• DMVLP CE1 : Et le GN ?

    DMVLP CE1 : Et le GN ?
    Merci à Sophie Borgnet pour cette illustration.

    Question :

    Aborderez-vous la notion de 'Groupe Nominal" dans la suite de la méthode ?

    Réponse[1] :

    Comme je l'ai dit dans l'introduction de la méthode, mon pari est d'aller :

    du MOT vers la PHRASE.

    Tout d'abord, parce que l'enfant est pointilliste et que ce qu'il peut concevoir au CE1 ce sont des mots, les uns à côté des autres D'ailleurs, encore souvent, ses capacités de lecteur le font s'arrêter après chaque mot ou tous les deux ou trois mots et il a  de la peine à pouvoir appréhender un groupe de mots d'un seul coup d'œil.

    1) Les « mots chefs »

    Notre rôle premier est de lui faire sentir, implicitement d'abord, que ces mots ont des liens entre eux.

    Cependant, si nous voulons qu'il suive, et que la grammaire lui apporte autre chose que l'idée d'un immense gloubi-boulga d'abstractions qui s'enchevêtrent en tous sens, il nous faut l'aider à hiérarchiser tout cela.

    C'est pourquoi, en début d'année, nous nous attachons à définir la nature des « mots chefs » : ceux qui disent de qui et de quoi nous parlons et ce qu'ils font. D'où la prééminence des noms et des verbes.

    2) Leurs « compagnons »

    Une fois ces deux natures constatées, différenciées et comprises, nous pouvons parler des autres, ceux qui jouent les « utilités » : articles, adjectifs, autres déterminants, adverbes et prépositions.

    Pour chacune de ces catégories, nous faisons constater et comprendre son rôle : compagnon du nom, aide du verbe ou encore « courroie de transmission » permettant de relier un « mot-chef » à un autre « mot-chef ».

    3) Les fonctions

    Les natures étant définies, nous passons aux différentes fonctions que peut avoir un mot.

    a) Celles des « compagnons »

    Dans ce domaine, nous commençons, implicitement d'abord, puis plus formellement, par définir la fonction des « utilités » parce qu'elle est simple :

    Les compagnons servent leur chef.

    Ainsi les déterminants sont liés à leur nom, qu'ils accompagnent partout « comme un petit chien », et les adjectifs l'habillent, comme s'il mettait un gilet pour être plus facilement distingué de ses homonymes.

    De la même façon, l'adverbe habille le verbe.Nous laissons de côté pour le moment la fonction "d'habillage" de l'adjectif qui viendra au CM, quand l'enfant aura une vue plus claire et plus précise de sa langue.

    Quant à la préposition, que nous effleurons juste (nous verrons son rôle dans la liaison d'un « nom vassal » à son « nom chef » plus tard), elle relie un nom complément (accompagné de tous ses compagnons, déterminants et adjectifs, qui disparaissent au fond de la voiture) au reste des « mots-chefs » de la phrase.

    b) La fonction des noms

    Puis nous passons aux noms, considérés comme des « mots-chefs » et entourés de tous leurs impedimenta. Et c'est là que, pour vous, mais certainement pour de nombreux collègues, le bât va blesser.

    ◊ Démarche descendante

    En effet, depuis des années, nous sommes habitués à la démarche descendante.

    Dans quasiment toutes les méthodes de grammaire, nous commençons par la phrase, puis nous passons aux groupes (GN, GV ou S et prédicat), pour n'arriver aux mots et aux relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres qu'en toute fin de parcours, quand nous arrivons à aller jusque là.

    ◊ Démarche ascendante

    La méthode « Du mot vers la phrase » procède d'une démarche ascendante et entend donner à chaque mot son importance première.

    Par exemple, les articles définis sont différents des articles indéfinis et donnent au nom qu'ils accompagnent une "coloration" différente. Il en va de même pour les autres déterminants, ou pour les adjectifs.

    Les noyer dans un « groupe du nom » trop tôt revient à leur faire perdre cette importance et dessert la compréhension fine de la phrase, celle que nous cherchons à obtenir grâce à notre travail de décorticage grammatical.

    « Mais pourquoi ce choix ?», me direz-vous... 

    Cette façon de faire est née d'un constat fait sur le temps long.

    Pendant des années, j'ai tenté de pratiquer cette démarche descendante sans obtenir des enfants qu'ils soient au clair avec tout cela. J'en étais même arrivée à me dire que la grammaire n'était pas praticable avec des enfants si jeunes puisque, quoi que je fasse, ils mélangeaient tout, les mots, les groupes, les phrases sans jamais arriver à une connaissance solide.

    Jusqu'à ce que je me demande pourquoi c'était si dur, comme c'était dur de partir d'un album dans lequel l'enfant prendrait des repères de plus en plus précis, grâce à une bonne éducation de l'oreille et une bonne mémoire visuelle.

    Et que je conclue que, comme pour l'apprentissage de la lecture, il fallait partir de l'élément pour aller vers le tout et non du tout pour parfois y rester, parfois le scinder en plusieurs « tout » et parfois aller jusqu'à l'élément.

    L'analyse par groupes existe bien toutefois dans Du mot vers la phrase, mais sous la forme d'une activité utile à l'oral lorsque nous cherchons à faire comprendre une phrase à nos élèves.

    Un petit exemple :

    En juillet, Ana promènera le gros chien noir de son oncle.

