• Projet d'École : le volet Vie Scolaire

    Projet d'École : le volet Vie Scolaire

    Élèves de Mme Bidule en train de valider la compétence : "Ramener M. Machin et sa classe dans le camp du bien".

    Je continue mon compte-rendu de réunion de directeurs, rassurée par notre ami. Tout va bien, tout est normal. "À l'ouest, rien de nouveau", disait l'un, "Aujourd'hui, 14 juillet 1789, rien", disait l'autre (oui, je sais, c'était son tableau de chasse du jour, ne me prenez pas pour plus ignare que je ne le parais).

    Je m'étais donc arrêtée à l'évaluation des compétences des élèves grâce au LPC. "Maîtriser l'orthographe grammaticale", "Maîtriser l'orthographe lexicale", à 11 ans (euh non, 12, tout se décale d'un an), OUI, aucun problème, ça va le faire !  "Avoir conscience de la dignité de la personne humaine et en tirer les conséquences au quotidien", toujours à 12 ans, OUI, les doigts dans le nez, puisqu'on a fait Citoyenneté au troisième trimestre !  "Circulez, y' a rien à voir", disait un troisième... S'ils maîtrisent, hein, nous n'avons plus de souci à nous faire !

    Nous aurons ensuite un deuxième volet à remplir qui concernera en particulier les compétences culturelles, artistiques, sportives et humanistes. On nous en a très peu dit là-dessus.
     Je trouve cela rassurant que ce soit encore à nous de le remplir ce volet-là. Cela prouve que n'ont pas encore gagné ceux qui nous verraient bien ne plus faire que du français et des mathématiques et externaliser tout le reste. Ils ont beau me dire que ce reste serait assuré par "les partenaires de l'école" et qu'il faut que j'arrête de me croire indispensable, je n'arrive pas à me sortir de la tête qu'ici, ce serait assuré comme ci, et là, comme ça. Pour faire simple, dans une banlieue chicos : escrime et polo, chez les ploucs : pétanque et maquillage festif, et hors-les-murs : hip-hop et art du tag. J'ai dit "pour faire simple", d'accord. J'ai de très bons amis joueurs de pétanque et loin de moi l'idée de les mépriser !

    Volet suivant : réponse aux besoins particuliers des élèves. On connaît. Cela va faire tantôt neuf ans que la loi Montchamp nous encourage à développer la solidarité chez les enfants puisque la société n'est plus capable de financer une réelle solidarité envers les familles atteintes par le grand handicap. Là aussi, on circule, il n'y a rien à voir. Puisqu'on vous dit qu'on les inclut et qu'ils en tirent de grands profits...

    Et comme nous sommes aussi bien rodés maintenant à dire qu'un élève qui rame de plus en plus aura le droit (que dis-je le droit, le devoir) de continuer la course mais que nous lui fournirons un pédalo en lieu et place du catamaran dernier cri de certains de ses petits camarades, je n'ai pas besoin de m'étendre non plus sur la mention des élèves PPREisés. Tout le monde connaît. Puisqu'on vous dit qu'ils progressent plus en ramant sur leur pédalo qu'en s'arrêtant un moment pour revoir et compléter les équipements de leur catamaran...

    Passons au volet 4, c'est le volet qui va plaire à tous ! Il s'appelle Vie Scolaire et c'est là que va vivre la coéducation ! Nous y fixerons tout, pour trois ans ! Les relations école-familles, les partenaires de l'école, la prévention des risques majeurs, l'hygiène et la sécurité (les directeurs auront reconnu notre cher PPMS et notre non moins chéri DUER).
     J'ai demandé quel rapport il pouvait y avoir entre le Projet d'École et le DUER (document unique d'évaluation des risques professionnels, un truc de oufs où on doit consigner tous les risques potentiels aussi bien physiques que psychiques pour "notre personnel", comme si nous, directeurs d'école, nous avions du personnel !). 

    Eh bien, c'est simple. Si par exemple, il y a une mauvaise ambiance dans l'équipe, c'est un risque psycho-social qu'il faut envisager, n'est-ce pas ? Les élèves vont en souffrir parce que les relations entre les adultes de l'école sont mauvaises et qu'ils le ressentiront... Je n'ai pas osé demander s'il allait falloir que les adultes qui ne s'entendent pas rédigent une fiche-action pour résoudre leurs points de conflit et si l'on comptait que cela résolve en effet quelque chose. Je suggère un pow wow avec calumet de la paix à la fin, mais pas devant les enfants parce que c'est mal de fumer.

    Et tout cela devra être fait avec beaucoup de sérieux parce qu'à terme, les IEN n'auront plus le temps de venir inspecter les gens en classe. Je réitère ici tout mon respect à celui qui animait cette réunion et qui nous a redit à cette occasion que lui tenait à cet échange d'être humain à être humain où l'on voyait et ressentait beaucoup plus de choses qu'en lisant les inénarrables questionnaires de pré-inspection que nous sommes censés remplir (la fin de cette phrase, c'est de moi, pas de lui, voyons).  Cette inspection en classe sera remplacée par l'évaluation des grands axes du projet d'école, l'adéquation des fiches-actions, le compte-rendu d'évaluation fourni par l'équipe quant aux améliorations qu'elle aura obtenues, le tout grâce à l'application en ligne qui reliera nos écoles à notre hiérarchie et au collège de secteur qui pourra lui aussi y avoir accès.

    Déjà, ce nouveau projet d'école ne remontera plus jusqu'aux bureaux de la DSDEN (ancienne Inspection Académique) et ce seront les IEN de circonscription qui valideront ceux de leur secteur.

