• IV. 2. C. Mise en route - De la GS au CE2 (1)

    2. Mise en route

    C) De la GS au CE2

    Si on a l’habitude de raisonner en terme de « cycles d’enseignement », cette classe est devenue plus simple à tenir depuis le glissement d’un an opéré en faveur du cycle 2.

    Cependant, les enseignants continuent à se trouver face à de jeunes enfants, à peine sortis de la petite enfance, regroupés avec des élèves déjà grands aux intérêts réclamant des informations culturelles (sciences, culture humaniste, littérature) approfondies.

    Si le groupe classe doit garder l’importance qu’on lui attribue depuis le début de cet ouvrage, on aura néanmoins intérêt à scinder parfois la classe en deux « pôles », l’un concernant les plus jeunes (élèves de Grande Section, auxquels s’ajouteront de temps en temps ceux de Cours Préparatoire) et l’autre, constitué des plus âgés (élèves de Cours Élémentaire 2e année, accompagnés le plus souvent de leurs camarades de Cours Élémentaire 1re année).

    Cette organisation n’aura toutefois pas valeur de règle intangible. En effet, selon les moments et la configuration de chacun des groupes, on passera du collectif à l’individuel regroupé[1], et de l’individuel regroupé à la régulation concernant un, deux ou trois des quatre niveaux, selon les besoins.

    • Organisation de l’espace

    Pour aider les élèves de Grande Section et de Cours Préparatoire à acquérir une latéralisation harmonieuse, l’organisation de la salle de classe doit permettre d’installer les tables à écrire face au tableau. Il faut toutefois prévoir aussi que le coin de regroupement, si nécessaire en maternelle, aura encore son utilité pour les élèves les plus jeunes. Si la salle n’est pas assez spacieuse, le maître peut décider de le jumeler avec l’indispensable coin d’activités libres qui reçoit, à plusieurs reprises dans la journée, les enfants des quatre niveaux qui sont en « temps d'activité autonome » ou qui ont fini le travail programmé[2].

    Ce coin d’activités libres, héritier des coins-jeux de la maternelle, est installé en fond de classe, afin que les enfants qui s’y trouvent ne dérangent pas ceux qui sont à leurs places, pour un exercice obligatoire. Il a été agencé de manière à être facilement contrôlable d’un seul coup d’œil afin que le calme y règne et que les règles de la classe[3] y soient appliquées. Cet espace est équipé de placards ouverts proposant livres, jeux sensoriels et de construction, papiers, crayons, ciseaux et colle, pâte à modeler, jeux et jouets[4]. S’il sert aussi de coin de regroupement, il comporte une partie « exposition » avec panneau d’affichage et présentoir. On y trouve un ou plusieurs ordinateurs et un appareil permettant de diffuser de la musique.

    Si la classe est spacieuse, le coin d’activités d’arts plastiques est permanent. Il dispose d’un point d’eau, de placards accueillant le matériel et les outils, d’une surface murale sur laquelle afficher et peindre. Une ou deux grandes tables sur tréteaux, pas trop hautes, peuvent recevoir les élèves et permettre d’entreposer les travaux en cours.

    Le coin écriture-lecture se trouve face au tableau triptyque. Les tables sont installées par niveaux, côte à côte ou en rangées parallèles au tableau[5], afin de pouvoir mener tant des travaux en commun que deux ou trois activités en parallèle. Elles disposent toutes d’un casier dans lequel chaque élève entrepose son matériel[6]. Un coin dédié au rangement des cartables pendant la journée de classe permet d’éviter les chaises qui basculent sous leur poids et les travées encombrées !

    • Emploi du temps

    Privilégier le collectif, aussi souvent que possible, en utilisant le disciplinaire d’un niveau comme interdisciplinaire pour les autres permet de libérer beaucoup de temps. Exercer à l’individuel et à l’autonomie, sous forme de travail programmé, inscrit au tableau ou sur un plan de travail, dégage l’enseignant de la direction d’une séance tout en accordant aux élèves l’opportunité de progresser en s’exerçant.

