• Une semaine en GS (4)

    Mercredi matin, la demi-journée en plus... En parcourant ce blog, vous trouverez ce que j'en pensais à l'époque de son instauration, surtout à horaire constant.
    Nos élèves ont besoin de temps réservé à l'école et aux apprentissages, pas d'allers-venus précipités entre la maison, l'école et le périscolaire ! Réinstaurer une cinquième matinée de classe pour en réduire, n'importe comment parfois, les après-midi, je n'en voyais pas l'intérêt, surtout quand, pour cela, on désorganisait la vie familiale de centaines de milliers de personnes et la vie professionnelle de milliers d'autres...

    Mais là n'est pas le propos. Que faire un mercredi matin, dans une classe de Grande Section, où il manquera peut-être quelques élèves et où la redondance de deux fois la même chose, sans la coupure des activités pluridisciplinaires de l'après-midi, se fera sentir le lendemain matin ?
    Eh bien, nous allons faire « autre chose », quelque-chose qui ne peut plus se faire l'après-midi du fait des après-midi croupions que la réforme des rythmes scolaires a imposés dans les classes !

    L'emploi du temps initial, sur quatre jours, prévoyait de remplacer l'heure de découverte du monde du vendredi par une heure d'arts visuels... L'heure est devenue à peine 30 minutes... Allez préparer les enfants, sortir le matériel, les laisser s'exprimer puis ranger et nettoyer en 30 minutes, vous ! Moi, je ne sais pas faire et comme je tiens avant tout à ce qu'ils prennent la mesure de l'activité qu'ils pratiquent, installation et nettoyage compris (c'est là que je case mon Enseignement Moral et Civique, interdisciplinarité oblige), je garde quatre fois 30 minutes pour la DDM, les quatre après-midi de classe et je place la séance longue d'arts visuels (entre 45 et 60 minutes), le mercredi matin. Sachant que par ailleurs, le dessin est à l'honneur tous les matins pendant 30 minutes, que la séance de langage oral du début d'après-midi est consacrée à l'observation d'une œuvre d'art et que pendant les 25 minutes d'ateliers en autonomie placées avant la récréation, les élèves peuvent librement découper, coller, colorier, peindre, modeler, tresser, tisser s'ils le souhaitent puisque le coin d'arts visuels est en accès libre, la proportion des arts visuels est largement comptée.

    De la même manière, l'emploi du temps sur quatre jours remplaçait une fois par semaine les 30 minutes d'éducation motrice à visée créative (après-midi) par 30 minutes de musique, qui s'ajoutaient aux quatre fois 15 minutes consacrées au chant. Ceux qui, parmi vous, ont déjà lu Pour une maternelle du XXIe siècle savent à quel point la pratique de la musique et celle de l'éducation motrice permettent de servir tous les autres apprentissages qu'ils soient sensoriels, sociaux, langagiers ou cognitifs. Alors, pour une fois que ce mercredi matin constitue un plus et permet de ne pas déshabiller l'une pour habiller l'autre, je n'allais pas bouder mon plaisir !

    C'est donc à un mercredi matin destiné presque aux deux tiers à la « pratique des arts » que vous êtes conviés. Le reste du temps, nous combinerons « éducation motrice, écoute et écriture » puis « langage oral, écoute et écriture », puis enfin, parce qu'une pause est nécessaire dans les apprentissages fondamentaux savants mais que les élèves se plaisent souvent à répéter, seuls ou à deux ou trois, des activités qu'ils maîtrisent bien, la matinée se terminera dans le calme d'ateliers en autonomie.

    La séance d'Arts Visuels a été concoctée rien que pour vous par mon amie Phi, la toute petite maîtresse, illustratrice des ouvrages que j'ai commis : Pour une maternelle du XXIe siècleSe repérer, Compter, Calculer en GS et Écrire et Lire au CP, cahier d'exercices.  Je vous encourage chaleureusement à aller consulter son blog dans lequel vous trouverez une progression complète d'Arts Visuels niveau Cycle 2, tout à fait utilisable en Grande Section et une autre, en cours de rédaction mais déjà très prometteuse, pour le Cycle 1.

