• Nino et Ana : Compréhension

    Nino et Ana : Compréhension

    Comment faire pour que tous les enfants accèdent à la lecture de phrases et que nous ne soyons pas obligés pour certains de nous contenter qu'ils ânonnent des syllabes pudiquement cachées sous le terme savant de logatome ?

    Rien que le fait de se poser cette question est rassurant

    En effet, hélas, après le tout compréhension/zéro déchiffrage – qui perdure en parallèle d'ailleurs – des Ribambelle des années 1990/2000 pendant lesquelles un enfant pouvait quitter le CP totalement non-lecteur à condition qu'il soit capable d'entourer un titre, un nom d'auteur, un logo d'éditeur sur une photocopie de couverture de livre et qu'il ait écouté, plus ou moins attentivement, son enseignant lui lire des albums jeunesse avant d'en colorier les illustrations, nous en sommes revenus dans certaines écoles et certains guides pédagogiques, dont les plus cotés actuellement, hélas – à la méthode antédiluvienne, celle que déjà les grands noms de la pédagogie qui fondèrent l'école publique condamnaient en 1881 !  

    Nino et Ana : Compréhension

    Or, il n'y a pas de lecture sans compréhension. Un enfant qui ne fait que déchiffrer des logatomes ne lit pas !

    Rien ne sert de sortir tous les matins son Nino et Ana si ce n'est pas pour que, 15 minutes plus tard, tous ses élèves aient compris ce qu'ils ont lu. Même si ce n'est que :

    Nino et Ana : Compréhension

    Hélas, ce n'est pas toujours simple et le passage à la compréhension est difficile pour certains élèves, surtout si, en maternelle, on a plus axé la pédagogie sur le faire que sur le comprendre.

    Il arrive en effet que, dans certaines familles, le mot pourquoi ne soit pas souvent invité dans la conversation. Alors, si l'école n'a pas l'habitude de demander sans arrêt « pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? », les enfants se laissent aller à la facilité du faire, bien plus commode que l'exigence du comprendre...

    C'est pourquoi, il est selon moi indispensable de donner des mots, puis des phrases à lire à tous les élèves, et de les leur faire expliquer. Tous. Même l'enfant non-francophone qui, pour le moment, ne s'exprime pas encore en français (d'où l'importance des illustrations dans les affichages d'une méthode de lecture).

    Dans Nino et Ana, j'ai démarré tout doux.

    Comprendre le mot Nino, c'est à la portée de tout enfant, à condition bien sûr qu'on l'alerte sur le fait qu'il doit comprendre :

    « Dis-moi, qu'est-ce que c'est ça, Nino ? Ah bon, c'est un nom ? Mais c'est le nom de qui ? Tu en connais, toi, des Nino ? Ce sont des garçons ou des filles ? Ou des animaux, peut-être ? Pourrait-on appeler un animal Nino ? Pourquoi le pourrait-on ? Pourquoi ne le pourrait-on pas ? Tu aimerais qu'un chien ait le même nom que toi ?... »

    Aussi redondant que ça puisse paraître, pendant la Semaine 1, on reproduira à peu près tous les jours la même chose pour les autres prénoms.

    Les premiers mots arrivent Semaine 2.

    Il s'agit de allô, allé, lit.

    Après définition, on les fera insérer dans des phrases orales : « Qui peut me raconter une histoire dans laquelle il y aura le mot allô ?... Quand disons-nous allô ? Et le mot allé ?... Allé, c'est un mot qui dit ce que nous faisons. Ça s'appelle un verbe. Le verbe aller.. Qui me fait une phrase où on prononce le mot allé ? Et une autre avec le prénom Nino et le verbe aller ?... »

    [Petit devoir de vacances : faites la même chose avec le mot lit. Attention, c'est un mot polysémique, les enfants vont tout aussi bien vous entraîner dans leur chambre que vers la bibliothèque...]

    Puis vient la première phrase

    Semaine 2, Jour 1 :

    Nino et Ana : Compréhension

    « Attendez, j'ai mal entendu... De qui parlez-vous ? Et qu'est-ce qu'il a fait ?... Mais, c'est qui déjà qui a lu ? À votre avis, notre ami Nino, qu'a-t-il lu ? Et pourquoi a-t-il lu ça ?... »

    En continuant ainsi comme ça, en faisant expliquer tout, tout, tout, pendant les premières semaines, au moment où il y a très peu à lire et où on a le temps de s'étaler sur les raisons qui ont fait qu'on a éprouvé le besoin de noter que la lune (plutôt que le soleil) luit (plutôt que disparaît) la nuit (plutôt que le jour), on arrive à engager tous les élèves dans une dynamique de compréhension dès lors qu'ils posent les yeux sur une ligne de lettres.

    À leur mesure,bien sûr : le petit enfant en attente de dossier MDPH restera plus en surface que son voisin, fils de professeur de lettres et d'ingénieur à la COGEMA. Mais la dynamique sera lancée et on n'aura pas d'élève qui pense que lire, c'est uniquement faire du bruit avec sa bouche.

    Ils liront tous des textes

    Et dès la Période 2, nous passerons aux "textes", bien modestes pour les premiers, parce que l'enchaînement des idées, ça aussi, ça n'est pas gagné dans certains milieux et que l'école maternelle n'a pas forcément réussi à installer dans tous les cerveaux qu'on peut développer une première idée :

    Nino et Ana : Compréhension

    et l'éclairer grâce à une petite extension :

    Nino et Ana : Compréhension

    ce qui est déjà une excellente raison mais reste encore trop opaque pour certains...

    On éclaire alors leur lanterne grâce à une vérité scientifique incontestable, digne d'un manuel d'éthologie féline :

    Nino et Ana : Compréhension

    C'est sans doute moins gratifiant que les longs textes de Narramus ou autre, et ça occupe une longue partie de la séance de lecture, interdisant de monter des projets magnifiques ou de programmer des productions d'écrits affolantes, ou des ateliers de mots croisés, mots mêlés, mots fléchés, etc.

    Ça paraît même peut-être complètement stupide, mais c'est d'une importance capitale et ça permet d'avoir à la fin du deuxième et au troisième trimestres de vrais dialogues d'explication de textes autour de documents écrits aussi riches que Le Vaillant Petit Tailleur, L'Histoire de Babar le petit Éléphant, Les Musiciens de Brême, Le Petit Sapin Orgueilleux, etc.

    Nino et Ana : Compréhension

    Changer de « focale »

    Voilà, j'espère que j'ai participé à éclairer quelques lanterne.

    Vous avez déjà mis le pied à l'étrier cette année en permettant à tous vos élèves, même les plus lents, d'accéder au décodage.

    Vous êtes à deux pas de permettre au plus grand nombre possible d'accéder à la lecture, la vraie, celle qui automatiquement s'adresse à la pensée et l'éclaire, l'informe, la distrait.

    Il vous suffit pour cela de changer de « focale » et de considérer qu'entre le tout compréhension à partir de textes lus par l'adulte et le tout décodage à partir de logatomes lus par les enfants, il y a un moyen terme où tout texte est décodable et où tout décodage doit être signifiant.

    N'hésitez pas à venir m'informer et me dire si vous avez tenté cette ouverture vers l'intelligence de texte, même quand le texte en question dit seulement :

    Nino et Ana : Compréhension

    et ce qu'il en est résulté.


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