• II. 2. A. Mise en route - PS/MS (3)

    II. 2. Mise en route - PS/MS (3)

    En Petite Classe (3e partie)

    Premier jour de classe 

    Après-midi

    1) Acquisition de la propreté, sieste 

    Après la pause postprandiale, les plus jeunes enfants, mais aussi parfois quelques enfants de quatre ans arrivés très tôt à l’école le matin, ont besoin d’une sieste. Le maître qui tient à la qualité de l’accueil et à la prise en compte des individualités regroupe très brièvement toute sa classe, pour une activité chantée calme, avant de confier à l’ATSEM le soin d’aller coucher les enfants fatigués.

    Pendant ce temps, les plus âgés, qui sont généralement les plus résistants, après un passage aux toilettes, rendu fécond en échanges langagiers comme celui du matin, s’installent avec lui pour un court moment de repos, accompagné d’écoute musicale ou de la lecture d’un conte connu.

    2) Rythme des moyens :

    - S’organiser, aider, les premiers apprentissages ritualisés

    Ce moment, qui sera le seul réservé aux plus âgés dans toute la journée, devra cependant très vite devenir particulier à leur classe d’âge. La plupart des enfants commençant à sortir de ce C. Freinet nommait la période d’aménagement[1], il devient possible d’organiser avec eux une recherche collective, une observation poussée, suivie d’un exercice dirigé d’approfondissement ou d’entraînement.

    En ce début d’année, ce moment reste encore très imprégné de l’esprit Classe des Tout-Petits, et c’est par touches insensibles que le maître commence à installer l’environnement propice au passage à la période de travail. Son groupe des Moyens, grandement favorisés par le petit nombre, y découvrira ses capacités à observer le monde qui l’entoure et les richesses de la nature. Aux activités de recherche spontanée du matin, le maître ajoutera celles plus construites visant à développer et approfondir la conscience que les enfants ont des relations entre les éléments et leurs manifestations.

    En ces tout premiers jours, il se contente d’une observation simple, celle d’une plante ou d’un animal qui sera installée dans la classe en cette fin d’été, à moins que ce ne soit un objet technique qui permettra une action nouvelle sur une activité du quotidien. La conversation durera quelques minutes, juste le temps nécessaire pour que les plus dispersés des enfants du groupe aient fourni l’effort nécessaire pour se dépasser un petit peu. Le maître l’aiguillera discrètement vers les premiers essais d’analyse sensorielle[2] puis vers une synthèse des observations, orale pour le moment. Les premiers « outils pour structurer la pensée »[3] auront été favorisés et remarqués. Il aura encouragé l’écoute mutuelle, l’aide entre pairs, le dialogue.

    Cette observation terminée, selon l’intérêt qu’elle aura suscité, il adaptera l’emploi du temps et programmera ou non un travail-jeu[4] collectif ou des jeux-travaux[5] individuels. L’année scolaire est longue et rien ne sert de forcer le rythme des enfants. La systématisation viendra à son heure et chaque enfant y entrera avec joie lorsqu’il s’y sentira prêt.

    Les élèves de PS rejoignent le groupe au fur et à mesure de leur réveil. Le maître les accueille et les laisse choisir d’entrer ou non dans une activité.

    - Récréation          

    Comme le matin, surtout si certains petits sont en pleine phase de réveil.

    - Fin de journée, rites de cohésion

    Difficile d’organiser une fin de demi-journée désormais. En effet, si certaines écoles bénéficient encore d’après-midis de trois heures pleines, d’autres ont beaucoup moins, quand elles ne cumulent pas en plus les contraintes d’un rythme irrégulier bien peu propice à l’adaptation et à la sécurisation des enfants !

    Pour ceux de nos collègues qui ont encore la chance de pouvoir quitter leurs élèves, réunis en groupe-classe autour d’eux, comme des maîtres d’école maternelle et non comme des personnels précaires installés au moment des grands départs dans les halls des grandes gares, je propose un moment de conte, expliqué et commenté par les enfants eux-mêmes, les petits comme les grands[6], et joué ensuite, avec ou sans musique, à l’aide ou non de marionnettes ou de marottes.

    En jouant ainsi le conte, les enfants se l’approprient ; l’écoute dont ils ne sont pas toujours capables en restant statiques devient naturelle. La musique, choisie en fonction de l’ambiance du conte ou de ses particularités[7], les imprègne de façon naturelle et suscite l’amour du beau qu’on a tant de peine à développer lorsqu’on pratique l’enseignement morcelé par compétences aussitôt évaluées et oubliées. Les enfants se quittent après un moment collectif pendant lequel chacun a affiné ses capacités à se mouvoir et à exercer ses sens qui seront la clé de son autonomie. Le contrat est respecté. L’année scolaire commence sous les meilleurs auspices.

    Dans les autres écoles, il faudra jongler entre les animateurs, les ATSEM, les familles et quitter les élèves qui ne savent plus « à quel saint se vouer ». Le minimum à obtenir des autorités qui se tiraillent les enfants serait un petit moment de regroupement, pour trois mots, une image à contempler, une page de livre à écouter ou à regarder, jouée par la mascotte de la classe… Juste un petit moment d’amitié et de partage pour que les enfants n’aient pas l’impression d’être des colis qu’on déplace et qu’on manipule sans ligne directrice parce qu’ils dérangent…

    Premières semaines

    Le lendemain et les jours suivants, ce sera déjà un peu plus simple. Le maître conduira tranquillement les familles vers l’idée d’un accueil ailleurs qu’en classe. Pour le moment, il se basera sur les difficultés de séparation des plus timides pour encourager les parents à ne pas entretenir indéfiniment le déchirement de la séparation. En deux à trois semaines, soient dix à quinze jours d’adieux quotidiens, le problème doit être réglé. Les enfants[8] doivent avoir réalisé que ces séparations ne sont que très temporaires et donc sans danger d’abandon. 

