• Musique chez les petits.

    Musique chez les petits.

    Hier, j'ai laissé mes CE1 à ma collègue de Cycle 3, aidée de l'EVS, pour la lecture et les lièvres de Dürer et Phi (c'est ici) pendant que mes GS, CP et moi sommes allés inviter les MS à faire de la musique avec nous dans la salle de motricité ! J'étais bien contente...

    IL faut dire que, normalement, ces petits MS et leurs copains de GS et PS auraient dû être mes élèves cette année, si l'administration n'avait pas jugé bon de bloquer pour un PES le poste de ma collègue qui partait. Mais ça, c'est une autre histoire. D'ailleurs, nous avons la joie de bien  nous entendre avec une jeune collègue vraiment sympathique et qui fait du très, très bon boulot avec ses petitous et l'essentiel est là.

    Donc, petite séance de musique. Six élèves de CP (le septième partait en week-end avec ses parents, mais ce n'est pas souvent, ça ne s'est produit que trois ou quatre fois depuis le début de l'année... ça fait quand même trois ou quatre fois de plus que les autres élèves en obligation scolaire, madame la maman de l'enfant), sept élèves de GS, six élèves de MS (les jumelles étant parties en week-end avec le grand frère en obligation scolaire) et un petit de PS qui commence à ne plus avoir besoin de deux heures de sieste l'après-midi et qui est arrivé au moment du chant. 

    Nous nous installons en cercle, mélangeant tous ces niveaux pour que la contagion se fasse. Nous nous asseyons et éteignons les lave-vaisselles qui risquent de perturber un peu notre première activité, le silence. Le silence, c'est encore de la musique, dit-on.

    Ici, ce serait plutôt, le silence, c'est déjà de la musique. S'il existait. Mais non. On entend les grands, dans la classe d'à côté. Une voiture qui passe devant l'école. Un bruit dans le couloir, venant de la classe des moyens... Et entre ces moments, rien, juste les petits yeux qui bougent et qui cherchent à saisir ce qu'ils perçoivent à peine.

    Alors, pour eux, nous allons rendre le silence plus parlant. Les grands, dans leur classe, font du... bruit. Et nous, nous cherchons le... silence. Tout le monde ici sait faire du bruit ? Tout le monde sait faire du silence ? Alors, nous allons jouer. Quand je dirai Bruit ! en ouvrant mes deux mains comme cela, vous ferez tous du bruit, du bruit, du bruit. Et quand je les refermerai comme ça, en disant Silence ! vous ferez tous du silence. [Premiers essais de codage musical au passage : les yeux comprennent sans ordres verbaux. De la lecture à l'usage des petits de moins de cinq ans et demi. De la vraie. Pas de la fausse, où les codes ne sont jamais expliqués et où on peut vous faire croire n'importe quoi.]

    Premier essai timide... Deuxième essai plus encourageant. Aux voix s'ajoutent quelques frappés. Tout le monde se met debout. Troisième essai, où, volontairement, les mains restent longtemps ouvertes. Les bruits s'éteignent malgré tout, après une brève explosion. Ah mais non, mesdemoiselles, messieurs. Nous n'avons jamais dit d'arrêter. Les mains comme ça signifient Bruit ! alors tout le monde doit faire du bruit.
     Consigne comprise. Les moments s'alternent, longs, courts, rythmés par les deux codes manuels. À la fin d'un intervalle de silence, au moment où l'on explique comment on peut faire du bruit, avec sa voix et avec son corps, le mot son est prononcé par un élève de MS. La semaine prochaine, nous l'utiliserons alternativement avec le mot bruit.

    Les plus jeunes commencent à s'exciter, il est temps de passer à autre chose. Du son, toujours... Deux sons. Celui du tambourin et celui des claves. Les enfant sauront les reconnaître même s'ils ferment les yeux. Pourquoi ? Les plus âgés lèvent le doigt mais les maîtresses attendent. Elles veulent que les plus jeunes cherchent. Elles miment l'action. Je ferme les yeux... C'est le son du tambourin ! Comment ont-elles fait ? Elles ont... entendu ! Oui. Parce qu'elles ont écouté avec leurs oreilles. Les oreilles nous disent ce qui s'entend. C'est ça !  [Métacognition... de trois secondes... au cours de l'activité... parce qu'on n'est pas en maternelle pour descendre de vélo et se regarder pédaler... Au passage, ce sont les mêmes qui reprochent aux méthodes alphabétiques d'apprendre aux élèves à nager sur un tabouret. Vaut mieux entendre ça qu'd'être sourd, disait ma grand-mère.]

