• CE1 : Découvrir Piano CE1

    CE1 : Découvrir Piano CE1

    Sur le même principe que CP : Que penser de Buli ?CP : Que penser de Tika et Tao ? ; CP : Que penser de Calimots ? ; CP : Que penser de À moi de lire ? ; CP : Que penser de Pilotis ?, je vous propose une analyse de la méthode Piano CE1 qui vient de sortir.

    I. Le sommaire

    ◊ Un manuel de remédiation pour élèves non-lecteurs ?

    À la lecture du sommaire, déjà, une drôle d'impression : est-ce un manuel de remédiation pour élèves non-lecteurs ?

    Et sinon :

    → Comment se fait-il que des élèves de CE1 ne liront – du moins ce que j'appelle « lire » – que trois textes entre le jour de la rentrée des classes et celui de leur départ pour les vacances d'automne ?

    → Pourquoi pendant les deux premières semaines ne liront-ils que des syllabes et des « faux mots » ?

    Mais, si c'est un manuel de remédiation pour élèves non-lecteurs, c'est à la fois beaucoup trop rapide : on ne « remontera pas le courant » en quatre à six semaines, et beaucoup trop réducteur : si les élèves n'ont pas profité d'un an de "ba be bi bo bu", ce ne sont pas quatre semaines du même régime après deux mois de vacances qui vont les réconcilier avec l'envie de lire.

    Alors qu'est-ce ?

    ◊ Un manuel qui présente une opposition graphémique pour aider à la lecture de textes ?

    La suite semble un peu plus claire : on révise une opposition phonétique ou graphémique, et cela débouche sur une lecture de texte.

    Bizarre quand même que ces textes soient si peu nombreux :

    ♣ Période 1 : 3 textes

    ♣ Période 2 : 6 textes

    ♣ Période 3 : 5 textes

    ♣ Période 4 : 6 textes

    ♣ Période 5 : 10 textes

    Ce qui, si on calcule bien, correspond tout au plus à un texte par semaine. Même dans les écoles qui fonctionnent désormais sur quatre jours, cela fait un déficit de trois textes par semaine, puisque, au CE1, si l'enfant doit bien entendu consolider ses capacités à Identifier des mots de manière de plus en plus aisée, ce qui nécessite parfois quelques exercices de révision des relations grapho-phonémiques, surtout après deux mois (6 cette année) d'interruption totale de la lecture, c'est surtout pour qu'il puisse s'entraîner à Comprendre un texte et contrôler sa compréhension et Pratiquer différentes formes de lecture.

    Ou alors, ce sont des textes à épisodes ?...

    ◊ Une conclusion qui m'intrigue

    Les dernières semaines du CE1 proposeront les exercices suivants :

    CE1 : Découvrir Piano CE1

    Tous les sons et graphies ?... Est-ce à dire que jusque là, après deux pleines années scolaires de lecture ou presque, les enfants ne lisaient que des textes sans les graphies qui n'auraient pas encore été révisées ?

    Si c'est ça, bel exploit pour les auteurs mais bien dommage pour l'imprégnation graphémique et l'acquisition intuitive des RGP de leurs jeunes lecteurs !

    Quand le mystère est trop grand, il faut faire « une petite INVESTIGATION » comme dit le Petit Chacal dans le conte que liront d'autres élèves de CE1 à la fin de leur quatrième semaine de classe, dans leur manuel de lecture....

    Alors, en avant pour l'IN-VES-TI-GA-TION !

    II. Présentation de la méthode

    Je survole les têtes de paragraphe : consolider les acquis en décodage, travailler systématiquement la fluence, lecture et compréhension, pédagogie différenciée, production d'écrit... Classique. C'est ce que font ou espèrent faire tous les manuels de lecture CE1 depuis 1881. 

    Espérons seulement que la conception de ce travail ne sera pas aussi « étapiste » que celle de certains de nos chercheurs actuels, ceux-là même qui ont influencé la rédaction du Petit Livre Rouge...

    ◊ Les objectifs généraux

    Lisons de plus près : continuité du CP, mettre en confiance les plus fragiles, favoriser le plaisir de lire, développer l'estime de soi, c'est formidable tout ça. Mais ça rend encore plus éberluant le sommaire de début d'année...

