• CE1 : Rédaction collective d'une phrase

    CE1 : Rédaction collective d'une phrase

    Ce matin, une collègue me demande ce que je fais en Expression écrite, ce en quoi elle a raison puisque le terme « produire » (des écrits) disparaîtra à la rentrée dans les programmes réajustés.

    CE1 : Rédaction collective d'une phrase

    Il ne s'agit donc plus de produire au kilomètre, sur un cahier de l'écrivain, relu plus ou moins régulièrement par un enseignant qui vise avant tout à « libérer la parole » car il a remarqué que ses élèves « n'osaient pas se lancer » mais bien de leur apprendre à Écrire des textes en commençant à s'approprier une démarche.

    Dans la méthode des petits pas, nous faisons cela depuis la maternelle. Et jusqu'au CM2.
    De la maternelle au CM2, nous commençons par travailler tous ensemble, parce que c'est la force de l'école, cette réunion de 20 à 25 d'intelligences, d'expériences, de sensibilités, de connaissances (après, ça fait beaucoup, et ça bouillonne sans arriver à vraiment s'amalgamer).

    Voici ce que cela peut donner, en tout début d'année, dans une classe de CE1 qui aurait lu au préalable le texte

    Rédaction collective d'une phrase

    Phase orale (durée 10 minutes):

    Après la lecture d'Abel, le dialogue commence.

    PE : Alors ? Que devons-nous faire ?

    Bérénice : On doit raconter ce qu'y font, les animaux dans la cruche.

    Camelia : Y sont dans la cruche.

    Bérénice : Oui, la souris et la grenouille, y sont dans la cruche et y jouent.

    Elie : Ou alors, y dorment. Ou y mangent, peut-être.

    Fouad : On sait pas ce qu'elles font mais on peut imaginer. C'est ça qu'il va falloir écrire. On va l'écrire tout seuls, maître ?

    PE : Non. Aujourd'hui, nous allons écrire tous ensemble, au tableau. Vous avez très bien compris. Nous devons imaginer ce que font la grenouille qui se mouille et la souris grise, maintenant qu'elles habitent dans la cruche.

    Gabriel : Moi, je dis qu'elles mangent. Elles goûtent. C'est l'heure de goûter alors elles goûtent.

    Hicham : L'heure de goûter, c'est 4 heures. À 4 heures, on goûte. Moi, ma maman, à la maison…

    PE : Fais attention, Hicham, s'il te plaît ; tu changes de sujet, là. Qui peut rappeler à Hicham de quoi nous discutons ?

    Ilyes : Nous discutons de la souris et de la grenouille. Elles sont dans la cruche et elles goûtent.

    Joshua : Pas sûr qu'elles goûtent ! On fait comme on veut, d'abord.

    Ilyes : Si, y'a Gabriel, il a dit qu'elles goûtent parce que c'est l'heure de goûter, c'est 4 heures et à 4 heures, on goûte. Hein, Gabriel ? Hein, maître, elles goûtent, la souris et la grenouille ?

    PE : Joshua a raison, Ilyes. Pour le moment, nous n'avons pas encore choisi. Mais tu as raison aussi, Gabriel a bien parlé de goûter. Seulement, c'était une suggestion, une idée, si tu préfères. Les autres, ceux qui n'ont pas parlé, qu'en pensez-vous ? Nous décidons que la souris et la grenouille goûtent ou vous avez d'autres suggestions ?

    Voix s'entremêlant : Elles goûtent ! D'autres suggestions !

    PE : Chacun son tour, s'il vous plaît ! Koundour ?

    Koundour : Moi, je veux bien qu'y goûtent. Les souris, ça mange du fromage ; les grenouilles, je sais pas.

    Gabriel : De toute façon, ce n'est pas important, ce que mangent les vraies grenouilles et les vraies souris parce que là, ce sont des animaux imaginaires. Les vraies grenouilles et les vraies souris ne vivent jamais dans des cruches. J'ai un livre à la maison qui dit que…

    PE : Gabriel, Gabriel, s'il te plaît, tu es en train de changer de sujet…

    Gabriel : Non, j'explique juste un peu mieux. Si vous voulez, j'apporterai le livre et tout le monde verra ce que mangent les animaux de l'histoire.

    PE : Oui, mais ce n'est pas le moment. Pour l'instant, nous sommes en train de discuter pour décider de ce que font nos deux amies. Tu as dit quelque chose de très intéressant, en revanche. Qu'a dit Gabriel qui était très intéressant pour notre phrase ? Oui, Léo ?

