• Écriture : LA méthode !

    Écriture : LA méthode !
    Ces vilains photographes n'ont pas respecté les jolis coins arrondis de l'objet-livre ! Quel dommage !

    J'ai reçu l'autre jour l'excellent livre de Laurence Pierson, Bien écrire et aimer écrire et je ne peux que vous le recommander chaudement, que vous soyez parent, enseignant stagiaire ou enseignant plus confirmé.

    En effet, tous autant que nous sommes, nous n'avons jamais eu droit, au cours de notre formation initiale ou continue, à un quelconque cours d'enseignement de l'écriture manuscrite. Alors quand quelqu'un vous en offre un pour 18 €, on ne boude pas son plaisir. Surtout quand ce cours est attrayant, pratique et simple.

    C'est un livre assez court, abondamment illustré, et toujours par des éléments signifiants qui éclairent les propos de l'auteur. 

    Après un court chapitre expliquant pourquoi, malgré les claviers et les dictaphones, nous devons obligatoirement enseigner à nos élèves à écrire à la main, et en écriture cursive qui plus est, nous entamons la lecture d'un chapitre retraçant les grandes lignes de l'enseignement de l'écriture manuscrite dans notre pays depuis les débuts de l'école publique généralisée à tous et maintenant.

    Ce chapitre est essentiel non seulement pour bien comprendre comment nous en sommes arrivés là et quelles erreurs nous sommes encore nombreux à commettre jour après jour, mais aussi pour ne pas revenir aux erreurs et exagérations du passé (ce qui est en train d'arriver en CP et CE1 pour l'enseignement de la lecture).

    Les chapitres suivants répertorient un à un les principes à adopter, les conseils pour bien aménager sa classe et l'espace d'écriture de chaque enfant et la place à donner au dessin et au coloriage.

    Après tous ces pré-requis théoriques indispensables à la bonne compréhension du sujet, Laurence Pierson passe à la pédagogie pratique :

    → comment sont formées nos lettres (prenez un crayon et un cahier seyes pour lire ce chapitre, vous commencerez votre formation tout de suite, en pratique),

    → que faire dans chaque niveau de l'école maternelle (apprêtez-vous à changer radicalement de regard sur cette école, Laurence Pierson propose du très différent... et du très bon) ?

    → que faire au CP pour ne négliger ni geste, ni sens ?

    → que faire dans les autres classes de l'école élémentaire, quand l'écriture doit devenir un langage fluide, immédiatement compréhensible par toute personne ayant appris à lire le français précédemment (là aussi, préparez-vous à du nouveau, car nous nous éloignons résolument du « écris comme tu sais, on corrigera après...») ?

    Que vous dire d'autre ?... 

    Que tout est excellent et que je n'ai rien à contredire ni à ajouter aux propos de Laurence ?

    Qu'au cours de la lecture des 189 pages de ce livre, je n'ai eu à froncer le sourcil ou sursauter que quelques rares fois, celles où les mots coûteux, entraînement, maître ou  maîtresse sont remplacés par les horribles entrainement, couteux, maitre et maitresse, qui rendent le texte artificiel et faussement moderne (cet abandon des accents circonflexes sur les lettres u et i n'est plus du tout d'actualité dans les circulaires émanant du Ministère de l'Éducation Nationale, comme on le voit ici : Le petit livre rouge - 2) ?

    Qu'une autre fois encore, mes yeux ont envoyé une alerte rouge à mon cerveau de maîtresse d'école habituée à sursauter à chaque faute d'orthographe quand un verbe du type « céder » au futur s'est trouvé affublé d'un accent grave à la place de l'accent aigu que nous sommes habitués à lui voir dans n'importe quel écrit, que ce soit un roman classique ou moderne, un journal ou un magazine, un prospectus trouvé dans notre boîte aux lettres ou une annonce lue sur internet ?

    Ou encore, ce qui sera plus positif et plus respectueux pour l'auteur (ou autrice, comme elle préfère) que je veux conclure en disant que j'espère qu'un jour, après cet ouvrage indispensable qui nous apprend à tirer une marche à suivre des erreurs des 140 années d'enseignement obligatoire de l'écriture manuscrite, quelqu'un prendra son plus beau stylo, ou son plus beau clavier, pour expliquer de manière attrayante, pratique et simple, qu'il est largement temps de faire de même au sujet de l'enseignement obligatoire de l'orthographe, loin des abus dans les deux sens commis en 140 années d'instruction primaire obligatoire ?

    Merci Laurence Pierson pour ce travail.


  • Commentaires

    1
    Julie
    Dimanche 21 Juin à 12:02

    Merci pour votre article et ce retour très positif. 