    Alors on joue... Trois minutes, pas plus. Rester les yeux fermés, c'est épuisant à moins de sept ans ! Les maîtresses jouent... Au bout d'un moment, l'une d'elle se déplace. Il va falloir dire le nom de l'instrument et montrer là où il a joué. Les doigts se tendent. La concentration est à son maximum... puis décline.
    Ça a assez duré. Le tambourin va maintenant commander les robots. Il tape une pulsation raisonnable. Environ un coup toutes les secondes et même un peu moins. Les CP et les GS savent faire, ils entraînent les petits qui bientôt scandent la pulsation avec leurs pieds en se déplaçant dans la salle. La pulsation s'arrête, on s'arrête. On écoute sans bouger la suivante. Après une dizaine de coups, la maîtresse donne le signal du départ. Celle-ci est plus rapide, on joue un peu des coudes en riant. Certains ont du mal à ne pas laisser la motricité large incontrôlée prendre le pas sur l'exercice de la discipline intérieure, selon les termes de M. Montessori.  Une pulsation lente, très lente, trop lente pour les plus jeunes remédie au problème. Il faut accompagner chaque son de tambourin d'une consigne verbale pour les aider : Très... lent... très... lent... très... lent... pour endormir mon petit chat gris à qui j'ai préparé un gâteau d'anniversaire.... Venez tous !

    Le gâteau est là. Avec sa bougie. Je l'allume. Nous nous installons en rond autour. Nous allons souffler. Mais tout doucement pour ne pas l'éteindre. Notre petit chat gris ne serait pas content. C'est son gâteau. Respirons bien fort.
     Malgré mes mains sur le ventre qui s'écartent doucement, les épaules de certains CP [et celles de la maîtresse des petits... Que font les profs d'ESPE, zut de zut de carabistouille ?] se lèvent. Tiens, tiens, des poumons dans les épaules... Intéressant cas médical ! C'est là, là, que ça se gonfle, pas là-haut... D'un geste, j'essaie, sans insister, de rectifier ce que les enfants voient faire autour d'eux et imitent sans même s'en rendre compte. Aucun tout petit ne le fait, c'est déjà ça.
     La semaine prochaine, nous ferons un temps allongé, avec un cube sur le ventre, tiens. L'avantage de ne pas avoir de progression préétablie ! Eh eh eh !

    La flamme de la bougie vacille. Nous recommençons. Elle vacille longtemps, longtemps. Encore une fois ? Magnifique ! Et maintenant, puisque mon petit chat gris n'arrive pas, nous allons respirer puis souffler tout l'air d'un seul coup, pour éteindre la bougie ! Attention... à mon geste de l'index, on souffle !
     Nous étions trop loin. Rapprochons-nous d'un pas [découvrir le monde : formes et grandeurs, notion de mesure ; nombres et quantités, l'unité, le nombre 1]. Respirons... Bloquons... Geste de l'index : soufflons ! Encore raté.
     Approchons-nous encore d'un pas ! Respirons... Bloquons... Geste de l'index très vif : soufflons très fort ! Oui ! Elle est éteinte.

    Et maintenant, chantons. Un petit chat gris. La flûte joue. Les petits écoutent et regardent. La maîtresse commence à chanter. Ils commencent en même temps qu'elle. Elle s'arrête : Vous la connaissez déjà ? Non ? Alors, écoutez bien. On écoute avec les oreilles, pas avec la bouche...  Un petit chat gris, qui mangeait du riz, sur un tapis gri-is. Sa maman lui dit, ..., ce n'est pas joli, ..., de manger du riz, ..., sur un ta-a -pi-is gri-is !
     Sur deux notes, ou presque... Fa, fa, sol, sol, fa / fa, fa, sol, sol, fa / fa, fa, sol, sol, fa /fa, fa, sol, sol, fa, chut / fa, fa, sol, sol, fa, chut /fa, fa, sol, sol, fa, chut / fa, fa, sool, doo, faa.
     Et sur deux rythmes, ou presque : Deux-croches, noire, noire, noire / Deux-croches, noire, noire, noire / Deux-croches, deux-croches, blanche / Deux-croches, deux-croches, noire, silence / Deux-croches, deux-croches, noire, silence / Deux-croches, deux-croches, noire, silence / Deux-croches, blanche, blanche, blanche.
     Pour aider au respect de ce temps de silence, il est remplacé par un frappé de main.
     Celui-ci est immédiatement intégré par les enfants qui le frappent, au bon moment. Ils aimeraient bien le rajouter à la fin à la place du deuxième temps de chaque blanche, mais le chef d'orchestre reste intraitable : c'est la partition qui commande et elle respecte le délire créateur du compositeur qui là, il faut bien l'avouer, s'est surpassé !
     Que voulez-vous, il faut bien supporter quelques chenilles si l'on veut connaître les papillons, nous a appris la rose du Petit Prince. Alors, en maternelle, supportons les Petits chats gris sur deux tons et trois figures de notes, si l'on veut que plus tard, ils puissent se lancer dans des interprétations époustouflantes de l'alphabet revu et corrigé par Wolfgang Amadeus Mozart !

    Tout le monde chante. Même Tout-Petit qui vient d'arriver, les yeux encore pleins de sommeil, et qui se passionne pour l'interprétation du texte. On mange dans l'assiette, avec la cuillère. Pas dans le tapis ! C'est pas joli.  Nos deux MS suivis en orthophonie pour retard de langage ponctuent chaque phrase musical : .... gris, .... riz, ...gris, ...dit, ...joli, ...pis gris. [Qui a dit que les enfants n'entendaient pas les sons et qu'il fallait leur apprendre à syllaber ? La musique s'en charge très bien et il n'est pas besoin de les réunir quatre par quatre pour frapper pendant quatre ans les syllabes de leurs prénoms pour obtenir qu'un enfant, même en difficulté de prononciation, repère spontanément la dernière syllabe d'un mot. Et toc !]

