appris à l'écrire... Je t'entoure ce mot, tu le gommeras et tu me feras un joli A à la place de cette lettre qui ne ressemble pas à grand-chose. Continuons... défoi... Première chose, tu as oublié un détail : par quoi devons-nous commencer les phrases ?

    Fatou : Oups ! Une majuscule ! J'ai oublié... Attends, je vais le faire tout de suite...

    Enseignant : Non, pas tout de suite, il y a un autre souci. Ça ne s'écrit pas comme ça du tout. Enfin, si... pour les lettres D, F et OI... Alors, d'abord, ce sont deux mots : des... l'article que tu connais et qui s'écrit... ?

    Fatou : D.E.S.

    Enseignant : C'est ça... Sans oublier la majuscule... Et puis le nom fois que tu as bien écrit, bravo, parce que nous n'avions pas encore vu l'écriture du son [wa], mais qui finit par la lettre muette S. Je t'indique tout ça sur la ligne en-dessous... Regarde : 2 patates pour tes 2 mots ; un petit trait au début du premier pour que tu penses à la majuscule et S à la fin du deuxième pour que tu n'oublies pas cette lettre muette. Et tu gommes quand pour le réécrire avec un joli A !
    Ah ! Et puis que j'ai oublié. C'est le verbe faire avec une écriture du son [ɛ] que nous ne connaissons pas encore : F.A.I.T. Je te l'écris, c'est plus simple.

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Tu peux retourner à ta place. Hicham, tu viens t'installer à la place de Fatou, s'il te plaît. Pendant ce temps, je regarde le texte de Gabrielle.

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Ah mais, c'est déjà très bien tout ça... Alors.. Avec... c'est bon, mon... c'est bon, frère... aussi... et parfait... pui... ah, un petit oubli : il y a une lettre muette... Puis s'écrit P.U.I... ?

    Gabrielle : S ! P.U.I.S ! J'avais oublié. Tu me le marques ?

    Enseignant : Je t'entoure la ligne d'écriture, tu comprendras... mes... c'est ça... parents... ah, là, il y a un petit problème pour l'écriture du son [ã]... Si ce n'est pas l'un, c'est l'autre...

    Gabrielle : E.N ?

    Enseignant : Oui, et une lettre muette pour le féminin : un parent et une ... ?

    Gabrielle : parente ! E.N.T... C'est comme hurlement, alors ?

    Enseignant : Comme hurlement, c'est ça. Nous continuons, tes camarades attendent... je suis... parfait. allée... ah, là, en revanche, deux erreurs... Tu ne l'as encore jamais écrit ? Regardons un peu en arrière... Ah ! Voilà ! Tu peux m'épeler cela, s'il te plaît ?

    Gabrielle : A.2L... ah oui ! É. .. et puis E parce que je suis une fille !

    Enseignant : Très bien. Je t'ajoute deux petits traits pour que tu penses à ce que tu as oublié. Au ski... alors, au... nous ne l'avons pas encore appris, c'est A.U., nous allons le voir bientôt. Et ski, ce n'est pas la bonne lettre pour le son [k]. Tu te souviens, nous en avions parlé, les noms qui nous viennent des pays froids du nord de l'Europe... 

    Gabrielle : Ah oui, K ! Tu me l'entoures ? Je le gommerai.

    Enseignant : Oui, voilà, c'est tout prêt.

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Joris, tu viens ? Ça va bientôt être ton tour. Hicham, fais-moi voir ton œuvre.

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Rusé-Renard, c'est parfait... Et ? Rusé-Renard et puis qui donc ? Regardons la suite : et le plus méchant pirate qui existe. Tu es sûr que tu parles de deux personnes ?... Il y a Rusé-Renard, et puis il y a le plus méchant pirate qui existe ?... Du calme, les autres. Ceux qui ont fini leur phrase prennent leur cahier et dessinent, nous l'avons dit tout à l'heure : il n'y a donc aucune raison qu'il y ait ce brouhaha... Alors, Hicham ? Deux personnes ou une seule personne ?

    Hicham : Bah non. C'est lui, le plus méchant pirate. C'est Rusé-Renard. On l'a lu tout à l'heure.

    Enseignant : Alors ? C'est le mot et qui s'écrit E.T. ?

    Hicham : Haaaa ! Non, c'est E.S.T. Il peut être méchant.