    Justement je vous ai envoyé un mail récemment pour connaître votre avis (ainsi que sur un manuel de lecture ce1) sur cette méthode. Votre billet tombe à pic ! 

    Pour les CP, est-il plus judicieux de se baser une progression par geste ou par graphème ?

    Je vais me procurer le livre de Mme Pierson pour approfondir le sujet. Merci ! 

      • Lundi 22 Juin à 09:54

        Par geste pour l'écriture, sauf si les élèves arrivent d'une « GS Pierson » ou assimilée, et ont déjà acquis les gestes de l'écriture.

        EZn un mois à peu près, la bascule peut se faire et les deux progressions se rejoindre.

    2
    violette22
    Dimanche 21 Juin à 12:50

    Je l'ai justement commandé il y a quelques jours... j'attends donc avec encore plus d'impatience de pouvoir le lire.... merci pour cet avis éclairé.

    3
    togra
    Dimanche 21 Juin à 13:51

    Moi je trouve ça super que l'orthographe (un peu) simplifié de 1990 soit appliquée. Je l'enseigne à mes élèves.

      • Lundi 22 Juin à 09:56

        Tout à fait d'accord pour "millefeuille", "portefeuille" et autres mots anciennement composés devenus des mots simples.

        En revanche, j'avoue que je ne saisis pas la simplification quand il s'agit d'écrire "huit-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-sept" là où on écrivait "huit mille trois cent quatre-vingt-dix-sept" ou "maitresse" mais "rôle", "couteux" mais "sûr" et ainsi de suite.

    4
    Lulu
    Dimanche 21 Juin à 14:16

    Bonjour,

    J'ai apprécié le livre de Laurence Pierson aussi. J'ai apprécié sa clarté, sa simplicité, sa présentation comme outil immédiatement utilisable en classe et à la maison, ses nombreuses références dont celles à Borel-Maisonny, aux lettres rugueuses (seulement en GS ? Plutôt en PS) et à de nombreux blogs de super maîtresses, ainsi que ses conseils avisés sur la préparation à l'écriture sur le mode "à faire/à ne pas faire". Je reste un peu sceptique sur l'idée qu'il existe une seule et unique manière physiologique de tenir son crayon mais je ne cherche qu'à être convaincue. J'aurais beaucoup aimé davantage de conseils sur la remédiation et les troubles dys mais ce sujet est tout de même abordé de manière pertinente et dans l'ensemble cet ouvrage reste un manuel extrêmement satisfaisant pour les enseignants. Je préfère personnellement l'ouvrage Danièle Dumont qui est plus complet, mais celui-là est plus accessible. A mettre entre toutes les mains de ceux qui veulent aider les enfants à maîtriser le geste graphique. Les cahiers d'exercices associés sont aussi agréables à utiliser, ici nous apprécions les cahiers au lignage Gurvan. Et gym des doigts tous mes matins !

      • Dimanche 21 Juin à 22:44

        Merci Lulu pour ce commentaire détaillé.

        En ce qui concerne la tenue du crayon, voici mon raisonnement : quand on a une prise peu académique - quadridigitale, par exemple - il est possible que ça passe très bien. Il est tout à fait possible que l'écriture soit lisible, fluide et indolore à long terme. D'après des statistiques "au doigt mouillé", j'ai l'impression que c'est le cas d'à peu près une personne sur deux ou trois.

        En formation pour enseignants, je repère les jeunes enseignants qui tiennent bizarrement leur stylo et je leur demande s'ils ont été gênés (qualité de l'écriture, lenteur, douleur à la main) pendant leurs études. Entre la moitié et les deux tiers me répondent que oui. Un bon tiers me répond que non, pas du tout, merci.

        Par contre, la "bonne" tenue du crayon ne génère généralement aucun problème.

        Du coup, je me dis : si on tient bien son crayon, sauf pathologie particulière, on n'a pas mal. Si on le tient autrement, on a au moins une chance sur deux qu'il y ait un problème à terme. Et je n'ai aucun moyen de savoir qui va avoir un problème ou pas. Donc, dans le doute, j'enseigne la bonne tenue du crayon à tout le monde, c'est plus prudent.

        J'espère vous avoir convaincue !

      • Lundi 22 Juin à 10:07

        Lulu, en PS, il me semble que l'immense majorité des enfants a énormément de choses d'une importance capitale à acquérir avant d'avoir à anticiper à ce point son année de CP (ou même de GS). C'est pourquoi je suis d'accord avec Laurence Pierson quant à la date et l'heure qu'elle indique pour l'apprentissage de la l'écriture et de la lecture.