    Le rythme des journées, toujours identique, est en cours d’acquisition. Le maître, et dans une moindre mesure l’ATSEM, s’emploient à aider les élèves à s’y conformer en le variant le moins possible. 

    1) Le groupe : incubateur des apprentissages

    Le regroupement du matin devient progressivement le point de ralliement de la classe. Les élèves savent qu’ils vont aller s’y installer à la suite du maître. L’habitude est prise de commencer par un rapide tour d’horizon des présents et des absents, notés à la va-vite par le maître sur le cahier d’appel. Ensuite, le maître indique quel jour nous sommes[9] et explique si c’est un jour d’école complet, moyen ou court. Cette information, plus importante que le nom de ce jour pour quelqu’un qui vit encore au jour le jour, est affichée, sous forme de symbole, sur le tableau du coin de regroupement.

    Puis chacun y raconte son histoire ou montre l’objet qu’il a rapporté de chez lui, s’il le souhaite. Le maître expose à son tour une image, une page d’album qu’il lit, un objet en rapport avec un événement évoqué la veille. Il commence ainsi à entraîner ses jeunes élèves dans une idée de continuité des apprentissages au fil des jours. Il cible ses interventions en fonction de ses interlocuteurs et, comme dans une famille où les âges s’échelonnent, ni les plus jeunes, ni les plus âgés ne sont gênés par le niveau de langue qu’il emploie.

    2) Règles de vie

    Les déplacements ritualisés sont bientôt parfaitement installés[10] et le maître comme les élèves profitent des temps de latence pour mener ces conversations à bâtons rompus qui assurent ce que les programmes scolaires baptisent pompeusement « compétence à échanger et s’exprimer ». Du plus jeune au plus âgé, chacun reçoit ce dont il a besoin dans un temps d’échanges informels où, bien vite, le maître a su repérer ceux qui ont besoin de plus d’attention et d’encouragements.

    Ainsi, tous les temps de la journée prennent leur place et assurent la prise d’autonomie de chacun. La cohésion du groupe s’installe d’elle-même et, en fin de cette période d’installation, chaque enfant connaît et peut nommer tous ses petits camarades. Les échanges vont bientôt pouvoir se charger d’une dimension instructive et les apprentissages commencer à se structurer. L’année scolaire est lancée. Elle prend désormais son rythme de croisière.

    Dans la même série :

    I. Idées reçues

     II.1. Deux niveaux dans la même classe

     II. 2. A. Mise en route - PS/MS (1)

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (2)

    ...

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (1)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (2)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (3)

    Notes :

    [1] Après la période de prospection tâtonnée (0 à 2 ans), période pendant laquelle l’enfant commence à organiser sa vie. Ses expériences tâtonnées se groupent et s’agglutinent encore autour de ses besoins physiologiques : il ne sort pas encore de lui-même où il a tout à faire encore et ne peut de ce fait se livrer à aucune activité suivie, qu’elle soit travail-jeu ou jeu-travail. (D’après C. Freinet, L’école moderne française, 1957)

    [2] Toucher, voir, écouter, sentir, goûter.

    [3] Taille, poids, forme, orientation spatiale, nombre et calcul.

    [4] Des dessins d’observation qui seront commentés en dictée à l’adulte et affichés ensemble, une exposition agencée par le groupe autour de l’objet découvert, un petit texte rédigé en commun et illustré de quelques photos, une construction collective mettant en pratique les découvertes effectuées pendant le temps d’observation collective…

    [5] Aux coins « patouille » et « jeux sensoriels », des jeux libres pendant lesquels les élèves exercent sans en avoir conscience leur motricité fine, leurs sens et leur créativité…

    [6] Règle d’or de la classe multi-âges : ce sont toujours les plus jeunes qui ont la parole les premiers.

    [7] Mimer un vol d’oiseaux, une galopade de chevaux, l’éclosion d’un bouton de fleur vient tout seul à tous les enfants si une musique appropriée accompagne leurs gestes…

    [8] … et leurs parents !

    [9] Sans quantième ni mois… Trois codes millénaires d’un coup, pour des enfants de moins de cinq ans, c’est horriblement indigeste !

    [10] Sauf enfant à problèmes comportementaux lourds qui aura besoin, sans doute encore très longtemps, d’un accompagnement personnalisé. Face à un tel enfant, les adultes non-formés que nous sommes ne peuvent qu’anticiper les facteurs de stress et d’excitation et faire en sorte que cela se passe le moins mal possible pour lui et pour tous ses petits camarades. L’accompagnement des familles qui devrait incomber à la Protection Maternelle et Infantile, à la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales ou la Maison Départementale de la Personne Handicapée, retombe malheureusement bien souvent, surtout en l’absence de Réseau d’Aide Spécialisée pour l’Enfance en Difficulté, sur les épaules du maître, de l’ATSEM et des enfants qui partagent le même lieu de vie. Chaque cas étant un cas très particulier, le maître mot est l’adaptation des conditions de vie de cet enfant en fonction de ses difficultés propres et l’anticipation constante des facteurs de risques (agitation, bruit, excitation mais aussi trop grande concentration, immobilité trop longue, …) qui provoqueraient immanquablement une « crise »…


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