• La statue du directeur

    Mon départ à la retraite[1] m'a permis d'être aux premières loges pour réaliser enfin ce qu'aurait dû être mon taf à la tête de mon staff pendant les vingt-neuf années où j'ai exercé, mal, très mal, ma mission de directrice d’école[2]... Maintenant que je n'en ai plus besoin, je vous récite vite ma leçon, avant de l'oublier et de rêver à une autre École, celle que j'aimais et que je rêvais d'améliorer.

    Le directeur est une statue, tutélaire et patiente, pleine de bienveillance et de douce fermeté, qui surplombe l'école de son ombre protectrice et calmante et l'illumine par sa clarté organisationnelle et didactique.

    • La statue du directeur transcende la diversité des territoires

    Il se doit d'établir de bonnes relations avec la mairie, tout en sachant que celle-ci fera exactement comme elle veut. Certaines ne s'en privent d'ailleurs pas et vont jusqu'à décider qu'en fournissant la moitié, voire moins, du matériel demandé par les PE et en le choisissant de la plus piètre qualité qui existe, cela suffira bien pour occuper des enfants quelques vingt-quatre heures par semaine[3] et quelques trente-six semaines par an.
    C'est au directeur de se faire tellement bien apprécier et comprendre que les conseils municipaux, la main sur le cœur, organiseront des PEdT[4] de rêve dans la droite ligne de l'intérêt de l'enfant, celui imaginé par des PE consciencieux et vigilants au bien-être, à l'éducation et à l'instruction des bambins que la société leur confie.

    La statue du directeur

    Ces relations apaisées et constructives avec la mairie incluent bien sûr le service des ATSEM qui, elles aussi, doivent être envoûtées par les paroles pleines de charisme du directeur qui met en place leurs horaires de service, en remplit les petites cases de travaux qu'il est chargé de leur faire apprécier afin qu'elles les exécutent en toute joie professionnelle.
    Évidemment, tout cela avec l'approbation de la mairie qui aura été suffisamment entourloupée par le directeur pour ne pas décider de placer de RTT des ATSEM pendant le temps scolaire, ni de comptage de tickets de cantine, de plannings des TAP et autres inscriptions au centre de loisirs du mercredi et des petites vacances scolaires... Si le directeur a été mauvais et n'a pas réussi à les circonvenir, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même car il aura failli à sa mission d'interface.

    Il gère aussi tous les médiateurs, coordinateurs et autres harmonisateurs, nommés par la Région, le département ou la commune et se mêlant de pédagogie et de vie de la classe, de l'école comme s'ils étaient chez eux. Il joue alors à nouveau le rôle d'interface et sait rester courtois, poli, aimable avec ces gens-là comme avec ses collègues ou avec les parents qui se trouvent écartelés entre des visions si différentes de leurs enfants qu'ils en viennent à ne plus savoir à quel saint se vouer. Au directeur de les convaincre de rester dans la bonne chapelle !

    • La statue du directeur harmonise les représentations familiales de l'école

    La statue du directeur

    Tout vient de lui. Il admet les élèves, en les enregistrant sur Base Élèves, tout en déplorant le travail du dirlo précédent qui n'aura pas encore eu le temps de valider la radiation ; ce qui fait que, parfois, un enfant se retrouve doté de deux INE (quand ce n'est pas plus pour les enfants du voyage qui restent moins d'une semaine dans chaque école). Il n'oublie pas le registre matricule papier, qui reste en vigueur et fait doublon corrobore les données enregistrées dans la Base Élèves à l'aide de la clé OTP, merveille de technologie qui a rendu possible le fichage à grande échelle des mineurs en garantissant l'inviolabilité des renseignements dûment enregistrés[5].

