• Contes à dire, contes à lire (4)

    Contes à dire, contes à lire (4)

    Deux des contes suivants sont un petit peu trop « moralisateurs » à mon goût ; cependant ils peinent à égaler dans ce domaine certaines « œuvres » de la littérature de jeunesse actuelle qui assènent elles aussi, avec leurs gros sabots, les vérités incontournables de notre temps. Et comme, de toute façon, si vous choisissez de les raconter ou de les faire lire, l'imprégnation ne durera que deux ou trois jours tout au plus, nous serons loin du demi-trimestre de bonne conscience moralisatrice, parfois même de bourrage de crâne intensif, d'une exploitation d'album, telle que la proposent avec légèreté nos prescripteurs pédagogiques institutionnels contemporains.

    Le dernier, 14. Pourquoi les Arbres résineux gardent leurs feuilles en hiver, me fait penser à vous signaler que, selon moi, ces textes ne sont ni à lire dans l'ordre, ni à regrouper par thèmes qu'on épuiserait, un à un, faisant se succéder de manière très rapprochée toutes les facettes d'un même type de conte ou d'une même visée éducative, au risque de vite faire friser l'overdose à tous ceux de nos élèves que ce type de contes ou cette intension morale n'attire pas spécialement. 
    Le propre de la Méthode des petits pas est au contraire de présenter plusieurs fois, mais sans s’appesantir, et jamais successivement différentes facettes d'un même problème.

    Les voici donc, pour que vous en fassiez ce que bon vous semble.

    11. Le frère de Jean Malpropre

    Le premier des contes moralisateurs, dans la veine « être sale, ce n'est pas bien ». Selon moi, cette morale un peu trop apparente colle mal avec ce que nous dit Miss Sara Cone Bryant sur les réserves à émettre devant la littérature à tout faire de la morale aux sciences (Racontamus, écoutatis, comprenunt - 2 et Racontamus, écoutatis, comprenunt - 3).

    Par ailleurs, le rôle du cochon, représentant l'animal le plus sale de tous, peut gêner par son approximation scientifique douteuse. On pourra alors facilement, en lisant le conte le remplacer, par exemple par un personnage imaginaire comme le troll.
    Si vous souhaitez faire lire le conte dans cette version « expurgée », contactez-moi, je vous enverrai la version modifiable du document.

    ♥ Sous forme de conte raconté ou lu :

    J'ai choisi de ne pas raconter cette histoire aux plus jeunes car, le plus souvent, ils ne sont pas touchés par le monde des émotions. Pour eux, Jean Malpropre ne fait rien puisqu'il se contente de parler avec des interlocuteurs et le seul passage qui pourrait susciter leur intérêt est celui où l'on dit qu'une fois dans le jardin, le héros joue dans la boue. Autant dire que le message serait loin d'être probant !

    J'émets la réserve inverse pour les plus de sept à huit ans : les ficelles de ce conte sont trop grosses pour eux et ils auront vite fait de ricaner devant le petit ton pincé et faussement bienveillant de la fée et des « gentils » animaux du conte. Qu'ils préfèrent les bonnes idées de jeu du cochon (ou du troll) fait partie des possibles – c'est sans doute l'option que j'aurais choisie, d'ailleurs, entre huit et douze ans –  et il vaut mieux éviter ce genre de renforcement négatif par abus de bons sentiments.

    Pour les 4 à 7 ans, qui sont au cœur de la période sensible, celle pendant laquelle les fonctions exécutives relatives au jugement, à l'inhibition, à l'autodiscipline et au raisonnement se mettent en place, on racontera ce conte sans fioritures, juste comme une information, presque réelle, de ce qui aurait pu et pourrait peut-être encore arriver à un enfant peu soigneux, mal organisé et dont la créativité n'est pas tempérée par la raison.

    On n'aura besoin d'aucun matériel, mis à part éventuellement, si on a le temps et le goût du dessin ainsi que les capacités du dessinateur, quelques illustrations des moments clés du conte, surtout pour les classes dans lesquelles les enfants ont encore du mal à solliciter seules leurs capacités de reconnaissance et d'identification auditive :

    • Jean Malpropre dans le capharnaüm de sa chambre, face à la fée
    • Jean Malpropre face à l'écureuil (montrer les deux suivants est inutile, cela bloquerait la capacité des enfants à créer leurs propres images)
    • Jean Malpropre face au cochon (troll) qui lui fait miroiter les plaisirs de la mare, du fumier et de la lavasse

    Le conte sera ensuite raconté par les enfants eux-mêmes, d'abord par l'échange langagier, puis le dessin, juste après le conte, et enfin, si on le souhaite, le lendemain, par la théâtralisation (voir Racontamus, écoutatis, comprenunt - 8).

