• Grand beau sur le microclimat !

    Lorsqu'un enfant réussit à l'école, nous le savons tous, c'est grâce à son milieu et à son héritage génétique. Lorsqu'il échoue, c'est à cause de ses enseignants qui ne savent pas prendre en compte son originalité.

    Coup de chance pour moi ! Encore une fois et pour la septième année consécutive, tous mes élèves de Grande Section s'avèrent être issus d'excellents milieux et avoir reçu, par la grâce de Dame Nature, un patrimoine génétique de toute première qualité.

    Rendez-vous compte. Actuellement, au mois d'avril 2014, ils écrivent tous en écriture cursive dans les lignes d'un cahier seyes 4 mm , ils déchiffrent ce qu'ils écrivent et le comprennent. Autre miracle sans précédent, ils entendent les consonnes ! Il paraît qu'aucun enfant de cinq ans ne peut réaliser cet exploit et les miens, depuis sept ans, y sont tous arrivés ! Même mes super-péniblous de 2009/2010 y arrivaient, c'est vous dire !

    Grand beau sur le microclimat !

    [J'ai choisi le cahier de Kass'andrah parce qu'elle s'appelle Kass'andrah ou presque, qu'elle n'aura six ans que le 26 novembre 2014, et parce que sa maman, Sue-Ellen, et son papa, Djeïzonne, ont vingt-quatre ans ("Après, y z'auront 25 et après y seront morts. À 26 ans, on est vieux alors on meurt... C'est dommage mais c'est comme ça."...). Merci Kass'andrah :-( pour ton beau cahier qui fait mentir les oiseaux de mauvais augure et pour ta leçon de vie. Plus de trente ans de sursis.... grâce à toi, je suis vraiment une miraculée !]

    L'autre jour, l'exercice consistait à repérer dans une série de 12 images-mots (tortue, douche, vache, tasse, voiture, dinosaure, valise, dé, toilettes, vélo, table, doigt), celles commençant par la lettre t, celles commençant par d et celles ayant pour initiale v et de les classer en trois colonnes.

    Comme d'habitude, nous commençons l'exercice en commun, sous forme d'exercice de langage, ne serait-ce que pour repérer les élèves dont le lexique serait insuffisant pour réaliser l'exercice. Comme d'habitude, mes petits travaillent "à la parlante". Le langage de communication fonctionne parfaitement et les règles de la coopération, très importantes dans ma classe, font encore une fois la preuve que seul, on va parfois plus vite, mais qu'à plusieurs, on est tout de suite beaucoup plus performant.

    Un petit dit : "Douche, on entend t-t-t-t-t ! C'est la toupie1 !

    - Tu es sûr ? Tu dis une touche, toi ? Le soir, tu prends une touche ?

    - Non, une douche... D-d-d-d-douche.

    - Alors ?

     - Alors, c'est la dame2 ! D-d-d-d-d-d-d-douche...

    - Je sais, dit un autre. Quand c'est dddoucement, c'est la dddame, et quand c'est tttrès fort, c'est la tttoupie ! [C'était la découverte du jour, arrivée là comme un cheveu sur la soupe au moment où l'on s'y attendait le moins. Matheux Ier avait encore frappé !]

    - Ah oui ! Dddoucement pour D et tttrès fort pour T ! Ça c'est facile !

    - Dddoucement pour le dddé, le dddinosaure, la dddouche et le dddoigt !

    - Tttrès fort pour la tttortue, la tttasse, la tttable et les tttoilettes ! "

    Les élèves sont partis à leurs places, ils ont découpé leurs petites images, les ont coloriées, rangées et collées dans leur tableau sous la supervision de mon EVS qui se régale avec eux. J'ai daté et apprécié le travail d'un petit feu vert qui veut dire : "Ça roule, tu peux aller faire autre chose." et ils sont en effet passés à autre chose (jeux libres de construction ou d'imitation, dessin ou modelage libre, observation libre d'albums, ...).