    La statue du directeur

    Il se tient au portail tous les matins, ayant un mot gentil pour tous. Gentil mais ferme, tout en restant courtois, voire un peu charmeur, pour donner une bonne image de notre beau métier. Il peut ainsi désarmer les conflits, les envies de meurtre[6], les débuts de rumeur, etc.
    Il est le garant de la fréquentation scolaire. Il sait que le spectre de l'absentéisme scolaire, père des enfants décrocheurs (en Petite Sestion, c'est archi courant) rôde sournoisement autour des bacs à sable et des cages de foot en plastique !
    Chaque matin, il exige de chaque collègue, avec bonté mais fermeté, qu'il lui signale illico toute absence. Même le môme qui mouchait, crachait ses poumons et brûlait de fièvre la veille au soir ; même la gamine dont la maman avait annoncé que le week-end serait un peu chargé car ils allaient fêter les noces d'or de papy-mamie à Thionville et qu'ils doutaient de pouvoir être de retour très tôt le dimanche soir à Biarritz.
    Là, tout sourire, miel et sucre, le directeur téléphone aux familles contrevenantes à l'obligation scolaire (ou à l'obligation de fréquentation[7], pour les moins de six ans). S'il n'est pas déchargé, il se débrouille pour occupationner avec intelligence ses propres élèves (voir points suivants).
    Il explique alors avec bienveillance et pédagogie (mais ces deux mots ne sont-ils pas synonymes ?) que les parents du petit Alfred auraient dû dès ce matin l'avertir que leur bambin, brûlant de fièvre, ne viendrait pas et que la petite Léocadie, malgré l'importance du lien intergénérationnel, aura à fournir un mot écrit par les parents qui, s'il n'excuse pas, justifiera au moins son absence.
    En revanche, il oublie toute velléité de réclamer un certificat médical, même pour les élèves absents une semaine sur deux en raison de maux fantaisistes et invérifiables, car l'automédication raisonnée a le vent en poupe et la Sécu les caisses en berne.
    Et, si Léocadie enterre régulièrement des membres de sa famille tous les week-ends aux cinq coins de l'hexagone qui sont loin de chez elle, justifiant ainsi toutes ses absences du lundi et du vendredi, il n'aura que l'artillerie lourde (ou la pédagogie bienveillante, on y croit très fort) à opposer à la famille réellement contrevenante à l'obligation scolaire : information préoccupante, signalement pour carence éducative, plainte anonyme au 119.. Ce qui débouchera sur... rien ou pas grand-chose, ce qui est très bien parce que ce n'est pas en pénalisant les familles en carence éducative qu'on obtiendra que l'élève sorte de la spirale infernale de l'échec scolaire.

    • Combattre l'échec scolaire par la loi (d'orientation), une mission sacrée de la statue du directeur

    L'échec scolaire ! Lourd spectre qui suit partout la statue du directeur !

    Il est le garant de la réussite scolaire dans son école. C'est lui qui impulse la dynamique qui donnera à son équipe la pêche nécessaire à la réalisation de tous les projets d'anticipation plutôt que de remédiation ! On y croit très fort...
    Tous, même la collègue épuisée par deux heures de trajet matin et soir, même l'autre qui lutte vaillamment contre une maladie qui l'handicape au quotidien, même celui qui a un emploi du temps de ministre en dehors de l'école et arrive tout juste à faire ses 5 h 15 de présence par jour ! Même le petit PES à qui l'on n'a rien appris et qui débarque, perdu et déprimé avant même d'avoir commencé.
    Le directeur n'hésite pas à les réunir autant de fois que nécessaire pour que jaillisse LE projet fédérateur, ludique, interactif et innovant qui sera mis en œuvre avec son appui et sous son contrôle vigilant dans toutes les classes de l'école. Au besoin, il aide les collègues ayant du mal à renouveler leurs pratiques et à mettre l'apprenance au cœur de leur système d'enseignement en assistant à une séquence dans leur classe[8] et en leur procurant ensuite un rapport d'inspection une analyse de séquence pointant les erreurs qui compromettent l'engagement de leurs élèves dans la spirale ascendante de l'implication, mère de la réussite !
    Bien sûr, il s'appuie pour cela sur l'Administration et n'hésite pas à demander l'aide de l'équipe de circonscription, nouveau maillon du flicage de l'aide à l'innovation. C'est elle qui viendra à l'école et confortera son autorité de pilotage face aux collègues récalcitrants. Elle leur fournira une aide logistique en filmant des séquences dans leurs classes, soumises ensuite à la critique forcément constructive et formatrice de l'équipe. Elle proposera des outils de régulation adaptés, issus de la recherche didactique et "conseillés" par le Ministère lui-même, via les programmes scolaires et leurs documents d'application. Elle prônera l'autoformation managériale, menant la réflexion d'équipe jusqu'à l'expression totalement spontanée d'une volonté d’apprendre et d’apprendre ensemble à quatre niveaux : individuel, organisationnel, interorganisationnel et sociétal.