    Et maintenant que les adultes ont bien parlé, donnons le premier rôle à ceux qui constituent le cœur de l'école et de sa mission :

    Annexe 6 : Musique

    Pour consulter le reste de la semaine en GS :

    Lundi matin

    Lundi après-midi

    Mardi 

    Jeudi

    Vendredi


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  • Une semaine en GS (3)

    Deuxième journée de la semaine en GS, après un lundi matin et après-midi bien occupés. 

    Mot d'ordre : « On prend les mêmes et on recommence ! »
    Plutôt que de parler de « rituels », mot dont le côté presque religieux me gêne, je préfère parler d'habitudes, terme tombé en désuétude dans les classes sommées d'attendre le bon vouloir des enfants au début des années 1990... L'enfant au cœur des apprentissages allait de lui-même créer ses propres habitudes auxquelles les maîtres s'adapteraient comme il créerait ses propres savoirs. Je caricature pour aller plus vite.
    Lorsque, une quinzaine d'années plus tard, on s'est rendu compte que la mise en place des automatismes avait énormément souffert de cette perte, nos théoriciens de l'école du XXIe siècle, qui comme chacun le sait « sera religieux ou ne sera pas1 »,  ont alors créé les « rituels », ces obligations morales faites aux enseignants de mener, dans toutes les classes, des micro-activités dont la répétition routinière assurerait l'appropriation des notions et concepts visés...

    Je préfère le terme d' « habitudes », concept qui ne se cantonne pas à la mise en place de quelques stimuli individuels parfois habillés de vertus thérapeutiques2..
    Ces habitudes concernent le temps qui passe grâce à une organisation pédagogique basée sur la journée (on verra que le mercredi déroge à cette règle) : les activités sont pratiquées au quotidien et celles du jour font suite à celles de la veille, pour chacun des élèves.
    Cela est rendu possible grâce aux habitudes sociales de la classe : c'est un groupe dont chaque élève est un membre, reconnu comme tel, dans le cadre d'une organisation collective. Les tours de paroles sont organisés3, ce qui sécurise tout le monde et contribue à installer un climat d'écoute et d'attention ; le travail collectif précède le travail individuel qui est considéré comme la dernière phase de l'apprentissage ; de ce fait, il est accompagné au besoin par l'adulte, décidé à mettre chaque élève au centre de sa pédagogie, ce qui constitue la dernière, mais la plus importante de ces habitudes.

    Celle-ci porte sur le rôle de l'école, sa mission première, l'instruction. Chaque élève sait, parce qu'on le lui dit et le lui répète, qu'il est là pour apprendre tout ce qu'il ne sait pas, tout ce qui lui sera utile cette année, en Grande Section, mais aussi l'année prochaine, au CP, et même pendant toute sa scolarité. L'enseignante fait tout pour lui simplifier la tâche, le sécuriser en lui évitant le sentiment d'échec, l'aider à surmonter les obstacles, lui fournir les éléments nécessaires à des progrès pas à pas, qu'il constate au jour le jour.
    L'élève, conforté par le groupe, qui est toujours appelé en soutien, éduqué au respect des différences et à l'empathie, s'auto-évalue à sa mesure, sans avoir besoin de noter ses progrès puisqu'il les vit et en constate les bienfaits au quotidien, il apprend à s'estimer à sa juste valeur, se sent valorisé par des réussites tangibles, comprend les lois de l'école, parfois différentes de celles de la maison, et les applique parce qu'elles le protègent tant contre les autres que contre lui-même. Il se sent membre d'un groupe, d'une communauté dont la seule « religion » est l'apprentissage et les seuls « rituels », l'intérêt et la bonne entente !
    De cette sécurité affective et sociale naît la curiosité pour ce qu'il ne sait pas encore, ce qui est tout près de lui mais qu'il n'a pas vu, ce qui étonne les tout-petits et leur permet d'approcher les savoirs des grands.
    Quant à l'enseignante, elle est confiante dans les progrès de chacun, ayant fait le choix du simple et du pas à pas dans les apprentissages fondamentaux savants, basant sa pédagogie sur l'envie de grandir et la curiosité naturelle des enfants pour les tâches, les jeux, les exercices scolaires qui se succèdent à un rythme soutenu. Elle vise le développement harmonieux de leurs facultés motrices, sensorielles, intellectuelles et sociales, leur engagement à bien faire ce qu'elle leur propose. Elle n'éprouve donc pas le besoin de peser et mesurer sans cesse l'évolution de chacun ; elle la constate, au jour le jour, en voyant ses élèves s'engager, se donner à fond et avancer pas à pas vers les savoirs de toutes sortes.