    Le lexique sera expliquée pendant la lecture, sous la forme d'une courte paraphrase : 

    « Un peu après, arriva un beau chat angora, un chat à longs poils très doux, comme celui-ci. »

    « Nous aurons du bon temps, et vous pourrez avoir de la lavasse, de l'eau qui a servi pour faire la vaisselle ou pour laver les seaux à lait après la traite, et du son, c'est-à-dire l'enveloppe qui entoure la farine dans le grain de blé et que le meunier met de côté en la tamisant, le son a cette apparence-là. »

    On pourra aussi, bien sûr, montrer le lexique avant de commencer l'épisode, et alors, simplement le rappeler ou demander aux élèves de le rappeler lorsqu'on le rencontrera dans l'histoire.

    ♥ Sous forme de lecture oralisée à plusieurs voix :

    Conte à lire en deux épisodes en fin de CP, après l'acquisition des graphies eil, gn, ien, tion et oy. Le mot fier sera rapproché des mots mer, ver, fer, hiver pour être lu plus facilement.

    Le lexique sera lu et commenté avant lecture. On fera expliquer aux élèves le mot impertinence (et tout autre mot qui semble poser problème au lecteur du moment) grâce au contexte. Après la validation de l'hypothèse émise par les élèves, on lira la définition dans un dictionnaire au vocabulaire adapté aux jeunes élèves.

    La lecture aura lieu phrase à phrase (une phrase par élève). À la fin du paragraphe, le texte sera raconté par la classe puis relu par un élève qui n'a pas encore lu.

    Les dialogues pourront être relus à deux voix. On pourra aussi demander au lecteur unique de varier l'intonation lorsqu'il change de personnage.
    Ces deux exercices permettent l'un et l'autre de remarquer, observer et fixer naturellement la structure du dialogue bien avant de l'avoir étudiée en grammaire.
    La lecture de textes variés permet une imprégnation bien plus importante qu'avec la méthode traditionnelle du conte unique exploité pendant quatre à six semaines, même si on l'agrémente de « collectes » pour focaliser  ponctuellement l'attention des élèves.
    Ici, les enfants jouent la scène, le texte sous les yeux, et, le contexte affectif du conte aidant, il mémorise sans même s'en rendre compte les savoir faire et les connaissances.

    Le conte, placé ensuite dans la bibliothèque, pourra être rejoué par les enfants qui le souhaitent lors des moments de lecture autonome inscrits à l'emploi du temps.

    12. Ratapon

    Deuxième conte moralisateur, un peu moins téléphoné cependant que 11. Le frère de Jean Malpropre grâce à l'absence d'êtres humains dans l'histoire. Ici, c'est un petit lapin qui est bien puni pour n'avoir pas obéi à sa mère, ce qui atténue un peu le côté Oh le vilain pas beau ! de ce genre de conte.

    ♥ Sous forme de conte raconté ou lu :

    Avec les plus petits, on pourra sauter l'épisode du geai et celui de la bête à bon Dieu qui n'apportent rien à l'histoire.

    Attention aux moments suivants : la capture de Ratapon par le serpent et le combat entre le serpent et la lapine, certains élèves, particulièrement émotifs, pourraient avoir peur.

    J'éviterais quant à moi de donner à voir ces scènes par l'intermédiaire d'illustrations ou d'être trop réaliste et précise en manipulant des marionnettes, mais il est vrai qu'on m'accuse souvent d'être trop protectrice lorsque j'alerte des dangers que je pressens dans la confrontation d'enfants ou de préadolescents avec des scènes d'extrême violence...

    Même chose pour la théâtralisation finale qui risque de tourner au pugilat si l'un des enfants jouant le rôle de Ratapon, de sa mère ou du serpent se laisse dominer par ses émotions.
    À vous de voir si vous les sentez capable d'un assez grand contrôle inhibiteur ou pas...

    ♥ Sous forme de lecture oralisée à plusieurs voix :

    Lecture à réserver aux plus jeunes de nos lecteurs.À lire au CP dès que les sons ien, ied, oin, uy et ill (et l'exception dans tranquille).

    Mêmes conseils que pour 11. Le frère de Jean Malpropre.

    13. La visite des Araignées

    Un conte que j'ai découvert en le copiant. Très agréable et propre à donner une nouvelle vision de l'araignée à nos élèves trop souvent affolés en raison de l'engouement pour les mygales et autres araignées venimeuses.