    La statue du directeur

    Que ses "collègues" lui en veuillent ensuite d'avoir ainsi mis sous les feux des projecteurs leurs insuffisances, peu lui chaut ! Il est une statue et son importance de statue le met à l'abri des crachats, des lazzis, des rancunes tenaces et des coups bas.

    • La statue du directeur ne connaît ni le doute, ni la fatigue, ni l'angoisse

    Il est le bras armé de la Refondation de l'École et il agit en conséquence, nouveau Hussard Noir d'une nouvelle société qui a dépassé les clivages politiques imbéciles et ne raisonne plus qu'en manager objectif d'un meilleur des mondes enfin réalisé.

    Insensible et parfait, il sait le bon, le politiquement correct, le juste, la bienveillance pragmatique et ignore doutes, remises en question, empathies culpabilisantes qui lui feraient ressentir les souffrances des autres.

    Entièrement dévoué à sa cause et conscient du bien-fondé de sa mission, il ne ménage pas son temps. Imaginons par exemple qu'il ait à faire valider le règlement intérieur par le Conseil d'École. S'il arrive seul près de cette instance composée de représentants de la mairie, de ceux des parents d'élèves et de l'ensemble de ses collègues, il risque fort d'avoir à batailler ferme pour imposer sa version du projet dont il sera pourtant ensuite le garant...
    Alors, il fait sien les principes de Machiavel et organise autant de réunions qu'il y a d'instances à convaincre.

    Il rencontre le maire, car c'est lui qui détient le nerf de la guerre, et le convainc de la légitimité de ses principes. Généralement, c'est vite fait parce que le maire se fout de la pédagogie comme d'une guigne. En le brossant dans le sens du poil au niveau des financements et de la couverture médiatique, tout se passe bien même si, ensuite, dans la gestion quotidienne du relationnel mairie-école, il peut y avoir une légère disparité entre les promesses et la réalité...

    Une fois ceci fait, il réunit les parents délégués. S'il leur parle bienveillance, sorties, innovations pédagogiques, suppression des notes et du redoublement, tablettes numériques et anglais dès la maternelle, il joue sur du velours. Leur accord est bien vite obtenu et il a toutes les armes pour les convaincre de ses pleins pouvoirs décisionnels au sein de son équipe pédagogique.

    C'est alors qu'il pourra s'attaquer à ses collègues. Quelques conseils des maîtres plus tard, en utilisant le 49-3 du pauvre au besoin[9], il a obtenu leur accord, désabusé, réprobateur ou euphorique, peu importe.

    La statue du directeur   Merci à Jacques Risso pour son illustration fidèle de la réalité d'un conseil des maîtres...

    Et c'est fort de ces quelques heures supplémentaires  d'investissement personnel non-rémunéré, qui déboucheront peut-être un jour sur une promotion interne bien méritée, qu'il peut arriver confiant et présenter à l'instance démocratique qu'est le conseil d'école un projet de règlement intérieur que tous les membres valideront en quelques secondes.

    Ce dévouement appuyé aux grandes causes nationales fortement médiatisées se renouvellera à toute occasion... Il plongera successivement ses troupes dans des bains d'ABCD de l'égalité, de J'ai trois ans et Je Suis Charlie, de Twictées, d'inclusion de l'enfance handicapée, à 30 par classe, parce que "rien ne dit qu'une classe de 15 soit plus intéressante pédagogiquement parlant", de tablettes numériques en Petite Section, de... que sais-je encore, l'avenir nous le dira.
    Tout pourvu que ça brille, que ça en jette et que ça regorge de mots savants[10].

    • La statue du directeur n'a pas d'élèves

    Ou du moins, il n'en est pas question au cours de sa formation...
    Elle reçoit les parents au portail, dialogue avec les services municipaux pour établir un climat serein avec son bâilleur de locaux, de fonds et de personnel, réunit ses collègues et les convainc de se former aux lubies institutionnelles  transformations nécessaires de leurs pratiques, selon un projet ambitieux piloté par les Services Départementaux de l'Éducation Nationale...
    Et les élèves là-dedans ? Pas un mot sur eux, à part, peut-être une vague référence à l'élève décrocheur, l'élève vulnérable, le regard synthétique sur les enfants les plus en difficultés. 

    La statue du directeur
    A nouveau merci à Jacques Risso... Un vrai directeur, ça se reconnaît ! 