    Les voici, après la matinée, puis l'après-midi du lundi, un mardi de fin février :

    Annexes :

    Annexe 3 : Mathématiques :

    Annexe 4 : Lecture

    Annexe 5 : Voyelles (répertoire)

     

    Suite de la semaine :

    Mercredi 

    Jeudi

    Vendredi

    Notes :

    1 Phrase attribuée à André Malraux.
    2 Ici, par exemple, je vous propose de chercher une très jolie phrase sur l'effet socialisant des cailloux. Si là, je n'ai pas le droit de parler de « pensée magique », je ne sais pas quand je le pourrai !
    3 D'où, sur les documents, les successions d'Alima, Baptiste, Célia, Dounia, etc. Par commodité, j'ai choisi l'ordre alphabétique, mais dans une « vraie classe », cela peut être les places sur les bancs, les difficultés d'élocution, l'âge ou tout autre choix mûri et calculé en fonction des particularités de sa classe.


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  • Une semaine en GS (2)

    Suite de : Une semaine en GS (1) Voir note1

    Comme promis la suite d'un long, long, long article sur le quotidien d'une classe de 28 élèves de GS, à la rentrée des vacances de février.

    L'après-midi de 2 h 15 va être rempli, terriblement rempli, de la même chose pour tous afin de garantir l'égalité des savoirs. La  maîtresse qui connaît ses élèves depuis une demi-année scolaire protège tout particulièrement ceux qui sans elle se sentiraient en difficulté, donne sa confiance à tous et pousse chacun d'entre eux à un peu plus de connaissances, d'aisance, d'attention, d'autonomie et de curiosité.
    Elle sait aussi qu'elle a affaire à des enfants encore trop jeunes pour assumer une liberté totale ; elle a donc garanti leur sécurité matérielle et instructive en aménageant l'espace scolaire de manière à pouvoir s'occuper ponctuellement d'un seul enfant tout en gardant une vue d'ensemble sur le groupe. J'ai choisi le cas hélas fréquent de la classe de GS qui, en début d'après-midi, ne bénéficie pas du service d'une ATSEM, celles-ci étant toutes occupées à la sieste, à la récupération ou au ménage après le service de cantine et de surveillance périscolaire.Si on a la chance d'être assistée par une personne qualifiée et compétente, le travail en sera facilité puisqu'elle pourra se charger du plus simple pendant que la maîtresse se consacrera aux élèves qui ont besoin du plus d'attention.

    Pendant les deux premiers mois de l'année, elle a installé un mode de fonctionnement très facile à mémoriser, où chaque activité revient chaque jour et où l'autonomie se prend peu à peu, au cours d'exercices collectifs ponctués par un exercice individuel toujours très simple, toujours encadré et aidé, et même assisté pour les élèves les plus démunis devant les tâches dites « scolaires ».
    Le temps dégagé grâce à la simplicité de ce type d'exercices, elle a pu installer ses priorités : l'expression orale, le dessin, la maîtrise corporelle, l'aisance sensorielle de chacun au sein du groupe qui peu à peu deviendra la référence de travail dans sa classe.

    Après une première période réservée aux « révisions » du programme de PS et MS dans les domaines du Langage Écrit (produire des écrits en les dictant ; exercices graphiques et geste d'écriture ; affiner l'écoute et la prononciation) et des Mathématiques (utiliser les nombres ; explorer les formes, les grandeurs et les suites organisées ; se situer dans l'espace), ce fonctionnement a permis de démarrer les acquis de la Grande Section en toute confiance à partir du mois de novembre. 