    Hier, ils devaient écrire la lettre d, en cursive, sur le cahier. Ensuite, ils avaient deux lignes à recopier. La première donnait le mot dame et la seconde le mot dîne. Première partie au tableau, avec moi.

    J'explique la petite subtilité du d, avec sa barre qui monte jusqu'au milieu du troisième interligne. Je dis qu'ils peuvent essayer mais que s'ils n'y arrivent pas tout à fait ce n'est pas si grave. Yasameen qui aime que les choses soient claires explique : "Une barre qui s'arrête à la deuxième ligne, ce serait trop petit, on pourrait confondre un peu avec le a. Et une grande barre qui monte jusqu'à la troisième, ça ferait tout maigre et vraiment moche ! Alors, ils ont dit deux et demi, c'est mieux."

    Je montre à nouveau. Puis je passe aux mots. La consigne est de faire "le son de la lettre", tant que je n'ai pas fini de l'écrire. On entend : "D-d-d-d-d-d-aaaaaaa, da, mmmmmmmmeeeeeee. Da-meuh ! C'est dameuh !

    - Qu'est-ce que c'est "dameuh" ?

    - C'est dame ! Dameuh, ça fait dame !

    - Oui, voilà. On dit dame. On doit mettre madame E, mais il ne faut pas la dire trop fort. Ça s'appelle une lettre muette. Quelqu'un sait ce que signifie le mot muet ?

    - C'est quand on ne peut pas parler. On est muet. Madame E peut pas parler, elle est muette. Alors, ça dit d-d-d-d-aaaaa-m' ! Dam' ! Comme ça.

    - J'écris à nouveau dame et vous vous me dites quand j'ai le droit de lever le crayon.

    - Oui. d-d-d-d-d-d, tu lèves le crayon, tu mets le point pour monsieur A. Aaaaaaaaammmmmmmmeeeeeee. Voilà, d'un coup jusqu'au bout.

    - Et maintenant, ce mot-là. Vous lisez pendant que j'écris ?

    - D-d-d-d-d-iiiiiiiiiinnnnnnnne ! Dîne ! On ne dit pas dîneuh ! Madame E est muette. On dit dîn'.

    - Qu'est-ce que cela signifie dîne ?

    - C'est quand on a faim. On va dîner. C'est le verbe dîner. C'est pour manger à midi. À midi, je dîne à la cantine. Et moi, à la maison, je dîne. Ma maman, elle me fait des pâtes pour dîner... J'aime bien les pâtes... et la purée ! Et puis...

    - Et puis, on recommence ! Là, on écrit. Après, on racontera sa vie, d'accord ? Vous me dictez comme tout à l'heure ? Je veux savoir quand j'ai le droit de lever le crayon.

    - D-d-d-d-iiiiiinnnnneeeee. Tu lèves le crayon pour faire le truc sur le I. C'est un accent, le truc. Oui, un accent cir-con-flexe ! I accent circonflexe. On lève le crayon à la fin et après on fait l'accent truc, là. Cir-con-flexe, on t'a dit !

    Ensuite, comme chaque jour, je les ai laissés à l'EVS qui est plus à cheval que moi sur la taille des barres, la tenue du crayon, le respect des lignes et je suis allée lire La chèvre avec mes huit CP.

    Hier soir, après la classe, la maman de Yasameen nous racontait qu'à la maison, sa fille est "à fond" ! Elle cherche à lire tout ce qui tombe sous ses yeux et s'étonne elle-même de sa rapidité à déchiffrer un mot : "Regarde, maman, comme je lis vite, su-c-re, sucre, tu as vu ? Très vite, comme les CP et les CE1 ! Et là, ca-ca-o, cacao ! C'est du chocolat, le cacao, hein maman ? Je sais presque tout lire maintenant !"

    Alors ? Excellent milieu ? Héritage génétique haut de gamme ? Sans doute. Je n'ai aucune raison de mépriser les parents de mes élèves parce qu'ils sont maçons, ouvriers, chômeurs, agriculteurs, mères au foyer, bénéficiaires d'aides sociales diverses et variées, caissières, ingénieurs ou professeurs de lettres... Ma grand-mère disait "Il n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens"... Et elle savait de quoi elle parlait, elle qui était issue de ce qu'il est convenu d'appeler un "tout petit milieu".