    Il n'a pas de classe, pas de programmes scolaires, pas de responsabilité l'engageant à les mener d'un point A à un point B situé nettement en aval du point A... Lui, il alerte quand tout va mal et engage son équipe à l'analyse et à la réflexion.
    Bien entendu, pas plus que pour sa hiérarchie, les contenus n'ont aucune importance pour lui et il se préoccupe plus du développement d'attitudes d'élève, de rapport construit à l'écrit que du niveau scolaire où l'on abordera, consolidera, élargira la notion de complément d'objet direct, de volume de la sphère ou de relief d'un terrain...

    Bien entendu, quand tout ira mal et que tout partira en biberine, c'est qui qui va tout prendre en pleine figure, hein ? Qui ?

    • La statue du directeur a des pieds d'argile

    Parce que rien n'est prévu pour que la loi soit appliquée, en tous lieux, en tous temps et en toutes circonstances. Parce que cette loi n'est pas une loi mais une myriade de recommandations sociétales inapplicables en l'état et inadaptées à la diversité des territoires. Alors, lorsque la statue du directeur est attaquée, que ce soit par les familles, ses collègues ou son administration, elle ne peut que s'écrouler d'elle-même ou être renversée par ses contradicteurs, sans que son administration de tutelle ne fasse un seul geste pour elle.
    Et personne ne viendra la pleurer lorsqu'elle sera là, gisante, au milieu des immondices où on l'aura reléguée après l'avoir jetée à bas !

    La statue du directeur

    Les doigts sur la couture du pantalon, prête à tout accepter, y compris les coups de règle appuyés, très peu pour moi, merci.
    Le drapeau noir flotte sur la marmite. Sous les pavés, la plage, bande de castrateurs du plaisir d'apprendre, de démolisseurs de la confiance mutuelle développée par un professionnalisme d'instituteurs chargés d'instruire les enfants des autres, de pourrisseurs de l'envie de bosser ensemble, entre collègues, comme ça, juste parce qu'on s'entend bien et qu'on sait qu'à plusieurs, on est plus forts !

    "Je suis d'la mauvaise herbe, braves gens, braves gens, c'est pas moi qu'on rumine
    et c'est pas moi qu'on met en gerbe" disait l'ami Georges et comme lui je préfère  "pousser en liberté dans les jardins mal fréquentés" que "vivre en bande, comme les moutons, et suivre leur droit chemin".

    Votre fausse convivialité, votre care qui vise à gérer la pénurie et à coller sur le pauv'monde les responsabilités que vous préférez ne pas assumer vous-mêmes, vos compétences à installer sur chacune des variables d'ajustement que nous vous préparons pour que vous puissiez profiter de leur flexibilité, gardez-vous-les ! Moi, je n'en veux pas !
    Cette conception du métier ne peut donner naissance qu'à deux catégories de directeurs :
    - les bourreaux : ceux qui veulent un statut et rêvent d'être des petits chefs administratifs ayant droit de vie et de mort ou presque sur leurs employés
    - et les victimes: ceux qui souffrent au quotidien, seuls et abandonnés de leur hiérarchie qui, bizarrement, leur colle même tous les échecs sur le dos ; ceux qui désespèrent de ne pas arriver à tenir les objectifs du merveilleux projet de monde nouveau où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil et animé des meilleurs intentions du monde...