    Dans une classe regroupant des élèves allant de la Grande Section au Cours Élémentaire 2e année, tout en mettant à l’honneur le rôle du groupe-classe comme moteur de l’apprentissage, le maître encourage ses élèves, dès le premier jour, à faire seuls.
    Pour que sa tâche soit aisée, il fait précéder les moments d’exercices en autonomie, très courts en début d’année scolaire, de moments collectifs où l’activité est abondamment pratiquée par tous les élèves réunis autour de lui. Il donne un caractère routinier au travail individuel autonome pour en faciliter la mise en place. Un élève ayant fini le travail programmé prévu pour son niveau a toute latitude de pratiquer une activité libre, à sa place ou dans les coins installés loin de l’espace dédié au travail écrit. Les règles en vigueur dans cet espace de liberté sont expliquées au coup par coup, en activité.

    Installer les règles en les vivant fait aussi gagner un temps précieux. Cela permet à chaque élève de progresser par la méthode des petits pas, tant dans son comportement que dans ses acquis scolaires. C’est aussi la certitude de voir ces règles appliquées plus facilement sous l’effet de la routine.

    Pour tous les domaines où l’apprentissage n’est pas forcément structuré de manière linéaire, le maître choisit de mener de front, au cours d’une même activité, les apprentissages des plus jeunes et ceux de leurs aînés. Le fond est le même, seul le degré d’exigence varie.
    Aux quatre domaines d’acculturation de l’ex-Découverte du Monde[7], il a arbitrairement attribué un jour de la semaine. Il aurait pu tout aussi bien choisir de travailler sur quatre semaines, ou quatre demi-semaines. L’important est d’avancer toujours par la méthode qui convient au rythme des enfants : peu à la fois, souvent, pour le plaisir de se voir grandir et progresser presque à vue d’œil !

    • Progression

    Les enfants de Grande Section vont pénétrer pour la première fois dans le monde des apprentissages structurés à progression linéaire[8]. Cette découverte sera peut-être aussi le fait des élèves de Cours Préparatoire qui n’auraient pas, l’année précédente, commencé à avancer dans ces domaines de manière routinière, progressive et structurée. Le passage peut sembler brutal et déstabilisant pour certains et il convient de ne pas brusquer les choses.

    Pour ces deux niveaux, le maître a pris soin de préparer une première progression d’étape très ludique, basée sur ce qui peut être fait sans difficulté à l’école maternelle dès le milieu de l’année scolaire précédente. Cette progression représente cependant presque le premier cinquième du programme d’acquisitions[9] qu’il souhaite transmettre à ses élèves, afin de limiter le risque de se trouver débordé en cours d’année si une partie de ses élèves a un rythme d’apprentissage lent. 

    S’il cumule cette première difficulté avec celle de recevoir des élèves de CE1, et parfois même CE2, encore très hésitants en lecture, en écriture et en calcul, il cherchera à parer au plus pressé en privilégiant le plus possible ces domaines à travers toutes les activités de la classe. 
    Il se servira pour cela des moments réservés théoriquement au travail écrit en autonomie des CE ainsi que de tous les moments communs aux quatre sections pour lesquels il établit une progression interdisciplinaire de rattrapage[10]. Cela lui permettra de complémenter en écriture-lecture les élèves de CE, de situer tout le monde dans l’espace[11] et le temps, de donner à chacun une assurance rapide de ses capacités d’enfant de presque cinq ans à bientôt neuf ans.

    Parallèlement à ces moments de « rattrapage », toujours pour les élèves qui n’auraient pas pu atteindre le niveau d’écriture-lecture attendu pour pouvoir pratiquer des activités écrites en autonomie, il a prévu une progression orale d’étude de la langue qui lui permettra de ne pas obliger ces enfants à tout ingurgiter à toute allure lorsqu’ils auront récupéré leur retard.

    • Outils et méthodes

    Pour se simplifier la vie et pouvoir consacrer son temps à suivre réellement ses élèves, il a choisi de s’entourer d’outils et de méthodes simples plutôt que de passer énormément de temps à préparer sa classe et à créer ses outils.

    Il a ainsi adopté des méthodes d’écriture-lecture et de mathématiques proposant une progression journalière pour chacun des quatre niveaux[12].
    Sachant qu’il dispose de peu de temps pour chaque niveau, pour ses élèves de CE, il a choisi des méthodes d’étude de la langue et de mathématiques proposant un fichier d’exercices, afin d’être sûr qu’il pourra, malgré le challenge représenté par le quadruple niveau, élargir le panel des exercices de français à la rédaction, la lecture et la dictée sans nécessairement négliger l’entraînement d’étude de la langue ; de même, en mathématiques, il pourra consacrer ainsi chaque jour du temps à la résolution de problèmes, tout en assurant l’automatisation du calcul écrit.