    C'est l'histoire idéale à raconter ou lire juste avant les vacances de Noël. Ce qui exclut la lecture à voix haute par les élèves de CP.

    Le conte d'origine parlant du Petit Jésus qui apporte les cadeaux de Noël et autorise la vue du sapin, j'ai décidé de le remplacer par un lutin de Noël. Rien n'empêche les collègues de l'enseignement privé catholique de le rétablir dans son rôle s'ils le souhaitent.
    Je leur fournirai volontiers la version modifiable du conte si elles m'en font la demande.

    C'est un conte qui nécessite de toute façon, avec les plus grands (5 à 8 ans), une remise dans le contexte : celui des États Unis, dans une famille aisée, possédant une nombreuse domesticité, au début du XXe siècle, quand les enfants n'assistaient pas à la décoration du sapin et ne la découvraient que le matin de Noël en même temps que leurs cadeaux.

    On se dispensera de cette explication avec les plus jeunes qui, de toute façon, n'ont pas encore engrangé dans leur mémoire épisodique les traditions, us et coutumes de la fête de Noël.

    ♥ Sous forme de conte raconté ou lu :

    Ce conte s'accompagnera très bien de petits objets ou d'illustrations qui le mettront en scène, d'autant plus s'il est utilisé comme histoire à raconter pour une fête de Noël, comme le conseille Miss Sara Cone Bryant dans son livre.

    Le lexique sera expliqué brièvement, et même laissé totalement de côté avec les plus jeunes, qui auront juste à suivre la trame narrative :

    • un beau sapin... que tout le monde a vu... sauf les araignées...
    • + un gentil lutin... qui les autorise à voir l'arbre... mais qui est bien ennuyé... avant de se souvenir de ses pouvoirs magiques...
    • = une famille émerveillée qui profite encore mieux de la joie de Noël

    On pourra en revanche difficilement le faire jouer aux enfants après coup et il arrivera un peu tard pour qu'il puisse seulement être raconté ou remémoré par le dessin.

    Un conte pour le plaisir, rien de plus, n'est-ce pas finalement le but ?...

    ♥ Sous forme de lecture oralisée à plusieurs voix :

    Lecture plaisir au CE1 comme au CE2, phrase par phrase avec des élèves très faibles, paragraphe par paragraphe avec les autres.

    Le lexique sera lu et expliqué en cours de lecture, sans insister.

    Quelques cartes de Noël américaines anciennes complèteront l'ambiance Jingle Bells de ce conte... Et une petite musique de fond sera la bienvenue.

    14. Pourquoi les Arbres résineux gardent leurs feuilles en hiver.

    Un conte étiologique ou « conte du pourquoi ». Une belle histoire propre à apprendre aux enfants l'empathie avec les malheureux bien plus sûrement que toutes les séances d'EMC bien lourdes et bien indigestes.
    À condition bien sûr de ne pas transformer le plaisir du conte en leçon de morale digne des maîtres du siècle dernier ! On raconte, on lit, on s'apitoie, on s'amuse à la punition des égoïstes et c'est tout.

    Il y aura d'autres occasions, d'autres lectures pour exalter à nouveau l'altruisme, plus tard, au fil des années scolaires et au hasard des rencontres littéraires ou historiques.

    ♥ Sous forme de conte raconté ou lu :

    Ce conte sera adapté aux plus petits s'il est théâtralisé à l'aide de petits objets ou d'illustrations des différents épisodes :

    • le petit oiseau blessé errant dans la neige
    • ses rencontres successives
    • l'intervention du Vent du Nord
    • la restriction du Roi du Givre
    • la vision de la forêt après ces interventions

    J'en profite pour signaler que l'illustration que j'ai copiée est tirée de : La légende du Sapin, aux éditions Callicéphale. Je ne connais pas le livre produit par cette maison d'édition, mais l'illustration m'a plu.

    En revanche, l'exploitation pédagogique qui est proposée sur le site de l'éditeur m'intéresse déjà beaucoup moins et je préfère m'en tenir quant à moi à celle proposée par Miss Sara Cone Bryant dans Racontamus, écoutatis, comprenunt - 8 :

    • les enfants racontent après écoute
    • ils dessinent librement et commentent leur dessin, pas forcément pour les exposer dans les couloirs de l'école,
    • ils jouent le conte, ensemble, pour le plaisir de le jouer et non pour le donner à voir de manière exceptionnelle

    Les enfants de GS et CP capables d'écouter sans voir seront quand même concernés par les illustrations des différents arbres qu'on pourra ensuite afficher dans la classe quelque temps.

