• Échec scolaire : nouvelles du front

    Échec scolaire : nouvelles du front

    Hier soir, grand-messe spéciale dirlos sur l'échec scolaire. On avance, on avance !

    Comme on ne savait pas trop quoi faire avec cette pléthore de dys-quelque-chose et les troubles-de-l'attention qui emplissent écoles, collèges et lycées, l'Éducation Nationale a pris le taureau par les cornes, de front !
    Les PPRE[1], ce n'est pas pour ces élèves-là, car c'est réservé à la difficulté ponctuelle (en gros, à offrir un petit coup de pouce momentané à un enfant qui a plus de peine que ses camarades à passer un cap). Et comme eux, tout le monde sait que c'est du long cours qui ne se réglera pas à l'école, n'est-ce pas...
    Les PAI[2], ce n'est pas non plus pour eux parce que cela peut justifier une demande d'AVS et les AVS, ça coûte des sous et ça ne sert à rien puisque ça n'a pas de formation spécialisée en dys-quelque-chose. On s'est même rendu compte en haut lieu que les gamins se reposaient sur leur AVS et ne fichaient plus rien, considérant que leur statut leur donnait le privilège de faire bosser l'AVS à leur place.

    Alors, Projet d'Accompagnement Personnalisé ! On monte une usine à gaz pas possible, avec les parents, les spécialistes qui suivent le petit, le médecin scolaire et hop !... Il a son PAP par lequel il signe, lui-même... de son sang... Non, j'rigole !
    Pas de son sang quand même, juste avec un stylo... J'ai oublié de demander si on pouvait tenir la main des dyspraxiques et fournir un modèle aux dysorthographiques, tiens ! Zut, il va falloir que je revienne en deuxième semaine !
    Ou alors tant pis, je mourrai idiote. De toute façon, cela m'a toujours paru particulièrement pervers et cruel, l'idée selon laquelle des adultes, dont certains extrêmement diplômés - un pédopsychiatre ou un neurologue, ça va chercher dans les Bac+Combien ?... - signent un contrat avec un mineur de 15 ans et même beaucoup moins, le rendant responsable à égalité avec eux de l'échec de leurs essais thérapeutiques et pédagogiques !

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    Voilà, pour le PAP, c'est plié ! À l'issue de cette signature de contrat, le médecin scolaire donne à l'instit ou aux profs une liste longue comme le bras d'un orang-outang de recommandations allant de l'écriture en Comic sans MS (ah vous voyez, mes détracteurs, je fais ça pour les dys, moi. Pas parce que j'ai 8 ans d'âge mental) à l'autorisation de se balader dans la classe pour aller titiller les copains, euh non, pour se détendre car la station assise est incompatible avec ses troubles de l'attention.

    Échec scolaire : nouvelles du front
    Merci à Sophie Borgnet !

    Après, si ça devient trop insupportable pour tout le monde et que le péquélet est non seulement complètement noyé avec des enfants n'ayant ni ses difficultés scolaires, ni son immaturité ou qu'au contraire, il commence à devenir violent et qu'il constitue un danger pour ses copains, vous avez... l'IP ! L'information préoccupante signalée aux services sociaux ! L'enfance en danger ! Eh oui !
    Et sur qui ça va retomber tout ça ? Sur le pauvre instit qui n'aura pas su mettre en place la différenciation nécessaire et laisser Péquélet vivoter tranquillement pendant qu'il faisait classe aux 25 à 30 autres, dont peut-être cinq ou six autres Péquélet, souffrant d'autres troubles des apprentissages résolus par une signature en bas d'un contrat PAP !

    Après, il restait le cas du redoublement. Grâce aux PAP pour les cas lourds, aux PPRE pour les cas plus légers, il devient inutile, ou presque.
    On attend toujours paraît-il les cas où ils seront encore autorisés. Cela restera très très exceptionnel.
    Peut-être est-ce à l'école de réduire ses prétentions pour que les enfants à risques puissent suivre sans tomber dans l'échec scolaire. On connaît les années à haut risque : la GS et le CP pour la lecture, l'écriture et le calcul (l'épidémie de dyscalculiques n'a pas encore atteint notre département, quelle veine) puis le CE1 pour le passage à l'abstraction !