    Pour l’ensemble des autres matières, son critère principal de sélection a été le bon sens et la connaissance des capacités attentionnelles, inductives et déductives de l’enfant de cinq à neuf ans ainsi que son goût du jeu, de l'expérimentation, de la récompense immédiate par la réussite rapide et l’atteinte d’objectifs simples et progressifs.
    Le nouveau Questionner le Monde, Cycle 2, a été créé en pensant autant à ce type de classe qu'aux classes de ville à un ou deux niveaux.

    • Rôle de l’ATSEM

    S’il a la chance d’avoir une ATSEM, au moins à mi-temps, le maître, après consultation éventuelle du conseil des maîtres, dans le cas d’une école à plusieurs classes, et de la charte des ATSEM décidée par la commune de rattachement de l’école[13], le maître dialogue avec elle.
    Il la met au courant de sa priorité : l’acquisition de connaissances techniques, langagières et instrumentales. Il lui lit et commente l’emploi du temps et lui explique clairement ce qu’il attend d’elle à chaque moment de présence :

    - aide matérielle aux élèves les plus jeunes de manière à ce qu’ils apprennent à se passer rapidement de l’adulte et apprentissage des gestes d'hygiène et de vie pratique[14] ;

    - préparation des matériaux à utiliser pour les ateliers d’expression plastique et des documents ou objets utiles à l’affichage ou à l’exposition au coin de regroupement[15], photocopies ;

    - aide à l’installation par les enfants du matériel de jeux sensoriels et d’imitation accessible ;

    - aide au rangement et au nettoyage de tout ce qui a été manipulé, utilisé lors de la journée de classe ;

    - en fin de mois ou de période, classement des travaux des élèves les plus jeunes ; reliure ou collage dans un cahier communiqué aux familles ;

    - prise en charge ponctuelle d’un ou plusieurs élèves lors de l’exécution d’un atelier selon un « cahier des charges » établi à l’avance.

    Annexes :

    Télécharger « EDT - GSCPCE1CE2.pdf »

     

    Télécharger « Plan CPCE1 ou GSCPCE1 ou CPCE1CE2 ou MSGSCPCE1 ou GSCPCE1CE2 ou CPCECM.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquistions GS.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquisition CP.pdf »

    Télécharger « Programme d'acquisition CE1.pdf »

     

    Télécharger « Programme d'acquisition CE2.pdf »

    Télécharger « Matériel individuel GSCP.pdf »

    Télécharger « Matériel individuel CE1.pdf »

     

    Télécharger « Matériel individuel CE2 à CM2.pdf »

    Dans la même série :

    Tous les chapitres déjà mis en ligne sont répertoriés dans la Table des matières   évolutive que vous trouverez dans la partie Sommaires.

    Pour la partie présente :

     I. Idées reçues  ; IV.1. Quatre niveaux dans la même classe ;

    Notes :

    [1] Travail en autonomie « chapeauté » par le maître-chef d’orchestre, présent pour tous, chacun selon ses besoins.

    [2] Il peut aussi, en créant une convivialité intellectuelle plutôt que spatiale et « de contact », faire en sorte que chaque élève, depuis sa place, se sente entouré et ait conscience d’appartenir à un groupe.

    [3] Règles fixées dès le premier jour par le maître et patiemment répétées à chaque fois que le besoin s’en fait sentir selon la méthode de la médiation directe en action.

    [4] Petits personnages, véhicules, accessoires et éléments de décor permettant de les mettre en scène.

    [5] Dans ce cas, les élèves de GS puis de CP seront assis aux tables les plus proches du tableau et les élèves de CE1 et CE2 seront derrière eux.

    [6] Voir Annexe V.

    [7] Questionner le Monde, pour les élèves d’élémentaire et Explorer le Monde, pour ceux de Grande Section.

    [8] Écriture-lecture et compter-calculer.

    [9] Voir Annexe IV.

    [10] EPS consacrée aux activités de latéralisation, spatialisation, succession chronologique, rangements, classements, algorithme de la numération, … ; activités plastiques servant à se repérer sur la feuille et son lignage et à assurer le geste d’écriture par l’expression graphique et les jeux de doigts ; utilisation intensive mais collective de l’écrit dans le cadre des activités du domaine Questionner le Monde : rédaction collective et relecture de courtes phrases de résumés ; lecture à voix haute par les élèves des questionnaires et descriptions contenus dans le manuel.

