• Sur le bout des doigts
    Merci à Sophie Borgnet pour cette illustration qui vaut à elle seule tous les exercices du monde.

    Hier, j’ai confronté mes élèves à une nouvelle petite situation de recherche spiralaire dont ma méthode de mathématiques est friande  : comment faire pour montrer 11 doigts à la maîtresse ? Les CE1, présents, avaient consigne de se taire provisoirement.

    Pour les CP, il s’agissait d’une révision puisque, l’an dernier, en GS, ils avaient aussi été amenés à découvrir comment ce miracle était possible. Je leur ai donc demandé de bien écouter mais de ne surtout rien dire pour le moment. Ils étaient les gardiens du trésor et devaient rester muets.

    Mes sept petits de GS se creusaient les méninges : « C’est facile, dix, c’est tous les doigts, et onze, c’est un de plus ! » [Ouais ! premier objectif[2] atteint !]

    « Oui, dix, c’est cinq… et cinq… et après, c’est onze… Deux fois cinq… et un. » [Ouais ! Deuxième[3] et troisième[4] objectifs atteints…]

    Mes grands et moi félicitions mais refusions leur solution. Même si, en effet, ils allaient très vite pour nous montrer 10 doigts puis 1 doigt successivement, nous ne voyions jamais les onze doigts en même temps.

    C’est alors que Lambinette intervint. Vous ai-je déjà dit que Lambinette allait à son rythme de sénatrice et que, même lorsqu’elle se hâtait, c’était avec lenteur ? Et là, dans le cercle que nous formions, pendant que ses petits camarades de GS s’excitaient à passer de plus en plus vite des deux mains largement ouvertes au pouce levé, elle, elle cherchait…

    Et là voilà qui nous dit : « Onze, c’est ça : un 1 et un 1. », montrant ses deux pouces levés l’un à côté de l’autre…

    « Tu es sûre que tu as levé onze doigts, Lambinette ?

    - Oui. Onze, c’est deux 1.

    - Les autres, vous voyez onze doigts ?

    -Noooooooooooooooon !

    - Tu vois, Lambinette, tes copains ne voient pas onze doigts. Moi non plus. Combien as-tu levé de doigts, Lambinette ? Un doigt là et encore un doigt là, combien ça fait ?

    - Un et un, ça fait onze.

    - Non, Lambinette. Nous allons t’aider et compter avec toi. Un… deux… Tu vois, un doigt, encore un doigt. Deux doigts, deux enfants, deux fenêtres, deux chaises. Quand il y a une chose et encore une chose, on a deux choses.

    Lambinette se mit à pleurer. Lambinette est lente et sensible. L’ATSEM, qui passait par là et à qui on n’avait rien demandé, s’en mêla : « Oui mais… Elle a quand même raison. Quand on écrit onze, on met bien deux 1… C’est pour ça. »

    Mais oui, je sais bien que c’est pour ça ! Et je sais bien aussi que si on avait demandé à un enfant de quatre ans  de gérer la force atomique, il y a beau temps que notre bonne vieille planète ne serait plus qu’un terrain stérile peuplé de scorpions et de moutons à cinq pattes ! Et c’est bien pour cela que j’insiste[5] pour sortir ma Lambinette de ce faux pas où on l’a engluée.

    Le principe de numération décimale de position a mis des milliers d’années à germer dans l’esprit d’un savant fou, là-bas, dans l’Inde lointaine. Il n’est pas à la mesure d’un enfant de deux à cinq ans. Lui présenter les nombres qu’il ne peut prendre, au mieux,  que comme des chiffres indépendants les uns des autres est horriblement contre-productif.

    Ma petite Lambinette est une enfant réfléchie et posée. Lorsqu’elle fait quelque chose, elle s’applique et cherche à le mémoriser. Et là, elle a mémorisé une bêtise. Une énorme bêtise qui la suivra peut-être pendant des années.

    C’est du moins ce que j’ai constaté avec de nombreux élèves très doués arrivés en début de GS dans ma classe ayant déjà conscientisé, de travers, qu’il y avait forcément une loi de construction mais qui n’avaient évidemment pas réussi à déterminer laquelle.