    [1] Yéééh yéééh, les copains, c’est demain qu’on fait la fête ! Yéééh yéééh, les copains, c’est demain qu’on prend le train !
    [2] À deux, puis trois, puis deux, puis trois classes, dans un charmant petit village, perdu au fond de la campagne provençale, je le rappelle.
    [3] C'est vrai quoi, déjà qu'il faut entretenir, chauffer, mettre aux normes des locaux qui seraient bien mieux utilisés à autre chose, on ne va pas en plus investir pour des "poids morts" de la société, tels que des enfants et les fonctionnaires qui les encadrent, non ?
    [4] Vous comprendrez qu’en choisissant ce lien, je vous mets dans la peau d’une statue de directeur en train de recevoir la bonne parole, tel Moïse sur la montagne, sans doute ni recul.
    [5] Je suis bête sans doute, et horriblement passéiste et subjective, mais j’ai toujours un pincement au cœur en pensant aux petits M. et D. L., et à tous leurs cousins, voisins et amis, dont le nom de famille aurait signé l’arrêt de mort dès 1942 malgré toutes les clés OTP fournies aux directeurs d’école de l’époque.
    Maman, tu ne peux plus me lire, ta vue est trop mauvaise, mais sache qu’à chaque fois que j’ai inscrit un enfant au nom à consonance « minorité visible » sur cette putain de saloperie de cochonnerie de fichier, j’ai pensé à toi et à ton petit frère, bien planqués sur des registres matricules papier qu’il fallait venir éplucher ligne à ligne pour y répertorier les jeunes sous-hommes à éliminer.
    [6] Pensée pour la collègue décédée l'an dernier à Albi.
    [7] Vous savez, le truc monstrueux qui consiste à prendre l’enfant de trois ans pour un jeune de quinze et oblige sa famille à passer de zéro heure en collectivité à vingt-quatre minimum, là, tout de suite, maintenant, et même si ça se passe difficilement !
    [8] Où sont ses propres élèves pendant ce temps-là, la chanson ne le dit pas.
    [9] Vous savez, le fameux recours à l’aide de l’équipe de circonscription
    [10] À ce sujet le suffixe « ance » ou « ence » a le vent en poupe : la douance, la fluence, l’apprenance, la bienveillance… mais pas encore la connaissance, hélas, ni même la désespérance ! Pensez-y en rédigeant vos projets d'école, amis "nouveaux-directeurs" ! 


  • Commentaires

    1
    Normandyx
    Samedi 4 Juillet 2015 à 18:09

    Une des raisons d'espérer est sans doute que les nouveaux rythmes et les nouvelles instructions finiront par mettre à bas une école qui ne marche plus. Il se trouvera bien de jeunes collègues pour rebâtir une école du 3ème millénaire efficace, j'en connais quelques uns.

    Par la même occasion, on détruira peut être la superstructure pédago-administrative qui dévore les hommes et le budget.

    " En Allemagne la moitié des dépenses d'éducation est consacrée à la masse salariale, l'autre à tous les autres coûts liés à l'école. En France, c'est 30% pour les salaires, 70% pour les infrastructures et les papiers administratifs. Il faut dire qu'avec presque 50.000 établissements scolaires en France, contre un peu plus de 28.000 outre-Rhin, les coûts d'entretien, de maintenance et de personnel sont démesurés. Le poste des dépenses administratives représente à lui seul 3,5 milliards d'euros par an, soit presque quatre fois plus qu'en Allemagne." le figaro

    Les directeurs sont bien placés pour le voir, il suffit de constater le nombre de notes de services et autres paperasses virtuelles à remplir qui arrivent dans la dernière semaine...

     

     

    2
    Normandyx
    Samedi 4 Juillet 2015 à 18:14

    Bonne retraite tout de même, j'imagine que même attendue, la rupture brutale n'est pas toujours facile, pour un peu je remercierais l'incurie de gestion du système qui m'a poussé à laisser ma classe pour une ZIL pour une ou deux années maxi. Peut être que la participation au GRIP et autres vous aidera, personnellement, si cela m'intéresse toujours, j'ai envie d'autres passions endormies ou à cultiver, je ne dois pas être le seul, par chez nous, les anciens instits et directeurs ne veulent plus être DDEN, autrefois c'était la bagarre...

    3
    Samedi 4 Juillet 2015 à 19:42

    Nous n'avons plus de DDEN depuis bien des années et mon IEN n'a jamais cherché à en dénicher un nouveau.

     

    4
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 13:02

    Je veux un statut pour les directeurs d'école et je ne pense pas être un bourreau. D'autant que le statut que je souhaite et que souhaite le GDiD dont je fais partie n'est pas hiérarchique, du moins pour l'évaluation puisque nous sommes que nous le niions ou non les supérieurs hiérarchiques de nos "adjoints" (ce que même le Conseil d'état sait, il n'y a que les instits qui s'illusionnent). C'est rigolo de lire le constat, et de constater l'antinomie dans le discours... Ah, au fait, je suis dirlo, et j'ai ma classe à plein temps. Oui, ça existe aussi. Bonne retraite!

    5
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 13:48

    Moi aussi, Confort Intellectuel, je suis directrice à plein temps. Dans l'article, je dis juste que le fait que la plupart des directeurs aient aussi des élèves, à temps partiel ou à temps plein, est passablement occulté.

