• PS/MS : 26 fois 26 (4)

    PS/MS : 26 fois 26 (4)

    Dernières séries d'images concrètes

    Ceux des lecteurs qui suivent cette série depuis le début savent désormais de quoi il s'agit. J'encourage les autres à se servir des liens en bas de page pour comprendre le but recherché et la manière de procéder pour l'atteindre.

    Ici, quatre nouvelles séries d'images :

    Deux dont le thème est souvent évoqué en maternelle : Animaux des pays chauds et Insectes et petites bêtes

    Ces thèmes sont tellement en vogue que je les ai volontairement laissés de côté dans un premier temps, juste pour permettre aux enfants de connaître aussi bien le nom du moineau qu'ils font  fuir en riant dans tous les jardins publics de nos contrées que celui du boa qu'ils auront plus de peine à rencontrer lors de leurs promenades en famille.

    Aucune difficulté a priori, il s'agit juste de continuer à proposer deux ou trois images par jour, sans chercher à ce qu'ils retiennent tout, sans évaluer formellement leurs taux de réussite initiaux, intermédiaires et finaux.

    Le but, en accord avec les programmes de maternelle et les résultats des recherches en neurosciences – qui renouent pour l'occasion avec Pauline Kergomard[1] – est toujours très simplement de solliciter leur mémoire de travail, exercer leur contrôle inhibiteur et entraîner leur flexibilité cognitive, ce que P. Kergomard traduisait en son temps par « aider au développement des diverses facultés de l'enfant [...] en [...] se préoccupant beaucoup moins de livrer à l'école primaire des enfants déjà fort avancés dans leur instruction que des enfants bien préparés à s'instruire ».

    On cherchera avant tout à :

    → les laisser s'exprimer entre eux, s'écouter les uns les autres, apprendre à rebondir sur les propos d'un camarade, rester dans le thème de la discussion,

    → les pousser à comparer les images proches entre elles pour les distinguer grâce à des indices : « Le gorille est noir alors que l'orang-outan est marron ; le gibbon a de très longs bras ; le chimpanzé a la figure plate alors que le babouin a un long museau, ...» 

    → leur faire tisser des liens entre ce qu'ils ont déjà vu avant et qu'ils revoient maintenant, exactement semblable (ce qui est surtout très important lorsqu'il s'agit des icônes, prédécesseurs directs des mots écrits en lettres)

    Une troisième série qui sera d'emblée adoptée par environ 50 % de l'effectif, dès ses premières images :

    C'est celle des « Moyens de transports », qui risque de faire moins rêver les PE, à l'exception peut-être de certains de nos collègues masculins , hélas trop peu présents dans les classes maternelles.

    Cette série me permet de faire une toute petite digression sur l'intérêt de l'enfant versus celui de l'enseignant.
    Souvent, on lit ou entend qu'un collègue ne fait pas faire telle ou telle activité parce qu'elle ne l'intéresse pas. Certains cherchent à savoir pourquoi ils seraient obligés de faire apprendre des poèmes, de faire écouter de la musique classique, de parler des animaux d'élevage ou de la chasse alors qu'eux-mêmes n'ont aucun intérêt pour la poésie ou la grande musique ou qu'ils militent pour l'abandon de ces activités vieilles comme le monde des humains.
    On lit aussi qu'un collègue souhaite changer de méthode de lecture, d'écriture ou de mathématiques, parce que, s'il reconnaît que les résultats sont là, nettement supérieurs à ceux qu'il atteignait avant, il s'ennuie à refaire chaque année la même chose.
    Notre  mission est de transmettre à nos élèves des contenus, des savoirs, dans tous les domaines relevant de notre compétence.
    À eux de décider ensuite ce qu'ils feront de ces savoirs. Plus ils en maîtriseront et plus nous pouvons penser que leurs choix seront réfléchis et pertinents.
    L'important pour nous n'est  pas l'intérêt que nous portons à l'activité mise en place, mais de soulever tous les leviers qui leur permettront d'accrocher à cette instruction sans tenir compte des leviers qui nous font avancer, nous, adultes. Nous devons donc nous saisir de tout ce qui leur permettra d'apprendre à trouver du plaisir dans l'effort.
    Quant à notre intérêt personnel, il ne devrait pas être dans notre appétence par rapport à tel ou tel thème, telle ou telle activité, tel ou tel domaine mais dans l'intérêt que nous portons à leurs réactions, leurs « mots d'enfants », leurs émerveillements, leurs enthousiasmes. Oui, bien sûr, cela fait cinq ans, dix ans, vingt ans... ou plus ! que nous serinons chaque année La Souris Verte, Roule Galette ou Le Petit Poucet mais pour eux, c'est la première fois et, comme leurs aînés qui l'entendirent à l'époque où, pour nous aussi, c'était tout nouveau, ils ont droit à notre enthousiasme, notre gaieté, notre émerveillement à recommencer, inlassablement, notre travail de fourmi.