    Léo : Il a dit que c'étaient des animaux imaginaires. Alors, on n'a pas besoin de savoir ce que mangent les vrais. On peut leur donner le même goûter que nous.

    PE : Décidément, tout le monde a l'air de tenir au goûter. Parlons donc du goûter que partagent la souris et la grenouille !

    Manelle : Y partagent ? Mais y partagent quoi ?

    PE : Elles partagent. Ce sont deux noms féminins, Manelle. Que voudrais-tu qu'elles partagent, cette souris et cette grenouille ?

    Manelle : Elles partagent une pomme et du fromage ?

    Noah : Beurk ! Non ! C'est dégueu… !

    Manelle : Oh ! Maître, il a dit un gros mot !

    PE : Oui, Noah, tu as dit un mot grossier. Veux-tu bien nous présenter tes excuses !

    Noah : Je l'ai pas fait exprès… euh… je ne l'ai pas fait exprès… excusez-moi, s'il vous plaît.

    Voix entremêlées : Merci Noah !

    Noah : N'empêche qu'une pomme et du fromage, c'est pas un bon goûter. Moi, je préfère un gros gâteau au chocolat et du jus de framboise !

    Omar : Hmmmm ! C'est bon, le chocolat ! C'est délicieux !

    Pauline : Et le jus de framboise, c'est bon ? Moi, je n'en ai jamais goûté… J'ai déjà bu du jus de mangue… Tu en as bu, toi Camelia, du jus de mangue. Quand j'étais à la Martinique, en vacances, j'ai bu du jus de mangue et puis aussi du jus de…

    Omar, Gabriel, Joshua : Tu changes de sujet ! On n'a pas le droit de changer de sujet ! Hein maître ?

    PE : Oui, vous avez raison. Et puis, nous sommes un peu pressés, maintenant. L'idée de Noah me semble bonne… Qui est d'accord pour que nous la gardions ?

    Quentin : Moi, je suis d'accord. C'est bien que ce soit rare, le jus de framboise. Comme ça, on voit que c'est un très bon goûter. Un goûter délicieux, comme Omar a dit.

    PE : Bien. Si personne n'est contre, nous allons demander à Rayann de nous énoncer la phrase entière. Tu essaies, Rayann, s'il te plaît ?

    Rayann : La souris et la grenouille goûtent, ils mangent du gâteau au chocolat délicieux et du jus de framboise.

    PE : Oui, très bien, tu as tout dit. Pense bien à dire « elles mangent », car nous parlons d'une souris et une grenouille. Ce sont deux noms féminins. Mais peut-être pourrions-nous dire cela différemment… Oui, Simon ?

    Simon : On peut dire « Dans la cruche » en premier : Dans la cruche, la grenouille et la souris goûtent.

    Thaïs : C'est bien comme ça ! Ça fait joli ! Dans la cruche, la grenouille et la souris goûtent un délicieux gâteau au chocolat.

    Ugo : partagent un bon goûter ! Elles partagent, c'est bien, ça !

    Vania : Dans la cruche, la grenouille et la souris partagent un bon goûter. Il y a un délicieux gâteau au chocolat et du jus de framboise !

    Walid : Oui, c'est bien ça. On peut écrire ça ? C'est pas trop long, maître ?

    PE : Je ne sais pas. Qu'en dis-tu, Zacharie ? Saurais-tu nous le redire lentement pendant que je trace les cadres des mots au tableau ?

    Zacharie : Dans… la… cruche… la… souris… et… la… grenouille… se… partagent… un… bon… goûter… Après, je ne sais plus.

    Walid : Si, c'est facile. Elles… mangent…

    PE : Nous avions dit « Il y a ». Mais tu as raison, « elles mangent », c'est bien mieux. Vous continuez Zacharie et Walid ?

    Zacharie et Walid : Elles… mangent… un… délicieux… gâteau… au… chocolat… et… …. …. boivent ?

    PE : Oui, très bien, boivent.

    Zacharie et Walid : du… jus… de… …

    Abel : framboise ! Du jus de framboise.

    Au tableau, le maître a tracé au fur et à mesure le schéma suivant :

     

     

     

     

    ,

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    .

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    .

     

    Devant la longueur du texte, la classe décide de n'écrire ensemble que la première phrase. La seconde phrase est écrite par le maître sous les yeux des élèves.