    ♥ Sous forme de lecture oralisée à plusieurs voix :

    Lecture phrase à phrase pour les élèves de début de CE1 ou fin de CP après étude des graphies ill, euil, eil, ç. La prononciation de la graphie er dans le mot hiver sera à rapprocher de la lecture des mots mer, fer, ver, fier. Lecture paragraphe par paragraphe de la deuxième partie du CE1 à la fin du CE2.

    Le lexique sera à voir avant la lecture et, si possible, affiché dans la classe pendant quelque temps.

    Les élèves qui auront déjà lu des contes du pourquoi reconnaîtront sans doute celui-ci comme un membre de cette branche du conte. On pourra à l'occasion recenser ceux qu'ils connaissent déjà et en répertorier les caractéristiques.

    Les dialogues pourront être relus à deux voix. On pourra aussi demander au lecteur unique de varier l'intonation lorsqu'il change de personnage.
    Ces deux exercices permettent l'un et l'autre de remarquer, observer et fixer naturellement la structure du dialogue bien avant de l'avoir étudiée en grammaire.
    La lecture de textes variés permet une imprégnation bien plus importante qu'avec la méthode traditionnelle du conte unique exploité pendant quatre à six semaines, même si on l'agrémente de « collectes » pour focaliser  ponctuellement l'attention des élèves.
    Ici, les enfants jouent la scène, le texte sous les yeux, et, le contexte affectif du conte aidant, il mémorise sans même s'en rendre compte les savoir faire et les connaissances.

    Le conte, placé ensuite dans la bibliothèque, pourra être rejoué par les enfants qui le souhaitent lors des moments de lecture autonome inscrits à l'emploi du temps.

    Les contes :

    Télécharger « 11. Le frère de Jean Malpropre .pdf »

    Télécharger « 12. Ratapon.pdf »

    Télécharger « 13. La visite des Araignées.pdf »

    Télécharger « 14. Pourquoi les Arbres résineux gardent leurs feuilles en hiver.pdf »

    Notes :

     

    Dans la même série :

    ♥ Racontamus, écoutatis, comprenunt :

    Un résumé du livre « Comment raconter des histoires à nos enfants » (Miss Sara Cone Bryant) :

    Racontamus, écoutatis, comprenunt - 1Racontamus, écoutatis, comprenunt - 2 ; Racontamus, écoutatis, comprenunt - 3Racontamus, écoutatis, comprenunt - 4)Racontamus, écoutatis, comprenunt - 5Racontamus, écoutatis, comprenunt  - 6 ; Racontamus, écoutatis, comprenunt - 7Racontamus, écoutatis, comprenunt - 8 ; Racontamus, écoutatis, comprenunt - 9

    ♥ Contes à dire, contes à lire :

    Contes à dire, contes à lire - 1Contes à dire, contes à lire - 2 ; Contes à dire, contes à lire (3) ; ... ; Contes à dire, contes à lire - 5 ;  Contes à dire, contes à lire - 6Contes à dire, contes à lire - 7 ;

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  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Mai à 20:23

    J'ai fait Ratapon en PS-MS ce matin... Grand succès ! La conversation a tourné ensuite spontanément autour des cambrioleurs et autres très méchants.

    Il y a "les fées" de Perrault aussi dans le genre qui nous semble lourdingue mais qui leur plaît beaucoup.

      • Mardi 22 Mai à 21:03

        Ah super ! Merci ! Ça fait plaisir de voir que ça sert. Et la bagarre ? Pas trop impressionnante ?

    2
    Mardi 22 Mai à 22:26

    Non, juste ce qu'il fallait mais je n'ai pas non plus fait dans l'ultra violent... Et après certains m'ont parlé des serpents qu'ils avaient pu voir au zoo ou à la campagne. J'ai dit qu'il y en avait des venimeux et d'autres pas, on a parlé un peu "zoologie" avant d'enchainer sur les méchants voleurs de téléphone portable et sur les dangers de la rue vus par des 4 ans...

      • Mardi 22 Mai à 22:46

        Ça, c'est du "langage oral" comme je l'aime... de celui qui apprend à s'intéresser au monde extérieur et à réfléchir à tout. Ça fait matière, vivant, espace, temps et éducation morale et civique en même temps ; et tout ça après avoir écouter et compris la langue écrite.

        Une vraie "méthode globale" ! he

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