    Nous, adultes bons lecteurs, nous voyons tout de suite que  le gros chien noir de son oncle forme un groupe dont le mot noyau (le « mot chef » comme nous dirons aux enfants) est chien.

    Lorsque nous aiderons les élèves à comprendre la structure de cette phrase, à l'oral, nous prononcerons le groupe complet : le gros chien noir de son oncle, mais aussi souvent le groupe incomplet : le gros chien, le chien noir, le chien de son oncle selon le détail que nous serons en train de chercher à faire remarquer.

    Mais dans l'esprit de l'enfant, ce qui restera c'est que Ana promènera un chien en juillet. Et c'est sur cette phrase minimale, et sur ses « mots chefs » que nous travaillerons à l'écrit.

    D'où le sujet Ana, le complément d'objet chien et le complément de temps juillet. Sachant qu'implicitement, l'enfant sait que si les noms Ana et juillet n'ont pas de compagnons dans cette phrase-ci, le nom chien, lui, en a énormément et qu'ils sont tous « montés dans la voiture » avec lui.

    Ce n'est qu'en fin d'année, dans les dernières leçons, après avoir revu la fonction des déterminants et des adjectifs que nous commencerons à borner la « sphère d'influence » de chaque nom, permettant ainsi aux enfants d'avoir une première ouverture sur le « groupe du nom » (et non le « géhenne » ou le « groupe nominal » aux noms bien trop abstraits pour des loupiots de 7 à 9 ans).

    Cela sera possible car ce fameux GN ou Groupe Nominal aura désormais pris sa vraie épaisseur. Il pourra donc commencer à trouver sa place sur l'axe syntagmatique, comme chaque mot a trouvé la sienne sur l'axe paradigmatique tout au long de l'année.

    4) La vie après le CE1

    Cette façon de faire sera reprise au CE2, pour ceux qui auraient eu de la peine à concevoir que des éléments séparés puissent constituer de telles « unités de sens » (mais toujours pas pour le complément du nom dont la relation de vassalité à un autre nom reste bien souvent une énigme pour les enfants avant le CM). Les termes « groupe du nom » ou « le nom et son groupe » arriveront bien plus tôt dans l'année scolaire (Semaine 6) et c'est en tant que membres du groupe du nom que les articles, les autres déterminants et les adjectifs seront présentés et analysés.

    Puis, forts de ces deux années où la notion aura été patiemment installée, les élèves seront aptes à reprendre l'un ou l'autre des deux schémas : l'ascendant à nouveau en continuant à suivre les méthodes de mon blog ou le descendant pour la première fois mais sans heurts puisque, ayant déjà tout décortiqué et réassemblé deux fois, ils seront aptes désormais à partir du tout pour aller vers des éléments qu'ils connaissent déjà.

    Voilà, j'ai été très longue... j'espère que j'ai été claire quand même. Pour résumer, la réponse à votre question, c'est :

    « Oui, en fin d'année, ils verront le groupe nominal,
    qu'ils nommeront « groupe du nom ».

    Note :

    [1] Pour les pressés, la réponse courte est en fin d’article.


  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Février 2021 à 22:01
    Sandrine Juillard

    Merci pour cette explication qui pour ma part est une évidence. Voir chaque mots constituants la phrase est bien plus logique et abordable pour l'enfant. Le groupe nominal reste un terme abstrait pour un enfant de CE1.

    2
    janine
    Mardi 9 Février 2021 à 15:03

    Merci, cela conforte mes remarques depuis 40 ans , j'ai suivi votre démarche cette année , je nommais toujours le groupe du nom ,groupe nominal par habitude et mes CE1 oublient souvent le sens de cette désignation c'est pourquoi je vais employer "groupe du nom" . Beaucoup  n'ont pas eu classe de mars 2020 à juillet ,il leur manque ce fameux 3 ème trimestre de cp si important en grammaire .

     

    3
    deblep
    Jeudi 11 Février 2021 à 17:14

    je comprends tout à fait cette explication, je suis votre fichier d'étude de la langue CE1 pour ma fille. Nous en sommes au début de la 3eme période (complément du nom et adjectif, futur des verbes en -er). Les questions qu'elle se posent sont souvent empreintes des dessins "personnage, petit chien et t-shirt". Elle perçoit  effectivement l'article en tant que voisin du nom (elle évoque la petite laisse!)

    Il me parait maintenant évident qu'il leur est plus facile à cet âge de percevoir les éléments par contiguïté que comme un groupe plus ou moins indistinct. Ma fille de CM2 qui a subi le groupe nominal depuis le CE1 n'est pas aussi au clair me semble t'il dans ses dictées que ma petite qui pense déjà sans encore l'avoir vu aux accords nom-adjectif ("normal c'est son t-shirt!")

    J'en profite pour vous remercier de ces fichiers que je trouve d'une grande richesse et de facilité d'emploi même pour une maman de bonne volonté mais pas instit... Je ne comprenais pas quand on a commencé le pourquoi des répétitions sans en avoir l'air (plusieurs leçons pour mettre en place le pronom personnel puis la conjugaison du premier verbe en -er là où c'est fait en 2 leçons maxi en classe) mais maintenant en février, j'en vois les effets. Adélaïde a déjà tellement de certitudes installées, c'est magique!

    merci beaucoup

      • Vendredi 12 Février 2021 à 10:20

        Merci beaucoup deblep et bonne chance pour la suite avec Adélaïde.

        Bien cordialement.

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