        Pour avoir au cours de ma très longue carrière reçu en GS des élèves qui, selon les époques, n'avaient aucune connaissance des lettres de l'alphabet ou savaient les réciter à l'endroit et à l'envers, n'avaient jamais tracé une lettre, en avaient tracé mais uniquement en capitales d'imprimerie ou en avaient appris le tracé en cursive dès la MS (j'avoue que PS, non, jamais), je peux vous dire qu'à part quelques cas, qui se comptent sur les doigts d'une seule main, les enfants les plus à l'aise et qui ont appris le plus vite à faire la coordination œil-oreille-main pour apprendre à écrire et à lire étaient ceux qui n'avaient pas été instruits sur ces savoirs fondamentaux savants mais avaient en revanche reçu une solide "formation" au sens où l'expose Laurence dans son chapitre "Que faire en PS et MS" : motricité fine, schéma corporel (vivant, pas savant), intégration des réflexes primitifs, latéralisation, tenue du crayon, rythme en général, auxquels j'ajouterai : vocabulaire riche et varié, curiosité intellectuelle, goût de l'effort et socialisation.

    5
    Dimanche 21 Juin à 18:49

    Merci Akwabon pour ce super article !

    Concernant l'orthographe, la pauvre éditrice s'arrache les cheveux à enlever tous les accents circonflexes que je mets, sans même m'en rendre compte... Il semble qu'il y ait des consignes très strictes en la matière.

    Après, je trouve que l'orthographe 1990 a apporté des améliorations, en particulier pour les noms composés. Je suis très pour les porte-bonheurs, les brise-glaces et les œils-de-bœuf, qui me simplifient beaucoup la vie.

    Je n'arrive pas, par contre, à me faire à la maitresse, qui me semble toujours un peu incomplète. Et le pire est que du coup, quand j'essaye d'appliquer, j'ai tendance à écrire gateau, qui est paraît-il (oups... parait-il) fautif !

      • Lundi 22 Juin à 10:10

        Nous sommes bien d'accord pour les mots composés. J'apprécie aussi beaucoup "portefeuille" et "millefeuille".

        En revanche, en plus de ces accents disparus sans réelle simplification puisque certains restent et d'autres non, je ne comprends pas le plaisir qu'il peut y avoir à écrire sur un acte notarié "sept-millions-trois-cent-soixante-six-mille-neuf-cent-quarante-huit" (tiens mon correcteur orthographique le souligne... dont acte !) au lieu de "sept millions trois cent soixante-six mille neuf cent quarante-huit".

    6
    Kamila Yessad
    Mardi 23 Juin à 17:38

    C'est très intéressant ce que vous dites.Cela m'intéresse beaucoup.Je suis enseignante depuis seulement trois ans tous ce qui concerne l'apprentissage la pédagogie la moindre méthode qui rendrait la compréhension plus facile et accessible aux élèves je suis prenante.pouvez -vous svp me communiquer le prix des 2 livres cités en amont.merci de me répondre.Cordialement.

     

      • Mercredi 24 Juin à 15:56

        Bien Écrire et Aimer Écrire coûte 18 €.

        Celui que j'appelle "Le petit livre rouge" est accessible gratuitement sur le site du ministère de l'Éducation Nationale en cliquant sur ce lien :  Livre Rouge du CE1

    7
    isamat
    Jeudi 25 Juin à 18:31

    Si on a déjà le livre de Daniele Dumont, celui de Laurence est-il complémentaire?

    Merci pour vos articles, toujours complets

      • Vendredi 26 Juin à 09:31

        Je n'ai pas lu la dernière édition de D. Dumont, ni la précédente, ni peut-être encore la précédente. Celle que j'ai lue était beaucoup moins claire et pratique que le livre de Laurence Pierson, mais je ne peux pas vous dire si les éditions plus récentes ont gagné en clarté et application pratique.

        Pour les cahiers d'écriture, c'est pareil, j'ai une version ancienne (2007). Ils me plaisent beaucoup moins que ceux que Laurence Pierson propose : des exercices très dirigés, très ennuyeux pour les tout-petits (PS, MS), des mots non déchiffrables pour les GS et les CP, pas de lien avec la production d'écrits et l'orthographe.

        Cela me fait penser à un détail important. Chez Laurence Pierson, tout est lié et elle présente toutes les activités d'écriture que l'on doit faire en application de l'apprentissage des gestes d'écriture (production d'écrit, orthographe, grammaire, lecture).

    8
    Carole
    Vendredi 7 Août à 12:48

    Bonjour et merci beaucoup pour cet article et réflexion sur l'apprentissage de l'écriture. Je suis une "jeune" enseignante, après une année de stage en cycle 3, j'ai eu des GS l'an dernier et je "débarque" en CE1/CE2 cette année. L'écriture est un sujet transversal à tous ces niveaux et je suis vraiment très contente de trouver une nouvelle ressource pour alimenter ma réflexion !

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