    ◊ Les relations grapho-phonétiques

    Ensuite, toute une explication sur le lien entre décodage aisé, connaissance des relations grapho-phonétiques et « savoir lire »... Logique, à part les révisions en douceur qui me semblent plus propres à dégoûter tous les déjà-lecteurs et affoler les toujours non-lecteurs qu'autre chose mais bon, jouons le jeu.

    ◊ La fluence

    La fluence, dont vous savez tous ce que j'en pense...

    Fluence, mot fourre-tout qui ne veut rien dire, mal traduit de l'anglais "fluency", venu de la lecture rapide de Richaudeau, méthode conçue pour venir à bout rapidement des articles de presse, des comptes-rendus économiques ou politiques, totalement inappropriée pour savourer les finesses d'un poème de Baudelaire ou les états d'âme de Marcel Proust...

    Bien sûr qu'un enfant doit déchiffrer suffisamment vite pour comprendre ce qu'il a lu. Mais s'il débite des syllabes ou des mots comme une mitraillette, il ne comprendra pas plus, parce qu'il aura mis en route le pilote automatique et fera faire à son cerveau toutes sortes de choses intéressantes pendant que ses yeux fixent les signes alphabétiques et que sa bouche les oralise à toute allure.

    Un peu de bon sens et d'observation suffisent à n'importe quel lecteur, même non enseignant, pour vérifier si l'enfant qu'il a en face de lui lit à la bonne allure, celle qui lui permet de profiter de ce qu'il lit.

    La dernière phrase du paragraphe m'inquiète, car elle prouve que c'est bien de la fluence à la mode "institut Montaigne" qu'on nous propose là, celle qui sert à faire acquérir aux jeunes cobayes, électrodes branchées sur le cerveau, le débit-mitraillette :

    CE1 : Découvrir Piano CE1

    C'est du Agir pour l'École que les auteurs vont privilégier... Et ça, c'est encore pire que du Boscher.

    ◊ Lecture et compréhension

    Ah ! Le cœur du problème ! Nous arrivons à ce qui devrait occuper les neuf dixièmes d'un avant-propos dans un manuel de lecture pour classe de CE1 (à CM2).

    Chouette ! C'est tout bien ! Grande variété de textes, questionnaire guidant la compréhension explicite et globale des textes !

    Si les textes sont réellement des textes longs, lus chacun en quatre épisodes, un pour chaque jour de classe comme je l'espère, ils vont tous finir l'année excellents lecteurs, ces petits CE1 ! Tous... ou presque... n'oublions pas que l'école post-1989 mais encore plus post-1995, mais encore plus post-2002, 2008, 2016, c'est l'école de l'effet Golem...

    ◊ Pédagogie différenciée

    Argh ! Le voilà, l'effet Golem, autrement dit « effet Pygmalion négatif », dès la première phrase !

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    Je n'en dirai pas plus et me contenterai de regretter encore une fois qu'on ne permette plus aux enfants de réellement progresser à leur rythme en conservant leur estime de soi et qu'on les installe à la place sur la marche du bas, tout en bas de l'échelle, au vu et au su de tous leurs camarades qui les regarderont du haut de leurs deuxième ou troisième barreaux.

    ◊ Production d'écrits

    Rien à signaler. Du classique. On lit un texte et on travaille dessus, grâce à des exercices progressifs de production autonome. Très bien.

    III. La méthode proprement dite

    Je passe le mode d'emploi qui est très clair et détaille en images ce qui a été dit en mots dans la présentation et j'entre dans le vif du sujet, celui que découvriront les élèves à leur entrée en classe, au mois de septembre.

    ◊ Cinq jours de révision

    J'ai cru au début qu'il s'agissait de vraies révisions, mal faites car beaucoup trop rapides pour des enfants non-lecteurs, beaucoup trop lentes pour des enfants lecteurs, et bien trop éloignées de l'acte et du plaisir de la lecture pour tous.