    Une idiote (moi) a alors émis l'hypothèse de l'immaturité et cela a permis d'embrayer sur l'arme de choc qui réglera tout à partir de la rentrée 2016 : les NOUVEAUX CYCLES !
    Bon sang mais c'est bien sûr ! Si on ne commence à s'intéresser à l'apprentissage des bases simples de l'écriture, de la lecture et du calcul qu'avec des enfants ayant tous entre 5 ans 9 mois et 6 ans 8 mois (début de CP) et qu'on leur laisse pour finaliser leur projet jusqu'à la fin du CE2, on va encore arriver en grappiller un bon petit pourcentage (tous ceux qui jusqu'à maintenant s'en sortaient avec un an de retard).

    Là, j'ai explosé en disant que même pas, puisqu'on avait baptisé le cycle suivant (CM1, CM2, 6e), cycle de CONSOLIDATION, on pourrait se glorifier d'avoir à l'issue de leur onzième année, presque 100 % d'élèves sachant lire comme on sait normalement lire actuellement à l'issue du CE1. Quant au cycle des APPROFONDISSEMENTS qui se termine pour le moment à la fin du CM2, il sera repoussé aux classes de 5e, 4e et 3e. Comme ça, au moins, nous n'aurions plus rien à nous reprocher !

    Il était 18 h 30, la réunion était finie. On avait un tout petit instant évoqué les signes avant-coureurs, les problèmes de conscience phonologique, le manque criant de vocabulaire, les difficultés à passer du concret à l'abstrait, mais pour les évacuer tout aussi vite en parlant de différenciation, de projet personnalisé.
    On ne remettait en question les programmes scolaires que pour tout décaler d'un an au début et de quatre à la fin !

    Quant aux méthodes qui, malgré trois à quatre années de scolarisation en maternelle, précipitent dans l'échec tous les enfants auxquels les familles ne peuvent assurer un lexique riche et une découverte aisée des sonorités de la langue, quant à celles qui font passer plus de temps à découper des étiquettes et à les déplacer sur le tableau de la classe qu'à observer, comprendre et utiliser à bon escient le langage écrit, qu'il soit basé sur l'alphabet ou sur les chiffres qui composent notre numération décimale, il n'en a même pas été question.
    Je dirais même que cet aspect du problème a été très soigneusement occulté. La faute, parce qu'il s'agit bien d'une faute, en revient à l'enfant. La preuve, c'est qu'on lui aménage une case particulière dans laquelle on le place provisoirement (PPRE) ou plus durablement (PAP). Du moment où il met un pied là-dedans, il devient "élève présentant un trouble momentané ou durable des apprentissages tels qu'ils sont proposés actuellement". Il s'adapte ou il crève...

    Échec scolaire : nouvelles du front

    On ne cherche même pas à savoir pourquoi certaines écoles, certaines classes, certains lieux d'enseignement sont déclarés indemnes de cette étrange épidémie de dys alors que d'autres cumulent les soucis.
    Apparemment tout le monde considère que le problème prend sa source chez les enfants et uniquement chez les enfants. Ceux de tel lieu sont favorisés, ceux de tel autre ont des parents qui, à l'extrême, méritent de se ramasser une IP avec descente des services sociaux !

    Personne n'imagine une seconde qu'avec d'autres programmes, pas forcément allégés, parce que là, les futurs candidats aux CPGE de Louis le Grand ou Henri IV n'arriveront plus au Baccalauréat avec une à deux années d'avance scolaire mais avec trois ou quatre, on aurait moins d'enfants en décalage avec les apprentissages et plus de cohésion entre les résultats des écoles, quelles que soient leurs situations géographiques.

    Personne ne semble même soupçonner que d'autres méthodes, n'abusant pas dès la Petite Section des écrits résistants n'obéissant pas au mécanisme récurrent de l'intrigue ou au contraire amenant les enfants à comprendre et utiliser une langue riche, pourraient estomper les différences culturelles familiales.