    Phase écrite (durée : 10 minutes) :

    Le maître demande à deux ou trois élèves, choisis parmi ceux qui lui semblent les plus en difficulté de venir « relire » le tableau. Il aide ceux-ci à pointer du doigt chaque cadre en énonçant le mot qu'il faut y placer.

    S'il veut gagner du temps, il peut, dans le même temps, faire compléter les cases contenant les mots les plus simples (articles, prépositions, mots d'une syllabe sans lettre muette). Il écrit lui-même, sous la dictée des élèves qui épellent les mots ou, s'il a du temps, fait écrire les élèves qui sont au tableau.

    En quelques minutes, le tableau se transforme :

     

    Dans

    la

     

    ,

    la

     

     

    la

     

     

     

     

    un

    bon

     

    .

     

     

     

    un

     

     

     

     

     

     

     

    du

     

    de

     

    .

    Puis on écrit les « mots simples », ceux qui n'ont ni lettre muette, ni double consonne, ni marque grammaticale. Les élèves les épellent et le maître écrit. Si des élèves connaissent les particularités orthographiques d'un mot, ils l'épellent aussi, expliquent la règle au besoin (et = et puis) et le maître l'écrit si l'écriture donnée est valide. Dans le cas contraire, il rappelle qu'on n'écrit un mot que si on est sûr de son orthographe ; au début du CE1, il est normal de ne pas savoir écrire tous les mots du dictionnaire mais il faut en être conscient et accepter de se faire aider.

     

    Dans

    la

    cruche

    ,

    la

     

    et

    la

    grenouille

     

    se

     

    un

    bon

     

    .

     

     

     

    un

     

    gâteau

    au

    chocolat

     

    et

     

    du

     

    de

     

    .

    Comme prévu, le maître complète alors la deuxième phrase, en épelant chaque mot et en énonçant rapidement les règles d'orthographe grammaticale ou d'usage qui en régissent l'écriture :

     

    Dans

    la

    cruche

    ,

    la

     

    et

    la

    grenouille

     

    se

     

    un

    bon

     

    .

     

    Elles

    mangent

    un

    délicieux

    gâteau

    au

    chocolat

     

    et

    boivent

    du

    jus

    de

    framboise

    .

    Restent les mots difficiles, ceux que les élèves n'ont pas encore mémorisés. Pour certains, présents dans le texte, le maître demande aux élèves d'en chercher l'orthographe (souris), pour d'autres, et particulièrement pour ceux qui comportent une marque grammaticale (partagent, mangent, boivent, elles, il aide énormément, après avoir demandé aux élèves de rassembler leurs souvenirs du CP. 

    Le texte est fini et les élèves les plus faibles sont chargés de le relire, partiellement ou en totalité.

     

    Dans

    la

    cruche

    ,

    la

    souris

    et

    la

    grenouille

     

    se

    partagent

    un

    bon

    goûter

    .

     

    Elles

    mangent

    un

    délicieux

    gâteau

    au

    chocolat

     

    et

    boivent

    du

    jus

    de

    framboise

    .

    On peut adopter un code couleur mais il faut ensuite s'y tenir, ce qui n'est pas toujours facile, et cela rallonge le temps consacré à l'écriture, ce qui n'est pas toujours facile en raison du peu de temps hebdomadaire passé en classe.

    On peut, plus simplement, comme pour l'oral, faire confiance au temps et à la quantité d'énoncés traités par jour pour laisser l'imprégnation se faire. Il est ainsi hors de question d'expliquer l'accord sujet-verbe à fond pendant cette séance et compter que les élèves s'en souviendront ; on se contentera de rappeler la règle vue au CP : « Quand plusieurs personnes, choses ou animaux font quelque chose, le verbe se terminent par ont, quand on entend « on », ou ent, quand on n'entend rien. »

    De même pour les lettres muettes, ou les particularités orthographiques de framboise et de délicieux, une simple phrase suffit : « Si le son « an » est suivi des lettres p, b ou m, il s'écrit a-m ou e-m ; lorsqu'un adjectif qualificatif se termine par le son « eu », ce son s'écrit e-u-x. »

    Si l'on dispose d'assez de temps, les élèves recopieront le texte dans leur cahier de rédaction et l'illustreront.

    Bientôt, ils seront capables de mener le travail seuls, c'est alors que commencera l'exercice qui consiste à développer des automatismes  qui leur permettront de progresser (voir Ajustements programmes page 16).

    Nota bene :

    Cette démarche d'apprentissage de l'écriture autonome de phrases puis de textes est basée sur les liens indispensables qui doivent se tisser entre l'écriture, la lecture, le langage oral et l'étude de la langue, tels que le préconisent les ajustements publiés en cet été 2018.  