    J'ai très souvent lu les écrits du GdID, j'ai même été tentée de m'y inscrire et puis non, sincèrement, je n'y arrivais pas.
    Dire ne pas vouloir jouer de rôle hiérarchique, au moins pour l'évaluation, tout en considérant que seuls les instits ne veulent pas réaliser qu'un directeur est un supérieur hiérarchique, pour moi, je n'arrive pas à m'y faire.

    Quant à l'image de la victime ou du bourreau, je me réfère aux quelques anecdotes qui reviennent régulièrement à ma connaissance.
    Quand des collègues sont contraintes de demander leur mutation d'urgence parce qu'un directeur les a "vertement tancés" devant les élèves assemblés, quand une directrice est violemment prise à partie par des familles qui exigent qu'elle change de pédagogie et que son IEN participe à la curée, non pas parce qu'il la sait insuffisante, mais uniquement parce qu'il préfère ne pas s'opposer aux parents, quand une directrice engage ses collègues dans un projet et les contraint à abandonner leurs méthodes de travail pour en adopter d'autres et qu'elle vient vérifier régulièrement les cahiers, les affichages et le contenu des bureaux des élèves, quand un directeur passe son temps à l'école, impose à ses collègues la participation bénévole aux TAP parce qu'il a souhaité, de son plein gré, devancer l'obligation du PEdT, difficile de raisonner en d'autres termes que ceux de "bourreau" ou de "victime", tout en sachant que le bourreau peut être, volontairement ou pas, sa propre victime...

    6
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 14:56

    J'ai quitté ma précédente direction il y a une douzaine d'années à cause d'une "instit bourreau" incompétente et dégueulasse: me battre contre une salope ou foutre le camp? J'ai foutu le camp, en abandonnant une journée de décharge contre un poste d'adjoint. Moi aussi je me réfère... à ma propre expérience, et aux courriels quotidiens que nous recevons au GDiD de directrices ou directeurs laminés, engueulés, tués. Par des adjoints angéliques mais déterminés à conserver LEUR classe à tout prix, LEUR niveau à tout prix, à refuser d'être à l'heure pour leur surveillance, et patati et patata et j'en passe et des inracontables effarants. Et quotidiens quand on est en bout de chaîne au GDiD. Depuis onze ans j'ai de la chance, j'ai des collègues formidables (sauf une qui n'avait rien compris à ce qu'est l'école maternelle) et des IEN... qui comprennent vite qu'il vaut mieux ne pas venir m'emmerder. Je fous la paix aux un(e)s comme aux autres, c'est le plaisir des gosses de venir à l'école qui est pour moi la mesure de notre travail.

    7
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 15:33

    Parfait ! Nous sommes donc exactement sur la même longueur d'ondes, Confort Intellectuel.
    Le plaisir des élèves, en dépit de tout ce qui plane autour de l'école, doit être notre seul "thermomètre"...

    8
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 17:31

    ... mais je veux un statut, et je ne suis pas un bourreau!

    9
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 19:49

    Je te crois, Confort Intellectuel, promis juré, tu n'es pas un bourreau !

    En revanche, tu ne m'ôteras pas de l'idée que le statut, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres...
    Vous l'aurez sans doute mais quelles en seront les contre-parties ?

    10
    Zenxya
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 20:41

    Bonne retraite DC !

    11
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 21:01

    Merci Zenxya !

    12
    palomita
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 21:54

    Bonne retraite , bien méritée .

    13
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 21:57

    Merci Palomita !

    14
    Normandyx
    Lundi 6 Juillet 2015 à 01:23

    Statut, je ne sais pas, j'avoue avoir complètement abandonné l'histoire il y a plus de 15 ans;  en revanche pour avoir été directeur d'une école à 8 classes dans un secteur difficile devenu ZEP depuis, plus que le statut, c'est le mode d'affectation que j'aurais voulu revoir.

    J'ai jeté l'éponge parce que les gens avec lesquels je bossais en harmonie sont partis pour se rapprocher de leur nouvelle maison ou du boulot de leur nouveau conjoint. Ils ont été remplacés (et elles aussi) par des touristes qui avaient choisi cette école car pas loin de chez elle, ou sur la ligne de bus etc... à cela s'est ajouté la volonté de plusieurs nouvelles de travailler à temps partiel, là, ce fut le pompon, tout ce qui faisait la vie de l'école a disparu, mon rôle n'était envisagé que comme recours en cas de problème de discipline, (pour les élèves bien sûr parce que pour celles qui ne décrochaient pas de la théière malgré la cloche, jamais obtenu une ponctualité durable, je me suis toujours payé tous les services d'entrée, avec normalement une autre personne avec moi, souvent seul en partie au moins surtout le matin ah les embouteillages! la machine à alcool! le photocopieur!)...