    [11] Latéralisation, spatialisation, chronologie, sens gauche-droite de la lecture, repérage des lignes et carreaux des cahiers, etc.

    [12] Je conseille les méthodes, fichiers et manuels suivants ; GS, Planète des Alphas + De l’écoute des sons à la lecture (T. Venot, Grip éditions) et Se repérer, compter, calculer en GS (C. Huby, S. Wiktor, Grip éditions) – CP, Écrire et Lire au CP (C. Huby, X. Laroche, Grip éditions) et Compter, calculer au CP (P. Dupré, S. Borgnet, Grip éditions) – CE1, Lecture et expression au CE, fichiers : Étude de la langue CE1 et CE2 (C. Huby, me contacter) et f Mathématiques CE1 et CE2 (me contacter) - Questionner le Monde C2 - Une progression en Arts Visuels pour le cycle 2

    [13] À réclamer s’il n’y en a pas afin de pouvoir s’appuyer sur de l’écrit en cas de litige entre le personnel municipal et le personnel de l’Éducation Nationale.

    [14] Remonter une fermeture à glissière, nouer une écharpe, des lacets, attacher une boucle de ceinture ou de sandale, fixer des bretelles, etc. ; mais aussi découper, coller, tailler un crayon, utiliser un pinceau, une agrafeuse, un rouleau de ruban adhésif, une aiguille enfilée, un tricotin, un marteau, une scie, un tournevis, une vrille, …

    [15] Découpage, mise en page, plastification, réalisation de panneaux destinés à l’affichage…

    Bientôt l'époque des commandes :

    N'oubliez pas :

    Pour une maternelle du XXIe siècle

    Se repérer, compter, calculer en Grande Section

    Écrire et Lire au CP

    Lecture et expression au CE

    Questionner le monde au Cycle 2

    Fichiers et manuels de Mathématiques en élémentaire

    Fichiers et manuels d'Étude de la langue en élémentaire


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  • GS : Jeux sportifs et « Mathématiques » (4)
    Merci à Sophie Borgnet, pour cette illustration tirée de Se Repérer, Compter, Calculer en GS.

    Parce qu'il n'y a pas qu'à Singapour que les enfants de cinq à six ans jouent avec des objets, les manipulent, les rangent, les comparent et les utilisent pour apprendre à compter, calculer et se repérer dans l'espace et le temps et parce que des « missions » ministérielles sont actuellement au travail ou le seront bientôt pour rénover l'enseignement des mathématiques à l'École et la vision globale sur l'École Maternelle, je me suis empressée de finir la série « Jeux sportifs et Mathématiques » dont voici le cinquième et dernier livret.

    On y trouvera, comme dans les précédents, la mise en application de la Méthode des Petits Pas qui aura mené, en une année scolaire, les enfants de 5 à 6 ans de quelques connaissances intuitives sur les nombres, leurs compositions et décompositions jusqu'à :

    • un début de maîtrise de la numération décimale,
    • la pratique du calcul mental 
    • la résolution de problèmes simples dans le domaine des quatre opérations
    • l'écriture de quelques symboles mathématiques (chiffres, nombres < 30, signes opératoires)
    • l'utilisation des nombres pour ordonner, classer, mesurer, ranger, payer...

    À Singapour je ne sais pas, mais chez moi, dans ma classe, et dans celles des collègues qui utilisent ma méthode, la séance de mathématiques commence toujours dans la salle de sports ou dans la cour.
    Les enfants jouent en équipe, échangent, se comparent, mesurent, calculent leur score, se déplacent.

    Ainsi, lorsqu'ils arrivent en classe, ils sont tous partants pour passer aux manipulations sur table, tous ensemble pour gagner un temps précieux, et finissent leur séance quotidienne de mathématiques par un travail sur fiche qu'ils sont fiers de faire seuls, sans difficulté.

    Ce petit cahier, extrait des 269 pages du guide pédagogique de la méthode Se Repérer, Compter, Calculer en GS, ne concerne que la partie « sportive » de la méthode. Il peut se suffire à lui seul mais son efficacité sera bien supérieure si le travail est repris par des manipulations sur table et une « trace écrite » que l'enfant pourra consulter à loisir avec sa famille ou ses camarades, mesurant ainsi le chemin parcouru, grâce aux autres outils de la méthode.