    C'est exactement la démarche que je propose dans Lecture et Expression au CE. Je réitère donc mon offre de téléchargement gratuit de cette méthode ci-dessous. Si un éditeur public (Canopé ?) ou privé est intéressé, il peut me contacter grâce à cet onglet : Contact

    Lecture et Expression au CE, manuel de l'élève et guide pédagogique :

     Module 1

    Modules 2 et 3

    Modules 4 et 5

    Module 6

    Modules 7 et 8

    Module 9

    Module 10

    Module 11

    Module 12

    Module 13

    Module 14

    Et le mode d'emploi !


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  • Commentaires

    1
    Amélie
    Mercredi 8 Août à 14:33
    Amélie

    Je n'ai pas lu l'article en entier mais je dois dire que je retrouve bien ce que j'ai vécu en classe de CE1 puis après pour écrire à nos correspondants ! Nous envoyions et recevions des lettres très grand format que nous écrivions en classe complète pour nos échanges de vie de classe etc. Nous pouvions donc lire d'assez loin les courriers reçus/envoyés après la séance commune de lecture/expression écrite. Notre maître écrivait avec de gros feutres indélébiles Bic dont je me souviens encore de l'odeur. Il changeait de couleur à chaque phrase. 

    Avec cette façon de faire, nous étions tous en situation de réussite car nous faisions ensemble. Décidément, j'ai eu de la chance dans ma scolarité...

      • Mercredi 8 Août à 14:56

        Et, devenue adulte, vous écrivez en bon français et sans fautes d'orthographe. Le maître peut être fier de son travail, le contrat a été rempli. happy

      • Amélie
        Jeudi 9 Août à 15:41
        Amélie

        Oh, merci pour le compliment.

        J'ai tellement aimé notre langue française que j'ai continué jusqu'au bac Littéraire Spécialité Langues Etrangères... Les années de primaire sont encore ma base, mon tronc, mon socle de référence ;-) Elles sont les plus importantes à mes yeux et il est primordiale qu'elles soient riches et stimulantes pour ensuite affronter avec aisance les suivantes jusqu'à 16 ans au moins. 
        Je pense souvent à mes grands-parents qui n'avaient "qu'un CAP" mais ne faisaient aucune faute de français, même ma grand-mère de parents non-français.
        J'espère transmettre ce que je sais le mieux et de mon mieux à mes enfants, pas évident mais très intéressant :-)

    2
    Kalou
    Mercredi 8 Août à 18:01

    Bonjour et merci pour cet article très intéressant !

    Vous dites que cette démarche peut être débutée dès le milieu du CP. Avez-vous une idée de ce que l'on peut proposer avant cela ?

    D'avance merci !

    Kalou, maîtresse de CP

    3
    Jeudi 9 Août à 09:50

    Bonjour Kalou,

    Avant, on peut proposer des tableaux d'encodage, du type de ceux-ci : Tableaux d'encodage CP en prenant soin de ne proposer que des mots entièrement combinables et signalant les lettres muettes ou les doubles consonnes éventuelles.

    On peut, sur le même principe, donner des images foisonnantes au sujet desquelles les enfants s'expriment librement. La situation est plus complexe car l'enfant doit, mentalement, organiser son propos et le traduire par un mot, mais surtout une expression et même une proposition.
    Les règles de rédaction à mettre en place dès le premier texte sont expliquées au début de ce  Cahier de rédaction , conçu pour accompagner Écrire et Lire au CP mais adaptable, il me semble, à tout autre méthode graphémique dès la fin de la première période.

    Enfin, et c'est l'activité-phare de cette expression écrite adaptée aux non-lecteurs, ou aux « encore-insuffisamment-lecteurs », c'est la dictée à l'adulte collective, on en trouvera un exemple ici, en fin d'article (mais il peut être intéressant de lire le début) : S'approcher de l'écriture à petits pas. Cela concerne des élèves de Grande Section en fin d'année mais cela pourrait tout aussi bien être des élèves de CP à la rentrée.
    Le jeu sera ensuite de passer de ce stade de « débutant » où l'enfant est auditeur-dicteur à celui de « commençant » au cours duquel insensiblement, il ajoutera à sa palette de compétences celles d'un scripteur-déchiffreur, avant d'arriver au cours du deuxième trimestre à celui de lecteur-scripteur.

      • Kalou
        Jeudi 9 Août à 10:25

        Un grand merci pour vos précieux conseils !

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