    Je sais que dans la circonscription, mes collègues seraient plus en faveur d'un microclimat. Il y aurait au-dessus de notre école un microclimat favorisant la réussite scolaire comme il y a, à quelques kilomètres à peine, un microclimat qui fait surnommer notre belle sous-préfecture, le Petit Nice...

    Grand beau sur le microclimat !

    J'en entends déjà dans le fond qui parlent d'effet-maître... Je pense que parmi eux se trouve mon IEN. Sans doute y en a-t-il un peu, j'en conviens. J'ai en effet la chance de faire partie des instituteurs et institutrices ayant bénéficié d'une véritable formation à l'enseignement de la lecture et de l'écriture et non de quelques heures rapides sur les théories (et les ouvrages) de MM. Goigoux, Charmeux, Foucambert, Chauveau, etc.
    J'y ai eu droit aussi, à ces heures-là, mais si j'ai pu m'inspirer de ce que ces personnes apportaient de neuf et l'expérimenter un peu. Grâce à cette formation, reçue d'abord à l'école, au collège et au lycée, puis au cours de mes études professionnalisantes, j'ai pu aussi  appliquer les filtres qu'on m'avait appris à utiliser, trier ce qui m'intéressait de ce qui me paraissait impraticable ou en parfaite contradiction avec ce que je constatais sur le terrain et ne garder que ce qui me semblait un plus par rapport à mon ancienne pratique.

    Alors un peu d'effet-maître, d'accord. Mais pas tant que cela, finalement.

    Il n'y a que sept années scolaires que j'arrive à de tels résultats sur l'ensemble de mes cohortes. Avant, j'avais régulièrement un ou deux élèves lecteurs en fin d'année de GS mais les autres n'avaient pour la plupart retenu que le nom des lettres qu'ils écrivaient tous en cursive... Ils recopiaient, bien, les phrases que je leur donnais à copier après les leur avoir lues. Associer les lettres pour arriver à lire seuls, c'était pour moi, et donc pour eux, un but inatteignable en Grande Section.

    Jusqu'au jour où j'ai  rencontré Thierry. Lui, il était rééducateur (maître E ou G, ne me demandez pas, cela fait partie des trucs que je n'arrive pas à retenir ; c'est comme Bourg-Saint-Andéol et Bagnols-sur-Cèze ou Loriol et Livron... je n'y arrive pas). Pour les élèves de GS de sa circonscription, il avait mis au point une méthode de découverte conjointe des sons de notre langue et des lettres qui servent à les transcrire.
    C'est une méthode basée sur le langage, le jeu, l'écoute, la discrimination visuelle, l'expression, l'écriture.

    Cette méthode s'utilise de la rentrée des classes aux vacances d'été, à petites doses quotidiennes (jamais plus d'un quart d'heure à une demi-heure par jour). Chaque jeu, on est en maternelle, je préfère parler de jeu plutôt que d'exercice ou d'activité, est expliqué, détaillé, décortiqué. Cela permet de réduire l'effet-maître ou plutôt de partager l'effet-maître de Thierry, ce qui est une excellente référence.

    Les fiches sont fournies, sur un CD rom pour éviter les gaspillages de papier (selon la configuration et les résultats de la classe, on n'est pas obligé de les faire toutes). Le matériel à utiliser est tout simple et ne nécessite pas des heures de préparation. Cela évite de travailler comme un bagnard le soir à la veillée, ou le week-end pendant que conjoints, enfants, familles et amis regrettent que nous ayons choisi un métier qui, en plus d'être si peu payant, se révèle si chronophage !

    Enfin, les enfants s'amusent et progressent. Ils ne sont pas rebutés par des exercices répétitifs, se voient avancer et devenir de plus en plus performants. Ils aiment ce qu'ils font et cherchent à aller plus loin que ce que nous leur proposons. C'est, bien plus qu'une évaluation normative bien peu gratifiante pour l'enfant, le signe manifeste qu'ils ont réellement assimilé ce qu'ils font, qu'ils comprennent le but des activités, le tout, sans exercice de métacognition artificiel. Pas mal, non ?