    Les élèves connaissent désormais les personnages des Alphas et commencent à savoir composer un mot en l'épelant phonétiquement. Ils savent entendre, lire en minuscules scriptes et écrire en minuscules cursives le son de référence des voyelles a, e, é, i, o, u. Ils savent dire quel est le son initial et le son final d'un mot oral. Ils écrivent, lisent, composent et décomposent les nombres de 1 à 5 et ont entamé ce travail pour le nombre 6.

    Ce mardi après-midi sera consacré à :
    - un exercice de dictée à l'adulte,
    - un court exercice de repérage du son final de quelques mots,
    - l'observation du matériel nécessaire à une première expérimentation sur l'utilisation du savon
    - un exercice d'expression corporelle sur une musique connue
    - la découverte d'un album-jeunesse

    Tout va très vite, trop vite à mon goût mais je préfère un peu de tout chaque jour plutôt qu'une seule séance par semaine, oubliée de tous ou presque, lors de la séance suivante.

    Bonne lecture à tous !

    Annexe 2 : De l'écoute des sons à la lecture, partie Les Voyelles, fiche D25.

    La suite de la semaine :

    Mardi

    Mercredi

    Jeudi

    Vendredi

    Notes :

    1 Attention, la presque totalité de ma carrière s'étant déroulée aux époques où nous avions 27 puis 26 heures de classe avec nos élèves, j'ai de la peine à établir un emploi du temps tenant compte de tous les besoins éducatifs et culturels d'un enfant de 2 à 11 ans dans un temps aussi contraint que celui des 24 heures.
    Après avoir tenté vainement de faire entrer des séances riches et constructives malgré un effectif pléthorique dans le cadre que j'avais fixé à l'avance, il a fallu que je me résigne à modifier les horaires de l'emploi du temps proposé au départ.
    Je m'en suis sortie en rabiotant, la mort dans l'âme, le temps réservé au domaine Explorer le monde. J'en demande pardon à tous les enfants qui n'ont que l'école pour s'instruire, je ne suis pas responsable des mégotages économiques effectués sur le dos des bambins.
    2 Je rappelle que, par commodité, j'ai choisi un féminin qui l'emporte en raison de la féminisation de l'enseignement primaire et tout particulièrement pré-élémentaire. J'invite les messieurs qui me liront à corriger d'eux-mêmes tous ces noms féminins.


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  •  

    Une semaine en GS (1)

    À la demande d'une jeune collègue, qui voulait savoir ce que je préconiserais pour une classe de GS de 28 élèves, je rédige un récit, fictif mais basé sur une bonne trentaine d'années d'expérience dans ce niveau, exposant une semaine de vie en immersion dans une classe de ce type.

    Je présente d'ores et déjà mes excuses à ceux qui trouveront que je me mets trop en avant, que je ne défends que mes idées et que je ne fais référence qu'aux outils que des amis ou moi-même avons conçus, édités et utilisés dans nos classes.
    J'espère qu'ils me liront quand même et qu'au-delà de leurs réticences et sans forcément en partager les idées, ils trouveront des informations, des étonnements et même, pourquoi pas, quelques interrogations visant à ébrécher le mur de nos certitudes personnelles et antagonistes.

    Comme c'est très long, je procède par étape et vous donne déjà à lire l'emploi du temps de la semaine et le compte-rendu d'un lundi matin, jour de rentrée après les vacances d'hiver.

    Les élèves ont derrière eux une demi-année de classe avec leur enseignante (excusez-moi messieurs, j'ai choisi une dame, mais vous pouvez tout mettre au masculin si vous le souhaitez), ils ont des habitudes, des codes, une organisation déjà bien ancrée que je n'ai pas intégrée au récit pour ne pas l'alourdir encore.

    Ceux que cela intéresse, et seulement ceux-là, pourront la trouver largement exposée dans Pour une maternelle du XXIe siècle. Cet ouvrage est en effet payant parce que prendre le risque d'éditer, puis imprimer et diffuser, cela a un coût ; je reverse ma part, les droits d'auteur, pour moitié à des associations caritatives tournées vers l'aide à l'enfance et pour moitié à mes petits-enfants afin de leur constituer un petit pécule pour l'avenir.