    Le constat est souvent bien plus flagrant lorsqu’il s’agit d’enfants entrant au CP et qui ont subi ce système d’apprentissage des nombres ahurissant qui consiste à rendre compliqué ce que ces milliers d’années d’humanité s’étaient acharnés à rendre le plus simple possible ! Là, non seulement, on a des 11 qui veulent dire 2 ou des 12 qui signifient 3, mais en plus on a des 21 qui se lisent douze et des 15 qui s’appellent vingt-cinq ! Et il arrive même que ce soit conjoint avec des nombres qui ne signifient rien et que certains enfants pensent que « le huit », c’est le majeur de la main droite ! Ceux-là sont incapables[6], à six ans passés parfois, de nous dire, jetons posés sous leur nez par leurs soins, qu’il faut un jeton de plus s’ils ont 3 jetons et que nous leur en réclamons 4 !

    Nous avons fini rapidement le jeu. Ma Lambinette a vu son copain Justinien montrer ses dix doigts pendant que sa voisine Yasamin venait rajouter toute seule ce fameux 1 de plus qui nous manquait. Les CP leur ont expliqué que si ça s’écrivait avec deux chiffres 1, c’était parce qu’il fallait un enfant à dix doigts qui s’appelait une dizaine et un doigt de Yasamin qui s’appelait une unité.

    Un peu plus tard dans la matinée, j’ai eu confirmation du problème de la suite des nombres apprise comme un alphabet lorsque c’est Ibiza, élève de CP, qui a expliqué à Aimé, Tom-Tom et Loulou, CE1, que 3 bouliers de 100 billes avaient forcément 30 rangées de 10 billes puisqu’un boulier en a 10 et que 3 fois 10, c’est 30 !

    Deux ans après leur GS effectuée dans une classe filenumériquisée, parce que retenir 10 symboles, c'est trop dur et attendre jusqu'en mai de la GS pour présenter l'écriture des nombres supérieurs à 10, c'est trop long, et malgré un CP passé à construire et démonter les nombres et leur système, ils en sont toujours à cette fichue file numérique plantée chez eux par la grâce  de Dieu les mains de la maîtresse et dont les mots magiques ont été appris comme une prière écrite dans un alphabet qui ne se décode pas…



    [2] Connaître le nombre suivant et savoir qu’il a une unité de plus que celui qui le précède.

    [3] Décomposer un nombre en une somme de deux nombre.

    [4] Connaître le lien entre somme de nombres égaux et produit.

    [5] Et qu’accessoirement j’insiste pour que les ATSEM dont j’estime énormément le travail restent à leur place d’ATSEM pendant que les PE (PEMF, CPC et IEN) réfléchiront à leur niveau de PE sur la stupidité de certaines des méthodes d’apprentissage diffusées depuis bientôt 40 ans et en tireront les conséquences dans leurs classes.

    [6] Pô grave ! Maintenant on les appelle des dyscalculiques et on les envoie se faire pendre ailleurs avec un joli PAI que leur banquier risque fort de ne pas trouver du meilleur goût quand, plus tard, ils utiliseront chèques et cartes bancaires sans connaissances arithmétiques de base ! Et ceux qui ont appris à apprendre à compter à leurs anciens PE sont toujours en place et continuent à en faire fabriquer des centaines chaque année (des quoi, maîtresse ?).


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  • Écriture cursive

     

    Je viens de lire dans le Rapport de synthèse de la consultation sur les programmes de primaire que mes collègues de Grande Section avaient majoritairement rejeté l'apprentissage de l'écriture cursive, jugé prématuré pour des élèves de cinq à six ans.
    C'est d'ailleurs tout le triptyque entendre/reconnaître/écrire qui leur pose problème et ils réclament en vrac la suppression de l'écriture liée, de la "phonologie" et de la reconnaissance des lettres.

    Pourtant ma petite Lambinette était bien fière d'elle cet après-midi ! Si fière qu'elle n'était plus lambinette du tout pour se précipiter dans la cour vers ma collègue de maternelle et lui annoncer : "Tu sais ? Je sais écrire Noël en attaché ! Toute seule !"