    Enseignant : Bon. Ensuite : plus... tu as oublié une lettre, tu chercheras dans ton livre... méchant... même chose, tu mettras au féminin... pirate... c'est parfait... qui... ça ne s'écrit pas comme ça... tu as oublié ?... C'est Q.U.I... tu l'écriras tout seul. Répète : Q.U.I. Et enfin, existe, tu ne t'es pas mal débrouillé mais ce n'est pas comme ça qu'on l'écrit.
    Regarde, je t'écris le début : ex, E.X., i, I... et tu continueras sans rien oublier : exiSte... D'accord ? Allez, au boulot !

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Katia, tu nous rejoins et je regarde l’œuvre de Joris...

    Joris : Tu vas être contente, maîtresse, j'ai déjà fini, y'a pu qu'à recopier dans le cahier ! Et comme j'ai déjà fait le dessin tout à l'heure pendant « Noël, Noël », c'est moi le premier, plus vite que Gabrielle !

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1)

    Enseignant : Et tu as bien suivi toutes les recommandations, n'est-ce pas ?

    Joris : Bah oui. Je les ai sautées, les lignes ! Regarde : là et là, tu peux écrire si tu veux.

    Enseignant : Si je veux ou si je dois ? Parce que mon métier, ce n'est pas de faire comme j'ai envie, c'est de faire comme il faut que je fasse pour que le jeune Joris Maleau apprenne à écrire comme un véritable élève de CP...

    Joris : Ouais, c'est pareil. J'ai tout fait, t'as vu ? Regarde... Attends, donne-moi le cahier, je vois pas bien... zé... non... j'ai eu... u... ouais, j'ai eu... des...cadeaux super à Noël ! C'est ma mère, elle... t'as vu, je dis plus il... elle me les a a... attends, je voix pas bien... Ah ! ach'tés ! Voilà, c'est achetés, celui-là !

    Enseignant : Ce que je remarque surtout, c'est que même toi, tu te relis avec difficulté. Qu'est-ce que comprendraient les autres, à ton avis ?... Bon, qu'allons-nous faire de ça qui te ferait un peu progresser ?... Ah, je sais ! Tu vas aller chercher ton crayon à papier et ta gomme et tu viendras t'asseoir à la place de Willy qui est en train de dessiner puisqu'il a fini sa phrase.

    Joris : Oh non ! Tu vas me faire encore tout recommencer ? C'est pas juste, j'avais fini !

    Enseignant : Et moi, je considère que tu n'avais pas commencé puisque tu n'as respecté qu'une seule consigne, celle des lignes sautées. Donc, tu arrêtes tes simagrées de bébé jaloux et tu obtempères. Crayon à papier et gomme et tu reviens ! Hop là ! Pendant ce temps-là, je vais regarder le travail de Katia. Fais-nous voir ça, ma grande...  

    Katia apporte le texte suivant, parfaitement calligraphié en belle cursive appliquée :

    Malo adore les livres qui parlent de pirates et de trésor !

    L'enseignant s'étonne :

    Enseignant : Dis-donc, Katia, c'est une une histoire qui t'est arrivée, une histoire que tu as inventée, une histoire que tu as lue ou une histoire que quelqu'un t'a lue ?

    Katia : Bah, c'est une histoire que j'ai lue, tu le sais...

    Enseignant : Et tu l'as recopiée ?

    Katia : Bah oui. C'était dans mon livre. Tu as dit qu'on pouvait s'aider avec le livre.

    Enseignant : Oui... en effet... euh... mais ce n'est pas vraiment ce que j'attendais de toi. Tu m'as fait de la copie, là. Juste de la copie. Tu n'as pas appris à réfléchir toute seule à une phrase que tu saurais écrire et à l'écrire seule mot après mot, comme si tu te faisais une dictée à toi-même. Tu comprends la différence ?

    Katia : Euh... Un peu... Mais pas trop...

    Enseignant : Bon. Ce n'est pas très grave. Je te réexpliquerai ça une autre fois. Pour le moment, tu vas retourner à ta place et essayer d'inventer, sans ouvrir ton livre, une deuxième phrase qui expliquera la suite de l'histoire. Sans ouvrir le livre du tout, même pour savoir l'orthographe d'un mot. Si tu ne sais pas en écrire un, tu en cherches un autre que tu saurais écrire. Tu as compris ? Dis-moi quelle phrase tu pourrais écrire.