    Tout cela pour dire que, si, si, je vous jure, on peut très bien se passionner en répertoriant les différences entre la fourgonnette et le camion, débattre avec fougue en comparant les performances de l'avion et de l'hélicoptère et s'émerveiller en découvrant la variété des modes de propulsion de tous ces véhicules !

    Une dernière série qui actuellement n'a ni les faveurs des chercheurs en sciences de l'éducation,

    ni celle de ceux qui s'appuient sur les neurosciences, si j'en crois la façon qu'a C. Alvarez de traiter la géographie, à base de cartes et de planisphères. Pourtant, les paysages, c'est motivant... et ça ouvre des horizons !

    Se repérer dans l'espace, c'est savoir le voir avec ses yeux, s'y déplacer avec ses jambes et le commenter avec ses mots, bien avant d'apprendre à le représenter par  des schémas aussi abscons et savantsque les cartes et mappemondes !

    Alors allons-y, les petits et les moyens ! Devisons gaiement en contemplant de beaux paysages, les uns tout proches, les autres plus lointains, et surtout, surtout, apprenons à les regarder « en vrai », comme disent les enfants, par les fenêtres de la classe, à travers la grille de la cour et, si on a de la chance, après quelques minutes de marche à pied, de car, d'autobus ou de métro !

    Cela nous préparera à la série suivante, celle où l'on quitte l'univers rassurant des noms de personnes, d'animaux ou de choses pour s'aventurer dans celui des verbes d'action.

    Première série d'images plus abstraites

     Un lion, ça se voit... une grotte, aussi... tout comme on voit le conducteur d'autobus, l'agent de police ou le boulanger...

    Mais une image immobile qui montre une action, c'est déjà plus difficile... D'autant que, lorsqu'on va désigner cette action, on pourra varier : « Elle marche... Elle va marcher... C'est courir... Il est en train de courir... Il court !... Il a couru... » et c'est toujours vrai.

    Alors on prend son temps. Et on fait confiance. Je serais curieuse de savoir ce qui a bien pu se passer dans la scolarité de certains élèves de CM2 quand je lis leurs enseignants dire qu'ils « ne reconnaissent pas les verbes » ! Comment peut-on ne pas reconnaître les verbes ?

    Essayez et vous verrez :

    → Dites aux enfants que la nouvelle série va leur présenter des verbes, c'est-à-dire des mots qui disent ce que les personnes, les animaux ou les choses font[2].

    → Montrez-leur les deux premières images et demandez : « Que fait-elle ? Que fait-il ? » Ils vous répondront qu'elle marche et qu'il court.

    → Vous les féliciterez et leur expliquerez que oui, il s'agit bien de marcher et de courir et que ces deux cartes illustrent la première le verbe marcher
    et la seconde le verbe courir. Et vous n'irez pas plus loin, ni plus avant dans la définition du verbe.

    → Mais le lendemain, quand vous ajouterez la troisième et la quatrième cartes, vous rappellerez ce que vous avez dit la veille au sujet des verbes et vous leur demanderez s'ils peuvent retrouver deux nouveaux verbes.

    → Si alors ils vous les donnent sous leur forme conjuguée, vous les mettrez à l'infinitif et vous leur parlerez ensuite du verbe danser, du verbe sauter, du verbe courir et du verbe marcher.

    → Et ainsi de suite jusqu'au vingt-sixième verbe de la série. Rien de plus.

    Je vous assure que, si vos collègues de GS, puis de CP, CE1, CE2 et CM1 continuent ainsi à faire vivre le mot « verbe » dans des phrases qui en illustrent le sens, ces petits enfants de quatre ans et demi à cinq ans et quelques à qui vous apprenez ce mot aujourd'hui sauront sans aucun doute reconnaître les verbes dans les phrases ! 
    Surtout si en plus de l'employer vous-mêmes, vous le leur faites vivre intuitivement par le jeu, en cultivant leur mémoire de travail, leur contrôle inhibiteur et leur flexibilité cognitive, grâce à la découverte, avant de savoir lire, d'un pouvoir magique des mots écrits. 

    Chez les MS : Du mot vers la phrase

    Car grâce à cette série de verbes, nos jeunes pré-lecteurs vont pouvoir accéder à la phrase, lue et comprise puis comprise et écrite. Tout simplement, sans autres efforts que ceux de faire appel à ce qu'ils viennent d'apprendre, être attentifs, se plier à une consigne écrite et jouer à combiner ensemble des éléments pour en faire un tout.

    → Le premier jeu est un jeu sportif que tout le monde connaît : Jacques a dit ! Sauf que l'enseignant ne parle pas, il donne à lire. Pas des lettres bien sûr, nous n'en sommes pas encore là ; pour le moment, nos élèves ne savent lire que les images et les icônes simplifiées qui en tiennent lieu. 
    - Il montre une image ; les élèves la lisent ; il font l'action demandée. Il en montre une autre ; les élèves la lisent ; ils l'exécutent. Etc. C'est simple, efficace, et ça exerce ces fameuses fonctions exécutives. 