    Mais taisons-nous, entrons sur la pointe des pieds, cachons-nous dans un petit coin, écoutons et regardons... Nous discuterons après.

     

    La suite de la semaine :

    Lundi après-midi 

    Mardi

    Mercredi 

    Jeudi

    Vendredi


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  • Service public, vous avez dit ?

    J'ai rencontré par hasard l'autre jour, au cours d'une promenade, l'employé des services techniques  d'une des communes environnantes. Nous échangeâmes quelques banalités puis, alors que je m'apprêtais à reprendre ma route et lui sa bêche, je lui lançai : « Quand tu y passeras, donne le bonjour de ma part aux copines de l'école, s'il te plaît.
    « Oui, ce sera fait... oh bah... demain !
    - Ah bon, tu sais déjà que tu y iras demain ?
    - Oh sûrement... Elles ne peuvent pas se passer de moi. Ce matin, j'y étais pour un radiateur qui ne chauffait plus et demain, ce sera sans doute autre chose. Il y a toujours un truc qui déconne, là-bas.
    - C'est un peu normal que l'école, ce soit l'endroit où tu sois le plus souvent appelé, si on y réfléchit bien.
    - Ah bon ? Et pourquoi donc ?
    - Eh bien dans le village, c'est quand même la plus grosse... entreprise (j'avais de la peine à trouver un terme qui désigne ce truc bâtard qui... mais vous verrez bien). La seule où plus d'une cinquantaine de personnes sont présentes de six à dix heures par jour, cinq jours par semaine. Quand cinquante personnes utilisent du matériel quotidiennement, il s'use plus rapidement.
    - Ah oui. Tu as raison. Je n'y avais pas pensé... Enfin, c'est une drôle d'entreprise, quand même.
    - Oui, quand j'ai dit une entreprise, c'était pour rire. C'est plutôt un ...- Ouais, parce que quand même, une entreprise, ça rapporte. Alors que là, à part coûter des sous, ça ne sert pas à grand-chose ! De toute façon, ils la fermeront tôt ou tard, cette école, et pour la commune, ce sera vraiment un poids en moins. »

    Je suis à la retraite... Et ce charmant monsieur ne vote pas dans la commune où il est employé. Je n'avais pas envie de me battre en pure perte avec quelqu'un qui considère que l'école coûte cher et qu'il vaudrait mieux essayer l'ignorance.
    J'ai dévié la conversation sur la diminution des effectifs, les emménagements récents, le fait que, dans des communes toutes proches, le nombre d'enfants allait croissant. Pour lui, à trois ou quatre kilomètres de distance, c'était dû au chômage et au vieillissement de la population. Bientôt, l'école du village ne servirait plus à rien de toute façon.

    Alors, en continuant ma promenade, j'ai pensé à cette école de la République qui dut vaincre toutes les résistances, pendant ses trente premières années... Celles des parents qui avaient besoin de la main-d'œuvre enfantine pour faire bouillir la marmite, celle des élus qui trouvaient que, malgré les aides de l'État, cela coûtait cher de condamner un terrain constructible pour bâtir, chauffer et entretenir ces "palais scolaires" en pierre de taille, celle des religieux qui voyaient d'un mauvais œil l'école sans Dieu qui se profilait puis s'affirmait.

    Elle avait néanmoins réussi à faire son trou, petit à petit, parfois avec l'aide des DDEN, bénévoles délégués par l'État, chargés de vérifier que les communes et les familles respectaient leurs devoirs quant à l'instruction des enfants.
    Si bien que finalement, les familles, les communes et même bien des cultes la vantèrent, la flattèrent, la remercièrent. En fin d'année scolaire, la distribution des prix rassemblait toute la commune, même les grincheux, autour du maire, de l'instituteur et des enfants des écoles. Tous y allaient de leur discours et un vin d'honneur clôturait la cérémonie, sous les platanes, les marronniers ou les tilleuls de la cour.
    Une fois le temps des hostilités passé, on y voyait même parfois monsieur le curé venu féliciter ses élèves du catéchisme, entraînant derrière lui, les quelques bigots du village qui tiquaient toujours un peu devant les rouges de la laïque et leur école propre à former des révolutionnaires prêts à sortir de leur condition.