    Katia : Bah... euh... je sais pas... attends... ah oui ! Son livre préféré, c'est le trésor de Rusé-Renard ! C'est bien, ça ?

    Enseignant : Oui, c'est très bien. Eh bien vas-y. Et n'oublie pas, n'ouvre pas ton livre ! Je t'écris c'est sur ton cahier parce que c'est une expression dont l'orthographe est très difficile, tu pourras la recopier. Le reste est simple, tu devrais y arriver. Allez, au travail. Et Joris et moi, nous nous y remettons !
    Alors, mon cher Joris, comment allons-nous procéder ?... Ah oui, commençons par écrire J'ai eu. C'est le verbe avoir au passé composé... C'est un temps dont nous n'avons pas encore parlé. Je vais donc te l'épeler lettre par lettre. Écris j'ai : J.apostrophe.A.I ... et plus loin eu : E.U. Voilà, j'ai... eu... Des, en revanche, tu sais l'écrire. C'est le pluriel des articles un et une. Nous l'avons écrit des dizaines de fois. Alors ?

    Joris : Ah ouais ! J'avais pas fait attention que c'était lui. Je sais, c'est D.E.S.

    Enseignant : Eh bien voilà, écris. Dans les lignes, s'il te plaît... Très bien. Ensuite, cadeaux... Tu n'as pas choisi la lettre que nous prononçons [k] qui convient. Rappelle-toi : quand nous ne savons pas écrire un son, nous choisissons la lettre que nous avons apprise en premier car, généralement, c'est celle qui est la plus utilisée. Alors, le [k] que nous avons appris en premier, quelle lettre ?

    Joris : Le C ! Comme dans coucou et comme ! Alors, j'écris cadeau, C.A.D.O !

    Enseignant : Ah non, pas O. Ici, ma règle ne fonctionne pas. C'est un groupe de lettre que nous allons apprendre très bientôt : E.A.U. Le groupe de lettres EAU se prononce [o] et nous le trouverons très souvent en fin de nom : bateau, ciseau, couteau, râteau... tout ça, ça se termine par EAU. Et ici, cadeau : C.A.D.E.A.U. Écris. Toujours dans les lignes. Merci. Ah, combien de cadeaux ?

    Joris : Bah... euh, je sais plus... Attends, je compte...

    Enseignant : Non, non, ce n'est pas la peine. Je veux juste savoir s'il y en avait un ou plusieurs.

    Joris : Ben plusieurs ! Je te l'ai dit. Des cadeaux super, c'est bien qu'y en a plusieurs, alors ?

    Enseignant : Oui, alors ?... Nous n'avons rien appris à ce sujet ? Quand il y a plusieurs objets, plusieurs personnes, plusieurs animaux...

    Joris : Aaaaaaah ! On met un S ! Mer... mince, j'ai encore oublié !

    Enseignant : Tu as raison, habituellement, nous mettons S mais nous allons bientôt apprendre que lorsque le nom se termine par ce fameux EAU qui se prononce [o], c'est X qui marque le pluriel. Alors, écris cadeau : C.A.D.EAU.X. Parfait. La suite ? Ah oui, super... Tu l'as déjà vu écrit dans notre livre, ce mot ?...

    Joris : Non.

    Enseignant : Et dans les histoires que je vous lis ?

    Joris : Euh... non.

    Enseignant : Et tu sais pourquoi ?

    Joris : Euh... nnn... Ah si ! Paske c'est pas français. C'est un gros mot.

    Enseignant : Non, ce n'est pas un gros mot. Tu peux le dire, même à l'école. Tu peux même l'écrire dans une lettre à un copain ou à ta famille. Mais, c'est plutôt familier. Si tu veux écrire un beau texte pour l'école, tu dois chercher un autre mot... Tu as une idée ?

    Joris : Euh... Attends, je vais te dire ça... Tu vas voir... Tu vas être étonnée... Paske c'est super beau ce que je vais te dire... Comme dans les livres que tu nous lis... Même mieux !...

    Enseignant : Je suis tout ouïe... Dépêche-toi, tes camarades attendent mon aide... 

    Joris : Des cadeaux... attention, le voilà ! Tu vas voir comme c'est bien... Extraordinairement magnifiques ! 