    → Le deuxième jeu, le mime, fait encore plus appel à la mémoire, puisqu'un seul élève est lecteur et que les autres doivent deviner ce qu'il a lu.
    - Un élève tire une carte, il la lit silencieusement, il exécute l'action puis il désigne un camarade qui doit donner le verbe qu'il a mimé.
    - Si ce camarade réussit, il vient le remplacer. S'il échoue, il désigne un autre camarade qui, à son tour, doit donner le verbe qui a été mimé (à l'infinitif, au présent ou au passé composé, comme il veut).
    C'est tout aussi simple, facile à mettre en place et très bénéfique pour l'attention visuelle, l'attention auditive et la capacité de déduction.

    → Lorsque tout cela est en place et que tous les élèves savent plus ou moins lire une phrase injonctive composée d'un mot et d'un seul, nous allons pouvoir corser le tout et passer à deux images, juste pour le plaisir de lire et d'écrire des histoires composées d'une seule phrase :
    - Il suffit en effet de reprendre une série de noms d'animaux ou de personnes et de faire tirer une image au hasard dans le paquet à un enfant.
    - Il place cette image face à ses camarades à droite d'un point vert qui marque la place du premier mot (ou plutôt groupe de mots, puisqu'il faudra dire « Le lion » ou « La mouche », par exemple).
    - Un deuxième enfant tirera alors une image dans le paquet des verbes et la placera à droite de la première.
    - Un troisième enfant viendra alors placer un point rouge après le verbe, signalant ainsi que la phrase est finie et que tous peuvent la lire.
    - Ensuite, toutes les variantes sont possibles :

    ♥ lire à voix haute la phrase écrite ;
    ♥ la mimer à l'aide de jouets représentant les personnages ;
    ♥ dessiner l'histoire écrite ;
    ♥ la lire silencieusement et dire si elle est vraie ou fausse : La mouche dessine ? Non, c'est faux ! Le lion marche ? Oui, c'est vrai !

    Ensuite, il n'y aura plus qu'à déposer la série des cartes « verbes » avec les autres séries déjà rangées, d'ouvrir ce coin-jeu tous les jours, de venir l'animer soi-même lorsqu'il perd un peu d'attrait, et, le plus souvent de laisser faire les enfants et de les regarder...

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    Télécharger « 26 x 26 icônes (4).pdf »

    Dans la même série :

     PS/MS : 26 fois 26 symboles (1)

    PS/MS : 26 fois 26 symboles (1bis)

    MS : 26 fois 26 icônes (1)

    PS/MS : 26 fois 26 (2)

    PS/MS : 26 fois 26 (3)

    ...

    PS/MS : 26 fois 26 (5)

    Notes :

    [1] Comme le pressentait cette grande dame de la pédagogie, il y a bientôt 140 ans, les travaux récents soulignent l’importance de l’acquisition de compétences au niveau des fonctions exécutives (mémoire de travail,  contrôle inhibiteur, flexibilité cognitive) avant l’acquisition de compétences académiques. Les chercheurs en neurosciences remettent ainsi à l’honneur le bon sens des fondateurs de l’éducation maternelle dans l’école (Pape-Carpantier, Kergomard mais aussi Montessori et Freinet) en démontrant scientifiquement qu’entrer à l’école élémentaire avec de bonnes bases au niveau de ces fonctions exécutives est plus important que de connaître l’alphabet et les chiffres.

    [2] Oui, je sais, c’est incomplet ! Et alors ? La scolarité ne s’arrête pas en fin de Petite ou de Moyenne Sections... Et c’est nous faire un bien trop grand honneur que de croire que ce que nous leur aurons dit un matin de mars, quand ils avaient quatre ans, va rester imprimé à jamais dans leur cerveau. Ils apprennent cela cette année, le reverront autrement les années suivantes et, une fois adultes, ils s’en serviront comme ils voudront.

    Bientôt l'époque des commandes :

    N'oubliez pas :

    Pour une maternelle du XXIe siècle

    Se repérer, compter, calculer en Grande Section

    Écrire et Lire au CP

    Lecture et expression au CE

    Questionner le monde au Cycle 2

    Fichiers et manuels de Mathématiques en élémentaire

    Fichiers et manuels d'Étude de la langue en élémentaire


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  • Commentaires

    1
    cyriaque
    Mercredi 21 Mars à 16:29

    Qu'est-ce que j'aurais aimé vous avoir comme professeur à l'IUFM... Je laisse peu de commentaires comparé à tout le temps que je passe sur votre blog (et avant, à lire vos interventions sur les forums) !

      • Mercredi 21 Mars à 16:39

        Le problème, c'est que je n'ai jamais été prof d'IUFM, moi... Tout juste, MAT, pendant deux ans. Après, ils n'ont pas renouvelé...

      • cyriaque
        Dimanche 25 Mars à 21:19
        Oui, je sais. Mais pourtant, vous auriez tellement à transmettre ; heureusement qu'il y a ce blog. :)
    2
    Dimanche 25 Mars à 23:25

    J'essaie d'aider un peu. Et je suis contente quand j'y réussis.

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