    Nota Bene : Selon la méthode des petits pas, chaque niveau reprend, au cours du premier trimestre (et même un peu plus pour les petites classes), les acquis des niveaux antérieurs. Et chaque niveau « déborde » en fin d'année scolaire sur les acquis dont l'essentiel se fera dans le niveau suivant. Ces jeux sont donc utilisables, dans une classe de CP, au moment où celle-ci travaille le passage de la dizaine, la deuxième et la troisième dizaine, les doubles, les moitiés, le comptage par cinq et dix. Ils sont d'ailleurs à peu près tous présents dans un guide pédagogique CP que j'ai rédigé et que je peux vous envoyer sur simple demande de votre part.

    Télécharger « GS - Mathématiques et Jeux Sportifs 5.pdf »

    Dans la même série :

    Livret 1 :  GS : Jeux sportifs et « Mathématiques » (1)

    Livrets 2 et 3 : GS : Jeux sportifs et « Mathématiques » (2)

    Livret 4 : GS : Jeux sportifs et « Mathématiques » (3)

    Livret 5 : voir ci-dessus

    Pour consulter la progression annuelle :

    GS : Se repérer, compter, calculer - Progression actualisée

    N'hésitez pas à me consulter pour toute question sur cette méthode en cliquant sur l'onglet Contact.

     


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  • « Tous les jours, j'apprends un peu... »
    Clara, 5 ans 3 mois, Grande Section, Mars 2015

    Ce matin, sur France Inter, j'ai écouté Stanislas Dehaene, nouveau président du nouveau « Conseil scientifique pluridisciplinaire pour l'école ». 

    Il a dit beaucoup de choses intéressantes (et d'autres moins, mais nous aurons sans doute d'autres occasions pour en parler). J'en retiens deux pour le moment, dans la série des « intéressantes ».

    Tout d'abord, je le remercie d'avoir tenté d'expliquer au journaliste que le débat sur la lecture ne se résumait pas à l'opposition « globale/syllabique ». Ça n'a servi à rien, mais c'était méritoire.
    Je retiendrai le qualificatif de « phonique », puisque c'est celui qui a la préférence de M. le Président de ce nouveau conseil.
    Les méthodes phoniques donnent de meilleurs résultats que les autres dans l'apprentissage de la lecture. Voilà, c'est dit. On le savait déjà, mais c'est bien d'insister.

    Ensuite, interpellé sur la semaine de quatre jours, puis sur les manuels scolaires, il a eu cette phrase que les lecteurs de ce blog connaissent bien : « Tous les jours, l'enfant apprend un peu ». Tous les jours. Un peu.
    Après, il y a eu les pirouettes d'usage pour ne vexer ni les tenants de la semaine de quatre jours – au passage, encore petit effort méritoire sur le « tout dépend ce qu'on y fait, pendant ces 4,5 jours de présence », hélas vite évacué par le journaliste chargé de l'interroger – et, bien heureusement, ni la nécessité de laisser aux professeurs des écoles le choix des outils qu'ils souhaitent utiliser dans leurs classes, tout en les formant et les informant.

    Revenons donc à ce « Tous les jours, j'apprends un peu » que devrait connaître, métacognition oblige, tous les petits élèves de France, qu'ils aient deux, trois, cinq, sept ou dix ans...
    S'il avait pu ajouter un complément à ce « un peu », ç'aurait été parfait !

    « Tous les jours, j'apprends un peu... de tout ! »

    • Cela nous aurait évité les manuels « chambres à part » qui prétendent apprendre à lire à sans doute aux environs de 90 % des élèves français.
    • Cela aurait peut-être décidé l'école maternelle et élémentaire à se débarrasser de ces thèmes interminables qui, pendant six semaines ou même plus, privent les élèves de tout ce qui sort du cadre.
    • Cela aurait favorisé les méthodes de mathématiques qui mènent de front numération, calcul, mesures, résolution de problèmes et géométrie.