    Puisque j'ai maintenant un recul de sept ans et que j'ai suivi toutes ces cohortes d'élèves au CP, je peux ajouter que c'est grâce à cette méthode que j'ai été contrainte d'abandonner Bien Lire et Aimer Lire que j'utilisais au CP et que j'ai écrit Écrire et Lire au CP qui était mieux adapté au niveau de mes nouveaux  élèves sortant de GS. 

    C'est d'ailleurs à partir de là que j'ai compris pourquoi nos parents disaient qu'un enfant de CP savait lire à Noël.

    Enfin, c'est cette méthode de découverte de l'écrit qui m'a  donné envie de doter les élèves de Grande Section d'un outil mathématique équivalent, c'est-à-dire aussi respectueux des enfants, tout en étant ambitieux et confiant dans leurs capacités.

    Alors, au nom de mes élèves, encore une fois merci Thierry Venot, pour De l'écoute des sons à la lecture, la seule vraie méthode d'écriture-lecture réservée aux élèves de Grande Section qu'ils aient ou non la chance d'habiter sous un microclimat favorable.

    Notes de bas de page artisanales :

    1. La toupie est le personnage de la méthode des Alphas représentant la lettre T.  

    2. Et la dame est le personnage qui représente la lettre D...


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  • Le Mécano de la Générale

    Mes parents d'élèves et notre EVS (Emploi Vie Scolaire) de direction s'apprêtent à tester pendant deux semaines l'incurie de l'Éducation Nationale en matière de remplacement(s).

    Lorsque, le 23 janvier 2014, j'ai appris que mon opération de la cataracte aurait lieu le 24 mars de la même année et qu'il fallait compter sur deux semaines d'arrêt-maladie, j'ai fait téléphoner l'EVS aux services de l'Inspection de l’Éducation Nationale dont dépend mon école pour... bah... l'avertir, quoi.
    On lui a bien entendu répondu que c'était beaucoup trop tôt et qu'il fallait que nous les rappelions la veille de mon départ. L'EVS ne comprenait pas les raisons de cette réponse. Pour elle, comme pour tous les profanes à qui j'en parlais, nos supérieurs hiérarchiques avaient un planning sur lequel ils inscrivaient les congés-maladies prévus ou prévisibles (départs en congé maternité par exemple). Pour elle, ils bouchaient les trous en fonction de leur volant de remplaçants (eh, eh, eh...) et auraient dû être bien contents qu'on les avertisse si tôt pour leur permettre de s'organiser en fonction.

    Lundi 17 mars, lorsque nous sommes rentrés de vacances, l'EVS a à nouveau contacté les bureaux de l'IEN et on lui a à nouveau répondu qu'il suffirait d'appeler vendredi 21 "dans la journée" et qu'on lui dirait alors si j'étais remplacée dès lundi 24 au matin. Mais qu'il ne fallait pas se faire d'illusions, ça n'allait pas être facile...

    À nouveau incompréhension totale : mais puisqu'ils le savaient déjà, mais puisque c'étaient deux semaines entières de classe, mais puisque les collègues avaient déjà leur classe et leurs élèves, comment ces élèves pourraient être privés d'école ?

    Mercredi 19, je réalise que, lundi 24, s'il n'y a pas de remplaçant, les enfants n'assisteront pas à la séance École et Cinéma. Je dis à l'EVS de rappeler dès jeudi matin, en précisant que tout est bouclé, le car, les accompagnateurs, la réservation du cinéma. Il est donc sûr que les parents sont au courant et que tout le monde sera très déçu si les enfants n'ont pas cinéma.

    À l'Inspection, la secrétaire est bien embêtée... Elle avait bien pensé à quelqu'un mais il est possible que son remplacement dans la classe où il est actuellement se prolonge... Et là, comment faire ? D'un autre côté, si les enfants manquent Le Mécano de la Générale, avec Buster Keaton, c'est vraiment ennuyeux. Le passé composé des verbes en -er, le périmètre du carré, la multiplication par 10 pour les CE1, les nombres de 40 à 50, le son -er à l'intérieur d'un mot pour les CP, les lettres V-T-D, les compositions de 7 pour les GS et, pour tous, le blé que nous avons semé et qui commence à germer, la passionnante histoire des Vikings qui remontent la Seine jusqu'à Paris et l'observation attentive du vent qui souffle, passe encore... Mais Le Mécano de la Générale, quand même... Elle va voir ce qu'elle peut faire et elle nous rappelle vendredi matin pour nous dire...

    Et vendredi matin, dès neuf heures, coup de fil. Ouf, c'est bon, nos petitous pourront aller voir Buster Keaton ! Ils seront dûment accompagnés d'un Professeur des Écoles diplômé qui assurera, lundi 24 et mardi 25 mars, le remplacement de la maîtresse qu'on opère . Ensuite, pour jeudi 27 et vendredi 28 mars, un autre remplaçant viendra assurer le suivi de la cohorte d'enfants car le premier est déjà pris par le remplacement d'un collègue à mi-temps. Quant à la semaine suivante... C'est à voir, ma bonne dame, c'est à voir... Madame la secrétaire, que je remercie au passage car, vraiment, c'est une personne très dévouée qui s'échine à trouver des solutions malgré le peu de moyens, essaiera de faire en sorte de nous remettre les deux mêmes personnes afin que les enfants ne soient pas trop chamboulés de voir trop de têtes nouvelles en trop peu de temps... Mais rien n'est moins sûr, ma bonne dame, rien n'est moins sûr.

    Cinéma, têtes nouvelles, pas de vagues continuité du Service Public, et l'École là-dedans ? Celle où on apprend patiemment, jour après jour, à observer, réfléchir, lire, écrire, compter et calculer ?

    Elle a sans doute déjà vraiment disparu dans l'esprit de nos dirigeants qui ont plus le souci du coût d'un service public devenu obsolète que l'idée de l'instruction patiente et soigneuse des futures têtes pensantes qui seront aux commandes quand eux n'y seront plus...

    C'est certainement pour cela qu'ils n'ont doté notre petite Inspection de l'Éducation Nationale de province que d'un nombre totalement insuffisant de remplaçants. Peu leur chaut de mettre ainsi en péril le fragile équilibre entre valides et malades, futures mamans et bientôt soixantenaires encore au boulot mais déjà atteints des maux invalidants de l'âge mûr, sans compter tous ceux de nos collègues qui prennent de plein fouet les injonctions paradoxales qu'on nous impose et ne le supportent pas...

    C'est peut-être bien aussi pour cela qu'ils préfèrent parler de curriculum et de socle commun plutôt que de programmes scolaires et de contenus... C'est bien plus simple et cela ne nécessite qu'a minima, mais vraiment très minimal, une vague continuité d'un vague Service Public de gardiennage des petits nenfants. On peut même rêver qu'un jour, dans le cadre d'une coéducation bien comprise, ce soient les animateurs des TAP, rémunérés par des collectivités territoriales, qui viennent assurer le remplacement des vieilles institutrices obsolètes qui ne pensent qu'instruction et enseignement...

    Après tout, dans le cadre de la validation du Palier 1 du socle, bientôt en fin de CE2, pendant cette quinzaine, si mes élèves de CE1 n'auront ni appris à calculer le périmètre d'un carré, ni finalisé leur apprentissage de la multiplication et de la division par 10, ni appris à reconnaître et écrire seuls le passé composé des verbes chanter, parler, observer, écouter, regarder, penser, toutes choses que le Socle Commun de Compétences et de Culture ne demande pas précisément, ils auront en revanche validé ... ou pas... les items suivants :

    - distinguer certaines grandes catégories de la création artistique (..., ..., cinéma, ..., ...)

    - reconnaître des œuvres visuelles préalablement étudiées (Le Mécano de la Générale)

    - respecter les autres et les règles de la vie collective

    - participer en classe à un échange verbal en respectant les règles de la communication

    - écouter pour comprendre, interroger, répéter, réaliser un travail ou une activité

    - échanger, questionner, justifier un point de vue

    - travailler en groupe, s'engager dans un projet

    - maîtriser quelques conduites motrices comme courir, sauter, lancer

    - se représenter son environnement proche, s'y repérer, s'y déplacer de façon adaptée

    - appliquer des règles élémentaires d'hygiène

    Alors, franchement, hein, pourquoi continuer à former à prix d'or des fonctionnaires d'État qui auront, en plus d'être attachés aux savoirs qu'ils souhaitent transmettre à leurs élèves, le culot d'être malades (sans parler du fait que ces cons vivent de plus en plus vieux et continuent à vider les caisses de l'État avec leurs pensions de retraite exorbitantes) ?

    N'est-ce pas habituer les citoyens à un assistanat bien peu responsabilisant là où un service moins pointu leur apprendrait à prendre en charge eux-mêmes l'instruction des enfants qu'ils ont pris la responsabilité de mettre au monde ? Les enfants n'appartiennent pas à l'État, est-ce donc à lui de se substituer aux familles et d'offrir cet enseignement standard qui apprendrait à tous les mêmes notions, concepts et savoirs variés ?

    Hardis les gars (et les filles) ! Vidons l'Éducation Nationale de ce qui fit sa substance et vous verrez que, de lui-même, le consommateur s'en détournera comme d'un de ces petits carrés à la crème pâlotte qui n'ont aucune chance avec le Capital  !

    NOTA BENE à l'intention des mal-comprenants qui fréquentent ce blog : La teneur de cet article et particulièrement celle des trois derniers paragraphes relèvent de l'humour du désespoir et en aucun cas d'une envie quelconque de voir se libéraliser l'offre d'enseignement. Qu'on se le dise !

    Merci à Jean Ferrat pour sa contribution... Quelque chose est pourri dans mon royaume de France.


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  • Tu me feng' le cœur !

    CE1, le pluriel des adjectifs qualificatifs en -al :

    un trait vertical --> des traits verticaux

    un geste amical --> des gesteamicaux

    un ami loyal --> des amis loyaux

    un garçon brutal --> des garçonbrutas [ Prononcer "brutasseuh", NDLR]

    Vous comprenez pourquoi je la surnomme Mafalda du marché de la Canebière, cette petite ?

     


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  • Des rhinos vraiment féroces

    Compère Renart, le lièvre et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Qui a décrété qu'après 15 h 45, un enfant, ça ne pouvait plus rester en classe ?

    Maître Renart, les lièvres et les rhino vraiment féroces !

    Merci à Phi pour l'idée "Dürer, les Animaux et les Textures", à retrouver sur son blog, ici : Vous êtes chez Phi !

    ainsi qu'ici : Vous êtes aussi chez Phi !


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  • L'ordre des facteurs sonne toujours trois fois

    Ce matin, la leçon de mathématiques des CE1 portait sur l'ordre des facteurs. Et zut... juste la semaine où on m'explique, à moi la pas-matheuse-du-tout, que c'est très difficile pour un enfant de moins de huit ans...  Bien sûr, les autres années, ma leçon a toujours fonctionné et je ne me souviens pas de difficultés insurmontables mais allez savoir... D'ici à ce que ça me porte la poisse, cette re-révélation (on me l'avait déjà dit, il y a assez longtemps mais j'avoue que j'avais oublié).
     Si l'enfant de sept ans à huit ans peut, de lui-même, comprendre que l'achat de trois bonbons à 50 centimes pièce lui feront dépenser 150 centimes, il lui est quasiment impossible de réaliser que l'achat de 50 bonbons à 3 centimes [si, si, quand j'étais petite, il y en avait : des fraises chimiques, rose vif, à 1 centime de franc. C'était à la boulangerie au-dessus du bâtiment de l'ENS où on habitait, je me souviens très bien ! On déboulait à sept ou huit là-bas dedans, gosses de profs et gosses de factotums, c'était super...]  lui coûterait aussi 150 centimes.

    Hier soir, du coup, j'ai vraiment bien préparé mon tableau. À gauche, j'ai positionné des aimants en 6 rangées de 5 aimants. En-dessous, il y avait des ronds dessinés à la craie, 4 rangées de 8...
     Et à droite, quatre opérations écrites en ligne : 3 x 43 (prononcer 3 multiplié par 43) ; 5 x 21 ; 4 x 62 et 2 x 540...

    À l'heure dite, j'installe mes sept élèves de Grande Section, mes sept élèves de CP et mes huit élèves de CE1 face au tableau... "Combien ai-je positionné d'aimants au tableau ?" Les petits GS s'affairent... quelques CP ainsi qu'un CE1 aussi.  Les autres ont déjà le doigt levé.
    Je laisse parler un élève de CP, issu du groupe des compteurs, qui me dit : "Cinq... dix... quinze... vingt... vingt-cinq... trente ! Il y a trente aimants !"
     Les doigts levés s'impatientent : "On ne doit pas faire comme ça. Il faut dire l'opération. Là, il y a 6 rangées de 5 aimants. C'est 5 aimants multiplié par 6. Six fois cinq, c'est égal à 30..."
    J'envoie un élève de GS compter les aimants de la première rangée. Celui chargé de la deuxième rangée me dit :" C'est 5 aussi, parce qu'ils sont juste en-dessous de ceux d'en haut ! Et après, encore 5, encore 5, encore 5, encore 5 !"
     Un autre vient compter les rangées. Il y en a 6. Six rangées de cinq. Les CP me dictent alors l'opération : 5 aimants x 6 = 30 aimants.

    Là, rien que pour embêter, j'entoure en jaune les aimants de la première colonne. Combien d'aimants, les petits ? Six, il y en a six. Et là ? Six encore, et puis six là, six là et six là. Un CE dicte, vite fait : "Six aimants multiplié par 5 égale... bah 30 aimants... il y en avait 30 tout à l'heure. Trente, c'est trente, hein ?"

    Très bien. Et les ronds ? Combien de ronds dans chaque ligne, Lambinette ? Huit ronds, encore huit, encore huit, encore huit. Combien de rangées de huit ronds, Kass'andrah ? Quatre, une en haut, encore deux au milieu et puis une en bas.  Ibiza, qu'écrit-on ?... Huit multiplié par quatre ou alors quatre multiplié par huit, comme on veut.
     Les CE1, combien de ronds ? Trente-deux, quatre fois huit, ça fait seize et encore seize, alors trente-deux.

    D'accord. Passons au plat de résistance, maintenant... Les GS vont aller travailler avec Véronique et nous allons continuer. Il faut vous dire que cette année, j'ai quelques élèves de CE1 qui n'étaient pas très sûrs d'eux en résolution de problèmes alors que les CP sont très à l'aise. Du coup, dès que j'en ai l'occasion, je leur fais inventer des problèmes qui peuvent correspondre  aux opérations que j'ai écrites à l'avance au tableau.

    Nous commençons avec "3 x 43". Mon petit Aimé, CE1, en délicatesse avec beaucoup de concepts, lève le doigt. Allons-y, Aimé, raconte-nous ton "histoire" [les problèmes s'appellent "histoires", chez mes petits, ça passe mieux]. "Une maîtresse a 43 élèves. [Eh oh ! Aimé ! À bas les cadences infernales !] Elle donne 3 cahiers à chaque élève. Combien doit-elle préparer de cahiers ?
     - Les autres, ça vous va ?
     - Oui, c'est bien.
     - Alors ?
     - Il faut la poser. Tu mets le 43 en haut, le 3 en bas et tu comptes.
     -Trois fois trois, neuf. Il y a neuf unités.
     - Trois fois quatre, douze. Il y a douze dizaines.
     - Cent vingt-neuf ! La maîtresse doit préparer 129 cahiers ! Wahh, c'est long à préparer, ça, 129 !

    - Deuxième problème, un amateur ? Boucle d'Or du CP ? Si tu veux...  - Au loto de l'école, un carton coûte 5 euros. La maîtresse en vend 21. Combien avons-nous gagné de sous ?
     Pour la suite, se reporter ci-dessus. La table de cinq, c'est trop fasss', maîtresse ! Deux cinq, ça fait dix ! Même les CP la comptent à toute vitesse !

    - Passons donc au troisième... Toi, Oui-Oui [un prénom inventé à consonance anglo-saxonne, comme on en trouve beaucoup dans nos contrées reculées] ?  - Un livreur de pizzas fait tous les jours 4 km pour livrer une pizza chez Maxence [Oui-Oui adore les prénoms classieux. Ses personnages s'appellent toujours Louis, Charles, Maxence...] Combien aura-t-il parcouru de kilomètres en 62 jours ?
     Et là, comme d'habitude, mes zozos me conseillent de calculer plutôt 4 fois 62 et m'annoncent ensuite tout fiers que le livreur de pizzas a quand même parcouru 248 kilomètres pour nourrir Maxence et que ça fait vraiment beaucoup, finalement !

    Ça a si bien marché que, du coup, j'ai abandonné le quatrième exercice. L'ordre des facteurs sonne toujours trois fois, c'est connu.

    Ensuite, chacun est parti vaquer à ses occupations de maîtresse, de CP, ou de CE1... Et après la récréation, les CE1 ont pris leur cahier de mathématiques.  Ils ont d'abord posé et calculé : 3 x 560 ; 245 x 6 ; 5 x 286 ; 704 x 4 ; 450 x 5 ; 3 x 530 ; 485 x 4 et 6 x 913.
     Ensuite, ils ont résolu le problème suivant, tous, même Aimé après une sortie de route en première question [Toujours le problème du pilote automatique mal programmé... 125 croissants à 2 euros l'un... Bon sang mais c'est bien sûr ! La maîtresse ne va même pas se rendre compte que je n'ai lu que les nombres... Essayons 125 + 2 ! ]

    Un boulanger vend 125 croissants à 2 euros l'un, 35 gâteaux à 3 euros l'un et 200 baguettes à 1 euro l'une. Quelle somme d'argent encaisse-t-il pour chacune de ces ventes ? Quelle somme encaisse-t-il en tout ? 

    J'avais préparé le tableau ainsi, parce que, comme je l'ai signalé tout à l'heure, j'ai cette année des élèves faibles en résolution de problème et que je préfère leur donner confiance en eux plutôt que les noyer :

    o : .... € O ... = ... ..s : Pour les croissants, il ...

    o : ... € O ... = ... ..
    s : Pour les gâteaux, il ...

    o : ... € O ... = ... ..
    s : Pour les baguettes, il ...

    o : ... € O ... ... ...

    s : En tout, il ... 

    À droite du tableau, j'avais tracé la ligne rouge qui indique qu'il y aura des calculs à poser. Un seul élève s'est laissé entraîner et a posé 200 x 1 en regard de son 1 € x 200 et a bien ri de son travail inutile.

    Conclusion : Eh bien je ne sais pas... Un micro-climat peut-être, juste au-dessus de l'école où je travaille, qui rend l'air particulièrement propice à la fabrication de conceptualisateurs de talent ? Trop de facilitateurs, de béquilles, de garde-fou ?

    Oui mais quand même, l'histoire des cahiers, des cartons de loto et du livreur de pizza, ce sont bien les élèves qui les ont inventées, non ? Des élèves tout ce qu'il y a de plus normaux, avec des prénoms qui fleurent bon la série américaine du début d'après-midi, en plus... Aucun ne doit cirer de chaussures pour gagner sa vie, sans doute, mais aucun non plus n'est né avec une cuillère en argent dans la bouche, de parents estampillés "Réussite Scolaire Obligatoire" [Enfin, si, une au CE1. Mais aujourd'hui, elle n'est pas intervenue parce que, justement, je voulais voir ce qu'arrivaient à faire mes petits cireurs de chaussures.].

     

     


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