    Il n'est pas encore bien beau son "Noël", ni bien droit. Mais, à sa décharge, c'était la première fois de l'année qu'elle copiait un mot que quelqu'un (moi) avait écrit au tableau. Et puis, si elle a déjà appris à écrire seule les lettres o et e, elle ne s'est pas encore entraînée à les faire à la suite et elle n'avait jamais écrit de l. Quant au N, il est de mon cru car elle n'a pas osé se lancer.

    Et puis, ma Lambinette, c'est ma Lambinette. Tout juste cinq ans, une mamie qui lui parle comme je parle aux nouveaux-nés que j'ai la joie de rencontrer, une maman toute douce, une grande sœur de dix ans avec laquelle elle serait bien en peine de rivaliser.

    Ses deux copines, Loubna (5 ans 10 mois) et Kass'Andrah (5 ans) ont osé le N, elles. Et Kass'Andrah était tellement contente qu'elle l'a écrit deux fois.

    Écriture cursive

    Écriture cursive

    Quant aux quatre autres (trois garçons et une fille), ils en étaient à l'intérieur de leur travail quand je suis passée pour photographier leur œuvre. Mais je vous promets que c'était aussi réussi.

     


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  •  Raisonner en termes de compétences, souvent, en Primaire tout du moins, ça n'amène pas les élèves très loin et cela ne leur garantit absolument pas l'avenir radieux auquel ils devraient tous pouvoir prétendre...

    Hier, notre jeune Nicodème, élève de CE2/CM1[1], passait sa matinée dans ma classe, histoire qu'il s'aère un peu et qu'il laisse ses petits camarades (et sa maîtresse) se ressourcer dans le calme et la bonne humeur.

    Le jeune homme était installé devant son cahier de français et devait, après révision avec l'EVS, pauvre petit bouchon, compléter à l'aide des verbes être et avoir conjugués au présent les phrases qu'il copierait dans son manuel de grammaire .

    À midi, notre EVS, toute nouvelle dans la profession, nous raconte comment notre ami avait réussi à écrire sans s’en rendre compte : J’ai dans le verger et je suis un panier.

    Et ne voilà-t-il pas que moi, bêtement, juste pour rebondir pédagogie, je lui réponds : « On a de la peine à l’imaginer, mais certains élèves sont capables de copier des phrases entières sans en lire un traître mot[3]. Je ne sais pas comment ils peuvent réaliser cet exploit mais ils y arrivent, parfois même sans aucune faute d’orthographe !... »

    J’avais encore une fois oublié que, dans nos murs, assis à notre propre table, se trouvait M. Plus. Vous le connaissez ? C’est le type qui a tout vu, tout entendu. Il arrive pour un remplacement dans votre école et s’y comporte comme si vous étiez en visite chez lui.

    Monsieur Plus me regarde à peine, du haut de ses 15 années d’ancienneté, et jette, méprisant : « Forcément… Copier et lire, ce sont deux compétences distinctes. »

    OK. Sans appel. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. On aurait été lundi, j’aurais peut-être essayé d’argumenter. Mais le vendredi midi alors que le type va disparaître de mon environnement visuel et pédagogique à 16 h 30, non ! J’ai parlé des photos de l’Oisans sous la neige que ma fille m’avait envoyées…

    Mais depuis, je ne décolère pas et je me demande comment des gens qui auraient pu être intelligents, au sens étymologique du mot, ont pu être aveuglés par leur formation au point d’en devenir aussi bornés par des limites aussi étroites !

    « Eh, Nunuchon ! En voiture, quand tu freines, tu fais caler le moteur ? Parce que, que je sache, appuyer sur la pédale du milieu avec le pied droit, c’est une autre compétence qu’appuyer sur la pédale de gauche avec le pied gauche ?

    Et, pendant les froides journées d’hiver, je n’aimerais pas être lave-vaisselle chez toi… Je suis fatiguée et déjà en panne rien qu’à penser à toutes les casseroles et toutes les assiettes qu’il te faut pour ne pas associer en un seul plat complet le chou, les pommes de terre, les carottes, les navets, l’oignon, les clous de girofle, le lard, le petit salé et la saucisse de ce qui, chez les gens normaux, constitue une potée !