    Sans rien dire à personne à part mon inspecteur et l'adjoint aux affaires scolaires ex conseiller pédagogique, j'ai participé au mouvement...

    Il y a eu de tout, une "direction collégiale" qui a explosé en vol au bout d'une année, une direction choisie pour le logement mais ayant passé plus de la moitié de l'année en arrêt de maladie déprime... Bref, il reste aujourd'hui 4 classes en primaire, ceux qui n'ont pas les moyens d'aller dans le privé ou les relations pour échapper au secteur scolaire... Un vrai gâchis puisque la mairie avait quand même aménagé et équipé, une classe pour la maitresse E une classe pour la maitresse G qui venait plusieurs demi journées par semaine, et une salle de sport évolution, une salle informatique... Et les titulaires tournent, tournent, les directions ne tiennent pas, l'instabilité pour des enfants instables et des parents qui le sont tout autant...

    en 2016, je rendrai mon cartable, pendant plus de 15 ans, j'ai été maintes fois sollicitée par l'inspection pour reprendre une direction (ou cette direction) ou un poste de maitre formateur, jamais cédé, tant pis pour les bonifications, j'ai tendance à croire que la vraie réforme n'arrivera que quand il ne restera que des ruines.

      • Biscotte17
        Samedi 16 Septembre à 13:00

        Incroyable,

        Je découvre ce forum, l'article sur la statue du directeur et je crois rêver, tellement je retrouve ce qui fait mon quotidien, depuis des années, au point maintenant...d'en tomber malade !!! Certainement pas malade de mon vrai métier: vivre avec les enfants, les accompagner dans leur parcours d'écolier, les aider à grandir... Je suis malade de toutes les complications permanentes générées par tout ce qu'il y a "autour"., le tout amplifié largement par l'administration qui se propose de sanctionner le directeur s'il n'est pas assez gentil et docile, pour éviter les vagues qui dérangent.

      • Lundi 18 Septembre à 15:05

        Toute ma sympathie, Biscotte17. L'important, ce sont les enfants, pas tous ces nuages noirs qui volent sans arrêt au-dessus de la tête des directeurs !

    15
    JCP
    Lundi 6 Juillet 2015 à 03:45

    Bonne retraite ! Je vous ai lu avec intérêt, et je compte le faire encore...

    16
    Lundi 6 Juillet 2015 à 08:51

    C'est bizarre, Normandyx, tu as rencontré les mêmes personnes que moi ou d'autres, à peu près aux mêmes dates. Y aurait-il eu des changements autres que la dénomination lorsque nous sommes passés du statut d'instituteurs à celui de professeurs des écoles ?... Je ne sais pas, moi... peut-être la formation... ou le logement... ou les attributions... les responsabilités... allez savoir !

    Merci JCP !

    17
    Gelsomina
    Lundi 6 Juillet 2015 à 09:52

    Bonne retraite bien méritée, Akwabon! happy  Profites en bien!!  yes

    18
    Gelsomina
    Lundi 6 Juillet 2015 à 09:53

    PS : ne nous oublie pas... nous avons encore besoin de toi ;)

     

    19
    Lundi 6 Juillet 2015 à 09:59

    OK, Gelso, je reste par là... Et merci à toi !

    20
    Iphigénie
    Lundi 6 Juillet 2015 à 10:26

    Belle retraite à vous, Doublecasquette!

    21
    Lundi 6 Juillet 2015 à 12:04

    Merci Iphigénie !

    22
    Samedi 18 Juillet 2015 à 10:29

    Bonnes vacances DC ! (oui, là tu es encore en vacances, tu seras à la retraite le 1/09, je crois). 

     

    23
    Samedi 18 Juillet 2015 à 10:43

    C'est ça, abcdefgh, tu as tout compris... Ce que je me demande, c'est si je dois aller faire la pré-rentrée, en tant que directrice, le 31 août bad... C'est peut-être pour cela mon IEN ne m'a pas envoyé une lettre (même circulaire) me souhaitant (ainsi qu'à tous mes collègues retraitables) une bonne retraite, elle sera dans la boîte mail de l'école le jour de la pré-rentrée, si ça se trouve ?

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