    Enseignant : Ah oui, en effet, c'est presque trop recherché, cette fois... Les deux, ça fait beaucoup, tu sais. Si nous simplifiions un petit peu ? Que dis-tu de magnifiques ou de extraordinaires ?

    Joris : Pfff ! Chaque fois que j'ai une idée, elle est pas bonne, alors...

    Enseignant : Ce n'est pas qu'elle n'est pas bonne. C'est que c'est trop. Il y a deux très bonnes idées, mais, les deux ensemble, cela fait trop. C'est tout. Tu vas apprendre petit à petit, ne t'inquiète pas. Tu as déjà fait de gros progrès, tu sais. Alors ? Extraordinaires ou magnifiques ?

    OK. C'est moi qui choisis ?

    Enseignant : C'est toi qui choisi... ras... Regarde le minuteur, il va sonner d'une seconde à l'autre. Comme ça, tu auras une journée entière pour choisir. Tiens, qu'est-ce que je te disais ? Le voilà qui sonne.
    Tu vas donner ton cahier de brouillon aux ramasseurs. Vous avez entendu, les autres ? Tout le monde laisse son cahier de brouillon ouvert à la bonne page sur son bureau et les trois ramasseurs les relèvent et les posent sur mon bureau. Comme ça, je préparerai la correction des cahiers de ceux que je n'ai pas eu le temps de voir. Je note que nous en sommes à Loan, c'est par lui que je commencerai demain.
    Il nous reste tout juste 5 minutes pour finir de ranger et nous préparer à sortir. Rappelez-vous, il ne doit rien rester sur vos bureaux.

    La demi-journée se finit par quelques minutes d'agitation autour du rangement, des cartables et des vêtements à récupérer et de la séparation entre élèves qui restent à la garderie municipale et élèves qui rentrent chez eux. 

    Dans la même série :

    Rentrée des classes :

    CP : Les débuts en écriture-lecture (1)CP : Les débuts en écriture-lecture (2) ; CP : Les débuts en écriture-lecture (3) ; CP : Les débuts en écriture-lecture (4)

    Un mois plus tard :

    CP : Écriture-lecture, 1 mois plus tard... (1) ; CP : Écriture-lecture, 1 mois plus tard... (2)

    Deux mois plus tard :

     CP : Écriture-lecture, 2 mois plus tard... (1) ; CP : Écriture-lecture, 2 mois plus tard... (2)

    Début janvier :

    CP : Écriture-lecture, début janvier (1) ; ... 


    6 commentaires
  • CE2 : La multiplication Au restaurant, Joshua et Maia, leur grand frère,
    leur père et leur mère prennent une formule à 16 euros.
    Combien paieront-ils ? 

     Une collègue demande comment procéder pour que ses élèves de CE2 acquièrent la technique de la multiplication posée avec deux chiffres au multiplicateur.

    Je lui répondrai petits pas, tables, numération, manipulations et problèmes concrets... Sachant que, en fin d'année, même si les programmes 2016 ne l'exigent pas, il serait bon que les jeunes élèves de 2019 en sachent autant que leurs frères et sœurs aînés, parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Je reconnais que, depuis que le nombre d'heures et de jours de classe hebdomadaires a été réduit pire que peau de chagrin, c'est moins facile et qu'il n'est pas étonnant que les moins aguerris de nos élèves peinent à prendre leurs marques.

    Module « multiplication » ou méthode des petits pas ?

    À l'école élémentaire, le calcul devrait rester indissociable des autres éléments du programme de mathématiques qui lui apporteront, chacun à leur mesure, les éléments de compréhension nécessaire :

    → les échanges entre nombres et calcul rendront par exemple transparents et logiques l'usage des retenues et la « règle des zéros à droite »

    → les exercices sur les mesures et la monnaie réinvestiront de manière concrète ce qu'ils ont appris sur l'usage de la multiplication

    → la géométrie apportera elle aussi sa part de concret lorsqu'il s'agira d'observer les propriétés du carré, du rectangle, du triangle équilatéral ou encore du cube et du pavé pour en dégager intuitivement des formules de calcul de périmètres, aires et pourquoi pas volumes

    → la résolution de problèmes doit faire partie intégrante de chaque séance de mathématiques. On débute par elle pour rendre concrète la notion que l'on souhaite traiter et l'on termine par elle pour éprouver ses forces nouvelles et se rendre compte de ses capacités

    Donc, résolument :

    Avancer à petits pas

    Les fiches que vous trouverez ci-dessous font donc partie d'un ensemble que vous trouverez ici. Leur programmation les répartit sur les trois premières périodes de l'année scolaire. Elles sont intercalées, au rythme d'environ une par semaine, entre des fiches de numération, de mesures et de géométrie.