    Mais, toute réflexion faite, sont plus vraisemblablement des exercices d'évaluation qui permettront de construire, dès les premiers jours de classe, et avant que les habitudes ne soient revenues, 4 à 5 groupes d'élèves : les non-lecteurs stricts, les très très faibles lecteurs, les faibles lecteurs, les lecteurs moyens et les bons lecteurs.

    Sur chaque page,deux à quatre exercices :

    ⊗ Révisions 1 et 2 :

    Deux pages bâties sur le même modèle, avec 4 exercices de lecture.

    → le premier du "ba be bi bo bu" à la mode Boscher dans toute sa splendeur.

    J'ose espérer que pour minimum 98 % des élèves, cela durera 45 secondes. Pour les 2 % restant, après une relecture, devrait permettre un de leur programmer un « parcours adapté » qui leur sera plus profitable.

    « On peut lire maîtresse, maintenant ? » demandent déjà les enfants qui ont déjà découvert le plaisir de lire au CP...

    → Eh bien non, le deuxième exercice, c'est du "babebi bobuba bibebo"...

    Encore mieux que Boscher qui n'avait même pas pensé qu'après leur avoir fait découvrir les syllabes une à une, il fallait maintenant qu'ils les cumulent par séries de deux, trois ou quatre !

    Donc, pas du Boscher CP, du Agir pour l'école.

     « Mais après ça, on va lire, hein, maîtresse ?...

    – Mais c'est vrai, il a raison, ce gamin, il faudrait que je les fasse lire, maintenant... » s'affole la maîtresse qui voit ses attendus de fin d'année remis aux calendes grecques ! »

    → Et c'est encore non ! Un nouveau coup de "babi beba borbu bébar"

    Des fois que certains garderaient encore un petit espoir de retrouver dans leur livre de lecture les contes qu'on leur lisait quand ils étaient en maternelle.

    Tout le monde se tait, maté. Quand le mystère est trop impressionnant, personne n'ose désobéir, n'est-ce pas, Monsieur de Saint-Exupéry ?

    → Et là, quand la classe entière, maîtresse comprise, est bien découragée... Tatata ! Huit mots à encoder, décoder !

    Donc à LIRE ! Lire vraiment ! Pas juste faire du bruit avec sa bouche, non, non, non ! De la vraie lecture, niveau novembre de CP mais bon, c'est toujours mieux que rien. Sauf que voilà, il y en a huit, pas un de plus... Il va falloir la jouer fine dans les classes à 28 des non-REP+... Et même dans les REP+ où il en manquera quand même quatre.

    Sauf que :

    « Maîtresse ? T'as vu ? C'est pas la peine de lire, les mots, y sont rangés dans le même ordre que les dessins ! C'est trop facile ! Je sais tous les lire : poisson - mouton - marteau - singe - pantalon - peinture verte - tambour de basque ! »

    ⊗ Révision 3 :

    Des « consonnes doubles », enfin, pas comme dans donner, pomme, comme, belle ou ellébore. Non, des syllabes CCV (consonne, consonne, voyelle), comme dans princesse, flûte, crapaud, livre, cloche ou plaisir...

    Un peu moins tristoune ! Je vous la fais courte :

    → d'abord du "bla ble bli blo blu" et du "blablo bribru blabrébre"

    → ensuite, c'est la fête, 9 syllabes qui correspondent à 9 mots !

    → enfin, l'apothéose,de la vraie lecture !

    ... de mots, certes, comme en début de CP quand on en savait pas encore assez pour lire des phrases, mais quand même... Et il peut y en avoir un pour chacun... à condition de multiplier son travail par deux ou trois en programmant des ateliers à n'en plus finir et à longueur de journée...

    ⊗ Révisions 4 et 5:

    Je suppose que les trois premiers jours ayant permis le tri sélectif des non-lecteurs et des très faibles lecteurs, on s'emploie désormais à repérer les lecteurs fragiles, ceux qui en sont restés à ce que leur méthode de lecture leur avait présenté comme le plus important : l'o-ra-li-sa-tion-de-bru-its-de-bou-che !

    On a donc d'abord des mots, beaucoup de mots, puis des phrases simples. Avec des graphies simples lors de la révision 4, puis avec des graphies complexes lors de la révision 5.

    ♠ Conclusion : Les cinq premiers jours de l'année scolaire permettront d'installer les bases d'un effet Golem, ou effet Pygmalion négatif.

    En revanche, ils n'auront ni mis en confiance les plus fragiles, ni favorisé le plaisir de lire, ni développé l'estime de soi.

    ♥ Petit bonus personnel : Chaque année ou presque, au cours de ma longue carrière en CP, CE1, je retrouvais à la rentrée quelques enfants que j'avais quittés moyens lecteurs au mois de juillet (moyen lecteur, c'est ça : « Papa...[2 s d'arrêt] a... [2 s d'arrêt] lavé...[2 s d'arrêt] la...[2 s d'arrêt] ca...[2 s d'arrêt] mi...[2 s d'arrêt] cami...[2 s d'arrêt] camion...[2 s d'arrêt] net...[2 s d'arrêt] camionnet... camionnette ! Papa a... lavé la... camionnette. Papa a lavé la... ca... camionnette. ») et que je retrouvais quasiment analphabètes à la rentrée, tout simplement parce que, pendant l'été, ils n'avaient pas rencontré un seul signe alphabétique !

    Au bout de deux ou trois jours, ces enfants commençaient à être à nouveau capables de lire des phrases simples, à leur rythme mais en les comprenant, et après deux à trois semaines, ils lisaient mot à mot, à peu près tout, pour peu qu'ils aient près d'eux un lecteur confirmé qui leur rappelait que "E.U.I.L, ça se prononce [œj] et que O.Y., ça ne se prononce pas [oj] mais [waj].

    En sachant cela, on n'est surtout pas obligé de donner un programme différent trop vite, bien au contraire. La différenciation totale (textes différents, moments différents, attendus de fin de cycle différents), si elle est vraiment nécessaire, n'interviendra qu'après une vingtaine de jours de classe (soit après 5 à 6 semaines de classe) pendant lesquels nous n'aurions remarqué aucun progrès. En revanche, il faut largement supplémenter le régime des enfants concernés : la lecture commune + une relecture individuelle de ce texte + des gammes de mots et phrases à lire, pendant un temps personnalisé.
    Le cas sera bien sûr différent pour des enfants en inclusion scolaire dont les capacités cognitives ou les troubles associés sont malheureusement incompatibles avec l'apprentissage de la lecture. Mais la bienveillance voudrait que ces enfants-là ne soient pas soumis à la torture des leçons communes de lecture et d'écriture d'une classe de CE1.

    ◊ Douze semaines basées sur les confusions grapho-phonémiques fréquentes

    Chacune de ces semaines obéissant exactement au même schéma, sans réelle progression, le commentaire sera rapide.

    ⊗ Première page :

    Les deux lettres à opposer (p/b ; m/n ; b/d ; d/t ; f/v ; ch/j ; ch/s ; c/g) sont présentées avec un dessin.

    Comme pendant les révisions, le début de la page est consacré à syllaber des faux mots, en grande quantité.

    Puis un exercice intermédiaire part de 9 syllabes contenant l'une des lettres à réviser (ou à apprendre, je suis toujours dans l'interrogation : est-ce réellement un livre de CE1 ?), syllabes qui serviront ensuite de syllabes d'attaque à 9 mots simples.

    Ensuite, des mots à lire, enfin.

    Et pour finir, un petit exercice de vocabulaire et un autre, sans doute transféré en l'état depuis les manuels de CP anciens, quand on apprenait à chaque leçon un ou deux ou trois « mots-outils » par voie directe, faute d'apprendre à les décoder ?

    ♠ Conclusion : Les seules phrases lues dans la journée de classe sont les phrases de consignes, qui seront relues chaque semaine, et les deux phrases expliquant les deux mots de vocabulaire.

    ⊗ Deuxième et troisième page :

    La lecture par niveau ! Celle qui est tant vantée dans la présentation de la méthode !

    La même histoire déclinée en trois versions :

    → l'une très simple, avec des lettres en couleur, pour Golem et ses copains du groupe « plancher des vaches »,

    → une deuxième, un peu plus longue, avec des lettres en gras, pour ceux qui ont échoué à l'épreuve des révisions 4 et 5, je suppose,

    → et enfin une version CE1, sans aides particulières.

    Ces trois versions doivent très certainement être lues en atelier, pendant que les camarades des deux autres groupes sont occupés ailleurs.

    Un chronomètre est dessiné dans la marge, au-dessus d'une colonne de nombres. On comprend donc qu'il doit s'agir d'un texte sur lequel on travaille cette fameuse lecture à la mitraillette, à nouveau destinée à opérer un tri sélectif à l'intérieur des groupes. Je ne dis rien, il paraît que les enfants adorent ça... Sauf que, voilà, les enfants adorent ce qu'ils connaissent, même quand ça les rend malades, alors... argument non recevable.

    ♠ Conclusion : Vu le nombre de pages du module hebdomadaire, ce texte doit certainement être lu deux jours de suite. Espérons que cette relecture permettra aux élèves des deux groupes inférieurs de le relire dans une version plus étoffée le deuxième jour, plutôt que de le seriner plusieurs fois de suite pendant que la maîtresse ou un copain tiendra le chronomètre et notera les hésitations, bafouillages et autres signes de découragement.

    ♥ Petit avis personnel : Personnellement, je trouve les textes de la méthode assez artificiels. Les auteurs ont multiplié les "rencontres" avec les lettres à étudier, jusqu'à rendre les phrases presque boiteuses. J'aurais peur que cette extrême focalisation ait l'effet inverse et finisse par faire douter et bafouiller même les élèves qui, au départ, ne confondaient pas les lettres vedettes de la série.

    En revanche, tout au long de l'année scolaire, on en rencontre une très grande variété, allant de l'histoire de la poule qui tombe dans la boue à un reportage sur le fauvisme en passant par la lettre d'une enfant trisomique à ses futurs camarades de classe, une bande dessinée, une recette de cuisine, une fiche de fabrication, etc.

    ⊗ Quatrième page :

    Un premier questionnaire fournit une nouvelle occasion de lecture aux enfants, ce qui n'est jamais négligeable. Les questions sont simples, elles aident réellement à la compréhension et ne vont pas chercher midi à quatorze heures.

    ♥ Petit avis personnel : Ce questionnaire doit à mon avis être fait à l'oral, avec toute la classe, de façon à ce que le débat s'installe, que les enfants apprennent à s'écouter, à tenir compte des propos de leurs camarades, à rester concentrés sur le thème proposé.

    Sous le questionnaire, trois phrases à lire, pour choisir celle qui résume le texte.

    ♥ Petit avis personnel : On peut imaginer se servir de ces phrases pour agrémenter un peu un bête exercice de copie grâce à un enjeu simple : trouver la phrase qu'il faut recopier.

    Puis un exercice de production d'écrit, pas si mal que ça (écrire une phrase pour décrire une illustration ; écrire une liste d'ingrédients ; écrire trois phrases décrivant un animal ; etc.).

    ♥ Petit avis personnel : Peut-être un peu difficile pour des élèves sortant de CP et n'ayant plus écrit pendant deux mois mais on peut adapter et se dire que pour le moment, les textes seront rédigés en commun, au tableau, et recopiés ou collés par les élèves sur leur cahier de production d'écrits.

    Enfin, tout en bas de la page, un exercice de prononciation, avec apprentissage par cœur, pour pouvoir dire très très vite un truc du genre « Les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches, archi sèches ? »

    ♥ Petit avis personnel : Sûrement encore un avatar de la fluence... L'exercice-type pour embrouiller tous les enfants à tendance dys-quelque-chose et leur faire perdre toute la confiance en eux qu'ils ont bâtie avec peine et tracas !

    Il existe bien d'autres méthodes pour qu'un enfant qui ne lisait pas encore vraiment couramment progresse en fluidité. La plus douce, la plus agréable, la moins détectable sera la plus efficace pour faire de lui un enfant comme les autres, avec certes des faiblesses mais aussi des forces parfois inouïes nées de son combat contre ces faiblesses.

    Deux semaines de révisions :

    Les semaines 7 et 14 (donc dernières semaines avant des vacances scolaires) sont consacrées à des révisions. 

    Celles-ci n'occupent qu'une page du manuel. Le ton des consignes semble prouver qu'il s'agit d'exercices d'évaluation à faire en autonomie.

    Ils évaluent une lecture vraie pour encoder et pour comprendre.

    ◊ Dix-huit semaines consacrées à : une graphie complexe, toutes les graphies utilisant une certaine lettre, deux graphies en opposition...

    La présentation reste exactement la même :

    ♠ une page de babebibobu, agrémentée de ses deux ou trois mots à "fixer globalement"

    ♠ un texte décliné en plusieurs niveaux,avec le petit chronomètre et les nombres en marge pour pouvoir continuer à courir après le temps

    ♠ des questions de compréhension, une phrase à recopier, un thème de production d'écrit

    ♠ la phrase à bafouiller clôt la séance, histoire de bien apprendre aux élèves et à la maîtresse à faire preuve d'humilité : n'est pas Démosthène qui veut !

    ♠ une page d'évaluation (nommée dans la méthode « Je révise en m'amusant »)

    Quelques variantes toutefois :

    ♥ la page de babebibobu s'agrémente de phrases en toute fin d'année

    ♥ l'échelon 3 de lecture disparaît peu à peu de la lecture de textes, il arrive même que tous les élèves soient invités à la même lecture

    ♠ en revanche les échelons apparaissent dans la page de décodage

    ♥ Le texte hebdomadaire de lecture est présenté et son vocabulaire est expliqué avant lecture.

    ♥ Des nouvelles questions de compréhension apparaissent, travaillant plus sur l'implicite du texte.

    ◊ Quatre semaines de... LECTURE COURANTE !

    C'était ça les « tous les sons et graphies » qui m'avaient tant intriguée ! Alleluia ! Pourvu qu'il n'y ait pas de covid19, de mai 68 ou d'exode à la mode 1940 pendant les trois à quatre années à venir (durée de vie actuelle des méthodes à la mode) !

    Ce serait dommage que les petits Pygmalion de CE1 ne puissent même pas bénéficier des trois dernières semaines de leur manuel de lecture, les seules qui leur présentent un programme attrayant, doux et agréable qui fait passer la pilule de la reconnaissance automatique des graphies de la manière la moins détectable possible !

    IV. Ce que je propose en lieu et place de cette méthode

    Vous m'aurez comprise, pas la peine d'en rajouter, cette méthode ne me semble pas apte à corriger les inégalités de départ. Elle utilise un marteau piqueur pour faire de la dentelle et en oublie l'esthétique nécessaire pour transformer un torchon de cuisine en robe de princesse vaporeuse et légère.

    Or, il existe des méthodes qui ont les mêmes objectifs (continuité du CP, mise en confiance des plus fragiles, plaisir de lire, développement de l'estime de soi) sans cumuler à ce point les défauts.

    Ces méthodes proposent chaque jour :

    - une ligne de révision de graphies (c'est suffisant pour réactiver la mémoire de 99,9 % des élèves ayant fait un CP graphémique)

    - un texte partagé en paragraphes, présenté même parfois en « groupes de souffle », pour lire tous ensemble, une fois par jour, à voix haute

    - des questions de compréhension sur ce texte, des exercices de vocabulaire, de copie, de production d'écrits

    Ce que cette méthode propose une semaine par an pour chaque graphie, sous la forme d'un gros pavé indigeste, multipliant les chausse-trapes, elles le répètent à dose homéopathiques, à longueur d'année.

    Malheureusement, ces méthodes ne sont pas éditées, soit parce qu'elles sont trop anciennes et qu'elles ont été abandonnées après une des réformes ayant installé au CP les méthodes globales, puis phonémiques, soit parce qu'elles ne sont pas encore éditées, toujours du fait du grand trou noir causé par l'abandon des méthodes graphémiques au CP.

    J'ai l'habitude d'en envoyer certaines sous forme de tapuscrit par mail (utiliser de préférence l'onglet Contact) aux collègues qui me les demandent :

    Le livre des bêtes, une méthode destinée aux enfants de fin de CP ou de début de CE1, très simple, révisant méthodiquement toutes les graphies complexes, tout en proposant aux enfants de commencer à s'entraîner chaque jour à la fluidité de lecture, à la compréhension immédiate, à l'accroissement du lexique et à la production d'écrits.

    Avec l'Oiseau bleu, qui travaille selon les mêmes méthodes, avec les mêmes objectifs, mais sur des textes plus fournis, plus difficiles, pour des élèves de CE1 ayant acquis un niveau de lecture plus élevé.

    Ces deux manuels proposent tout au long de l'année, de nombreux textes à épisodes qui préparent les enfants à apprécier les histoires longues et fournies qu'ils trouveront dans les romans de littérature jeunesse.

    une méthode que je vous propose, non pour me mettre en avant, mais pour montrer qu'on peut, actuellement, reproduire ces méthodes de l'époque où, après une année d'apprentissage graphémique de la lecture, on pouvait compter sur ces acquis-là pour bâtir une suite à cet apprentissage.

    Elle étale sur les deux années de CE la phase 2 de l'apprentissage de la lecture, celle qui passe du déchiffrage balbutiant des premiers jours de CE1 à la lecture courante, fluide et immédiatement compréhensive de textes « résistants » à la fin du CE2 : Lecture et Expression au CEModule 1 ; Modules 2 et 3 ; Modules 4 et 5 ; Module 6 ; Modules 7 et 8 ; Module 9 ; Module 10 ; Module 11 ; Module 12 ; Module 13 ; Module 14 ; Annexe 2 : Rédaction collective d'une phrase

    N'hésitez pas à me contacter si cette méthode, dans sa version complète, avec son guide pédagogique, vous intéresse. Je me ferai un plaisir de vous l'envoyer (attention, les fichiers sont très lourds, les adresses académiques ne les supportent pas).

    On en trouve beaucoup d'autres ici mais le travail de dactylographie et de présentation reste à faire.


  • Commentaires

    1
    Sandrine
    Dimanche 31 Mai à 00:28
    Désolée pour les fautes dans le précédent message, satané correcteur orthographique ! Je parlais bien sûr de la méthode d’orthographe graphémique et de la lecture Piano ce1( votre analyse)
      • Dimanche 31 Mai à 09:19

        Pas grave, Sandrine. Ces satanés téléphones nous font écrire de ces bêtises plus grosses que notre tête, tout le monde sait ça !

        Vous êtes déjà plus dégourdie que moi qui n'arrive toujours pas à répondre en tant que propriétaire de ce blog depuis mon téléphone...

         

    2
    Dimanche 31 Mai à 08:29
    Sandrine JUILLARD

    Un article très intéressant. Je partage totalement votre point de vue sur la fluence ou "lecture mitraillette" qui résume si bien le concept. Merci beaucoup pour cet avis éclairé.

      • Dimanche 31 Mai à 09:25

        Merci Sandrine de m'avoir dit que vous partagiez ce point de vue. C'est toute l'histoire de l'apprentissage de la lecture qu'il faudrait reprendre pour comprendre pourquoi, après la lecture silencieuse dès le début du CP, les méthodes de lecture dans lesquelles les adultes lisent plus que les enfants, l'interdiction presque physique de partir des lettres et de leur combinaison en syllabes puis en mots, l'histoire de la voie directe et de la voie indirecte, celle-ci étant à réduire au minimum, le tout sous le prétexte de l'accès au sens, on en arrive désormais à négliger totalement l'accès au sens pour privilégier la « lecture au syllabaire », dans ce qu'elle avait de pire, malgré les dégâts qu'elle causait et que dénonçaient déjà des Ferdinand Buisson et des Pauline Kergomard, il y a 140 ans.

         

    3
    Céline
    Dimanche 31 Mai à 09:28
    Bonjour enseignante en ce1 avec des élèves petits lecteurs chaque année je suis intéressée par votre methode. Celle que vous proposez à la fin de votre article sur la methode piano ce1
      • Dimanche 31 Mai à 09:31

        Laquelle ? Si ce sont de petits lecteurs, je vous conseille Le Livre des Bêtes, accompagné peut-être du manuel pour CE1 : Non-lecteurs à la rentrée ?

        Tenez-moi au courant, si possible en utilisant l'onglet Contact qui vous enverra directement sur ma boîte mail. Merci !

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