    Au bout de quatre ou cinq répétitions de ce monument de la création musicale, nous arrivons à une interprétation presque parfaite du morceau. Juste un petit souci sur les trois blanches finales. Cela viendra. Sur ce chant-là ou sur un autre... C'est tellement convenu, cette fin, d'ailleurs... Mais il faut la connaître si on veut pouvoir la dépasser. Enfin, c'est ce que j'ai toujours constaté.

    Plus que dix minutes et nous devrons arrêter. Quarante-cinq minutes, c'est plus du double de ce qui devrait être consacré à la musique chaque jour en maternelle. Ils ont été formidables de concentration et d'intérêt. Il est temps de passer à l'écoute musicale.
    Là non plus, rien de transcendant. Du répertoire traditionnel. Parce que Kodaly l'a dit. C'est par le chant et la musique traditionnelle que les enfants entrent dans la musique. Et qu'il a essayé en Hongrie et que ça a super bien marché. Si bien que, dans de très nombreux pays, on l'a suivi et que ça a aussi très bien marché. En France aussi. Sauf que... après, on a arrêté. Parce que ça avait tout changé. J'ai un ami qui explique ça très bien. Il est musicien et il est malade lorsqu'il voit ce qui se passe dans les conservatoires municipaux et départementaux et le schéma qu'on leur impose de suivre.

    Alors moi, tant pis, comme je n'en ai plus que pour deux ans d'école, j'essaie de remettre ça au goût du jour. Et nos petits écoutent la marche alsacienne flonflonner. Les mains s'agitent, les têtes se balancent en mesure, les jambes commencent déjà à esquisser quelques pas imaginaires.

    On ne dit rien. À la fin, un CP dit : Ça va vite !  Un autre ajoute : Il y a du tambour. Là, je coupe court et lis la fiche technique (Danses et Musiques du Monde, chez Scolavox, je crois) : Non, il y a "de la batterie", "de la clarinette", "du saxophone", "du saxhorn", "de la trompette", ... Excusez-moi, j'ai oublié cette liste lue à toute vitesse. Je me bats depuis des années contre ces collègues qui limitent l'écoute musicale à de la devinette de noms d'instruments lancés au hasard... ou pas... par des élèves qui devraient, à cinq ans, avoir la capacité de distinguer des timbres proches et celle de citer les instruments qui les ont produits.
     Et encore, là, c'est de la musique européenne. Mais lorsqu'un enfant de six ans commence à trouver du piano, du violon et de la cornemuse dans un morceau de musique inuit ou mélanésienne, je bous !

    À quatre ans, la musique, ça s'écoute avec le corps entier. Alors, un groupe de spectateurs va s'asseoir sur les bancs pendant que l'autre groupe danse. Ça va vite, comme nous a dit Nathan ! Ouf ! Au bout de la minute trente de danse, nos petits soufflent comme des phoques !  Nous alertons le deuxième groupe : Attention ! Ça va vite ! Si vous courez tout le temps, vous allez être épuisés...
     Nos plus grands se le tiennent pour dit. Les plus jeunes galopent mais eux commencent à esquisser des pas chassés, des pas de polka, des figures sur place avec les bras qui consomment moins d'énergie tout en respectant le rythme imposé par nos tambours  !
     À la fin, tout fiers, ils nous annoncent : Moi, je suis pas fatigué !

    Deuxième essai, toujours sans consigne, pour chacun des deux groupes. Les bras, qui étaient restés le long du corps la fois précédente, commencent à se balancer et certains spectateurs commencent à battre la pulsation ! Wahhh ! Super groupe ! Selon les fournées d'élèves, cela met parfois plusieurs séances pour germer. Il faut dire que les Alsaciens avaient mis du cœur à l'ouvrage et que leur mélodie s'y prête bien !

    C'est tout pour aujourd'hui les petits. Rechantons une fois notre chanson du Petit Chat Gris et à vendredi prochain pour la suite de notre cours de musique.


  • Commentaires

    1
    Samedi 1er Février 2014 à 19:01

    chap-peau!

    Quel dommage que mes loupiots n'aient pas connu ça en maternelle... Ça nous aurait évité bien des pleurs du matin...

    2
    Samedi 1er Février 2014 à 23:38

    C'est toujours un plaisir de te lire... Vivement vendredi prochain !

    3
    Jeudi 6 Février 2014 à 20:55

    Super séance de musique. On s'y croirait en te lisant. Vivement demain pour la suite !

    4
    Jeudi 6 Février 2014 à 20:58

    Vous savez, on va surtout revoir et avancer d'un tout petit pas... Rien d'extraordinaire.
    Ah si, trois hauteurs dans la nouvelle chanson...

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