    Mais bon sang, comment est-ce possible un truc pareil ? Comment peut-on croire que le cerveau d’un élève n’est qu’une boîte dans laquelle sont rangées un certain nombre d’autres petites boîtes étanches, contenant elles aussi d’autres toutes petites boîtes étanches, remplies de boîtes microscopiques soigneusement operculées pour qu’à aucun moment leurs contenus ne se mêlent et s’associent pour partager alors arômes et saveurs dont la richesse et le goût sont cent fois, mille fois, un milliard de fois supérieures à celles des contenus de chacune d’entre elles ?

    Comment peut-on se contenter de s’assurer que l’être humain que l’on fabrique a bien été doté d’une pédale du milieu, une pédale de gauche, une boîte à vitesse et un circuit de freinage indépendamment en état de marche sans jamais vérifier si, devant un obstacle subit, tout ce matériel s’accorde et se coordonne pour piler efficacement sans risque et sans casse ?

    Pendant combien de temps encore notre hiérarchie et nos formateurs vont continuer à prendre les élèves pour des pots de yaourt que l’on remplit ? Quand cesseront-ils d'apprendre à nos collègues à compléter case à case la conformité du pot, la couleur de l’étiquette, la texture du contenu et la solidité de l’opercule au lieu de leur faire réaliser combien leur fonctionnement est complexe et combien il est fondamental de tout raisonner en termes de liens, de ponts, de relais, de savants mélanges et de délicieux plats complets ?

    C’est un peu facile de rejeter la faute sur les professeurs des écoles, mesdames et messieurs les Inspecteurs Généraux[4], mais c’est oublier un peu vite que ceux-ci ne font qu’appliquer ce que vos DSDEN et vos IEN leur demandent de faire. Supprimez le LPC, dites que contrairement à ce qui se passe dans une chaîne de montage, le métier de Professeur des Ecoles ne consiste pas à vérifier un à un les éléments d’un tout sans jamais se préoccuper de l’avenir de ce tout et nous en reparlerons.


    [1] Eh oui, chez nous, on différencie… Nico est incapable de suivre en français avec les CM1 qui ont compris l’intérêt d’une syntaxe et d’une orthographe commune à tous les francophones et apprentis-francophones. Il suivote donc avec les CE2 dans cette matière (déjà cinq leçons de retard sur eux en Étude de la Langue) alors qu’il continue, à son rythme, à suivre les mathématiques avec les élèves de son âge.  

    [3] Encore merci à Rikki de l’affirmer elle aussi ailleurs (http://ecritureparis.webnode.fr/news/lecriture-manuscrite-est-elle-en-voie-de-disparition-/ ) !

     

     


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  • Animation pédagogique... Avant de commencer, nous nous promenons dans l'école... Classe des Petits et Moyens... Classe de ... ? Mince alors ! Petits et Moyens !

    Pas un dessin d'enfants aux murs ! Pas une œuvre de pâte à modeler exposée ! Des coins de jeux quand même, mais sommaires. Des jouets, des jeux, de la peinture, mais sur les étagères, pas vraiment à portée d'enfants...

    Un tableau noir, enfin, vert foncé... Couvert d'écrits, comme il se doit ! La file numérique jusqu'à 31, la date, la liste des présents et des absents, les règles de vie, les consignes (j'entoure, je découpe, je colle, je relie...), le tableau des compétences, etc. Comme d'hab', quoi...

    Et puis là, à gauche, le thème de la semaine : la pomme. Euh pardon, LA POMME ! Une jolie pomme coupée en deux et un trognon, en noir et blanc, dessinés par la maîtresse. Légendés, les dessins. TROGNON, POMME, PÉPINS, QUEUE...

    Sur une table, tout près, les feuilles de l'exercice réalisé par les élèves... de MS, osé-je espérer. Le même dessin, photocopié. En noir et blanc. Et, complété par les mêmes étiquettes, placées au même endroit : TROGNON, POMME, PÉPINS, QUEUE... Tout juste ! Chez tous les élèves.
     Bien entendu, ils n'ont pas lu, au sens où nous l'entendons, nous. Ils ont autoconstruit une procédure leur permettant de recopier l'exemple donné par la maîtresse sans se tromper. Les étiquettes auraient été écrites en turc ou en javanais qu'ils y seraient aussi arrivés. J'ose même espérer qu'un adulte était derrière eux, à leur simplifier la tâche de ses conseils et qu'ils ont pu ensuite, vite, vite, aller jouer au coin-dînette et faire semblant de couper des fruits factices et de se les partager entre potes dans les petites assiettes en plastique !

    Rassurez-vous : je vous assure qu'ils n'ont pas plus lu que chaque matin ils ne lisent, au sens qu'un adulte donne à ce verbe. Les noms des jours et du mois, les consignes qu'ils doivent peut-être repérer seuls sur leurs fiches d'exercices, tout cela, c'est du javanais. Changez-les de place, de couleur,  et ils ne les reconnaîtront plus. Attribuez-leur une autre valeur (tu vois mon lapin, là, POMME, ça veut dire baignoire, tu te souviendras ? Baignoire !), ils vous croiront sur parole ! Puisqu'ils ne savent pas lire...

    Ailleurs encore, des peintures sèchent. Ouiiiiii ! De la peinture ! Chouette !

    Calmez votre joie. Les petits bouts ont bien peint... mais quatre petites pommes dessinées par la maîtresse et barbouillées, en dépassant, la première de jaune, la deuxième de rouge, la troisième de vert et la dernière de bleu.
    À côté, le travail fini... Ouh que c'est zouli ! Un petit livret de 4 pages reliées, sans doute par l'ATSEM, aux feuillets découpés en forme de pomme. Super, on ne verra pas que nos apprentis peintres en bâtiment ont fait baver leurs pinceaux en dehors de l'espace à colorier !

    Sur chaque pomme, on a collé une étiquette : une pomme JAUNE, une pomme ROUGE, une pomme VERTE, une pomme BLEUE. Eh zut ! C'est reparti... Demain, ils vont encore coller des étiquettes en copiant le modèle !

    Encore une classe maternelle où on considère que les objectifs fondamentaux sont les mêmes qu'en élémentaire (du pauvre) : lire, écrire, compter !

    Et, comme c'est vraiment difficile pour un petit bout de trois ou quatre ans, on se contente de la partie la plus visible de l'iceberg mais aussi la plus éloignée de l'acte réel de lire ou d'écrire : je te donne un modèle et je te le fais recopier servilement en te simplifiant la tâche au maximum.

    Le premier travail, il y a bien des chances que cela ait donné : " Regarde... Tu cherches POMME. Regarde bien le modèle. Fais attention, tu es sûr que c'est celui-là ? [Ton désapprobateur pour l'enfant qui, au mieux, pioche le mot PÉPINS et au pire, pique au hasard l'une des deux autres]  Ah voilà ! Oui ! Où vas-tu le coller ? Regarde bien le modèle. Voilà, ici... Colle vite avant d'oublier. Là..."

    "Bon, et alors, allez-vous me dire. Rien que de très classique... Il suffit de lire l'ordre dans lequel sont donnés les domaines dans les BO des Programmes (2002 et 2008, puisque nous savons très bien que les collègues, pour la plupart, et leur hiérarchie aussi, sont restés à 2002 et n'ont jamais lu 2008) : 1) Langage oral ; 2) Langage écrit ; 3) Le reste, mais on n'a pas toujours le temps...

    L'objectif  central de l'école maternelle est l'acquisition de la capacité de faire semblant de savoir lire. Voilà, voilà... Ton histoire, elle est rigolote mais on la connaissait déjà."

    Attendez ! Je n'ai pas fini.... Après, il y a eu la pause. Et la collègue amoureuse des trognons de pomme bleue (pour le côté imagination... c'était la p'tite touche créative de l'activité !) cause avec les copines.
    Elle cause et se plaint. Elle a deux élèves de CE1 en APC de lecture à voix haute. Le collègue qui leur a imposé cet atelier est fou ! Ils savent lire, ces petits, enfin ! Ils ânonnent à peine ! Elle connaît des CM1 qui lisent moins bien que cela et qui s'en sortent... Ce collègue est malade, bien trop exigeant ! Elle est sûre que les gosses sont traumatisés par cette exigence... Ils n'ont plus le temps de jouer, les pauvres !

    D'ailleurs, en parlant de CM1... La collègue de CM1 est une véritable tortionnaire, elle aussi. Figurez-vous qu'hier, elle lui a envoyé un élève récalcitrant qui refusait d'écrire. Elle partait en sport et le gamin n'avait toujours pas fini ses trois exercices de maths commencés une heure et demie plus tôt... Notre amie des lettres ne s'était pas gênée pour le lui dire (peut-être même devant le gamin ) : s'il avait su faire à l'oral, pourquoi l'obliger à réaliser une trace écrite ?

    "Les collègues d'élémentaire sont trop fermés et trop à cheval sur leurs principes ! C'est scandaleux" disait-elle à haute voix.

    Eh ! Oh ! Eh ! Oh ! Les Petits et les Moyens passent leur journée à faire semblant d'écrire et de lire et, trois à cinq années plus tard, il faudrait que cela ne soit toujours pas plus efficace ?

    Mais c'est quoi ce monde où les petits de quatre ans doivent coûte que coûte reproduire le plus exactement possible un modèle sans aucun intérêt pratique pour eux puisqu'une fois seuls avec leur feuille, aucun d'entre eux ne pourra retrouver le mot "trognon" qu'il a oublié, simplement parce qu'il pourra le lire sur la feuille ?
    Mais c'est quoi ce monde où, au contraire, un enfant de sept ans ne doit pas être encouragé à mieux lire parce que ce qu'il sait faire suffit bien ? Mais c'est quoi ce monde où un tout petit doit coller des mots pour coller des mots alors qu'un élève de CM1 n'a pas à se contraindre à passer à l'écrit, même si ça l'ennuie, pauv' petit biquet ?

    Pourquoi cette maternelle obsédée par des apprentissages fondamentaux dignes d'une salle d'asile de 1850 débouche-t-elle sur une école élémentaire où l'on n'exige rien, où l'on ne fixe rien, où l'on admet et excuse tous les prétextes ?

    Pouquoi survaloriser l'inutile, l'inaccessible, l'indescriptible et l'indécodable et considérer comme superflu l'acquisition utile, accessible et descriptible d'un code commun reproductible à l'infini ?

    Je ne sais pas...

    Ah ! Dernière petite chose... Une broutille... Les enfants de la collègue, ils sont au collège, avec une année d'avance, en section européenne ! Cherchez l'erreur !


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  • Aujourd'hui, j'ai eu l'IEN au téléphone. Il voulait savoir comment faire pour régler le problème des nouveaux rythmes dans mon école.  Il faut dire que, pour l'instant, le Conseil Municipal attend. Il prendra éventuellement une décision en mai, si l'abrogation du décret n'a toujours pas été votée.

    Le problème, selon mon chef, c'est que, s'il ne le fait pas vers le mois de mars, il se peut que ce soit le DSDEN qui la prenne.

    J'ai réexpliqué toute l'histoire. Pour le moment, nous n'avons même pas de Centre de Loisirs Périscolaire. C'est une simple garderie qui s'apparente plutôt à la surveillance d'un troupeau de moutons, à l'effectif variable, avec un seul berger, l'ATSEM, pour, pourquoi pas, les soixante et un élèves de l'école si toutefois les parents se donnent le mot et y laissent tous leurs enfants en même temps.

    Comme elle est gratuite et qu'on peut y déposer  et récupérer son caddie enfant quand on veut, elle est très fréquentée et, pour certains, dès que ça ouvre et jusqu'à ce que ça ferme...
    Dans ces conditions, il n'est pas judicieux de rajouter trois heures (ou quatre, puisque, le mercredi, il y aurait aussi garderie, au moins le matin dès 7 h 45) de vie en collectivité à des enfants qui y sont déjà 10 heures par jour, quatre jours par semaine, et ce quelles que soient les activités proposées.

    Pour ces activités, comment résoudre le problème de l'écart d'âge ? Les plus vieux ont 11 ans et vont entrer en 6e, les plus jeunes ont 2 ans et entament leur première année de scolarisation.

    Nous avons déjà eu deux fois des interventions : hip hop, pour les 4 à 14 ans, et hand ball, pour les 5 à 11 ans. Dans le premier groupe, les moins de 7 ans faisaient tapisserie assis sur les bancs pendant que les grands du collège prenaient tout l'espace dans un boucan digne d'une fête foraine. Et dans le deuxième, ce sont les grands, moins nombreux que les petits, qui ont abandonné, déçus de ne pas pouvoir jouer au hand "pour de vrai"...

    Par ailleurs, n'ayant pas de gymnase, ni même de stade, le hand s'arrêtait du 1er novembre au 1er mars. En mars, les gamins ne revenaient pas quand ce n'était pas l'animateur qui avait changé de planning et ne pouvait plus venir.

    Et le hip hop ayant lieu dans la salle de motricité de l'école, l'hiver, c'étaient les enfants de la garderie qui n'avaient plus de lieu de vie pour jouer en attendant que leurs parents les récupèrent. Ils se retrouvaient à une quinzaine parfois, dans le petit dortoir, sans tables, ni bancs, avec juste quelques legos que l'ATSEM avait récupérés dans la grande salle...

    La seule solution envisageable que je vois, Monsieur l'Inspecteur, à défaut de rendre à mes élèves les 27 heures de classe, samedi matin compris, c'est une semaine de 4 jours, avec petites vacances raccourcies.

    La semaine de 27 heures, avec le samedi, nous permettrait de revoir enfin les parents qui ont la garde un week-end sur deux et que nous ne connaissons même plus depuis qu'on nous a supprimé le samedi matin. Elle donnerait aux moins favorisés de nos élèves un temps supplémentaire pour être accompagnés par une personne qui les connaît et peut les raccrocher scolairement grâce à toutes ces activités que nous pouvions faire quand nous avions du temps pour cela (et une formation généraliste qui allait avec). Elle permettrait aussi de responsabiliser les quelques familles qui couchent exprès leurs enfants "super tard le vendredi soir pour pouvoir faire la grasse mat' sans qu'ils viennent [les] faire ch.. dès sept heures du mat'..." et d'obtenir ainsi que leurs enfants gardent un rythme cohérent.

    À défaut, les petites vacances raccourcies éviteraient à la presque totalité de nos élèves de passer deux semaines de Toussaint, d'Hiver et de Printemps coincés entre leur télé et leur Wii. Chez nous, personne ou presque ne part en vacances, surtout en automne et en hiver. Et ceux qui partent ne partent jamais quinze jours pleins. Et puis, vous savez, quand ils prennent quatre jours pour emmener leurs petits à Eurodisney, ils préfèrent le faire en période scolaire parce que les tarifs du train et de l'entrée sont bien moins dispendieux, alors...

    Cette dernière tirade m'a permis d'entendre de la bouche même de mon supérieur hiérarchique que le raccourcissement des vacances d'été de deux semaines est d'ores et déjà programmé.

    Là-dessus, il m'a laissée à mes péquélets qui étaient tous là, bien tranquilles, à siestouner en attendant que la maîtresse ait enfin fini de parler ! Heureusement qu'on était lundi et qu'en début d'après-midi, une petite sieste au calme, ce n'était pas désagréable... Il n'y a que Tom-Tom-le-tombeur-de-ces-dames qui s'est fait remarquer, et encore, à peine !

    Après, nous sommes allés planter nos bulbes dans nos jardinières parce que nous, nous n'avons pas besoin de papys bénévoles pour faire du jardinage à l'école...

    Et la prochaine fois qu'il m'appelle, je lui dis que parents, mairies et au moins directrice ne sont dupes ni les uns ni les autres et que tous savent que c'est afin de territorialiser l'École Primaire que ces mesures ont été prises sans aucun égard pour l'Enfance.


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