    Personne ne veut admettre qu'en faisant reposer l'apprentissage de l'écrit sur l'appréhension globale[3] des caractéristiques de chaque lettre, prise individuellement et mise en scène au milieu d'autres dans un mot, on aurait sans doute la possibilité de faire disparaître comme par magie des foyers épidémiques résistants à tous les PPRE, PAI, PAP et autres projets d'école.

    Échec scolaire : nouvelles du front

    Personne ne veut battre sa coulpe et avouer qu'on s'est trompé, que ce n'est pas en faisant promener les élèves dans la classe avec des étiquettes qu'ils ont découpées eux-mêmes qu'on les rend actifs intellectuellement et que ce n'est pas non plus le caractère concret de ces bouts de papier qui les fera réellement passer à l'abstraction.

    Échec scolaire : nouvelles du front

    Alors, on continue à creuser les écarts. Les parents bien informés font sauter des classes à leurs bambins, complémentent la ration de base par du survitaminé à la maison, font appel à des enseignants à la retraite pour assurer le soutien si leurs enfants perdent pied momentanément.
    Les autres signent les P-Machin-Truc, courent les officines paramédicales qui délivrent les certificats de troubles avérés et les petites pilules-miracles qui remplacent l'éducation et l'instruction, et font semblant de croire que, sur le marché du travail et dans leur vie sociale, tout le monde s'adaptera à la longue liste des aménagements auquel leurs bambins ont été habitués.

    Alors, et c'est sans doute le plus triste, on continue à banaliser le handicap. Et le petit bonhomme ou la petite bonne femme qui devrait réellement avoir droit à un statut très particulier, adapté à son cas douloureux, ne recevra que la part diluée, tronquée, diminuée que de mauvais programmes et de mauvaises méthodes lui ont laissée après avoir précipité dans l'échec scolaire des enfants qui auraient dû s'en sortir sans autre aide que celle que l'École propose à ses élèves depuis toujours.

    [1] Projet Personnalisé de Réussite Éducative

    [2] Projet d’Accueil Individualisé

    [3] Une lettre, ça s’écrit, ça se prononce à voix haute, seule ou associée à d’autres, et tout cela forme une entité qu’on comprend dans sa globalité. C’est un processus global qu’on ne peut scinder en moments où on écoute, d’autres où on écrit, d’autres où on lit, surtout en début d’apprentissage.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 17:32

    Tu sais, je refuse très régulièrement mes services à des parents qui m'appellent en me disant "Non, non, on ne veut pas faire faire de rééducation à notre gamin, on veut juste que vous nous fassiez un bilan écrit pour avoir droit à ceci ou cela, mais on ne veut pas faire le travail derrière"...

    L'autre jour, une mère furieuse m'a raccroché au nez parce que je lui ai dit que je ne vendais pas de dispenses. 

    2
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 19:33

    Bravo Rikki ! Combien au contraire en ont fait leur fonds de commerce et pourrissent le peu de chances que l'enfant aurait encore de s'en sortir sans béquille et de devenir beau, grand, fort, autonome et intelligent comme les vrais "nadultes" ?

    3
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 19:49

    L’Éducation Nationale devient une grande spécialiste du sous-développement durable ...

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    4
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 20:07

    Tout à fait... C'est triste.

    5
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 20:12

    Quant à nos "experts" leurs "productions" ressemblent de plus en plus à ça :

    http://www.quoidenews.fr/2014/12/17/pilules-caca-paillettes/

    oops

    6
    Mercredi 17 Décembre 2014 à 20:34
    7
    Vendredi 26 Décembre 2014 à 23:21

    pour les non initiés  qui ignorent le sens de "péquelet" :

    http://www.renedomergue.com/42.htm

    8
    poirple
    Dimanche 28 Décembre 2014 à 18:14

    Comment n'explosez-vous pas de colère dans ces réunions prout-prout qui ne servent à rien? J'admire votre patience, votre zenitude!

     

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