    Mais enfin ne boudons pas notre plaisir, et saluons l'entrée dans le monde de la pédagogie officielle, scientifique qui plus est, de la méthode des petits pas, celle qui, tous les jours, fait avancer d'un pas sur le chemin de tous les savoirs :

    • savoir lire, c'est-à-dire à comprendre ce que l'on déchiffre (ou décrypte, comme a dit M. Dehaene),
    • savoir compter, calculer, mesurer, se repérer dans l'espace et le temps, construire des raisonnements mathématiques pour résoudre des problèmes
    • savoir parler, se mouvoir, utiliser ses sens pour mieux appréhender le monde qui nous entoure
    • savoir cultiver sa curiosité, son envie d'apprendre, ses capacités attentionnelles,sa confiance en soi
    • savoir enrichir son vocabulaire par l'action, la découverte, la recherche tous azimuts à tous moments de sa vie de classe

    Tout ce que je défends, depuis plus de quatre ans maintenant, sur ce blog et dans les manuels scolaires et de formation pédagogique que j'ai écrits ou co-écrits :

    • Pour une maternelle du XXIe siècle : un guide pratique de l'enseignant en école maternelle, école de l'épanouissement et du langage,
    • La classe multi-âges : un guide pratique de l'enseignement dans une classe à plusieurs niveaux, du simple double niveau à la classe unique de village regroupant tous les enfants de la TPS au CM2 (en cours de rédaction)
    • Du langage oral à la symbolisation : une méthode « clé en main » pour acquérir un vocabulaire riche et passer en douceur du mot oral au plus « savant » de tous les symboles : la lettre
    • Se repérer, compter, calculer en Grande Section : une méthode de mathématiques liant numération, calcul, mesures, géométrie et résolution de problèmes. Elle part du jeu sportif et passe par la manipulation concrète pour arriver à l'écriture mathématique. 
    • Écrire et Lire au CP : une méthode phonique dans laquelle le son sert à faire du sens et le sens est découvert grâce au son qu'on a déchiffré seul. Comme le suggérait M. Dehaene ce matin, elle s'adapte tout au long de l'année aux capacités des jeunes lecteurs, insistant plus sur le son en début d'année (3 à 4 graphies par semaine dans la première moitié du premier livret)  et travaillant plus le vocabulaire et la compréhension fine au fur et à mesure des acquis. Elle débouche, dès la fin du premier livret, sur la découverte réelle, puisque lue par les élèves et non racontée par l'adulte, du patrimoine littéraire bien connu des enfants (contes, récits, extraits de romans).
    • Lecture et expression au CE : Grande sœur de la précédente, elle cherche toujours un éditeur. Le sens, le vocabulaire et une révision rigoureuse du code amènent rapidement et sûrement les élèves vers la lecture courante fluide. Comme au CP, la découverte de la Littérature est intégrée à la méthode et non plaquée à côté, comme dans les méthodes « chambres à part ». 
    • Des dictées pour apprendre l'orthographe : une méthode associée à la lecture et au programme d'étude de la langue des élèves.
    • Questionner le monde au Cycle 2 : des leçons, toujours « clés en main » pour enrichir son vocabulaire, découvrir la méthode scientifique, apprendre à observer, analyser, expérimenter, raisonner et conclure.
    • Fichiers et manuels de Mathématiques en élémentaire : Dans la droite ligne de la méthode de Grande Section, des méthodes « à petits pas », liant dès le CE1, l'apprentissage de la numération, des quatre opérations, des mesures, de la géométrie et de la résolution de problèmes.
    • Fichiers et manuels d'Étude de la langue en élémentaire : une « grammaire » simple, servant tout aussi bien à apprendre à écrire qu'à comprendre ce qu'on lit, en s'appuyant sur la nomenclature « classique » parce qu'on ne connaît bien que ce que l'on peut nommer.
    • Leçons de Sciences en Cycle 3 : Quelques leçons de sciences, utilisant la démarche scientifique de manière guidée pour qu'à chaque leçon, grâce à l'observation, l'expérimentation, le raisonnement, la réflexion, l'élève ait avancé de quelques petits pas très sûrs et puisse désormais graver dans sa mémoire quelques notions essentielles. 

    Alors, ce nouveau Conseil, même s'il risque de ne pas faire le poids par rapport aux exigences de Bercy, s'il pouvait au moins donner envie à quelques collègues d'essayer d'innover hors des circuits réservés aux poids lourds de l'édition scolaire et de tenter les méthodes à petits pas de votre servante, finalement, ça ne serait pas si mal...

