• I. Idées reçues

    I. Idées reçues
    Bonjour à mes élèves d'il y a quelques années, âgés à l'époque de 3 à 10 ans...

    Une nouvelle rubrique pour dérouler, chapitre après chapitre, les différentes facettes de l'organisation d'une classe multi-âges, sous toutes les formes qu'elle peut prendre, du simple « double niveau » à la classe unique de village recevant tous les enfants âgés de deux à onze ans qui y habitent.
    N'hésitez surtout pas à poser vos questions, je suis en train de rédiger l'ouvrage, il sera facile d'y ajouter des réponses à ce qui vous préoccupe.
    Bonne lecture et à bientôt.

    La classe multi-âges

    I. Idées reçues

    La classe à plusieurs niveaux dans laquelle les élèves restent plusieurs années, enseignés et éduqués par les mêmes adultes, est le plus souvent celle qui laisse les souvenirs les plus durables aux enfants. Même bien plus tard, devenus des adultes rassis, ils égrènent avec émotion les souvenirs de leur classe, leur école… Il arrive même, allez savoir pourquoi, que les bons souvenirs dominent encore les mauvais lorsque cette scolarité s’est déroulée sous la houlette d’un maître ou une maîtresse tyrannique… Peut-être la cohésion du groupe, assimilé à une fratrie élargie, qui a permis de faire corps et de supporter à plusieurs ce qui était douloureux en tant qu’individu ? Peut-être le fait de n’avoir eu qu’un seul adulte-référent, comme on n’a eu qu’un seul père et une seule mère, qui donne à cet adulte un statut particulier de l’ordre de l’indispensable ?

    Du côté des enseignants, ceux qui ont longtemps enseigné dans ce type de classes les défendent avec détermination. Ils racontent volontiers ces microcosmes où les grands protègent et soutiennent les petits, où des interactions riches et fécondes naissent des programmes scolaires des uns et des autres, où les plus jeunes s’intègrent en douceur et découvrent les apprentissages à leur rythme, ne les mettant en œuvre qu’après les avoir longtemps fréquentés en auditeurs libres

    On y rencontre le petit enfant de cinq ans qui raconte à ses parents qu’il ne se souvient plus de ce qu’il a fait aujourd’hui mais qu’il sait qu’avec le maître, les grands ont appris le Kineski[1]. On s’étonne devant l’élève de début de CE2 qui, lors d’une leçon sur l’évaporation, explique que si l’eau du récipient à col évasé s’évapore plus vite que celle de celui au col étroit, c’est à cause des petits carrés[2]. Si l’enseignant ne cloisonne pas les niveaux et pratique un enseignement réellement spiralaire bien loin de celui décrit dans nos animations à prétention pédagogique, tout ou presque s’y apprend avant même de soupçonner qu’un jour, on aura à le savoir…

    Pourtant, lorsque nos collègues d’écoles dont la taille ne requérait pas jusqu’à ces dernières années ce type d’organisation en parlent, c’est souvent avec mépris, incompréhension et même parfois effroi.

    Les élèves y disposeraient de moins d’attention que dans une classe à un seul niveau et leurs besoins y seraient moins pris en compte. Ils ne bénéficieraient pas des mêmes enseignements, ne pourraient y embrasser l’ensemble des programmes et manqueraient de contacts avec la diversité du monde des adultes. 

    Quant à leurs enseignants, selon eux, ils vivent un calvaire de tous les instants. Arriver à caser jusqu’à cinq ou six fois vingt-quatre heures de présence auprès de sa classe dans une semaine de vingt-quatre heures, c’est impossible ! On s’y épuise sans jamais arriver à réussir le challenge ! Et ce sont tous les élèves qui trinquent : les petits qu’on abandonne à leur triste sort pendant les activités longues nécessaires aux plus grands ; les moyens qui, coincés entre des petits très peu autonomes et des grands dont les enjeux scolaires sont fondamentaux, sont les grands abandonnés du système ; les grands qui, freinés par les plus jeunes qu’on traîne comme des boulets, n’ont pas les stimulations intellectuelles qu’ils auraient dans une classe à un seul niveau !  

    Et si tout cela n’était pas vrai ? Si un maître[3] de classe à niveaux multiples vous laissait pousser la porte de son univers et vous montrait comment, de l’âge de deux ans à l’âge de dix[4] ou onze ans, il mène ses élèves sur le chemin du savoir, des savoir-faire et du vivre-ensemble réunis ?

    Il essaierait autant que faire se peut de vous fournir des emplois du temps, des programmes, des méthodes, des recettes adaptables, modifiables, interchangeables à l’infini pour qu’elles s’adaptent aussi bien aux doubles ou triples niveaux qu’à ceux où, comme un homme-orchestre, il jongle avec ses cinq ou six groupes de bambins tous occupés à des tâches adaptées à leur âge, à leurs connaissances et à leur façon de concevoir le monde.

    Il vous montrerait pourquoi et comment, à l’époque où l’on osait encore sortir les statistiques, les enfants issus de classes multi-niveaux réussissaient tout aussi bien[5] leurs années « collège » que ceux scolarisés en ville, dans des classes à un seul niveau.