    Vous trouverez ci-dessous la progression proposée. Son avancée se fait à pas comptés :

    ♦ d'abord, les doubles, vus depuis le CP, laissés à reposer une semaine, puis les multiples de 5, qui raccrochent l'activité de calcul à la numération décimale, un peu plus vite suivis des multiples de 3, peut-être un peu moins connus... Et ainsi de suite, pas trop vite, jusqu'à ce que les 9 tables aient été vues... Et là, on les révise, on les structure, on prépare le CM et la notion de multiples

    ♦ même chose pour la technique... d'abord de l'empirique, à base d'habitude prise de poser une multiplication à un chiffre au multiplicateur, sur le long terme, pendant deux longues périodes, avant de la formaliser au cours d'une leçon

    ♦ et puis enfin, toujours en s'appuyant sur les connaissances en numération décimale,  l'introduction de la multiplication à deux chiffres au multiplicateur, longtemps avant la fin de l'année scolaire afin que les élèves puissent s'entraîner, s'entraîner et encore s'entraîner au cours des deux dernières périodes

    Progression

    Période 1 :

    1. A) Révisions :

    Semaine 4 : Mult.1 : Multiplier par 2

    Semaine 5 : Mult.2: Multiplier par 5 – Mult.3 : Multiplier par 3

    Période 2 :

    1. A) Révisions :

    Semaine 1 : Mult.4 : Multiplier par 4

    1. B) Apprentissages :

    Semaine 3 : Mult.5 : Multiplier par 6

    Semaine 4 : Mult.6 : Multiplier par 7

    Semaine 5 : Mult.7 : Multiplier par 8

    Période 3 :

    1. B) Apprentissages :

    Semaine 1 : Mult.8 : Multiplier par 9 – Mult.9 : Multiplier par un nombre à un chiffre

    Semaine 2 : Mult.10 : Tables de multiplication

    Semaine 3 : Mult.11 : Multiplication par 10

    Semaine 4 : Mult.12 : Multiplication par 20, 30, ...

    Semaine 5 : Mult.13 : Multiplication par un nombre à deux chiffres

    Semaine 6 : Mult.14 : Usage de la multiplication

    Nota bene :

    Ce n'est que pas simplicité, pour montrer comment des élèves de CE2 peuvent passer d'une connaissance basique du calcul des produits à la maîtrise de la technique de la multiplication à deux chiffres au multiplicateur que ces leçons ont été coupées du reste de la progression.

    Manipulations et problèmes concrets :

    Ces fiches présentent toujours un exercice de calcul mental, une leçon, conçue puis lue en classe, après un travail collectif autour d'une situation-problème, une série d'exercices et elles se terminent systématiquement par des suggestions de problèmes concrets.

    J'y ai ajouté un « guide pédagogique » qui donne :

    → les prérequis nécessaire (programme de CE1)

    → la progression à suivre

    → un modèle de séance qui montrera :

    ♦ comment introduire la notion par un exercice de calcul mental puis une situation-problème à résoudre en groupe-classe, au tableau, en favorisant les échanges entre pairs

    ♦ les différentes options de travail en classe à partir des exercices et des problèmes proposés

    ♦ les exercices à mener rituellement entre deux séances

    Le fichier :

    Il est présenté sous forme de  « manuel », les élèves écriront sur un cahier (à moins que le travail reste collectif au tableau, ou semi-collectif, en ateliers de 2 à 4 élèves).

    Télécharger « La multiplication au CE2.pdf »

    Le guide pédagogique :

    Télécharger « La multiplication CE2 - Guide péda.pdf »

    La méthode complète :

    Sous forme de fichier individuel :

    CE2 : Fichier de mathématiques (1)

    CE2 : Fichier de mathématiques (2)

    CE2 : Fichier de mathématiques (3)

    CE2 : Fichier de mathématiques (4)

    CE2 : Fichier de Mathématiques (5)

     


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires