• De 20 à 69, "Trop fass', maîtresse" ! (7)

    De 20 à 69, "Trop fass', maîtresse" ! (7)

    Après quelques jours de silence, recommençons à faire parler M. Canac ! Nous l'avions laissé après l'étude des nombres de la deuxième dizaine, et leurs nombreuses irrégularités de langage.

    Nous voici maintenant embarqués sur une mer plus étale, sans risques ni écueils. Nos élèves ont bien intégré le principe des unités de deuxième ordre et savent composer et décomposer les nombres avec talent. Apprendre les mots vingt, trente, quarante, cinquante et soixante ne va leur occasionner aucune difficulté majeure. Tout est affaire de vocabulaire et d'habitude. Le jeu du furet, par deux, par trois, en augmentant ou en diminuant, en partant de 0 ou de 1, va fixer ces mots nouveaux qui, une fois sorti du mot vingt, s'associent facilement euphoniquement avec le nom du nombre de leurs dizaines. Cela devrait donc être simple pour des élèves qui commencent par ailleurs à savoir bien lire.

    Nous remarquerons dans ce paragraphe, très court, qu'Henri Canac profite de cette époque où peu de sollicitations intellectuelles nouvelles perturbent les élèves pour installer les techniques opératoires : addition sans puis avec retenues, soustractions sans retenue. En effet pourquoi différer plus longtemps ce que l'enfant fait déjà depuis un moment avec ses bûchettes.

    N'oublions pas qu'il a appris à additionner et soustraire les unités de deuxième ordre avant même d'aborder les nombres de la deuxième dizaine. Qu'avant cela, il avait étudié le nombre dix jusqu'à n'avoir plus besoin de matériel pour en réciter les diverses décompositions additives. Enfin, lors de l'étude des nombres de la deuxième dizaine, il avait appris à franchir la dizaine. Il est donc fin prêt à aborder les techniques opératoires.

    Remarquons qu'Henri Canac préfère assurer les apprentissages pas à pas et qu'il conseille de procéder d'abord à des additions sans retenue avant d'aborder le cas où l'enfant doit matérialiser le fait qu'il a franchi une dizaine.

    Je me permets d'ajouter parce que cela n'est pas rappelé que, lors de l'étude des nombres de 1 à 5, Canac conseillait d'ajouter aux petites opérations abstraites sur les [5 premiers] nombres (additions et soustractions) des problèmes oraux où réapparaissent, avec les lapins, carottes et sucres d'orge, la vie et la variété, mais un moment où la notion des nombres étudiés, indissolublement liée avec des schémas géométriques simples, ne peut plus être obscurcie dans la pensée de l'enfant par la profusion du concret .

    Il me semble que ceci est forcément toujours valable et qu'aux exercices abstraits sur l'addition et la soustraction (puisque Canac n'introduit la multiplication et la division que dans le paragraphe suivant), il convient de continuer ces problèmes oraux et peut-être même de profiter des capacités de lecteurs des élèves de CP en cours de deuxième trimestre de l'année scolaire pour les proposer sous une forme écrite.

    Le texte est court, le voici :

    Lorsque les 20 premiers nombres sont bien connus et les tables d'addition assimilées le moment vient d'aller décidément de l'avant. La formation des nombres de 20 à 29 est des plus simples, la seule irrégularité (vingt et un) est de l'ordre du langage usuel et n'est pas même sentie par les enfants. Les nombres des 4 dizaines suivantes peuvent de même être acquis au pas de charge puisqu'il ne reste qu'à faire apprendre les noms des dizaines (trente, quarante ...).

    On peut donc très rapidement se donner du champ jusqu'à 69, ce qui ne peut qu'agréer aux enfants, récompensés par ce progrès rapide de la patiente étude des 20 premiers nombres. Sur ce vaste parcours, on peut alors multiplier les exercices : additions et soustractions orales (compter de 2 en 2, de 3 en 3... en partant de 0, en partant de 1 ; mêmes opérations conduites à rebours) ; additions écrites, sans retenue, puis avec retenue ; soustractions sans retenue...

    Pour lire le reste de l'article :

    1. Après l'écriture, les nombres !

    2. Savoir compter jusqu'à 100

    3. Les cinq premiers nombres

    4. Les  nombres de 6 à 10

    5. Le nombre 10, la dizaine

    6. De 11 à 19, les irrégularités de langage

    ...

    8. Où l'on voit bien que 30 > 24

    9. Évaluation des acquis


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 6 Mars 2014 à 19:03

     C'est ainsi qu'on faisait encore, quand j'étais au CP , non ? Ça me dit quelque chose, cette progression. Ça me parle.

    2
    Jeudi 6 Mars 2014 à 19:10

    Ça te parle. Et ça me parle à moi aussi. C'est normal.

    Au XXe siècle, les programmes de l'école primaire ont changé 6 fois : en 1923, en 1945, en 1970, en 1986, en 1991, en 1995.
    Nous, dans les années 65 à 70, nous avions ceux de 1945...

    Les anciens programmes

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    3
    Jeudi 6 Mars 2014 à 19:43

     Il me semble que je n'ai pas fait, ou si peu, d'additions à retenue au CP.

    4
    Jeudi 6 Mars 2014 à 19:49

    Moi, ce sont les soustractions à retenues qui m'étonnent. Les additions, si, si, avec Mlle Luizard, on en faisait, c'est sûr.

    Il fallait mettre l'élastique autour des bûchettes et quand tu es née droitière avec deux mains gauches, ça te marque à vie, ça ! arf

    5
    Jeudi 6 Mars 2014 à 20:32

     Oui mais moi, je n'ai fait que le premier trimestre avec Melle Luizard. Après, j'ai l'impression de n'avoir fait que de la lecture pendant deux trimestres. En plus, j'étais totalement terrorisée à l'idée de me prendre une mornifle. Elle cognait sec, la vache !

     

    6
    Jeudi 6 Mars 2014 à 20:55

    Ah oui, mince, j'avais oublié ! L'autre malade avec ses 45 gamines qui arrivaient de tous les coins de la banlieue parisienne ! Je ne me rappelle pas non plus... Je me souviens que les parents te faisaient lire et te faisaient épeler des mots, mais du calcul, non, je ne crois pas.

    7
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:15

     Note qu'il y en avait peut-être mais comme je buvais ça comme du petit lait et n'ai rencontré mes premières difficultés qu'en CM2 avec certains problèmes d'intervalles, je n'ai certainement pas eu besoin de travailler ça avec les parents. Mon gros écueil, c'était l'orthographe.

    8
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:22

    Tu étais jeune, tu avais changé de classe à la fin du premier trimestre et tu étais tombée chez une malade qui devait ne pas arriver à gérer les arrivées en cours d'année de groupes d'élèves.

    Tu tu rends compte, à chaque fois qu'un immeuble ou une "résidence" était finie, il devait débouler quatre ou cinq gamins dans chaque classe du groupe scolaire le plus proche, peut-être même plus !

    Note bien que je ne défends pas cette malade, mais ça devait être sportif, les classes !

    9
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:30

     Bon an mal an, cette brute arrivait quand même à apprendre à lire à quarante gamins sur quarante-cinq, ou peu s'en faut. Bien sûr, certains ânonnaient beaucoup encore en fin d'année mais ils connaissaient tous les sons et déchiffraient tous les mots du texte. Il aurait probablement suffi d'un entraînement journalier sécurisant pendant l'été pour qu'ils lisent fluidement à la rentrée du CE1. Parce qu'en matière de sécurisation, la mère Gibaud, elle n'était pas au point.

     Quand je pense que nous étions des petites bonnes femmes de six à sept ans ! A l'époque, on acceptait ses violences physiques et mentales comme étant dues mais avec le recul, je me demande comment un adulte peut traiter ainsi des à peine plus que bébés.

    10
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:36

    Oui, c'est dingue.

    11
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:41

     Pour ceux qui ne sont pas au courant, j'explique le comportement punitif de cette dame : à la moindre incartade, c'était fessée déculottée fesses face à la classe. En cas de récidive, c'était une heure sous le bureau de la maîtresse, toujours déculottée. Le sommet a été atteint avec la dyslexique de la classe (une vraie, dont elle lisait les dictées à haute voix pour nous faire rire: c'était des trucs du genre " gfhhaaios gnéquoué grouik " ) quand elle l'a forcée à passer l'après-midi cul nu vu qu'elle était exceptionnellement en pantalons. Elle avait une obsession d'ôter les culottes des petites filles pour les punir. En dehors de ça, les retenues tombaient comme à Gravelotte et c'était communément un quart de la classe qui était en retenue le soir. Les parents de l'époque avaient l'échine souple ! Personne n'est jamais venu râler et pourtant certaines mères devaient se faire un sang d'encre à ne pas voir revenir leur petite à quatre heures et demi.

     Finalement, elle mettait tellement de gosses en retenue qu'elle ne notait pas les noms et ne savait plus qui était en retenue, qui ne l'était pas, hormis quelques habituées qui avaient pris pension de 16 H 30 à 17 H 30. La fois où elle m'a mise en retenue, je me suis enfuie et elle ne s'en est même pas rendu compte !

      • Samedi 5 Novembre 2016 à 13:25
        J'ai reçu un jour une fessée cul nu devant toute ma classe ( mixte en plus) . C'était en cm1 . Je n'ai jamais réussi à m'en remettre. Y-a--il d'autres témoignages de la sorte ? Comment était-ce possible , pareille humiliation ?
    12
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:44

     En fait, j'ai passé six mois paralysée par la terreur.

    13
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:45

     Et j'ai malgré tout réussi à apprendre totalement à lire: lecture dans la tête des Petites filles Modèles en fin de CP.

     Comme quoi ...

    14
    Jeudi 6 Mars 2014 à 21:58

    Le jour de la retenue, vous étiez toutes en ligne le long du mur, sous le préau. Quand mon rang est passé, j'ai dit à ma voisine : "Il faut qu'on délivre ma petite sœur !"

    Elle a tout de suite été d'accord, ainsi que les deux filles qui étaient devant nous. Je t'ai attrapée par la main, je t'ai tirée en te disant de ne rien dire et on t'a cachée entre nous jusqu'au portail... Ensuite, on est parties en courant comme des folles avec l'autre fille en te tirant chacune de notre côté et on est allées se cacher derrière une voiture garée !

    Je me rappelle encore comme mon cœur battait à toute allure. Ce sont ces bonnes femmes-là qui m'ont fait choisir d'être instit ! Je me disais que j'étais sûre qu'on pouvait être gentille avec les enfants et qu'ils soient de bons élèves quand même...

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