    Mon mauvais fond et l'influence délétère de personnes mal intentionnées font que là aussi, je m'inquiète. Ne serait-ce pas encore un signe d'une territorialisation accrue ? Et puis pourquoi le directeur d'école devrait-il se préoccuper des risques psycho-sociaux chez "son personnel" ? Et puis, pourquoi cette évaluation sur ordinateur, sans avoir même croisé les personnes ?

    Je ne sais plus. Je suis ailleurs... A l'époque où sans projet d'école, sans réunions à n'en plus finir, sans heures passées à se coordonner avec Mme Bidule, du CM2 et M. Machin, du CE2B, nous suivions tout autant nos élèves et nous prenions en compte les besoins particuliers de celui qui vivait dans un logement insalubre, de celle qui était en France sans que ses parents aient un titre de séjour, de ceux qui avaient besoin de plus ou de moins de temps que les autres. À l'époque où la date de naissance ne comptait pas et où c'était l'aisance et le bien-être d'un élève qui décidaient du niveau qui lui convenait le mieux.

    À l'époque où l'on savait tout autant qu'aujourd'hui organiser une classe de découverte (qui durait un mois et non pas quatre ou cinq malheureuses journées), un spectacle, un projet commun réunissant toutes les classes d'une école ou même d'un secteur géographique. À l'époque où les écoles éditaient des journaux, des revues et se les échangeaient, où elles correspondaient et programmaient des voyages communs.

    A l'époque enfin où les programmes étaient si clairs (j'ai commencé en 1975) que même si M. Machin et Mme Bidule ne pouvaient pas se voir, ils n'avaient pas besoin de communiquer pour savoir ce que les élèves de l'un avaient fait et ce que l'autre devait à son tour entreprendre...

     

     


  • Commentaires

    1
    arce
    Lundi 20 Janvier 2014 à 20:26

    Ca fait froid dans le dos!

    2
    Lundi 20 Janvier 2014 à 20:32

    Tu vois comme les grenouilles sont à des degrés d'eau chaude différents. Je me disais en le postant que, finalement, cette partie-là était moins gratinée que l'autre...

    3
    Lundi 20 Janvier 2014 à 21:42

    Tu as oublié l'époque où l'on n'avait pas besoin de livre du maître de 300 pages parce que les livres scolaires étaient clairs et riches de tout ce que les enfants devaient  apprendre  au fil du temps ...

    4
    Lundi 20 Janvier 2014 à 21:46

    Non c'est encore pire (ou alors c'est parce que c'est lundi)

    5
    Lundi 20 Janvier 2014 à 21:47

    Ah oui ! Et où on ne faisait pas de fiches de prép' avec les objectifs, les compétences, les capacités, les savoir-être et les savoir-faire !

    Et où un cahier-journal, c'était un vrai cahier d'écolier sur lequel on écrivait : Lecture p. 22, 23 ; Grammaire : le nom commun, ex. 2 à 5, p. 18 ; rédaction : le pain ; mathématiques : les nombres de 10 à 20, ex. page 14 ; après-midi : classe-promenade, le bief du moulin.

    Ah oui, parce qu'on sortait de la classe quand on voulait, juste en écrivant au tableau : Nous sommes en classe-promenade au bief du moulin !

     

    6
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:00

     Comment a fait Sapotille pour se mettre cet adorable nounours ? Je vais voir si je peux me coller aussi un truc à moi, une vignette, comme sur les porte-manteaux à la maternelle ...

    7
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:02
    8
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:03

     Yeah ! Ça marche !

    9
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:04

    Sur les porte-manteaux à la maternelle, maintenant il y a écrit PASCALE. Non mais oh, sont pas là pour être pris pour des demeurés avec des jolies vignettes, les minots !

    Mais tu as raison, ici, on peut mettre des jolies vignettes. Des lémuriens hallucinés, par exemple.

    10
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:10

     Du temps de Pierre, il y avait écrit PIERRE seulement à partir de la MS. C'était une sorte de promotion.

    Alice y est allée plus tard mais l'instit est une vieille comme toi, alors je ne sais pas si elle affuble les deux ans de lettres capitales, comme la peine du même nom.

    11
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:11

    Des hérissons qui jouent à la pétanque, c'est génial aussi !

    12
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:11

     Le lémurien halluciné, c'est une vidéo, alors ça peut pas faire. C'est dommage ...

    13
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:12

     Mais non ! Il part en excursion à la montagne, mon hérisson. C'est Sapotille qui me l'avait envoyé après l'avoir pris en photo dans une vitrine de >Noël Alsacien.

    14
    françoise svel
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:15

    Comme Phi, je trouve que c'est pire! Et j'ai du mal à croire que ce puisse être vrai...

    15
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:39

    Bon. Ça ne va pas plaire aux gentils, alors ? Je vous raconterai le coup de fil de la fille de ma copine, alors... Mais ça ne va pas leur plaire non plus.

    16
    Samedi 1er Février 2014 à 12:55

    Comme je passais par là... J'ai entendu parler de PPRE-passerelle. En français courant, est-ce que ça veut dire "laisser passer au collège des élèves qui n'ont pas acquis de bonnes bases en primaire, mais c'est pas grave, grâce à la passerelle, ils auront quand même leur Brevet, leur bac et leur doctorat" ?

    Juste pour savoir...

    17
    Samedi 1er Février 2014 à 13:43
    18
    Samedi 1er Février 2014 à 13:54

    Je confirme. Le mieux, après, c'est de les inscrire dans la 6e et la 5e sans notes. Les parents sont ravis parce qu'on ne les fait pas redoubler. On peut aussi, si on n'a pas réussi à installer ces classes sans notes, faute de candidats, leur procurer un AVS.

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