    Si toutefois cela l'intéressait, j'enverrais volontiers à M. Dehaene un exemplaire des ouvrages édités.
    Et pour toute personne qui souhaite recevoir ces mêmes ouvrages au prix public, sachez que je prends en charge les frais de port en lettre verte (4,80 €) pour tout envoi en France métropolitaine. Il suffit de me contacter à l'adresse suivante : Contact.


    3 commentaires
  • MS : 26 fois 26 icônes (1)

    Nos élèves de MS ont habituellement atteint le stade où, lorsqu'on voit une représentation en deux dimensions d'un élément réel connu (dessin représentatif, photographie, film), on la reconnaît immédiatement.

    Par ailleurs, ils approchent, à pas comptés, rien ne presse, de la Grande Section et des deux immenses découvertes qu'elle va leur dévoiler :

    • le code alphabétique et ses 26 symboles totalement abstraits qui permettent de tout dire et tout entendre, juste à l'aide des yeux ou des mains,
    • le code numérique et ses 10 symboles grâce auxquels ils pourront tout dénombrer et tout transmettre ou garder en mémoire.

    Entre ces deux stades, nous allons en introduire deux, successivement. Le premier, celui que je vous propose ci-dessous, consiste à associer à chaque photographie un élément déjà plus abstrait, le plus souvent en noir et blanc, sauf quand la couleur est un élément nécessaire à la compréhension (salade verte, par exemple).

    Cette nouvelle étape, destinée aux élèves de MS, permet de commencer à inverser l'ordre d'importance des prérequis travaillés :

    Premier pré-requis : la discrimination visuelle

    Ce nouveau matériel vise à contraindre le tout jeune élève à pousser plus loin l'analyse de l'image observée, pour en retirer des éléments pertinents moins perceptibles à première vue.

    Nous sommes typiquement dans le cas de la compétence large, à affiner sans cesse de la TPS à l'âge adulte, par petites touches, toujours plus fines et plus appuyées.
    Cette compétence, menée à son terme, amènera le futur critique d'art qui sommeille sans doute dans l'un ou l'autre de nos élèves à distinguer la période à laquelle tel peintre a produit tel tableau. Mais, et c'est plus urgent, elle prépare aussi les futurs élèves de CP à reconnaître la lettre h de la lettre k (mais pas de la lettre y ; pour celle-ci, prière de se rapporter, comme pour la distinction des lettres p, b, d, q aux séances d'éducation motrice, d'arts plastiques et de structuration de la pensée...), la lettre m de la lettre n, la lettre g de la lettre q ou encore, pour ce qui est de l'écriture cursive, la lettre a de la lettre o...

    Deuxième pré-requis : communiquer, s'exprimer, utiliser le langage, le comprendre

    Cette analyse visuelle effectuée, sur 5 éléments d'un coup, les élèves communiquent leurs observations en s'exprimant par oral.

    Ils utilisent le langage toujours pour raconter, décrire et évoquer mais plus encore pour expliquer, questionner, proposer des solutions et discuter un point de vue :

    • Ils ont reconnu l'âne à ses grandes oreilles, le poney à son corps ramassé et à ses longs poils et crins...
    • La vache et la chèvre ont toutes deux des cornes mais la première est plus trapue, elle a le museau carré et une longue queue...
    • L'abeille est plus foncée que la guêpe, mais comme elles se ressemblent beaucoup en réalité, leurs deux icônes se ressemblent aussi énormément...

    Cette analyse à voix haute des critères de distinction parfois plus « intellectuels » que « visuels » les conduit naturellement, tous, d'où l'intérêt de travailler sur de courtes durées, mais en grand groupe et tous les jours, vers le troisième pré-requis, celui qui, bientôt, deviendra à son tour premier.

    Troisième pré-requis : vers le symbole analogique mais pas encore conventionnel

    Car, là aussi, les élèves avancent. L'exemple de l'abeille et de la guêpe le prouve.