    Il tenterait enfin de définir un cadre matériel légal qui garantirait l’égalité de moyens entre ses élèves et ceux des écoles où les enfants sont assez nombreux pour être regroupés par niveaux, dans des écoles dites maternelles ou élémentaires, bien loin de l’école primaire de village où se côtoient, parfois sous la responsabilité d’un seul professeur des écoles, tous les enfants de deux à onze ans de la commune.

    Dans la même série :

     II.1. Deux niveaux dans la même classe

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (1)

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (2)

    II. 2. A. Mise en route - PS/MS (3)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (1)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (2)

    II. 2. B. Mise en route - MS/GS (3)

    II. 2. C. Mise en route - GS/CP (1)

    II. 2. C. Mise en route - GS/CP (2)

    II. 2. C. Mise en route - GS/CP (3)

    Notes :

    [1] « C’est facile, tu sais, maman, le Kineski… On dit Kineski a fait ceci ? Kineski court dans le jardin ? Et c’est le sujet ! Le Kineski, c’est celui qui l’a fait ; le Kineski, c’est le sujet du verbe ! »

    [2] Ceux d’un centimètre de côté bien sûr ! Ceux qui ont servi aux élèves de CM à calculer quelles étaient les aires respectives de la surface libre des récipients que nous avions remplis d’un même volume d’eau et placés dans les mêmes conditions.

    [3] Nous allons dire « maître » tout au long de cet ouvrage, c’est un nom commun, neutre singulier, s’adaptant tout autant à la jeune femme débutante qu’au collègue homme à deux ans de la retraite, qu’on se le dise une fois pour toute.

    [4] On arrive souvent avec un an d’avance à l’âge du collège lorsqu’on fréquente pendant cinq ans ou même parfois plus le même enseignant.

    [5] Il semblerait que ce serait même bien mieux… mais je ne veux vexer personne. D’autant que d’autres facteurs entraient en ligne de compte et n’avaient peut-être pas été « pondérés » dans ces études (par exemple stabilité géographique et familiale, stabilité des enseignants mais aussi petits effectifs des cohortes prises en compte).


  • Commentaires

    1
    Lundi 27 Février à 11:55

    J'ai hâte de lire la suite!

      • Lundi 27 Février à 12:00

        Il y en a déjà beaucoup d'écrit (tout le double niveau de la PS/MS au CM1/CM2) et une partie du triple niveau : classe maternelle et MS/GS/CP, plus des annexes), mais je ne veux pas assommer les gens..
        Je vais faire comme Rikki avec l'écriture, un chapitre après l'autre, si possible chaque semaine.

    2
    Domi
    Lundi 27 Février à 12:46

    J'ai eu des triples voir quadruples niveaux au cours de ma carrière , dans des petites école de campagne, et ça reste certainement un de mes meilleurs souvenirs d'enseignante! Maintenant en fin de carrière, dès que je peux avoir un double niveau, je " saute" dessus!!! 

    Hâte de lire la suite!

      • Lundi 27 Février à 13:06

        Alors nous nous ressemblons : en classe à un seul niveau, je m'ennuie. zzz

    3
    Emilie OumKalthoum
    Lundi 27 Février à 17:13

    Merci beaucoup !!! C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup car intuitivement ça me semble une bonne chose, mais je n'ai pas de preuves pratiques. Et généralement autour de moi on pense que c'est au contraire une mauvaise chose. Donc je vais suivre cette série avec attention :) Merci encore !

    4
    Lundi 27 Février à 20:34

    Merci! C'est un sujet qui me tient à cœur, persuadée par mes années d'expérience en triple niveau du bénéfice du suivi des élèves. Au bout de trois ans, mes loustics sont autonomes, ont un bon niveau et savent s'entraider. Le rêve !

      • Lundi 27 Février à 21:05

        C'est ce que je constatais moi aussi. Même avec des élèves difficiles.

    5
    Zozo26
    Lundi 27 Février à 23:17
    Waaaah, en tant que débutante, je suis admirative du travail que vous fournissez. Je trouve ce mode de fonctionnement tellement riche!
    Est-ce que vous allez parler des pistes concrètes ? Comme vos projets menés, le mode de fonctionnement lors de vos rituels, votre mode d'organisation personnelle, les outils dont vous vous servez ? J'ai hâte de savoir comment fonctionne cette merveilleuse machine! :)
      • Mardi 28 Février à 08:54
        Je vais essayer. J'espère que ça vous sera utile.
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    6
    Amelia
    Mardi 28 Février à 00:32
    Amelia

    Ça me parle... Version collège. J'enseigne en niveau triple (5e-4e-3e) et je vois bien des côtés positifs.. Après avec les plus vieux, on a des heures séparées quand même, juste pour être sûrs que tout le monde avance bien dans son programme. 

      • Mardi 28 Février à 08:58
        Au collège, je n'ai jamais vu mais, si tout le monde avance, après tout, pourquoi pas ?
      • amelia
        Mardi 28 Février à 23:52
        Je suis au Canada et ça se fait dans les coins un peu reculés. Franchement super atmosphère en classe et beaucoup d'entraide avec les ados. Niveau résultats académiques mes élèves s'en sortent admirablement ! Je pense que ça peut marcher. Mais comme je disais, on sépare le groupe plusieurs heures par semaine pour vérifier que tout le monde avance bien.
      • Mercredi 1er Mars à 08:33
        J'avoue que je trouve ça plus intelligent que de promener des élèves en car matin et soir parfois pendant plus d'une heure pour les emmener étudier ailleurs.
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