    L'aisance venant, on se flatta même d'aller plus loin que le strict nécessaire. Aux salles de classe bien aérées et convenablement aménagées, on ajoutait des salles de sport, des bibliothèques bien garnies, des services de restauration scolaire, des études du soir, un patronage du jeudi et même des séances de cinéma et des arbres de Noël. Le tout rendu possible par un soutien appuyé aux œuvres laïques qui cherchaient à rendre l'école plus culturelle encore...
    Plus tard, ce furent les classes de neige. Puis celles de mer et de nature.On emmena les enfants des villes passer un mois au bon air et découvrir les joies du sport et de l'aventure.

    Les bâtiments vieillissant et les usages changeant, on rénova tout cela. On isola, on mit aux normes, on changea le mobilier, on ajouta peu à peu tous les trésors de la technologie rendus incontournables par les programmes et les habitudes scolaires.
    Avec l'aide de l'État toujours, qui finançait encore jusqu'à 80 % des travaux de construction ou de rénovation lorsque j'ai débuté, en 1986, dans l'école dont nous parlions avec mon ami, l'employé communal.
    C'était l'époque où les villages réclamaient eux aussi des classes maternelles. Ils acceptèrent pour cela de payer, sans barguigner, en plus des travaux d'aménagement indispensables, le salaire d'une ATSEM.
    Les rares personnes qui, à mots couverts, osaient dire que l'école coûtait cher se voyaient envoyer sur les roses d'un « Mais puisque c'est pour les enfants ! Rien n'est trop beau pour nos enfants puisqu'ils représentent l'avenir ! Il ne manquerait plus que la commune mégote pour eux, pauvre imbécile !... »

    Et puis, et puis... qu'a-t-il bien pu se passer pour que, sans vergogne, on ose dire à une ancienne institutrice que l'école, ma foi, ça coûte bien cher pour le peu que ça rapporte ? Pour qu'une institutrice soit obligée d'écrire une lettre ouverte dénonçant la dégradation des écoles où elle exerce ?
    Plus de DDEN pour alerter. Plus d'IEN, de DASEN, de Préfets ou de Sous-Préfets qui n'hésitent pas à réprimander et même sanctionner un maire qui ne satisferait pas à ses obligations. Presque plus de subventions pour aider à la construction, à l'entretien, et à l'aménagement des locaux...
    Et puis peut-être une école qui s'est perdue jusqu'à devenir, même dans l'esprit des familles et des élus, un lieu de loisirs, souvent coûteux ?

    Alors, lorsque tout va bien et qu'on a les moyens, offrir des balades en car, des visites, des sorties à la neige ou la mer, des intervenants sportifs et culturels, des cours de guitare sur poney, du matériel sophistiqué, des fournitures scolaires chatoyantes de couleurs, c'est un plaisir et une fierté, sans doute.
    Mais lorsque tout va mal et qu'on commence à grappiller par ci par là sur les horaires de l'employé du service postal, le papier et l'encre du secrétariat de mairie, la débroussailleuse neuve de l'employé des services techniques, les fleurs des massifs et les décorations de Noël lumineuses des rues, on finit par se dire que l'école est le plus gros... service public du village − c'était cela, le terme que je cherchais tout à l'heure – et que c'est elle qui coûte de loin le plus cher !

    Et l'on se retrouve, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, dans la situation des trente premières années de l'École Publique, Laïque, Gratuite et Obligatoire... Et au lieu de demander sa réorientation vers sa mission première, instruire, on préfère la bazarder, toute entière, arguant qu'elle coûte trop cher.

    Combien de temps encore pour que les familles à leur tour se voient contraintes de déscolariser leurs enfants et ferment la boucle en les renvoyant aux champs et à l'usine ?... Protégez-moi, s'il vous plaît, Cassandre n'arrête pas de me harceler.


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