    Au fur et à mesure des séries, ils progressent dans la synthèse des observations qu'ils ont analysées ensemble. La vue seule n'est plus efficace, elle a besoin de la réflexion, des échanges entre pairs et du transfert effectué depuis une culture commune.
    Ce sera flagrant avec le domaine de l'école où chacun des lieux est évoqué par un ou plusieurs de ses éléments sans être pour cela représenté comme le plan d'un espace réel :

    • la classe, c'est un tableau et des élèves assis (pas facile de trouver quelque chose de plus « école maternelle » hélas...)
    • le vestiaire, une rangée de vêtements suspendus
    • la cour de récréation, un ensemble de jeux d'extérieur
    • la salle de motricité, deux gymnastes utilisant cerceau et tapis
    • le dortoir, deux lits
    • la salle de propreté, une cuvette de WC

    Nous retrouverons cette même représentation épurée du réel, déjà presque abstraite, pour les activités qui se pratiquent en classe :

    • la dînette, représentée par un couvert complet
    • la bibliothèque, symbolisée par un lecteur
    • la chambre des poupées, où un grand personnage en change un petit
    • la peinture, avec son pinceau et sa palette
    • le modelage, que le potier réalise... bien loin, j'espère, de ce que vous encouragez vos élèves à réaliser eux-mêmes...

    Toutes ces représentations, en route vers une déconnexion de la réalité concrète, vont amener les élèves vers l'étape suivante, qui commencera à la série n° 20 : de l'icône réaliste au symbole abstrait « savant » qui nécessite une transmission de celui qui sait vers celui qui apprend.
    Nous serons alors en fin de MS où il ne restera plus à découvrir qu'une dernière synthèse des éléments analysés, celle qui s'engagea dans l'invention et l'enrichissement des idéogrammes chinois ou des hiéroglyphes égyptiens : l'association de deux ou plusieurs symboles permet de dire autre chose, tout en restant compris de tous.

    Cette dernière avancée conduisit directement, en Europe et en Asie mineure, vers le chemin choisi pour instaurer un code commun de communication écrite : l'alphabet qui, grâce à la combinaison de quelques symboles (moins de 50), permet des milliers de combinaisons différentes, toutes porteuses de sens.

    Grâce à ce travail préparatoire, nos élèves seront alors prêts, après les révisions d'usage en début de GS, à aborder enfin, pour les comprendre et les utiliser réellement et sans avoir à jouer les Champollion à l'envers, les 26 symboles qui leur auraient apporté si peu de satisfaction si nous les leur avions fait ronronner à vide pendant deux interminables années scolaires.

    Ajouts à la progressamation :

    Attention, attention : l'éducation d'un enfant de maternelle étant éminemment globale, il ne s'agit pas de faire de cet exercice un objet hors-sol qu'on n'évoque jamais au cours de la journée de classe, en dehors des moments « ritualisés » qui y sont consacrés. 

    En plus de l'accès libre aux cartes des séries, il convient de réemployer de manière vivante le vocabulaire étudié.
    Cela pourra avoir lieu, le plus souvent possible, sans insister cependant pour que cela reste naturel et réellement vivant, dans les domaines suivants :

    • lecture offerte de contes, récits, documentaires, poèmes, comptines, ...
    • coins-jeux de la classe
    • jeux sportifs : galoper comme le cheval, sauter comme le lapin, etc.
    • explorer le monde : étudier de près un objet, un animal, une action tous ensemble pour comprendre ce qui se passe, comment ça marche, etc. 
    • arts plastiques : difficile de faire représenter ces éléments en TPS, PS et début de MS par le dessin ; peu d'intérêt à donner des modèles à reproduire (comme pour les lettres et les chiffres, les prérequis spatiaux et moteurs ne sont pas encore installés) ; en revanche, l'observation d'une œuvre d'art par semaine permettra d'évoquer le vocabulaire acquis et de le réemployer ; on pourra, ponctuellement, essayer avec les MS au moins d'obtenir des représentations par le dessin d'objets ou d'animaux simples à dessiner : escargots, tortues, cuillers, pantalons, bonnets, etc.
    • chant, musique : le répertoire musical pour les tout-petits est très fourni et évoque bien souvent ce vocabulaire de base ; l'apprentissage par cœur (et en chœur avec l'enseignant pour le moment) de chants et de comptines aide sans aucun doute à garder plus facilement en mémoire des termes peu usités dans la vie quotidienne...

    Je ne serai pas plus bavarde pour aujourd'hui et vous dévoilerai, enfin, me direz-vous, les 5 premières séries d'icônes pour la MS. Bon plastifiage !

    Télécharger « 26 x 26 icônes (1).pdf »

    Dans la même série :

     PS/MS : 26 fois 26 symboles (1)

    PS/MS : 26 fois 26 symboles (2)

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